Les élections régionales des 20 et 27 juin revêtent une importance particulière à un an de la présidentielle. Le développement économique, la formation professionnelle, les musées ou les transports ? Les enjeux régionaux sont multiples, mais la sécurité et l’immigration se sont invitées au cœur des débats, quand bien même elles relèvent de prérogatives régaliennes, preuve de l’enjeu national du scrutin.
Le RN capable de faire sauter le plafond de verre ?
Incontestablement, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur (Paca) fait partie des régions stratégiques, car le Rassemblement national, emmené par l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy Thierry Mariani, y affronte une liste LR conduite par le président sortant du Conseil régional, Renaud Muselier, largement compromise dans une alliance avec le parti de la majorité. Conséquence de la polémique provoquée par ce rapprochement : Thierry Mariani a gagné cinq points dans les sondages. Des électeurs venus des rangs abstentionnistes, et pas de LR, puisque les électeurs les plus proches de LR se réfugieraient, pour le moment, dans l’abstention, créant donc un nouveau vivier de potentiels électeurs pour Thierry Mariani.
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Si celui-ci avait pu être accusé de trahison du fait de son appartenance passée à l’UMP, son parcours politique lui permet de bénéficier d’un soutien plus large à droite puisque, selon un sondage Ipsos, 22 % des électeurs de François Fillon en 2017 sont prêts à voter pour lui. « J’ai toujours été à la droite du RPR, de l’UMP et des Républicains ; j’ai créé en 2010 La Droite populaire. Dès qu’on a perdu la présidentielle, j’ai dit qu’il fallait entamer le dialogue avec le Front national, parce que beaucoup de choses nous rapprochaient », nous confie-t-il.
Cette situation est aussi le symptôme d’une crise majeure au sein même des Républicains. « On a offert un spectacle qui n’est pas digne », reconnaissait Éric Ciotti au micro de Jean-Jacques Bourdin. Pour Thierry Mariani, « cela a été un épisode significatif qui dépasse les frontières de la région ». « Si Muselier est élu, un tiers de ses élus seront issus des soutiens de Macron et dans ce cas, il n’aura pas les mains libres, y compris à la présidentielle », constate-t-il. Avec 34 %, LR accuse maintenant un retard de près de dix points sur la liste de Thierry Mariani, selon un sondage Ipsos du 9 juin. Quelle que soit la situation au second tour, la liste RN est annoncée gagnante. L’abstention devrait être très importante (près de 40 %) et affecterait principalement Renaud Muselier, qui ne bénéficiera pas de tous les soutiens de l’ancienne liste LREM de Sophie Cluzel. Le front républicain atteindrait-il ses limites ?
Bien qu’incertaine, une victoire du RN est envisageable dans le Grand-Est, région historiquement à droite, où le duel s’annonce serré entre le président sortant, Jean Rottner (LR), et Laurent Jacobelli (RN). Lui-même issu de Debout la France, Jacobelli a su réunir différentes composantes de la droite, puisque la liste mosellane est conduite par le sénateur (non inscrit) Jean-Louis Masson et que la liste ardennaise est emmenée par le président du Centre national des indépendants et paysans (CNIP), Bruno North.
Si le positionnement droitier de Mariani l’emporte, démonstration sera faite de l’efficacité électorale de l’union des droites, seul créneau politique capable de rassembler largement
En 2015, LR avait facilement emporté le Grand-Est avec 48 % des voix au second tour. Cette année, une grande partie de ses voix sont subtilisées par la ministre Brigitte Klinkert de LREM, donnée à 14 % des intentions de vote au premier tour. Rottner et Jacobelli sont annoncés au coude-à-coude au premier tour, mais Jacobelli pourrait l’emporter en cas de quadrangulaire. Cependant, Rottner envisage bien une alliance avec Klinkert pour assurer sa majorité au second tour. « Je serai en tête au premier tour et c’est aux listes derrière de faire leur choix, un choix qui est celui de faire barrage ou non au Rassemblement national et à l’extrême droite », déclarait-il lors d’un débat.
Dans le Centre-Val-de-Loire, l’issue est imprévisible. Le candidat RN Aleksandar Nikolic est largement en tête des intentions avec 28 % des intentions de vote, mais un duel âpre est à prévoir au second tour face au président sortant socialiste, François Bonneau. Tous deux étant crédités de 30 % des voix, le PCF et EELV pourraient monnayer chèrement leur capacité à garder la région à la gauche.
Si le RN parvient à gagner ne serait-ce qu’une seule région, la victoire aura une saveur toute particulière pour Marine Le Pen, puisqu’elle signifierait que le 50 % +1 est possible, sur une base géographique conséquente. C’en serait terminé du vieux front républicain et du plafond de béton. Ce serait aussi un signal fort envoyé à un an de la présidentielle sur les préoccupations des électeurs, à savoir la sécurité et l’immigration. Une victoire en Paca serait la plus symbolique de toutes : si le positionnement droitier de Mariani l’emporte, démonstration sera faite de l’efficacité électorale de l’union des droites, seul créneau politique capable de rassembler largement. La dynamique pour la présidentielle serait alors lancée et Marine Le Pen pourrait espérer engranger des soutiens de poids.
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Paradoxalement, une victoire de Thierry Mariani démontrerait aussi la faille stratégique de Marine Le Pen durant l’entre-deux-tours de 2017, mais également l’erreur fondamentale qu’est le refus par LR de travailler avec toutes les forces de droite. « Selon les endroits, vous pouvez être dans l’opposition ou soutenir Macron », constate Thierry Mariani, pour qui la crise trouve son origine en 2017 : « Le début de la déchéance des Républicains a commencé quand certains sont devenus, au lendemain du second tour, des supporters inconditionnels de Macron pour devenir ministre. »
Des régions non-prenables, mais à suivre
Dans les Hauts-de-France, le scrutin s‘annonce des plus intéressants. Vainqueur de Marine Le Pen en 2015 grâce au front républicain, Xavier Bertrand est annoncé en tête à 36 %, suivi de près par Sébastien Chenu à la tête de la liste du Rassemblement national (32 %). Bertrand ayant engagé son avenir politique sur le résultat du scrutin, il faudra observer la stratégie adoptée par LREM au second tour : il sera tentant pour la majorité de faire perdre Bertrand en maintenant sa liste au second tour… Attention toutefois, pour la macronie, au coût politique d’un tel coup de billard.
En Occitanie, la présidente PS de la région, Carole Delga, à la tête d’une coalition avec le PCF et le Parti radical, est annoncée à 28% au premier tour, quelques points derrière le RN (30 %). Le député au Parlement européen Jean-Paul Garraud, ancien député UMP et éventuel ministre de la Justice de Marine Le Pen, mène une campagne de rassemblement des droites en tentant d’attirer l’aile droite de LR, alors que le candidat des Républicains, Aurélien Pradié, marqué au centre droit, est dans les choux (14 %). Carole Delga a de grandes chances de l’emporter au second tour via une alliance des gauches.
En Bretagne, on observe la même dynamique pour le RN. Largement battu en 2015, Gilles Pennelle (20 %) est donné en tête au premier tour devant le président sortant (PS) Loïg Chesnais-Girard (19 %), successeur de Jean-Yves Le Drian à la tête du conseil régional. Le ministre des Affaires étrangères souhaite d’ailleurs que le parti de la majorité, emmené par Thierry Burlot (19 %) se rapproche du candidat socialiste. Ce rapprochement permettrait de l’emporter au second tour. Avec 14 %, LR traîne la patte, et c’est donc le RN qui représente la principale opposition à l’exécutif en place.
Un sondage révèle que la part des habitants qui déclarent connaître Edwige Diaz est inférieure à celle de ceux qui disent vouloir voter pour elle ! Une preuve supplémentaire de la présidentialisation du scrutin, les électeurs votant pour le candidat de Marine Le Pen, qu’ils le connaissent ou pas
Dans l’improbable région Nouvelle-Aquitaine, la candidate RN Edwige Diaz devrait talonner l’increvable Alain Rousset (PS), avec 27 % contre 25 %, et s’affirmer comme l’opposante numéro 1, quand bien même un sondage révèle que la part des habitants qui déclarent la connaître est inférieure à celle de ceux qui disent vouloir voter pour elle ! Une preuve supplémentaire de la présidentialisation du scrutin, les électeurs votant pour le candidat de Marine Le Pen, qu’ils le connaissent ou pas. Là encore, c’est aux socialistes que LREM, en s’alliant avec le centre, pourrait faciliter la victoire.
La Bourgogne-Franche-Comté, l’une des cinq régions encore aux mains des socialistes, connaîtra des élections très disputées. La présidente sortante Marie-Guite Dufay (PS) accuse un retard important au premier tour derrière la liste du Rassemblement national, menée par Julien Odoul, dont la campagne a été mouvementée. Au second tour, Marie-Guite Dufay, qui a déjà réuni le PCF et le Parti radical de gauche, pourra bénéficier du soutien de LREM, qu’elle même soutient depuis 2017. Dans cette hypothèse, le RN pourrait échouer trois points derrière la candidate socialiste.
LR entre droite dure et alliance avec LREM
Valérie Pécresse est donnée largement vainqueur en Île-de-France, avec 34 % des intentions au premier tour. Le résultat n’en restera pas moins intéressant pour le RN, puisqu’il témoignera ou non d’une dynamique. À cette heure, Jordan Bardella n’est crédité que de 17% des voix, soit moins que n’en avait obtenu Wallerand de Saint-Just en 2015 (18,4 %). La gauche, quant à elle, est divisée entre EELV, LFI et le PS, ce qui profite à la fois à Pécresse et à Bardella. Alors qu’une union des gauches autour d’Audrey Pulvar subtiliserait facilement la seconde place au RN, Anne Hidalgo préfère appeler à un « front républicain » dès le premier tour, estimant que Marine Le Pen « défend d’abord ses intérêts et les intérêts d’une formation d’extrême droite non républicaine et antirépublicaine ». Reste à voir comment celui-ci se traduit dans les urnes.
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En Pays de la Loire, les scores s’annoncent serrés avec quatre candidats entre 17 % et 25 %. Christelle Morançais (LR), qui a pris la succession de Bruno Retailleau à la présidence du conseil régional en 2017, fait campagne au centre droit avec une liste d’« Union de la Droite et du Centre ». Le RN soutient le localiste Hervé Juvin, que Marine Le Pen présente comme son futur ministre de l’Écologie. De son côté, LREM a confié sa tête de liste à l’ancien président de l’Assemblée nationale François de Rugy, alors que Matthieu Orphelin a réussi à concilier écologistes et Insoumis. La question centrale sera, comme dans de nombreuses autres régions, la potentielle alliance LR-LREM au second tour. Si pareille alliance assurerait la victoire de Christelle Morançais, elle desservirait encore les ambitions présidentielles du parti. « Le piège se referme sur Bruno Retailleau », estime Hervé Juvin.
En Normandie, le très implanté centriste Hervé Morin est donné gagnant devant Nicolas Bay (RN). Selon un sondage Ipsos Sopra Steri, le président sortant devance l’ancien vice-président du FN de quatre points. LREM, divisée, n’atteindrait que 11 %. Au second tour, Hervé Morin devrait facilement conserver son avance.
En Auvergne-Rhône-Alpes, le président sortant Laurent Wauquiez (LR) devrait l’emporter sans trop de suspens, quelle que soit la configuration. Il est annoncé au second tour à 37 % des voix, contre 23 % pour Andrea Kotarac (RN) et 18 % pour la liste LREM-Modem. Un score très élevé qui prouve s’il le fallait encore que le positionnement assumé à droite est la meilleure formule pour LR.
L’abstention, plus que jamais premier parti de France
L’abstention reste une inconnue, mais on se doute qu’elle sera très importante. Pour seul exemple, dans les Hauts-de-France, 77 % des moins de 35 ans ne devraient pas voter dimanche prochain, selon un sondage Ifop. Outre les dynamiques de temps long, plusieurs facteurs pourraient expliquer ce nouveau pic d’abstention : la campagne a été contrariée par le Covid, l’échelon régional reste assez flou aux yeux des Français, ses compétences ne correspondent pas à leurs principales préoccupations. Une donnée n’en reste pas moins notable : l’abstention toucherait à priori davantage la gauche et le centre, alors que le RN devrait échapper au phénomène de volatilité électorale, comme le prouve le taux de certitude des électeur ayant l’intention de voter pour le RN en Paca : il culmine à près de 80 %.





