RÉTROSPECTIVE 2017 – Les meilleurs films

Une cité perdue, un pilote sujet aux acouphènes, un suisse redoutable, des gardiennes magnifiques, une promesse tenue, un fantôme perdu, des pieds nickelés font un casse… Quels sont les meilleurs film de 2017 ?

 

The Lost City of Z

De James Gray

Avec Charlie Hunnam, Sienna Miller, Tom Holland

L’histoire vraie de Percival Harrison Fawcett, un des plus grands explorateurs du XXe siècle, obsédé par sa quête d’une mystérieuse civilisation et tiraillé entre son amour pour sa famille et sa soif d’exploration et de gloire. The Lost City of Z se termine par le plus beau plan de cinéma de 2017. Un final en apothéose pour ce faux récit d’aventure qui explore le couple, la famille, son héritage et la filiation. Servi par une mise en scène sublime et une direction d’acteurs parfaite The Lost City of Z se révèle être le film le plus bouleversant de 2017 et confirme James Gray comme le plus grand cinéaste de sa génération.

 

 

 

Baby Driver

De Edgar Wright

Avec Ansel Elgort, Kevin Spacey, Lily James

Chauffeur pour des braqueurs de banque, Baby roule au rythme de sa propre playlist. Lorsqu’il rencontre la fille de ses rêves, Baby cherche à mettre fin à ses activités criminelles pour revenir dans le droit chemin. Mais il est forcé de travailler pour un grand patron du crime et le braquage tourne mal… Baby Driver est le film de divertissement habile par excellence. Un petit bonbon sucré aux couleurs pétaradantes, qui explose en bouche et qu’on avale très vite. Le cinéma c’est aussi ça, débrancher, se détendre et prendre son pied.

 

 

 

Le Redoutable

De Michel Hazanivicius

Avec Louis Garrel et Stacy Martin

Le Redoutable de Michel Hazanavicius raconte Jean-Luc Godard en 68, cinéaste star, tout juste marié à la jeune actrice Anne Wiazemsky, en crise artistique et politique. La rencontre de deux cinémas antinomiques. Le Redoutable est le film d’un conservateur sur un révolutionnaire. Le cinéma de Godard est un langage, celui d’Hazanavicius un divertissement. Avant-gardiste, Godard réinvente sans cesse, mélange les Arts – jusqu’à souvent se rendre inaccessible – alors que qu’Hazanavicius filme pour le peuple, pour lui faire aimer le cinéma.  Certes, Hazanavicius n’invente rien et comme dirait Godard encadre alors les grands cadres, mais il maîtrise à merveille le sens de la réplique et inonde délicieusement son film de références cinématographiques. Dans un cinéma français qui ne se renouvelle guère et qui ne transmet plus, réjouissons-nous de tenir encore les deux bouts de la corde.

 

 

 

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Les Gardiennes

De Xavier Beauvois

Avec Nathalie Baye, Laura Smet, Iris Bry

Adapté d’un roman d’Ernest Pérochon (Prix Goncourt 1920), Les Gardiennes met en scène la vie d’une ferme de 1915 à 1918. Économie du dialogue et plans fixes, comme cette bouleversante scène face caméra d’Henri en larmes, tournoyant ses mains usées. Xavier Beauvois (Des hommes et des dieux) ne discourt pas, il raconte. Il raconte le labeur de ces femmes, leurs joies et leurs malheurs, leurs petitesses et leurs grandeurs, dirigeant ses actrices avec maestria (parfaite Nathalie Baye et bouleversante Iris Bry). Son regard est sans idéologie, sans arrière-pensée. S’il puise ses inspirations chez Courbet, Millet (comme cette merveille de plan étiré du retour de la moisson) ou Degas (Francine nue de dos dans une baignoire), Beauvois n’encadre pas, il cadre, donne vie à ses personnages et insuffle une âme à son film. Sa caméra, tout en sobriété mais d’une élégance rare, s’efface derrière ses héroïnes, comme ce subtil travelling latéral laissant seule une mère face au départ de son fils pour le front. Un grand film d’un grand cinéaste.

 

 

 

La Promesse de l’aube

De Éric Barbier

Avec Pierre Niney, Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon

Avec sa Promesse de l’aube, Éric Barbier fait coup double : conserver l’essence du chef-d’œuvre de Gary et exhumer un genre disparu, le grand film d’aventure populaire. Comme Gary adapte sa propre vie pour mieux sublimer ses souvenirs, Barbier choisit une reconstitution visuelle très esthétique, portée par une photographie magnifique. Si le film témoigne d’un souci de réalisme, il ne s’inscrit pas dans une restitution historique mais bien cinématographique. À une époque où le cinéma français assimile « populaire » et « beauf », Éric Barbier renoue avec les grands films populaires d’antan, drôles, spectaculaires et émouvants, comme dans ce délicieux travelling final vertical où Barbier quitte son personnage sur ces mots : « Avec l’amour maternel, la vie vous fait à l’aube une promesse qu’elle ne tient jamais. »

 

 

 

The Florida Project

De Sean Baker

Avec Brooklynn Prince, Bria Vinaite, Willem Dafoe

Avec The Florida Project, Sean Baker nous plonge au cœur de motels qui bordent la route menant au « Royaume enchanté » de Disney. Ce ne sont pas les touristes qui y logent mais des familles sans-abri, qui payent à la semaine, se déchirent ou s’entraident. Un monde de ceux qui ne sont rien qui côtoie la capitale mondiale de la consommation. En épousant le point de vue de l’enfant, Sean Baker place sa caméra – et donc son regard – à une bonne distance de son sujet, ni impudique, ni moraliste, ni empathique. Dès les premières minutes, l’endroit sordide devient un terrain de jeux et d’aventures sans fin. Par ses longs travellings filmant les escapades des enfants, on y découvre ce village projet aux couleurs rose bonbon et ces grandes enseignes à l’apparence enchanteresse. Mais rapidement, la magie s’échappe et ce monde d’enfants qui ne tient qu’à la bienveillance de Bobby, manager du motel et ange gardien malgré lui, s’effondre. Dans un monde d’adultes nombrilistes où tout n’est que consommation, la première victime reste l’enfant, nous conte Sean Baker.

 

 

 

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A Ghost Story

De David Lowery

Avec Casey Affleck, Rooney Mara

Le fantôme d’un homme, C., rend visite à sa femme, M., dans la maison qu’ils partageaient. En épousant le point de vue du fantôme prisonnier de sa maison, David Lowery questionne le sens de la vie (et donc la mort), à savoir le deuil, le temps et la transmission. Il joue avec la durée, la raccourcit, la retourne ou l’étire comme ce surprenant plan fixe de 4 minutes de M. assise par terre pour avaler une tarte jusqu’à la vomir. À l’exception d’une longue tirade nihiliste un peu fumeuse, Lowery économise les dialogues et montre par l’image notre fragilité, nos limites et l’influence, aussi minime qu’un mot sur un bout de papier, de nos actes. Véritable objet cinématographique,  A Ghost story propose une saisissante méditation sur l’éphémère de notre existence.

 

 

Logan Lucky

De Steven Soderbergh

Avec Channing Tatum, Adam Driver, Daniel Craig

Deux frères pas très futés décident de monter le casse du siècle : empocher les recettes de la plus grosse course automobile de l’année. Pour réussir, ils ont besoin du meilleur braqueur de coffre-fort du pays : Joe Bang. Le problème, c’est qu’il est en prison… Imaginez les loosers des Frères Coen planifier un casse digne d’Ocean Eleven. Avec un sens du rythme inné, Steven Soderbergh orchestre pour notre plus grand plaisir les aventures de ces Pieds Nickelés à l’assaut d’un casse habituellement réservé aux cracks. Un scénario bien huilé, une mise en scène précise comme une horloge suisse et des acteurs au cordeau, Logan Lucky est la bonne surprise de 2017. C’est drôle, enlevé, surprenant et terriblement intelligent.

 

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adewatrigant@lincorrect.org

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