Sur à peu près tous les sujets, la pensée de Robespierre a fait l’objet d’interprétations diamétralement opposées. L’économie, la propriété ? Pour les uns (Constant et les libéraux), Robespierre fut un partageux, un égalitariste forcené ; pour les autres (les marxistes), c’était un bourgeois pusillanime, ennemi de la collectivisation. La religion, le culte de l’Être suprême ? Pour les uns, Robespierre fut un chef de secte, fanatique et dévot ; pour les autres, un manœuvrier habile, qui utilisa la religion comme une arme politique. Les femmes ? Robespierre était féministe, disent les uns ; faux, réplique Claude Guillon (l’auteur du célèbre Suicide mode d’emploi, anar militant et érudit) : la preuve, il n’a jamais défendu le droit de vote des femmes, il n’a pas pris part au débat sur leur citoyenneté lancé par des contemporains plus courageux que lui, et il avait des femmes une vision désolante qui a déterminé ses conceptions politiques.
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Bref, l’Incorruptible « n’est pas davantage un ami des femmes qu’un défenseur des ouvriers ». Richement documenté, le livre ne s’intéresse pas qu’à Robespierre : c’est aussi un livre sur le rôle des femmes dans la Révolution, et sur la question féminine. S’agissant de Maximilien, Guillon rouvre au passage le dossier de sa vie privée, qui a fait couler tant d’encre : était-il un séducteur discret, un fanatique asexuel (le contraire de Danton), un homosexuel inavoué ? Dommage que l’auteur consacre tant d’énergie, dans ce livre par ailleurs intéressant, à dénigrer, sur un ton de fiel un peu gênant, ses confrères Bosc et Gauthier, historiens robespierristes connus pour leurs tendances hagiographiques ; le lecteur, spectateur de ce règlement de comptes dans une chapelle, se sent parfois de trop.

IMHO, 360 p., 18 €





