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Squid Games : une fable morale

En quelques semaines à peine, la série coréenne Squid Games est devenue un phénomène de société mondial, réunissant des dizaines de millions de spectateurs sur la plate-forme de streaming Netflix. Jean-Michel Blanquer lui-même s’est élevé contre cette œuvre, en appelant à notre « responsabilité collective » afin de ne pas la montrer à nos chers bambins incapables d’en saisir toutes les subtilités.

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© Netflix

Le succès de Squid Games n’est pas le fruit d’une frénésie collective imméritée. Cette série est une réussite formelle manifeste. Son scénario d’une grande intelligence est servi par un casting d’acteurs locaux remarquables, au sein desquels se distingue Lee Jung-Jae, émule asiatique de Fabrice Luchini et Roberto Benigni qui interprète le personnage principal Seong Gi-hun. Doté d’un comique naturel irrésistible, il a la qualité rare du clown capable d’émouvoir sans jamais céder aux sirènes du pathos, jusqu’à s’enlaidir. C’est d’ailleurs une marque de fabrique du pays de la dynastie Joseon que de ne pas verser dans cette épouvantable moraline occidentale qui a contaminé l’entièreté de sa fiction cinématographique.

Squid Games est une métaphore très pertinente de l’humiliation perpétuelle que peut constituer la vie moderne pour les plus faibles, obligés de s’humilier dans un néo-servage prenant les apparences de la liberté

Intense réflexion sur la cruauté de la vie coréenne pour les plus démunis, Squid Games est une fable morale qui est tout à fait transposable en France ou aux États-Unis. Elle présente des exclus, qu’ils soient des criminels marginaux ou des accros aux paris sportifs endettés, ayant l’espoir de se refaire financièrement en participant à un jeu secret dont ils ne connaissent pas les conséquences avant d’en être les acteurs. Recrutés dans la rue par un homme mystérieux qui teste leur détermination à s’avilir en leur balançant de grandes claques contre quelques billets, ces hommes et ces femmes sont ensuite conduits sur une île où les sévices les plus vicieux leur sont infligés au cours d’épreuves perverses servant de spectacle à une élite financière occulte prête à payer pour cet Intervilles mâtiné de snuff movie.

La première épreuve est une version meurtrière du Un Deux Trois Soleil de notre enfance, où les perdants sont impitoyablement fusillés. Perdre un seul jeu revient à perdre la vie. Chaque mort rapporte une somme d’environ 60 000 euros au pot commun des joueurs, au nombre de 500 au départ. S’ajoutent à ces quelques règles initiales d’autres lois, les participants pouvant décider d’interrompre l’évènement en votant à la majorité des survivants… à cette nuance près que les gains accumulés sont alors donnés aux familles des défunts des précédentes étapes. Étant économiquement contraints et au bord du gouffre, nombre des participants préfèrent donc risquer leurs vies plutôt que la perdre à petit feu en essayant de la gagner.

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Squid Games est une métaphore très pertinente de l’humiliation perpétuelle que peut constituer la vie moderne pour les plus faibles, obligés de s’humilier dans un néo-servage prenant les apparences de la liberté. Asservis, les personnages le sont autant à un système qu’à leur propre conditionnement mental, à leur faiblesse de caractère. Ils ne valent pas beaucoup mieux que leurs tortionnaires, s’abaissant au pire pour s’en sortir. Cette fable d’une grande noirceur parvient pourtant à émouvoir grâce à ses rares élans lumineux, l’innocence de l’enfance sauvant les âmes les plus égarées. Elle prouve aussi que la solidarité est probablement ce qui est le plus utile à la survie de l’homme, animal social dépendant de son groupe.

Il est donc curieux que Jean-Michel Blanquer s’attaque à une œuvre aussi hautement morale, sinon noble. Notre triste et défaillant ministre de l’Éducation nationale devrait plutôt s’inquiéter du fait que les plus jeunes reproduisent les jeux cruels de la série sans en saisir pleinement le message, ce qui en dit long sur l’esprit critique d’une génération aussi abêtie que la société décrite dans cette œuvre qui fera date.

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