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Sylvain du Peyroux : « Il va y avoir des émeutes de la faim et des vagues d’immigration »

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Publié le

11 mars 2022

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Alors que la guerre en Ukraine fait rage, deux des dix plus grands exportateurs de blé dans le monde voient leurs productions affectée par le conflit. Président du Comptoir Grainier du Centre et de l’Ouest, Sylvain du Peyroux craint une hausse générale des prix de l’alimentaire en France et une recrudescence de l’immigration africaine.
blé

Quelles peuvent-être les conséquences de la guerre russo-ukrainienne sur le marché agroalimentaire ?

Le marché est tout à fait mondialisé, mais la France, en qualité de cinquième productrice de blé au monde, n’a aucun risque de pénurie. Nous exportons entre 15 et 18 millions de tonnes par an. Le plus grand problème se situe au niveau des pays africains et moyen-orientaux. Depuis quelques années, ils se sont de plus en plus tournés vers les productions ukrainienne et russe. La production de blé russe a d’ailleurs doublé depuis quinze ans parce que Poutine a bien compris l’importance de cette arme. Les Russes ont donc pris beaucoup de parts de marché à l’export.

Les pays africains ont par ailleurs acheté beaucoup de bateaux de blé qu’ils n’ont pas encore reçus. D’ici un mois et demi, il n’y aura plus de blé en Afrique ! Évidemment, tout cela est sous réserve d’une stagnation de la situation actuelle. Mais même si la situation évolue, il faut que Poutine accepte de reprendre la circulation, et que les infrastructures des ports de Marioupol et d’Odessa soient toujours en bon état. Si les Africains ne peuvent pas acheter là-bas, ils vont devoir acheter en Europe, donc en France.

Lire aussi : Guerre en Ukraine : et la France alors ?

Par où passait le blé russe ?

De petites quantités passaient par Vladivostok, mais la plupart passait par la mer d’Azov et la Méditerranée. Le problème des ports russes de chargement de blé était qu’ils avaient des eaux moins profondes que les ports ukrainiens, ce qui a pu participer aux motivations du conflit. D’ailleurs, un autre problème agroalimentaire surgit : la Russie est un énorme producteur d’engrais.

Peut-on s’attendre à une hausse de l’immigration de la part des pays africains ?

Oui, tout à fait ! Il va y avoir des émeutes de la faim et des vagues d’immigration. Je ne vois pas comment il peut en être autrement !

Cette crise peut-elle être une bonne nouvelle pour les agriculteurs français si les prix augmentent ?

Oui, les céréaliers vont pouvoir vendre à de meilleurs prix. Le problème est cependant que les prix de l’essence et donc de l’exploitation des champs augmentent, tout comme le prix des engrais ! Un agriculteur qui vend des céréales va néanmoins avoir une très belle année lors de la récolte, en juillet 2022.

L’explosion des prix va se répercuter sur les éleveurs.

Cependant, on va peut-être assister à un drame en France pour les éleveurs. Ils achètent de l’aliment pour les animaux produit en France, dont les prix vont augmenter ! Si le prix des céréales monte, les céréaliers vont gagner de l’argent, mais les éleveurs qui achètent ces céréales pour leurs animaux vont le subir. Les céréales français vont chez les meuniers qui font de la farine, on verra son prix augmenter sans trop le subir, ou dans le bétail, ou à l’export.

L’explosion des prix va se répercuter sur les éleveurs. Or, les prix de la viande et du lait sont déjà très hauts, ce qui limite la demande. Les éleveurs sont déjà sous pression depuis plusieurs années, les conséquences seront dramatiques pour eux. Les problèmes peuvent d’ailleurs durer sur le long terme. Les blés de printemps et le maïs ukrainien ne vont pas pouvoir être semés. Or, le maïs influe énormément sur l’alimentation animale et la production de bioéthanol.

Lire aussi : Ukraine : la bataille de l’information

Doit-on s’attendre à une hausse des prix sur l’intégralité de l’alimentaire ?

Oui, je ne vois pas comment il peut en être autrement.

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