Le soleil brille et tape fort sur le Trocadéro. Entre midi et 14h, une foule immense se masse petit à petit sur la grande place. Les drapeaux français et pancartes « Ben voyons ! » sont de sortie ; toutes les générations sont présentes mais la foule est particulièrement jeune. Deux écrans géants sont déployés de part et d’autre d’un grand podium trônant face à la Tour Eiffel : l’organisation aurait coûté environ 1 million d’euros. Tout est en place pour un grand meeting qui devait redonner un ultime souffle à la campagne du candidat de Reconquête, tombé à 10% dans la plupart des sondages.
Les journalistes de Quotidien conspuent le drapeau bleu-blanc-rouge ; les fanboys du Z répètent en boucle ses meilleures punchlines, rien de nouveau sous le soleil. Tous croient à un succès complet.
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Après quelques vidéos, les soutiens d’Éric Zemmour se succèdent pour dresser un portrait élogieux du candidat. Stéphane Ravier chauffe habilement la foule avec un « Aux armes ! », drapeau français à la main. D’autres, comme ce fameux « Jean-Marc l’abstentionniste » ou Sébastien Meurant croient à un immense mouvement populaire de fond, impalpable à cause du « vote caché », voire même de « sondages truqués » pour Gilbert Collard. Avant l’arrivée du Z, Guillaume Peltier chauffe la foule avec un très bon discours aux notes historico-lyriques : du soleil d’Austerlitz à Cyrano, « avec Éric Zemmour, la France n’est pas un musée, elle est une épopée ! » clame-t-il, sans notes. Philippe de Villiers supplie les Français de voter pour Zemmour et Marion Maréchal, rappelle qu’« en 2060, la France sera l’Afrique » s’il n’arrive pas au pouvoir. En somme, il est le dernier espoir.
Éric Zemmour fait ensuite son entrée à la Macron, seul, du fond de la place, le visage fermé. Sur fond du thème principal du Puy-du-Fou, la foule est hystérique et agite une mer de drapeaux français. Qu’il est beau de voir une foule patriote s’élever contre sa mort ! Éric Zemmour s’avance mais ne sourit pas, son air est grave et pourtant, après seulement quelques mots et beaucoup d’applaudissements, on a l’impression de le voir lâcher une larme, ému d’avoir réussi à devenir pour certains le symbole de la survie nationale.
On ne retrouve plus l’homme qui casse les codes de la politique, qui recourt à de riches références historiques
Et pourtant, dès qu’il commence sérieusement son discours, c’est la déception. Le son est mal réglé : on ne l’entend qu’à peine sur l’aile gauche, et son ton est posé, trop posé. Là où on s’attendait à un discours qui exalte la foule, il déroule l’ensemble de son programme à coups de slogans, parfois un peu faciles, comme « je baisserai les impôts comme personne ne l’a fait ». En vérité, il a lissé son discours, sa manière de parler, pour redorer son image. On ne retrouve plus l’homme qui casse les codes de la politique, qui recourt à de riches références historiques. Sans construction particulière, il déroule de façon synthétique ses idées, fait huer massivement Valérie Pécresse et un peu moins massivement Marine Le Pen. Chose rare chez lui, il parle longuement d’universalisme en tendant la main aux musulmans.
Au fil de son discours, on voit les militants se forcer à y croire, à rester. Après quarante minutes, certaines personnes quittent le meeting. Est-ce parce que certains bus affrétés pour l’occasion doivent repartir en province ? Sont-elles déçues par leur candidat qui n’est pas ce jour-là au niveau de Villepinte ? L’on ne sait dire. La fin n’en reste pas moins très belle avec l’anaphore du « C’est nous ! » qui réveille les endormis, suivie par une belle Marseillaise chantée en chœur par tous.
En vérité, c’est un semi-échec pour Éric Zemmour qui est parvenu à mobiliser ses troupes pour le plus grand rassemblement de la campagne, et c’est à n’en pas douter un tour de force. Le discours est lui raté : assez décousu, manquant d’entrain, fait de slogans connus, il est peu probable qu’il permette de relancer le candidat.





