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Twitch : ceci n’est pas du sexe

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Publié le

3 août 2021

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Twitch

Avant d’étudier cette affaire, rappelons d’abord en quoi consiste Twitch. Lancé en 2011, le site permet à des « streameurs » de diffuser et commenter leur partie de jeu-vidéo en direct, leurs spectateurs pouvant interagir via tchat. Très vite, s’y sont greffés des compétitions de « sport électronique » et des marathons vidéoludiques caritatifs. La plateforme connut un succès fulgurant, au point d’être rachetée en 2014 par Amazon pour un peu moins d’un milliard de dollars.

Certains streameurs devinrent professionnels, tirant leurs revenus d’abonnements ou dons de spectateurs, de publicités diffusées sur leur chaîne et de la promotion de jeux-vidéo à leur communauté, Twitch récupérant une partie des gains. Le site, bien aidé par le confinement, constitua alors pour les plus jeunes une nouvelle télévision, à l’instar de YouTube et de Netflix.

Des personnalités politiques investirent même la plateforme, trop heureuses de renouer avec une cible électorale ayant déserté meetings et médias traditionnels. On pourra par exemple citer, en France, le « débathlon » de 2019, qui vit dix ministres, dont E. Philippe,  discuter avec de jeunes électeurs ou encore les récents entretiens de F. Hollande et J. Castex. Des célébrités mondialement connues, comme Neymar, possèdent également leur chaîne sur le site.

Ce nouveau type de programme consiste donc à voir de jeunes femmes en bikini trois fois trop petit se dandiner ou prendre des airs lascifs dans leur piscine ou baignoire

Mais qui dit GAFA, légitimation, publicités et personnalités publiques dit également changement de ton. Exit les « dérapages » de nerds adulescents et place, évidemment, au triste politiquement correct. La modération de la filiale d’Amazon procéda ainsi au bannissement de diverses chaînes, dont celle de D. Trump, tandis que les streameurs tiennent dorénavant leur tchat à carreau.

Fut également supprimé de Twitch, dans un sommet d’absurdité post-moderne, l’un de ses plus iconiques smileys, incarné par Ryan Gutierrez, personnalité de la scène des jeux de combat. L’homme eu en effet le malheur de tweeter un hommage à la manifestante tuée lors de la prise du Capitole de janvier, la comparant implicitement à G. Floyd, commettant ainsi un blasphème certain aux yeux de l’inquisition woke : « Y aura-t-il des troubles à l’ordre public pour la femme exécutée à l’intérieur du Capitole aujourd’hui ou la martyre MAGA mourut-t-elle en vain ? »

Or, tandis qu’il se lissait, le site vit l’émergence de streameuses qui préféraient mettre en avant leur décolleté plutôt que leurs talents vidéoludiques, sachant qu’elles trouveraient là un public majoritairement composé de jeunes hommes que l’on qualifiera poliment de réceptif. Selon la plateforme, d’habitude plus prompte dans sa folie épuratrice, ces femmes ne faisaient rien de contraire à son esprit, ne montrant rien d’explicite. Devant le succès rencontré, d’autres allèrent plus loin, exposant encore davantage leurs formes et abandonnant le jeu-vidéo au profit d’activités sans rapport, dorénavant autorisées par Twitch, telles que le « fitness », la « danse » ou le « yoga » (les guillemets ne sont pas là pour rien).

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Au printemps de cette année, un stade supplémentaire fut franchi avec l’apparition de ce qui a été désigné sous le nom de « hot tub » (« jacuzzi »). Ce nouveau type de programme consiste donc à voir de jeunes femmes en bikini trois fois trop petit se dandiner ou prendre des airs lascifs dans leur piscine ou baignoire. Les danses, poses et accessoires, de la banane gonflable à monter au masque de cheval (vous avez bien lu), sont choisis par les spectateurs en fonction de leurs dons.

La plupart des streameuses vont même jusqu’à écrire le pseudonyme de leurs plus gros admirateurs sur leur corps et visage contre plusieurs dizaines voire centaines d’euros. Devant la polémique, soutenue par des streameurs populaires outrés de voir leur plateforme associée à ce genre de commerce, Twitch créa une catégorie spéciale pour centraliser les « hot tubs », permettant également aux marques de ne pas y associer leurs publicités. Plutôt que d’interdire simplement la pratique, la succursale d’Amazon argua ainsi « qu’être considéré sexy par d’autres n’est pas contre [ses] règles et qu’[elle] ne prendra pas de mesures contre des femmes […] perçues comme attirantes ».

Bien que Twitch ait à ce jour tout de même banni les chaînes les plus explicites (et populaires), le site nie donc qu’il propose, volens nolens, un service de prostitution facilement accessible à un public mineur, le sexe tarifé n’ayant pas à être limité à l’acte en soi. Ses défenseurs estiment qu’il est aussi simple de regarder du porno sur la toile, omettant que le visionnage de celui-ci est encore au moins symboliquement considéré comme immoral, seulement possible sur des sites interlopes.

Piégés dans la solitude anomique de notre société liquide, mieux vaut pour les simps une relation factice avec une fille au corps de rêve que de faire face au néant désespéré de leur échec affectif dans le monde réel

Par opposition, Twitch, plateforme grand public, normalise de la sorte une pratique associée et en brouille les contours. Ainsi, pour Amazon, qui avait mis les livres de R. Camus à l’index, et sa filiale, il est donc tout à fait licite de vendre son cul à des gosses mais pas d’être de droite ! On notera enfin que le site se cache derrière un argument féministe, illustrant une fois de plus que le progressisme, au sens large, n’est que l’alibi « moral » de la cupidité capitaliste. En effet, si les streams de « hot tub » ne sont pas les plus populaires de la plateforme, ils comptent du fait de leur nature parmi les plus rentables.

Mais qui peuvent donc être ces individus prêts à dépenser de petites fortunes pour voir des femmes écrire leur nom sur leur front dans un jacuzzi ? Ce sont ce que les internautes appellent des « simps », c’est-à-dire des hommes prêts à tout pour la déesse qu’ils vénèrent, croyant voir dans la vénalité de cette dernière une forme d’amour. Résultat d’une société de la misère affective aux rôles inversés et au féminisme castrateur, leur nombre a explosé ces dernières années.

Leur représentant le plus célèbre est incontestablement le prince Harry, laissant sa femme le soustraire à ses fonctions royales et accuser la couronne britannique de racisme en échange de ses beaux yeux (et du reste). Cependant, il serait trop facile de ne voir dans ces simps qu’une bande de cyberlubriques aux fantasmes minables. Comme dit plus haut, le porno gratuit ne manque pas sur la toile. C’est qu’il y a donc dans ces « hot tubs » et pratiques similaires une chose que n’offrent pas les vidéos plus explicites. Cet élément, c’est le contact avec la femme convoitée, rendu possible par le tchat en direct.

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Ces streameuses ne remuent en effet pas seulement leur séant : elles discutent, prennent des nouvelles, encouragent, félicitent ou consolent leur communauté, devenant ainsi les petites amies ou maîtresses de centaines voire milliers de malheureux. Évidemment, plus l’on donne beaucoup et souvent, plus les chances d’être remarqué sont grandes, et plus le lien se renforce.

Qu’importe que cet échange soit intéressé. Piégés dans la solitude anomique de notre société liquide, mieux vaut pour les simps une relation factice avec une fille au corps de rêve que de faire face au néant désespéré de leur échec affectif dans le monde réel. Le nom écrit sur sa peau devient ainsi la preuve tangible et triomphale de « l’amour » que porte la streameuse à son fan dépensier, qui peut de cette manière signaler sa domination sur le reste des « prétendants », dans la misère humaine la plus primitive et barbare qui soit. Après avoir réduit les hommes en esclavage dans ses entrepôts, voici qu’Amazon renvoie donc les femmes au plus vieux métier qu’elles n’aient jamais exercé. Tu parles d’un progrès.

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