Un « rassemblement » entre isolement et division

@L'Incorrect

Ce dimanche se sont tenues les élections européennes. La vague populiste n’a pas eu lieu. Partout en Europe les résultats des partis souverainistes, patriotes ou populistes sont décevants, à l’exception notable de la Hongrie, de la Pologne, de l’Italie et de la France.

Cette victoire du Rassemblement National nourrit chez certains l’espoir de voir arriver au pouvoir une droite patriote en France. Dans notre pays, pourtant, en l’état actuel des choses, les patriotes ne peuvent espérer mieux que d’être éternellement les principaux opposants au « système ».

 

 

Ceux qui se présentent pourtant comme les tenants du « Rassemblement » pêchent justement par leur isolement stratégique et leur division idéologique.

Isolement car à droite, après la dégringolade des Républicains (8%) et l’éviction de Debout la France des radars politiques (3,5%), il ne reste donc plus que le RN.  Mais ce qui peut apparaître comme un boulevard tout tracé vers le pouvoir a pourtant des allures d’impasse. Le RN est seul. Sans concurrence certes, mais également privé de potentielles alliances. Or partout en Europe et même outre atlantique aucun des partis populistes au pouvoir n’y est arrivé seul en venant de ce que les médias nomment injustement l’extrême droite. En Pologne, en Hongrie et même aux Etats Unis c’est finalement la droite qualifiée tout aussi injustement de « traditionnelle » qui applique une politique protectioniste et identitaire. En Italie ou en Autriche, (oublions un instant le scandale qui a valu au FPO de perdre sa place au gouvernement) les partis populistes ont accédé au pouvoir grâce à des logiques de coalition. À l’entre-deux-tours de la présidentielle, une digue a été emportée par le soutien de Nicolas Dupont-Aignan, issu d’une droite des plus respectables, à Marine le Pen.

 

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Malgré cette avancée en matière de normalisation, lors de leur conférence de presse du 24 mai Marine le Pen et Jordan Bardella en ont appelé au vote utile des électeurs LR et DLF, s’attirant l’ire de leur ancien allié. Ce dernier avait pourtant été le premier à refuser la proposition d’alliance de Marine le Pen et, après avoir lancé sa campagne sur le thème de l’union des droites et échoué à l’appliquer, il n’avait pas eu besoin de cet événement pour voir ses sondages s’effondrer. De son côté la droite « traditionnelle », celle qui ne perd jamais une occasion d’appeler au Front Républicain, n’a eu que la monnaie de sa pièce. Ainsi, ce qui avait tout d’une stratégie de la terre brûlée aurait-il dû être évité ? Rien n’est moins sûr, mais quoi qu’il en soit le résultat reste le même. Victorieux donc, au milieu d’un champ de cendres, le RN savoure un triomphe au fort arrière-goût de victoire à la Pyrrhus.

 

Tout n’est pourtant pas perdu pour ceux qui espèrent l’avènement d’un Orban ou d’un Salvini en France. Plus que jamais nos idées sont dans toutes les têtes.

Les républicains se sont effondrés. Bonne nouvelle pour qui connaît la propension de ce parti à trahir des promesses toujours plus alléchantes. Mais quelle leçon en tirer ? Comment cette droite « traditionnelle » a-t-elle pu passer de 20% au premier tour de l’élection présidentielle de 2017 à 8% aujourd’hui ? Car une large part de son électorat est âgée, effrayée par l’idée de changements brutaux. La rhétorique du « moi ou le chaos » d’Emmanuel Macron leur était toute destinée et a visiblement eu l’efficacité escomptée (27% des électeurs de Fillon se sont tournés vers la liste de la République en marche selon Frédéric Dabi, directeur général de l’ifop).

Au milieu d’un champ de cendres, le RN savoure un triomphe au fort arrière-goût de victoire à la Pyrrhus

Un autre pan de son électorat s’est tourné vers le vote utile contre Macron. Reste donc, essentiellement, à l’issue de cette campagne très versaillaise, marquée par les positions sociétales de François-Xavier Bellamy et axée sur la défense d’une civilisation, les électeurs les plus convaincus, réactionnaires et catholiques du socle électorale LR. Avec 1,9 millions d’électeurs, Bellamy égale d’ailleurs le score de François Fillon lors de la primaire de la droite en 2016.

 

La deuxième limite du camp patriote français, au-delà de l’isolement stratégique, est donc la division sur le fond. Alors que Salvini affirme son refus de l’immigration, brandissant un chapelet et en appelant à la Vierge Marie, alors que le Parti Droit et Justice au pouvoir en Pologne reste ferme tant sur la souveraineté nationale que sur le refus de la culture de mort, le RN de Marine le Pen reste silencieux sur ces questions depuis la Manif Pour Tous, laissant aux républicains l’électorat catholique et attaché à l’ordre moral.

 

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Une division des forces nourrie par une incohérence de fond. Bardella semble l’avoir compris puisqu’il a osé prendre position sur l’affaire Vincent Lambert une semaine avant les élections, nous donnant des raisons d’espérer pour l’avenir. Un rassemblement digne de ce nom ne pourra être incarné que par une synthèse entre la défense assumée de l’identité et la fermeté sur les questions sociétales. La victoire, quant à elle, ne sera possible qu’à côté de ce qui fut le Front National et qui, isolé, en a conservé le plafond de verre.

 

Aymeric Vincent

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avincent@lincorrect.org

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