Cela fait plusieurs mois que le Rassemblement national «travaille» Marie-France Lorho, députée de la 4e circonscription de Vaucluse et successeur de Jacques Bompard. À la manœuvre, Sébastien Chenu, qui ne veut pas perdre l’occasion de garder un député supplémentaire en vue de constituer un groupe à l’Assemblée nationale. Pour le RN, la 4e circonscription est une terre en or. Elle a élu deux fois Bompard, en 2012 et en 2017. À la dernière présidentielle, Marine Le Pen y a fait 55,9 %.
En novembre, à l’occasion d’une visite dans le Vaucluse, Chenu rencontre discrètement Marie-France Lorho chez Philippe de Beauregard, maire RN de Camaret-sur-Aygues, une commune proche d’Orange. « Nous étions plusieurs, à la fédération, à lui dire de venir chez nous », nous confirme l’élu. Mais Lorho n’ose pas. Pas encore. « Je ne peux pas faire cela à Jacques [Bompard] », confie-t-elle à ses proches. Malgré la campagne présidentielle, durant laquelle Lorho parraine et soutient Éric Zemmour, les discussions se poursuivent.
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Zemmour et Marion ont décliné
De son côté, Jacques Bompard a, lui aussi, des projets. Si la candidature de son épouse et ancien maire de Bollène, Marie-Claude, est vite abandonnée, il propose la circonscription à Éric Zemmour lui-même, puis à Marion Maréchal. Il insiste lourdement mais les deux déclinent. Reconquête propose alors la candidature de Stanislas Rigault, le responsable de Génération Z. Refus de Bompard : un parachutage, pourquoi pas, mais pas d’un novice. Rigault finira par atterrir à Cavaillon, 50 kilomètres plus bas.
Décidément très convoitée, la circonscription fait aussi l’objet de toutes les attentions de Marine Le Pen. Elle envisage d’y parachuter Alexandre Varaut. Ancien député européen villiériste, un temps proche de Guillaume Peltier, Varaut est un des avocats de Marine Le Pen dans l’affaire des emplois fictifs du Parlement européen. Mais la candidature de l’avocat parisien soulève une bronca parmi les militants locaux du RN. Elle est donc oubliée, et finalement, c’est un dénommé Damien Broc, un ancien adhérent de Debout la France, recommandé par Thierry Mariani, qui est investi à la fin du mois de mars. Une investiture en trompe-l’œil qui n’enthousiasme pas grand-monde.
« Toujours sur les conseils de Sébastien Chenu, Marie-France va donc voir Jacques Bompard et lui expose l’idée d’une candidature d’union ». Le 9 mai, le Rassemblement national officialise la candidature de Marie-France Lorho. Et dans un communiqué, Jacques Bompard approuve donc et même revendique la candidature. « Il fait contre mauvaise fortune, bon cœur », relative un ancien proche du couple.
Côté RN local, la candidature Lorho est accueillie fraîchement. Une quinzaine de militants – dont le propre frère de la candidate ! – s’en plaignent le 4 mai à Jordan Bardella, président du RN, avant même que la candidature ne soit officialisée
Le RN en reconquête à Orange
Affaibli par son retrait forcé de la politique après sa condamnation et par les défaites de Marie-Claude aux municipales et aux cantonales à Bollène, l’ancien maire d’Orange n’avait guère le choix. Difficile de vanter l’union des droites et de ne pas la faire quand elle est possible.
Côté RN local, la candidature Lorho est accueillie fraîchement. Une quinzaine de militants – dont le propre frère de la candidate ! – s’en plaignent le 4 mai à Jordan Bardella, président du RN, avant même que la candidature ne soit officialisée. « Marie-France Lorho, uniquement devenue député en 2017, grâce à Jacques Bompard, […] n’a quasiment rien produit à l’Assemblée nationale, ni pour sa circonscription, ni pour les idées du camp national. Elle n’a été que le pantin de la Bompardie ces cinq années écoulées », écrivent-ils dans une lettre que nous nous sommes procurée. En grève, ils refusent donc de faire campagne. Aujourd’hui, Lorho se présente encore comme membre de la Ligue du Sud. Au moins pour le temps de la campagne. Parce qu’auprès de la préfecture, elle s’est bien déclarée comme candidate du RN, avec le rattachement financier correspondant. De même, elle ne fait pas non plus mystère de son intention de siéger au sein du groupe RN à l’Assemblée. On vous l’avait dit : à la fin, c’est Marine Le Pen qui gagne. ?





