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Yrieix Denis : « L’Église catholique a besoin de faire justice »

La « Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église » (CIASE) a remis un épais rapport, recensant 150 000 à 300 000 victimes depuis les années 50. Si la lumière sur ces agissements était nécessaire, la méthode ayant présidé à l’élaboration de ce rapport sous la houlette de Jean-Marc Sauvé n’est pas sans poser quelques questions. Notre collaborateur Yrieix Denis, qui travaille depuis plusieurs années sur la question des abus dans l’Église, réagit à cette publication.

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© DR

Il semble que la conférence des évêques de France ait confié les clefs de la commission à Jean-Marc Sauvé, lequel a choisi des chercheurs de l'Inserm travaillant dans les « études de genre » et qui concluent logiquement, alors qu’on ne leur a rien demandé, que l’Église catholique serait une structure de domination patriarcale. Trouvez-vous ça sain ?

Ce serait une erreur de réduire la Commission Sauvé, qui a rassemblé des dizaines de spécialistes, à une seule de ses « expertises » (aussi stupide soit la thèse défendue). Ce serait trahir le travail des médecins, des juges, des historiens, des théologiens, mais aussi des évêques, des religieux et des religieuses qui les ont accompagnés. Mais ce serait surtout une nouvelle façon d’étouffer le cri des victimes. Ce sont d’abord à ces dernières et à leurs témoignages qu’il faut revenir. Ils sont d’une tristesse infinie. Ils appellent à la révolte, au sursaut, à la compassion. Et plus que tout, à la foi la plus charitable, aussi charitable qu’il a fallu être héroïque pour endurer les sévices qu’ont subies les victimes et en témoigner aujourd’hui à visage découvert. On répondrait mal à ce scandale, au contraire, en cédant à l’effroi et en se focalisant sur les points de faiblesse du rapport.

Lire aussi : Abus dans l’Église : pères et pairs de la trahison

Points de faiblesse qui méritent évidemment une réponse. D’autant que la publicité du rapport, après des décennies de discrétion, de secret, de déni ou d’omerta, démultiplie la charge tragique et scandaleuse des crimes qui ont été commis au sein de l’Église par des clercs (et des laïcs !) qui ont trahi leur sacerdoce et les brebis qu’ils avaient sous leur responsabilité. Le phénomène est d’autant plus cruel que neuf clercs justes payent de leur honneur pour un coupable. Il faut donc trier le bon grain de l’ivraie, avec sang-froid, en ayant en tête trois objectifs : répondre à la souffrance des victimes, renforcer un droit canon et une juridiction canonique affaiblis tout au long du XXe siècle, et protéger le « peuple de Dieu ». Certains gardiens du Royaume ont trahi notre Souverain et Créateur. Celui-ci s’adresse aujourd’hui à notre conscience, aussi douloureux soit cet appel. À nous de l’entendre, à nous d’y répondre, avec force, avec compassion, avec justice.

Quelles sont les racines de ce scandale ?

Il est évident que ces crimes ont de multiples facteurs d’explication. La perversité, l’incurie, la faiblesse et la misère, la lâcheté, la libido dominandi… la liste mérite une somme de théologie morale. L’institution médicale, à laquelle se sont remis de nombreux évêques, mais aussi la justice pénale, ont une grande part de responsabilité dans ce scandale. L’excuse de la « domination patriarcale » est donc aussi commode qu’elle est idéologique et réductrice. Elle manque l’essentiel : « le mal est venu par ceux qui apportent le Salut », quels qu’ils soient, hommes, femmes, clercs ou laïcs. Et il a frappé les enfants de Dieu. Voilà qui doit nourrir notre révolte et faire tomber les écailles de nos yeux. Comment comprendre un tel scandale ? On sera surpris de l’entendre : il suffit d’ouvrir la Bible pour connaître l’avertissement de Dieu sur la question. Le mal n’est-il pas entré dans le monde par un ange ? Combien de personnages au cœur ambivalent ou mauvais sont racontés dans la Bible ? Combien de mauvais « sages », combien d’imposteurs et de menteurs ? Que nous disent seulement les psaumes ? Certains seraient pourtant tentés de désespérer de l’Église. [...]

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