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Antipop : Brassens, l’homme pantoufle

Avant que ne soit commémoré en octobre le centenaire de la naissance de Georges Brassens, prenons les devants et gâchons d’emblée la fête : le moustachu égrillard de la chanson franchouille n’est le monument de rien si ce n’est de la beauferie autorisée parce qu’il commit trois rimes riches et, non, il ne fut pas plus un poète véritable qu’un anticonformiste. Sur le premier point, il eut du moins la décence de l’admettre et c’est bien le seul trait d’intelligence qu’on lui reconnaîtra ici. En effet, lorsque l’Académie française lui décerna le Grand Prix de poésie en 1967, Brassens, dans un éclair de lucidité, commenta : « Je ne pense pas être un poète... Un poète, ça vole quand même un peu plus haut que moi. » C’est le moins qu’on puisse dire.

Complètement au ras du sol, de Margot dépoitraillée au gorille à grosse bite, l’érotisme bas-de-gamme de Brassens se résume à une complicité salace de foule en manque

Régressif et graveleux

Complètement au ras du sol, de Margot dépoitraillée au gorille à grosse bite, l’érotisme bas-de-gamme de Brassens se résume à une complicité salace de foule en manque, au clin d’œil lubrique, aux jouissances de frotteur campagnard. Alors certes, maintenant que les ayatollahs châtrés de Médiapart le persécutent pour misogynie et phallocratie, on serait presque tenté de le défendre sur ce plan, mais quand même pas. Ni sulfureux ni sensuel, Brassens était juste régressif et graveleux. Une libido de caserne, de l’humour de caserne, des dictons de caserne : « Quand on est con, on est con ! », « les copains d’abord », et avec tout ça, pourtant, une prétention délirante d’échapper à la meute. [...]

Mourir peut attendre : notre critique

Cinq ans après les évènements du douteux Spectre, on retrouve un Bond à la retraite en Jamaïque. Entre temps, il s’est débarrassé de sa femme Madeleine Swann, toujours incarnée par Léa Seydoux, dont il pense qu’elle a voulu le faire assassiner. À Kingston, Bond se laisse convaincre par la CIA de  récupérer une arme bactériologique volée au MI-6 par l’organisation Spectre, apparemment toujours vivante. Il se trouve alors opposé au nouvel agent 007 que campe Lashana Lynch, et découvre une machination qui dépasse largement le cadre de Spectre et menace, une fois n’est pas coutume, l’existence même de l’humanité. Ce faisant, il sera forcé de collaborer avec son ex-femme et se confrontera à Rami Malek, l’un des méchants les plus fantomatiques de l’histoire de la franchise, voire, allons-y franchement, de celle du cinéma.

Ce long-métrage ne prend jamais le temps de développer la psychologie des personnages et les querelles qui les habitent, trop occupé à servir sa dose de James Bond aux fans pour les adieux de Daniel Craig

Car autant le dire tout de suite, ce film est globalement raté. Déjà, nous le disions, par le manque de saveur de son antagoniste principal, et du danger qu’il représente. On croit voir un méchant générique, comme un avatar pas encore personnalisé. Bond lui-même, de retour pour une dernière mission, semble agir automatiquement, parce qu’il faut bien donner son quota d’héroïsme à Sa Majesté. On perd l’implication personnelle du héros dans le drame, pourtant une des marques de fabrique des Bond de Craig, qui avait trouvé son apogée dans le quasi-parfait Skyfall. On cherche bien à lier le personnage de Rami Malek, dont le nom vaguement oriental ne mérite pas une recherche de votre serviteur qui l’a oublié, au passé de Madeleine, mais la tentative est oubliée en chemin. Et pourtant, ce lien, ainsi la relation entre Madeleine et James, problématiques introduites dans une longue scène prégénérique époustouflante, qui laisse présager le meilleur, aurait dû être le cœur du long-métrage. [...]

L’Atalante : notre critique

Film culte de toute une génération de cinéastes, film DR maudit connu pour avoir provoqué la mort de son réalisateur Jean Vigo, épuisé par une post-production houleuse, L’Atalante est l’objet cinéphilique par excellence. Mutilé par des producteurs timorés, l’œuvre a connu bien des remontages et ses multiples légendes ont un peu occulté ce qui demeure un des chefs-d’œuvre du réalisme magique. L’occasion de le redécouvrir en salles dans une version plus ou moins « director’s cut », qui laisse la part belle à ses digressions oniriques et à ses plans inoubliables. […]

Monsieur cinéma d’octobre – Les Intranquilles : admirable !

L’écran est encore noir, mais le bruit de la mer est réconfortant. Un va-et-vient doux, au tempo reposant. Leïla dort sur la plage, sa respiration épouse le bruit des vagues, et le réalisateur s’attarde sur ce corps apaisé tandis qu’apparaît, en lettrines opales, ce titre étrange et beau : Les Intranquilles. Son mari, Damien, et son jeune fils, Amine, filent au large sur un Zodiac sautant d’une vague à l’autre comme un cheval les haies d’obstacle. Le réalisateur belge ouvre ainsi son film sur le tableau idyllique d’une petite famille en vacances.

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Soudain, Damien arrête le moteur du canot et saute à la mer après avoir lancé à son fils : « Je rentre à la nage, ramène le bateau, vas-y, tu sais faire ! » La caméra se tient éloignée des visages, la scène est rapide, trop pour nous déstabiliser d’autant qu’Amine ramène en effet le Zodiac. Leïla (Leïla Bekhti, sublime de justesse), l’attend et, étrangement, ne semble pas surprise. Son inquiétude se porte plus loin. Elle scrute l’horizon, se hisse sur les rochers pour apercevoir une silhouette, jette un regard inquiet à son téléphone sans trop y croire quand son mari surgit finalement à contre-jour. Leïla l’appelle en feignant le réconfort, l’épouse prend le ton d’une mère, quand, au plan suivant, le couple réuni danse amoureusement. La caméra est immersive, Lafosse filme à hauteur de visage, les corps se frôlent, les bouches s’effleurent, comme pour montrer que dans cette étrange relation, le désir brûlant des premières heures ne s’est pas encore éteint. [...]

Eugénie Grandet : notre critique
L’écrivain-réalisateur Marc Dugain reste pour son cinquième long-métrage à la frontière des deux arts avec l’adaptation du roman éponyme d’Honore de Balzac, qui conte l’histoire d’une jeune fille de la bourgeoisie marchande saumuroise bouleversée dans sa vie monotone par la passion violente que lui inspire son cousin débarqué tout fraichement de Paris. Dugain restitue avec talent l’ambiance de l’œuvre balzacienne : on est bien au cœur des scènes de la vie de province. [...]
Station opéra : envoûtant Don Giovanni
À Salzbourg des ouvriers vident une église blanche. Don Juan prend ses quartiers devant l’autel dépouillé : un marteau remplace le tabernacle. Dieu a-t-il déménagé ? Dans la fosse, les accords de Mozart éclatent comme le cri de l’homme perdu. La baguette de Teodor Currentzis est plus fiévreuse que jamais. Côté scène, Romeo Castellucci a tout réglé au millimètre. Son théâtre se dispense de didascalies : les idées se font matière, d’où surgissent des tableaux d’une puissance visuelle irrésistible. C’est un spectacle hors du temps, au symbolisme hardi – les métaphores sont légion, jamais explicites, parfois obscures. Tels ce piano et cette voiture tombant des cintres dans un bruit fracassant, ou cette photocopieuse qui remplace le catalogue des femmes. [...]
Les critiques musicales de septembre

NEUF ET AUTHENTIQUEMENT RETRO

The Globeflower Masters Vol.1, Glenn Fallows & Mark Treffel, M.Bongo, 12€

Présente-t-on encore ici l’inénarrable Label M. Bongo, dont on ne cesse de vanter les pépites dans ces pages ? Glenn Fallows & Mark Treffel ont concocté un succulent premier album chatoyant, feutré et intemporel ! Un retour vivifiant dans les bandes-son classiques des séries des années 60 et 70 où l’on retrouve d’évidentes références aux compositions de David Axelrod, Piero Umiliani, Gainsbourg, Jean-Claude Vannierand et Ennio Morricone dans cette façon de spatialiser les éléments, de faire se côtoyer des lignes de basse psychédéliques et des essaims de cordes, sans oublier ce sens aiguisé du drame traversant tout l’album The Globeflower Masters Vol.1 (Vivement le volume 2) ! L’aplomb acquis par les expériences scéniques et les enregistrements de ces deux gars de Brighton est stupéfiant. Une œuvre sans plagiat ni redite qui expose l’auditeur à une palette de sentiments allant du spleen au festif. Un futur classique à ne pas manquer. Alexandra Do Nascimento […]

Romain Lucazeau : « La SF permet de montrer les limites de l’esprit humain »

Romain Lucazeau s’est imposé en 2016 comme une nouvelle plume de la SF hexagonale sur laquelle il fallait compter : avec Latium, il signait un impressionnant space opera où se mêlaient influences gréco-latines et sense of wonder typiquement britannique, dans le sillage du regretté Iain M. Banks. Il revient en cette rentrée littéraire là où on ne l’attendait pas, loin du roman-fleuve qui l’a fait connaitre. La Nuit du Faune est à la fois d’une ambition démesurée et d’une simplicité désarmante. Conçu sur les bases d’un poème théogonique, il met en scène une étrange fillette nommée Astrée et un faune avide de connaissance dans un futur lointain où la civilisation terrienne n’est plus qu’un mythe.

Ce qui commence comme un conte pour enfant vire très vite à la fable métaphysique : Astrée emmène le faune dans un voyage supraluminique aux confins du monde connu, afin de le confronter aux mystères de l’espace et de la création même. Méta-civilisations belliqueuses, entités galactiques omnipotentes et autres révélations sur la nature profonde de l’univers sont au menu de cet époustouflant voyage littéraire qui s’impose à la fois comme un hommage à la proto-SF de Cyrano de Bergerac et comme une vibrante déclaration d’amour à la force démiurgique de l’imagination.

Au départ, La Nuit du Faune était un poème en prose. On pense aux récits théogoniques d’Hésiode.

Oui, il y a aussi une influence prégnante des romantiques allemands et de leurs chants de la nature. Je voulais déployer une sorte de description du monde en allant chercher du merveilleux dans les interstices de la science. Une description du monde réenchantée par l’imagination, mais dans les contraintes de la science. Sachant qu’aucun éditeur significatif ne publie plus de poésie en prose, la bascule s’est faite très vite entre la forme poétique et le conte, j’ai voulu aller chercher du côté du conte pour enfant qui glisse progressivement vers le conte philosophique.

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Ici, votre geste poétique rejoint la tentation démiurgique.

Tout à fait. Il s’agit de raconter le monde tel qu’on voudrait qu’il soit, de ré-enchanter les espaces silencieux et infinis de la science. J’ai voulu imaginer comment pourraient s’intriquer nos connaissances scientifiques avec l’existence des dieux et des puissances cosmiques. Il s’agit d’utiliser le matériau scientifique pour faire de la poésie, il s’agit de poétiser le monde, de retrouver la poésie du cosmos derrière l’univers désenchanté des modernes. Il s’agit d’un cheminement existentiel, celui de l’héroïne Astrée, qui dit qu’elle est devenue folle parce qu’il n’y a plus rien à découvrir. Elle repart en voyage pour retrouver l’émerveillement, tout comme je suis reparti en écriture. [...]

L’Incorrect

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