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Jim Kirkwood : Le maître du donjon

Venu de la scène métal, il a vite délaissé les guitares pour les synthétiseurs et a produit jusqu’à aujourd’hui un nombre incalculable d’albums confidentiels témoignant d’une inspiration sans cesse renouvelée. Face à la mode actuelle et à l’admiration que lui vouent certains jeunes musiciens, il reste d’une humilité confondante et préfère parler de « Zeitgeist » (la faute à l’air du temps).

Pouvez-vous revenir sur vos débuts en musique ?

Ma vocation a commencé le jour où j’ai ramené un album de Black Sabbath à la maison et que j’ai vu le choc sur le visage de mes parents. J’ai ensuite commencé à jouer de la guitare et me suis associé avec quelques amis pour former un groupe, mais nous n’avons jamais vraiment été plus loin que nos chambres. J’ai écouté tous les groupes de métal des années 80, Motörhead, Metallica, Venom, Celtic Frost… mais dans les années 90, j’en ai eu assez. Toute cette nouvelle dimension satanique du métal n’était pas pour moi.

Lire aussi : Dungeon synth : une musique dont vous êtes le héros

C’est la découverte de Klaus Schulze qui me convainquit de me lancer en solo. Le fait qu’une personne puisse réaliser autant de choses dans la plus complète solitude m’a ouvert les yeux. Je me suis retiré dans un exil que je me suis imposé, mon « Donjon », après avoir acheté tout le matériel que je pouvais, dont un magnétophone à huit pistes et un synthé Roland D50 sur lequel je compose toujours. [...]

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Réhabiliter Claude Sautet : entretien avec Ludovic Maubreuil

Pourquoi est-il nécessaire de réhabiliter Claude Sautet ?

On se souvient de Vincent, François, Paul et les autres, qualifié par les Cahiers du cinéma, avec un jargon typique de leurs années Mao, de « condensé humaniste-poujadiste-réviso », de Serge Toubiana se pinçant le nez devant Un Coeur en hiver « sentant le formol », ou encore de l’absence de Sautet parmi les « 100 meilleurs films français » des Inrockuptibles. Sautet est en fait bien souvent loué ou méprisé pour les mêmes raisons : les histoires qu’il raconte primeraient sur la façon de les filmer. Or c’est bien l’art subtil de sa mise en scène qui porte ces récits. Les Mac-mahoniens ne s’y étaient d’ailleurs pas trompés : eux qui célébraient les réalisateurs parvenant à circonscrire le monde dans une forme avaient encensé Classe tous risques dès sa sortie.

Comment qualifier son style ?

Son classicisme est détraqué, et sa modernité entravée. Pour tenter de cerner le nouvel ordre esthétique qu’il déploie, on pourrait faute de mieux le qualifier de néo-classique : il garde du classicisme le goût des intrigues claires, de la mise en scène sobre, mais il y injecte de nombreux traits modernes, comme le recours excessif à l’ellipse, les jeux de répétition, le traitement particulier des corps. Et cette modernité est à son tour bridée : le formalisme pas plus que la déstructuration ne prennent le dessus. [...]  

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La chute du faucon noir : notre critique

La 4K c’est comme la 3D, un gadget inutile pour la majorité des films. Mais lorsque les progrès technologiques de l’image sont pensés pour eux, l’expérience vous marque au fer rouge. En sortant en 2001, La Chute du Faucon noir avait réussi l’exploit de maintenir durant près de 2 h 30 ce que Spielberg avait offert pendant vingt minutes avec Il faut sauver le soldat Ryan trois ans plus tôt, soit la guerre à hauteur d’homme. [...]  

Lire aussi : Antoinette dans les Cévennes : notre critique

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La loggia vide : Hommage à Philippe Jaccottet

J’ai découvert « A la lumière d’hiver, » de Philippe Jaccottet, un jour d’août, au jardin du Luxembourg. Depuis, j’ai pris l’habitude, aux beaux jours, d’emporter toujours, dans mon sac de toile, ses carnets de verdure et ses pensées sous les nuages. A l’annonce de sa mort, le 24 février, je revis Grignan, « le lieu entre tous les lieux », gardé par la montagne de la Lance et l’ombre du Ventoux, ses paysages de grand vent, de grands ciels, de fleurs, de flots de lumière et d’ombres. Dans ces paysages avec figures absentes, où bat un cœur inquiet, un lyrisme sobre cherche les signes de l’invisible. De cette poésie, à la fois paysage et contemplation, transparence et obstacle, Jean Starobisnki a magnifiquement parlé.

La poésie de Jaccottet, ce n’est pas qu’eaux et forêts, pivoines et rouges-gorges, et pensées délicates. S’il est vrai que toute poésie est, selon Starobisnski , « la voix donnée à la mort », la mort est bien présente dans l’œuvre du poète vaudois, mais sans effusions

Je me souviens d’une visite, avec une amie de jeunesse, dans sa maison de Grignan. Je revois un couloir avec un vélo, une pièce claire comme un aquarium, des tableaux, et un regard posé sur ses visiteurs, d’un bleu profond et attentif. Tant de simplicité imposait à des étudiantes auxquelles on professait, à la Faculté, que les poètes sont des voleurs de feu, et la poésie, une « parole apophatique ». Lui, se voulait déchiffreur du réel, attentif aux signes, non pas phare mais berger. Ce jour-là, il nous parla de l’exercice exigeant de la traduction - il traduisait le Journal de Musil - qu’il pratiquait avec la même humilité que la poésie. On connaît ses traductions des romantiques allemands, Novalis, Holderlin, Rilke, celle d’Ungaretti, son adaptation de l’Odyssée. Si je ne fus pas fidèle à l’hermétisme encombrant des poètes allemands, je dois à Jaccottet la lecture, toujours fidèle, de Gustave Roud et de Ramuz et de m’intéresser à la Suisse romande au si beau nom. Du poète, j’ai gardé une dizaine de lettres, écrites de sa belle écriture penchée comme ailes d'oiseau. Quand on lui écrivait, en effet, il répondait toujours, avec une attention extrême. Dans la pure tradition des Lettres à un jeune poète, il donnait des conseils sans jamais risquer quelque effraction que ce fût dans une liberté créatrice.

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Antoinette dans les Cévennes : notre critique

Des mois qu’Antoinette attend l’été et la promesse d’une semaine en amoureux avec Vladimir. Alors, quand celui-ci annule leurs vacances pour partir marcher dans les Cévennes avec sa femme et sa fille, Antoinette ne réfléchit pas plus longtemps et se jette sur ses traces ! Mais à son arrivée, point de Vladimir – seulement Patrick, un âne récalcitrant qui va l’accompagner dans son singulier périple. [...]  

Lire aussi : Pacific Rim : Notre critique

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Dungeon synth : une musique dont vous êtes le héros

Depuis une dizaine d’années, on voit l’imaginaire de la décennie 80 imprégner une génération de jeunes créatifs ou artistes qui ne l’ont pourtant pas connue. Musiciens, plasticiens ou réalisateurs s’emparent de ces archétypes eighties qui semblent incarner à leurs yeux une sorte d’âge d’or auréolé de fantasmes afin de cultiver cette esthétique rétro-futuriste que le post-moderne affectionne tant. Les publicitaires ont quant à eux perçu l’intérêt qu’il y avait à flatter la génération Mitterrand, qui fut la première à se voir soumise à une culture globalisée (dessins animés japonais, films américains, musique anglo-saxonne…) où l’enfant devint subitement l’axis mundi d’un Occident immobilisé et peu à peu converti au syndrome de Peter Pan.

Le culte du passé

Désormais, l’enfant des années 80 est chef d’entreprise mais il continue de téter les mamelles de sa nostalgie, quadragénaire épris de sa culture-doudou et bien décidé à faire valoir son pouvoir d’achat par la collectionnite. Si l’on ne compte plus les chaînes YouTube qui passent en revue les lubies adolescentes des années 80, depuis quelque temps, c’est au tour des millenials de s’engouffrer dans cette vogue passéiste. Comme si la pop culture ne pouvait survivre que par le fétichisme et la répétition de son propre passé sans cesse recyclé. Un bégaiement facilité par les modes de diffusion actuels : dans un monde où tout est immédiatement accessible, ou plus rien, de fait, ne peut être sacralisé, on recherche désespérément le « culte », le « cryptique » et à réinventer une culture underground, fût-ce à partir d’un passé fictif… [...]  

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Nabe, l’arrière-garde suisse

Nabe sort son nouveau pavé, Les Porcs 2, auto-financé et auto-édité dans le silence assourdissant des médias. On aimerait souligner l’effort… mais Nabe, l’exilé volontaire en Suisse (ce pays de ploucs financiers), qui se permet régulièrement de déverser sur la France son ire ultra-mondaine de métèque parvenu, de dégobillant pamphlétaire, de déserteur baffré aux confitures, ne le mérite peut-être plus. Automate en roue libre, crécelle de mirador, Nabe c’est la petite voix discordante qui essaye tant bien que mal de caracoler en tête de vos souvenirs – à défaut des ventes. Il fait chauffer l’eau de son bain à force de cramoisir d’abandon à Lausanne, il se hérisse comme Iznogoud, il prend des selfies de cul avec sa poule pour nous prouver qu’il est heureux. Instagrammeur avant Instagram, Conversano avant Conversano, Nabe met en scène son quotidien de suppôt de lui-même myope, il a envie d’exister à tout prix, il s’agite dans sa grenouillère lie-de-vin, il fulmine, il pérore, il tempête dans son habituelle métrique bloyenne-pour-les-nuls et qui ne fait plus lever aucun sourcil – si ce n’est peut-être dans son entourage de midinettes et de flamberges molles.

La vérité sur Vincent Reynouard, franchement, qui ca intéresse ?

Dans Les Porcs 2, il entend bien tirer à vue sur tout ce qui bouge, « dire la vérité ». La vérité est sûrement bonne à dire, mais dommage : ici, elle ne s’applique qu’à une chapelle minuscule et sinistre, celle des « révisos » et autres fours à merde de la dissidosphère qu’il fréquenta assidûment pendant des années – probablement au nom de la littérature. La vérité sur Vincent Reynouard ou sur Salim Laïbi, franchement, qui ça intéresse ? Nabe, apparemment, puisqu’il dégoise presque sans fin sur ces lugubres personnages seulement connus par les soraliens de la première heure – et sur plus de 1 000 pages. La vérité sur les cloportes peut-elle produire de la littérature ? [...]

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Éditorial culture de mars : La mort de P-G de Roux

Pierre-Guillaume de Roux s’est envolé et, avec lui, un certain degré de légende comme une certaine notion de l’honneur en littérature. Je me souviens très bien comment on m’avait interrogé à son sujet, en 2017, lorsque Le Monde préparait un dossier à charge contre l’« éditeur des maudits ». J’avais alors passé une heure dans un café avec un journaliste qui souhaitait me questionner sur Pierre-Guillaume en vue de cet article. Le garçon était sympathique, il s’était montré vraiment curieux, sincèrement intéressé par ce que je lui rapportais de mon expérience du milieu littéraire des dix dernières années : les « affaires », les faux scandales, la mainmise d’une certaine gauche et ses oukazes, et comment Pierre-Guillaume était un homme libre et non la caricature à quoi son journal avait prévu de le réduire.

Lire aussi : Éditorial culture de février : Mais les Cosaques ne meurent jamais

Le journaliste prenait des notes, me relançait, paraissait tout comprendre et admettre. Quand nous nous levâmes, il m’invita en me disant : « C’est la presse bien-pensante qui paye ! » J’avais souri et lui avais rétorqué que la Bien-Pensance avait cet avantage d’être aussi bien-payée, ce qui n’était pas le cas des articles que j’écrivais, alors, ni celui de Pierre-Guillaume qui pouvait éditer Tarr, de Wyndham Lewis, le vorticiste anglais, et investir dans une traduction de 400 pages pour ne vendre que quelques centaines d’exemplaires de ce chef-d’œuvre des avant-gardes que personne, si ce n’est lui, n’aurait eu le courage de proposer au public. [...]

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