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Station opéra : Vaine sophistication
Son geste est une alliance miraculeuse d’expressivité et de rigueur. Son orchestre Musicaeterna est suspendu à la moindre inflexion de sa baguette. Quelle que soit la partition, il ausculte chaque note dans une quête infatigable de raffinement. Jusqu’à prendre ce risque si familier au dandy : le maniérisme. Ses lectures des grands chefs-d’œuvre ont tout pour flatter ou irriter les mélomanes : clarté mordante, lignes ciselées, contrastes poussés au paroxysme. Comment être indifférent à la démarche artistique de ce démiurge sensible et visionnaire, qui revendique son combat contre le « musicalement correct » ? [...]
Guido Crepax : Ciao Valentina !

Grâce à l’audace de son onirisme, la densité de son personnage Valentina, et l’excellence de son coup de crayon, Crepax bouleversa les codes techniques et narratifs du 9e art européen, offrant à la bande dessinée un monument d’érotisme aristocratique et cérébral. Pourtant, au contraire d’un Manara, il ne dépassa jamais le succès d’estime et le statut de dessinateur pour spécialistes. Quel dommage !

Une tardive reconnaissance

L’argument est simple : Valentina Rosselli est une jeune photographe reporter indépendante qui évolue dans des milieux variés et rencontre au hasard de ses pérégrinations un personnage insolite aux pouvoirs surnaturels, Neutron, qui se révélera être Philip Rembrandt, un critique d’art américain. Créées en 1965 dans le contexte italien des années de plomb, les aventures de Valentina ne rencontrent cependant pas le succès escompté. En France, sur une période de trente ans, plusieurs éditeurs – Losfeld, Dargaud, Futuropolis, Albin Michel – publient moins de la moitié de l’œuvre avant de déclarer forfait. Enfin en 2015, Thierry Groensteen, directeur de collection « L’An 2 » chez Actes Sud, publie Valentina 1 – Biographie d’un personnage et Valentina 2 – Fréquentations dangereuses, ainsi qu’un bon nombre d’inédits traduits en français. L’amorce d’une sortie du « purgatoire » ? [...]

Chronique d’Anna Magdalena Bach : notre critique

Le cinéma du couple Straub-Huillet n’a pas vraiment passé le cap des années 80 : trop exigeant, trop dépendant d’une certaine Nouvelle Vague qui s’entichait des postures du Nouveau Roman ou du théâtre brechtien… Pourtant, leur œuvre recèle quelques perles comme cette Chronique d’Anna Magdalena Bach, l’un des rares films à véritablement montrer la musique, au lieu de sombrer dans l’hagiographie crétine ou le pensum musicologique.

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Jean-Pierre Bacri est mort, « fait chier ce con »

Le cinéma et le théâtre sont en deuil. Dans le noir depuis leur fermeture, leur pénombre a depuis ce lundi une teinte encore plus triste. Jean-Pierre Bacri a quitté la scène, définitivement. « Je n’ai pas peur de la mort puisque je serai le dernier au courant », disait-il en 2017. C’est sans compter son public qui ne savait pas qu’un cancer le rongeait. Ils étaient nombreux ce lundi 17 mars à relire deux fois les dépêches qui inondaient leurs téléphones, refusant de croire que leur Droopy national ne grognerait plus de sa voix bégayeuse, cette voix trop sincère pour ne pas hésiter.

Né le 24 mai 1951 à Castiglione (aujourd'hui Bou Ismaïl) en Algérie, Jean-Pierre Bacri découvre le cinéma grâce à son père facteur en semaine et ouvreur de salle le week-end. Rapatrié avec ses parents en 1962, il débarque à Paris douze ans plus tard. Sa jeunesse à Cannes ? « De l’ennui. Et de l’attente. Une attente infinie, attente d’être adulte. Je me revois encore boire café sur café dans les milk-bars à côté du lycée avec la conscience d’attendre. Je n’étais pas malheureux. Mais je rêvais de liberté », dira-t-il au Monde en 2011. « Et mon rêve s’est réalisé. Je ne savais même pas à quel point être adulte était bien. Je le suis devenu quand j’ai débarqué à Paris, que je suis rentré dans un cours d’art dramatique et que, d’un coup, la culture, les textes, la liberté me sont tombés dessus. Paris, c’est l’affaire de ma vie ». [...]

La Bibliothèque du jeune européen : notre critique
Se proposant de ré-anoblir le politique par la transmission des grandes œuvres, cette bibliothèque remplit tout à fait son objectif et réussit à brosser un très large panorama de la pensée européenne, dans le temps et dans l’espace. Mais le choix des textes interroge. Certes, les auteurs préviennent que le lecteur risque d’être « déçu de l’absence de tel ou tel auteur de son goût ». Notre problème est plus essentiel : comment penser l’Europe sans la Bible, les pères de l’Église et les encycliques ? Proudhon ne disait-il avec justesse « qu’au fond de la politique nous trouvons toujours la théologie » ? [...]
Scandales sexuels à Saint-Germain – Michel Crépu : « La littérature a de moins en moins d’alliés dans la place »

Cela fait quatre rentrées successives, si l’on compte Orléans, de Yann Moix, que les règlements de comptes publics concentrent toute l’attention médiatique. Que pensez-vous d’un tel phénomène ?  ?

J’aurais tendance à vous dire que c’est un signe de faiblesse de la littérature que de privilégier assez systématiquement le matériau biographique de ce type et de draguer de ce côté-là tout ce qu’il est possible de ramener. Je viens de lire le livre de Camille Kouchner : il est intéressant, mais enfin, il ne m’a pas fait un grand effet d’un point de vue littéraire, c’est le moins qu’on puisse dire. Je fais le même constat sur les autres livres de ce genre.

Jabberwocky : notre critique

Avec ce premier long-métrage Terry Gilliam s’émancipe des Monty Python et impose un univers plus personnel, une féerie médiévale et non-sensique dont on voit déjà les prémisses dans Sacré Graal. Librement inspiré d’un poème de Lewis Carroll, Jabberwocky est une sorte de conte de fées absurde travaillé par l’inversion oulipienne et un certain sens du grotesque proche des enluminures et des chimères dont Gilliam raffole.

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Sébastien Lapaque : Beauté divine !

Après avoir découvert que notre monde était devenu invivable, votre personnage, un professeur d’histoire-géographie parisien nommé Lazare, l’appelle « l’Immonde ». Pourquoi cette qualification ?

À l’origine, l’Immonde était une atmosphère. Une atmosphère que je n’ai pas besoin de détailler. Il suffit de se promener dans un centre-ville changé en galerie marchande, de passer trois heures au téléphone à rétablir sa connexion internet ou de tchatter sur un « site de rencontres totalement non-payant pour trouver l’amour » pour en ressentir immédiatement le dégoût. Les premiers lecteurs de Ce monde est tellement beau m’ont cependant suggéré de proposer une « théorie de l’Immonde ». Ce que fait Lazare pour moi, à la fin de la première partie du roman : « En rompant tout lien avec la réalité, l’univers sans regard qui s’était substitué à celui de la nature imposait aux individus de vivre sous le régime de la meute. Créé par l’artifice du commerce et du capitalisme, il se définissait par la rencontre de la technique, du collectif et de l’abstrait. Cette doublure qui enserrait la réalité pour la rendre inaccessible, c’était l’Immonde. » Par là, vous aurez compris que l’Immonde est le régime ordinaire des adorateurs de la Bête.

Votre roman est découpé en trois parties, « avant la loi », « sous la loi », « sous la grâce ». Est-ce l’histoire d’une libération, comme celle du peuple de Dieu dans la Bible ?

C’est en effet l’histoire d’une libération totale, en trois temps qui épousent à la fois les trois temps de La Divine Comédie – L’Enfer, Le Purgatoire, Le Paradis – et trois âges de l’humanité évoqués par saint Augustin. Nous n’avons pas le choix : toute vie est soit une dégringolade dans le néant soit une ascension vers la lumière. Avant de pouvoir vivre sous le régime de la grâce, l’humanité tout entière et chaque individu en particulier sont obligés de se souvenir de la loi de Moïse. [...]

L’Incorrect

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