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Dian Hanson : Du mythe, du muscle et des courbes

Dian Hanson a longtemps œuvré pour la presse masculine et conçu une collection d’ouvrages évoquant le versant « cool » de « l’americana sexualis », la libido américaine. Elle souligne le rôle essentiel qu’ont pu jouer les femmes artistes dès le début des pulps (ces petits fascicules populaires aux couvertures aguichantes) dans les années vingt, jusqu’aux célèbres Rowena Morril et Julie Bell, toujours très actives, lesquelles, à l’instar de leurs collègues masculins comme Frank Frazetta ou Boris Vallejo, ont toujours su faire primer l’imaginaire sur l’idéologie. Ce monde de guerriers et de fières amazones affrontant des monstres surgis de l’enfer peut faire sourire. Pourtant, en découvrant cette bible de l’art pop fantastico-érotique, on comprend vite qu’à rebours des préjugés de l’époque, un féminisme ni puritain ni infecté de misandrie est possible et que certains dessins médiévaux fantastiques valent bien la plupart des installations promues par la DRAC.

Aujourd’hui le puritanisme ne vient-il pas essentiellement du camp progressiste ?

Je suis issue d’une génération antérieure. Il est vrai qu’il existe aux États-Unis des inégalités entre les sexes et que depuis le début de l’humanité, l’homme a représenté le sexe le plus fort. Les femmes doivent savoir réagir lors de situations ou des hommes essaient de profiter d’elles. Pour autant, le discours victimaire n’est pas sain. Quand un homme nu sous son peignoir dans sa chambre d’hôtel montre son sexe à une femme, la meilleure option reste de regarder son pénis et d’en rire. Dans tous les cas, on ne devrait pas censurer les grandes œuvres d’art. Robert Crumb a été attaqué sur internet par des femmes qui pensaient que ses dessins reflétaient son comportement, alors qu’il est très timide. [...]

La vie qui danse

Il y a la vie, et au-dessus d’elle l’ombre de la mort. Celle-ci rend-t-elle celle-là vaine et absurde ? Ou bien la lumière de la vie et de l’amour est-elle plus forte que l’obscurité ? C’est sous le signe de ce drame fondamental de l’existence humaine que s’inscrit Le temps d’une allumette d’Agathe Chenevez. La vie est comme une allumette, qu’on craque, qui éclaire et puis qui s’éteint. Gabriel est un petit garçon de dix ans, atteint d’un cancer, il sait qu’il va mourir. Il va consumer ses dernières forces, ses dernières semaines à illuminer les autres, en aimant, en répandant joie et paix sur son passage.

La pièce oscille tout du long entre colère, désespoir, larmes, d’une part, et joie, beauté, couleurs, musique, espérance, de l’autre. Mais c’est une beauté qui n’ignore pas la fragilité et la mort, qui les sait, les combat, ou plutôt sourd d’elles – « la beauté de l’espoir douloureux » (p.127). Sur son chemin de croix, Gabriel rencontre Camille, dont il partage la peine mais aussi l’aspiration à une beauté plus forte et plus vaste : [...]

Le rap : Du ghetto à la domination mondiale

Le rap est originellement une musique urbaine, forcément liée à une contestation sociale et au déracinement des communautés immigrées. Sa préhistoire correspond aux premières tendances immigrationnistes des grandes puissances occidentales. En France, le regroupement familial a créé un appel d’air qui a profité au Capital et a contribué à la formation d’une contre-culture d’opposition, fermentée par des conditions de vie précaires et, plus tard, encouragée par l’ingénierie sociale propre à la gauche mitterrandienne, à ses think-tanks et à quelques organismes factieux comme SOS Racisme. D’un côté, la culture urbaine des minorités est née d’une légitime tentative de résistance culturelle face à un parcage généralisé dans des banlieues sinistres ; de l’autre, il a été peu à peu porté au pinacle par la politique socialiste, toujours désireuse de culpabiliser les Français et de stigmatiser l’héritage colonial.

De la contestation sociale à l’apologie maffieuse

L’histoire du rap est donc intrinsèquement liée à celle de l’immigration post-industrielle et à l’idéologie globaliste. Les premiers rappeurs ont trouvé leur inspiration à la fois dans la culture punk et dans les musiques noires populaires : jazz, soul et funk. Il s’agissait avant tout d’exprimer la voix des ghettos avec des moyens faméliques : c’est pourquoi, très vite, le rap s’est servi d’échantillons sonores et a privilégié la scansion du « spoken word ». Mais contrairement au punk ou au rock, le rap véhicula à ses débuts des valeurs plutôt positives : il fallait sortir du ghetto à tout prix, s’extraire de la dynamique mortifère des gangs, s’adapter et s’intégrer. Le grand tournant, c’est l’arrivée des majors qui découvrent là une musique simple à produire, simple à enregistrer, et surtout des artistes relativement malléables car pressés de s’extraire de leur condition sociale. [...]

Mulan : notre critique

Après Le Roi Lion, Le Livre de la jungle ou encore La Belle et le clochard, Disney continue sa (rentable) stratégie de reproduire en films tous leurs succès passés de l’animation. Mulan qui devait au départ sortir en salles en mars, après avoir été reporté, débarque finalement sur Disney +. C’est toujours ça que nos enfants ne verront pas, sauf si vous avez un abonnement à la plateforme de streaming dont nous pouvons vous conseiller fortement de le résilier fissa (On vous refourguera The Mandalorian sous le manteau).

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Raskar Kapac : « Nos vingt artistes raskar-kapiens constituent une aristocratie d’esprit »

Pouvez-vous revenir sur les circonstances de la fondation de Raskar Kapac, et sur l’esprit si singulier, si mousquetaire de cette gazette ?

Raskar Kapac est une momie de papier fondée en janvier 2016 derrière laquelle se cachent trois amis : Archibald Ney, Maxime Dalle et Yves Delafoy. Pendant ces quatre dernières années, nous avons voulu faire réémerger des figures tutélaires et des phares inactuels. Vingt hommes se sont succédés sur le bûcher de Raskar Kapac ; vingt visages, vingt icônes profanes qui nous fixent quelques caps aventureux, nous aident à vivre, parce que, comme vous le savez, l’une des vocations de la littérature est « d’aggraver notre quotidien ». Quand on goûte à l’énergie vagabonde de Sylvain Tesson, que l’on découvre La Strada de Fellini ou une expédition de Tabarly autour du monde, on ne peut en ressortir que grandi, prêt à se découvrir et à expérimenter ses passions ; de nouveaux rêves émergent en plein jour. Chaque numéro de Raskar est une occasion de se confronter à soi.

Qu’est ce qui fait l’unité des portraits littéraires que Raskar a choisi de brosser ?

Dans cette seconde Anthologie figurent les dix derniers numéros de la revue. Il est vrai que sur un plan social et politique, on peut à juste titre s’interroger sur les attaches communes entre Drieu et Fellini. Les personnalités et les parcours n’ont pas de correspondance particulière, les vies et les passions sont souvent dissemblables. Mais pourtant... Il y a une chose qui réunit ces dix personnages, c’est une manière d’être au monde. Ces hommes de destin sont absolument fidèles à leur sensibilité. Ils ont une éthique impérieuse qu‘ils font exploser à la face du monde, parfois de manière scandaleuse, parce que la vérité vécue choque toujours les êtres pétris de confort intellectuel. Nos vingt artistes raskar-kapiens constituent une aristocratie d’esprit, à l’esthétique orgueilleuse, qui ne s’indexe pas sur la morale publique ou sur un programme politique, mais qui se place sous l’humble égide de Zarathoustra et Baudelaire. [...]

Éditorial culture #37 : Un édito positif
Aujourd’hui, je voudrais faire un édito positif. Certes, mon principe hygiénique a toujours été de me faire un nouvel ennemi chaque mois, mais l’année 2020, dont je louais le bel effet miroir en janvier dernier, m’a fait prendre conscience qu’on ne pouvait pas se tenir perpétuellement sur une ligne agressive. C’est adolescent, facile et, parfois, inapproprié. Par exemple, me plaindre que la Covid chinoise, tout en fermant nos bars, tout en interdisant nos flâneries, tout en gâchant le charme essentiel qu’on peut trouver à l’existence et qui tient finalement à notre disponibilité totale au miracle, que cette épidémie, dis-je, ait épargné Pierre Perret me choque, voilà un ressenti légitime, mais formuler une telle récrimination serait-il futé ? Je ne le crois pas. L’année a été pesante, il est temps de se laisser porter par un bel élan de renaissance et qui ne se formalise pas outre mesure des médiocrités accidentelles. [...]
Partout, les saints : Carlo Acutis

Ça semble si facile quand on le voit, souriant, en haut d’une montagne après une rando. Sur sa photo qui restera iconique, le jeune homme pourrait être notre cousin, notre frère, notre fils. On se dit que notre génération ne produit plus de saint, qu’à notre époque ça n’est plus possible, vous comprenez, le monde est trop compliqué, et avec le prix de l’immobilier et les téléphones chinois, hein ma bonne dame… Et puis arrive Carlo, qui se pointe comme pour demander quelle est notre excuse au juste pour ne pas rejoindre Dieu.

Pourtant, rien ne le prédestinait particulièrement à cette ferveur tranquille. Carlo naît dans une famille sans histoire, catholique de parvis, croyante mais sans plus. Dès son plus jeune âge, il casse les pieds de ses darons pour systématiquement visiter l’église du bled dans lequel ils voyagent. Au lieu de le faire tester pour troubles obsessionnels compulsifs, ses parents le soutiennent dans sa foi, ou plutôt dans ce qu’ils croient être une lubie enfantine. Ça lui passera bien, se disent-ils.

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Jeanne d’Arc au kaléidoscope

Sans conteste aucun, le XVe siècle est l’une des périodes les plus fascinantes de l’histoire nationale. Tout s’y joue peu ou prou, et c’est elle qui accouchera de l’État-nation français moderne, animé par l’esprit de la Renaissance et sur le point de dominer l’Europe. Peu de choses n’ont pas déjà été écrites à son sujet, mais le célèbre médiéviste Philippe Contamine réussit pourtant à lui porter un éclairage nouveau. Se soustrayant à l’essai d’histoire politique classique, il multiplie les points d’entrée dans d’érudits et dynamiques essais, ayant pour fil conducteur la perception qu’ont eue de Jeanne d’Arc ses contemporains et leurs descendants.

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L’Incorrect

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