Skip to content
L’orphisme ou la première dissidence

On peut dater son début des écrits d’Onomacrite, qui fut une sorte de compilateur de récits orphiques et disait parler au nom du Roi des Poètes lui-même. L’orphisme serait apparu non en Grèce véritablement mais sur l’île de Samothrace, au VIe siècle avant notre ère : donc influencée par la pensée indo-européenne et orientale qui infusait alors cette partie de la Méditerranée. On estime sa fin près de 1 000 ans plus tard, dans le sillage des mouvements néo-pythagoriciens, ce qui en fait l’un des cultes secrets les plus étendus dans le temps.

Cette longévité incroyable ajoute encore à son mystère : comment ce mouvement dissident, cryptique, souvent moqué par les penseurs et les tragédiens de son époque (Aristophane et Platon en tête) a-t-il pu embrasser une aussi longue période tout en conservant le noyau de son intégrité initiatique ? Car l’orphisme, avant d’être une pensée, est un culte à mystère qui prônait, outre le végétarisme et la métempsycose, auxquelles on l’a trop souvent résumé, une réelle tentative de sortir de la prison cosmique par le salut. [...]

Notre-Dame de Paris, la nuit du feu

Sous le crayon d’Yvon Bertorello et dans un scénario d’Arnaud Delalande, Notre-Dame de Paris, la nuit du feu retranscrit fidèlement cette catastrophe vécue avec intensité par toute la France et le monde entier le soir du 15 avril 2019. Elle nous transporte dans un voyage à travers le temps et nous replonge dans les grands moments de sa construction jusqu’à la messe célébrée par le Général de Gaulle à la Libération en passant par les tumultes de la Révolution française et le sacre grandiose de Napoléon. [...]

Lupin : un beau loupé

Le voici enfin le fameux « Arsène Lupin d’Omar Sy », celui que brandissait en étendard les racialistes de gauche il y a quelques mois tout heureux d’annoncer qu’enfin « un noir » jouerait un héros français. Bien évidemment, certain accueillirent l’annonce comme une provocation, d’autant plus qu’Omar Sy se révéla en 2020 aussi désagréable à la ville qu’il peut être agréable à l’écran : entre appropriation culturelle du « Black lives matter », soutien au cirque Traoré et appel à la haine contre la police française, le tout depuis sa luxueuse villa de Los Angeles, cela faisait beaucoup pour un seul homme. Pardonnez-lui, l’Atlantique déchainé et les incendies d’Antifa obstruaient sans doute un tantinet la mire de sa longue vue.

Quelques énervés rétorquaient qu’en outre « un noir ne pouvait jouer Arsène Lupin » et « pourquoi pas Napoléon pendant que nous y sommes » ?

Mother’s day : notre critique

Dans les années 1970, Lloyd Kaufman fondait Troma, une boîte de prod’ spécialisée dans les comédies trash à petit budget et les films d’horreur décalés. Le film culte de 1985, The Toxic Avenger (Lloyd Kaufman et Michael Herz) est par exemple l’un de ses faits d’armes. Bref, Charles Kaufman, frère de Lloyd, réalise en 1980 Mother’s Day, un film-hachoir sans le sou mêlant horreur et humour.

Lire aussi : Industry : notre critique

Trois femmes décident de passer un week-end en forêt, mais les voici séquestrées et torturées par deux frères marginaux élevés par leur vieille mère dans une maison reculée. Ces deux compères idiots et gavés de télé et de gadgets par leur mère représentent le devenir pathologique de l’Américain moyen se vautrant dans la consommation et le divertissement de la violence. Une série B trash et jouissive qui propose une critique sociale sans se prendre au sérieux.

Mother’s day (1980) de Charles Kaufman avec Nancy Hendrickson, Deborah Luce, Tiana Pierce.…

Spilliaert est-il le dernier génie belge ?

Léon Spilliaert, qui fait enfin l’objet d’une exposition exhaustive au musée d’Orsay, incarne à merveille ce génie belge, entre symbolisme chatoyant et réalisme fantastique : sa peinture évoque tout l’impensé d’un Occident parvenu à ses fins par l’industrie mais qui voit bientôt revenir, par l’effet d’un violent larsen, toutes les métamorphoses fatales de son inconscient défriché. Alors, Spilliaert est-il le dernier grand Belge ? Marc Obregon en semble en tout cas convaincu.

OUI. IL INCARNE L’ESPRIT D’OSTENDE

Qui a connu les plages désertes d’Ostende, son ciel d’un gris uniforme qui épuise l’horizon, ses lavis pluvieux qui semblent détremper la ville, qui a erré dans ses rues où plane encore l’âme mélancolique d’une station balnéaire qui fut prestigieuse et où se pressaient les têtes couronnées d’Europe, celui-là saura apprécier Spilliaert à sa juste mesure. Le peintre belge est natif de cette ville et y a même passé l’essentiel de sa vie – si l’on excepte quelques courts séjours à Bruxelles. Comme pour Rodenbach avec Bruges ou Verhaeren avec l’arrière-pays flamand, il y a entre Spilliaert et Ostende un lien presque mystique, la ville rejoignant pour lui un espace purement mental avec ses perspectives accusées ou brisées, et les rotondités de son architecture. Si la peinture de Spilliaert captive autant l’imaginaire, c’est parce qu’Ostende le hante, avec la Mer du Nord et son appel figé au voyage. Spilliaert du reste n’aura de cesse de vouloir parcourir le globe et dira dans une lettre qu’il était prêt à brûler tous ses dessins pour un tour du monde. Las, il ne quittera jamais la Belgique, comme si son sort était lié irrémédiablement à sa ville.

Lire aussi : Éditorial culture #38 : L’apocalypse est décevante

OUI. IL RELIE PEINTURE SYMBOLISTE ET CINÉMA[...]

Industry : notre critique

Industry nous plonge dans l'affreux monde de la finance, à la City plus précisément, au cœur de la banque Pierpoint & Co tout heureuse de recruter un groupe de jeunes loups prêts à tout. Olivier Stone avec Wall Street (1987) mais surtout Martin Scorsese dans son excellentissime Le Loup de Wall Street (2013) nous avaient déjà prévenus : bienvenue chez les dégénérés.

Lire aussi : Greenland, le dernier refuge : notre critique[...]

Antipop : L’assassinat de Lucky Luke par le lâche Jul

C’était l’évènement de décembre 2020, un nouvel album de Lucky Luke pour un Noël certifié politiquement correct, par les bons soins du scénariste Jul et du dessinateur Achdé, qui venaient de prostituer le cowboy solitaire aux obsessions du temps. En effet, dans Un Cow-boy dans le coton, Luke allait se confronter à la question raciale aux États-Unis, la mémoire de l’esclavage et la représentation des minorités, en somme, l’une des figures majeures de la bande-dessinée franco-belge et de notre imaginaire enfantin allait se retrouver aussi blindé de catéchisme progressiste qu’une série Netflix. En arrière-plan, le péché originel du genre, Tintin au Congo et ses clichés coloniaux, qu’il était urgent de racheter par une mise à jour retentissante. Ainsi le cowboy à mèche eut-il pour mission de corriger les dérapages du reporter à la houpette.

Les nouveaux chevaliers errants

L’argumentaire qui sous-tend cet album est typique du néo-progressisme américain : on nous apprend qu’en fait, un quart des cowboys ayant été noirs, il serait urgent de corriger l’image ethno-centrée que les westerns nous ont donnée de cette figure. Sauf qu’une œuvre de fiction n’a pas pour vocation de refléter les apparences de la réalité, un tel objectif constituerait en outre une terrible régression dans le processus de représentation lui-même. C’est tout prendre au pied de la lettre pour tout raccrocher ensuite au train d’une idéologie délirante. [...]

Charlotte Prunier-Duparge : « Avec Hollywood qui s’effondre, le cinéma français a une vraie carte à jouer »

Comment avez-vous accueilli l’annonce de ne pas rouvrir les salles de cinéma le 15 décembre ?

Très mal. L’apprendre quatre jours avant a provoqué bien plus qu’une incompréhension, une grande colère. L’annonce nous est tombée dessus comme un couperet, alors que nous travaillions sur cette réouverture depuis près de trois semaines. Tout était prêt pour accueillir le public selon un protocole sanitaire bien plus strict que dans la plupart des commerces qui ont pu rouvrir. Apprendre cette nouvelle en même temps que le grand public révèle un grand manque de considération des professionnels du cinéma, et une profonde méconnaissance du fonctionnement de notre industrie.

Comment définiriez-vous un « cinéma indépendant » ?

On parle de « cinéma indépendant » par opposition aux salles de circuits, ces structures qui détiennent un grand nombre d’établissements – souvent des multiplexes – et occupent ainsi une place prépondérante sur le marché. La notion d’indépendance se retrouve également dans les choix de programmation, dont nous sommes les seuls décisionnaires. Une caractéristique importante des cinémas indépendants réside par ailleurs dans le fait que la plupart d’entre eux sont classés « Art et Essai », un classement que l’on obtient à condition de consacrer une part importante de sa programmation à des films « recommandés art et essai ». Cette recommandation est décernée par un collège composé de cinquante professionnels représentatifs des différentes branches du secteur (auteurs, réalisateurs, producteurs, distributeurs, exploitants, etc.) Ce classement est assorti d’une subvention qui nous aide à poursuivre ce travail exigeant. [...]

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest