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Sélectron des plus belles victoires de Napoléon

1. Auzterlitz, 2 décembre 1805

C'est une perfection. Point barre. À midi, lorsque Jean Rapp descend les pentes du Pratzen en hurlant « Faisons pleurer les dames de Saint-Pétersbourg ! », et repousse l'élite de l'armée russe constituée de la fine fleur de sa noblesse, à un contre quatre évidemment, la bataille est gagnée alors qu'il est à peine l'heure de l'apéro. Abandonner la forteresse naturelle du Pratzen la veille de la bataille, anticiper par où en descendra l'ennemi sûr de sa supériorité de placement, et le surprendre là où il était le plus difficile d'attaquer : Napoléon s'est permis un geste d'une audace folle en donnant la veille au soir un discours dans lequel il expliquait son plan à l'intégralité de la Grande Armée. Fou mais galvanisant. D'aucuns diront que les batailles parfaites sont ennuyeuses, façon Gaugamèles. Ce n'est pas faux, tout le monde préfère les Thermopyles à Platées ou Salamine.

Alors certes, Austerlitz n'a pas l'intensité dramatique de ses soeurs, mais c'est l'illustration la plus chimiquement pure de l'art français de la guerre. Foch l'a théorisé en trois principes : économie des forces, concentration des efforts, autonomie des forces. Napoléon a disposé sur son aile droite pile le bon dosage de forces, ce qui lui a permis de concentrer la force de larges réserves au bon endroit, et a laissé à ses échelons intermédiaires une juste liberté d'action. Principe de subsidiarité. Preuve que la doctrine sociale de l'Église ça fonctionne pour faire marcher en bonne intelligence une usine de pneus ou de yaourts, mais aussi pour écraser des coalitions de manière propre et nette.

2. Iéna-Auestaetdt, 14 octobre 1806

Allemagne, octobre 1806. Les Prussiens, effrayés par la mise sous tutelle de l’Allemagne rhénane par Napoléon par le biais de la confédération du Rhin suite à sa victoire sur les Austro-Russes à Austerlitz, viennent de déclarer à la France. Napoléon envahit la Saxe, royaume allié à la Prusse où se trouvent les troupes de Frédéric-Guillaume III. Après avoir perdu les premières échauffourées, les armées prussiennes refluent. Pour les poursuivre, Napoléon divise ses forces en deux. Il commande le corps principal lui-même et confie l’autre, une grosse avant-garde, à Davout. Le 14 octobre, les deux corps français tombent chacun sur une partie des forces prussiennes, Napoléon à Iéna et Davout à Auerstaedt.

Principe de subsidiarité. Preuve que la doctrine sociale de l'Église ça fonctionne pour faire marcher en bonne intelligence une usine de pneus ou de yaourts, mais aussi pour écraser des coalitions de manière propre et nette

C’est d’ailleurs le maréchal de fer qui a face à lui le gros des hommes de l’adversaire. La double bataille s’engage et tourne très rapidement à l’avantage des Français. Des deux côtés les Prussiens, moins organisés, moins déterminés et moins aguerris, sont menacés d’encerclement et d’annihilation totale. Pour échapper à cette perspective peu réjouissante, ils fuient, des deux côtés encore une fois, dans le plus grand des désordres. La cavalerie légère française est donnée, massacre les fuyards ou les capture par centaines. Les bagages des Prussiens sont saisis le jour-même à l’entrée de la ville de Weimar et la reine de Prusse n’échappe que d’un rien à la capture. La Prusse, qui passait pour avoir la meilleure armée du monde depuis la guerre de Sept Ans, est écrasée en deux semaines et renvoyée au statut de puissance secondaire.

3. Montreau, 18 février 1814 :

Pour la première fois depuis 1793, des troupes étrangères foulent le sol Français. Après la débâcle russe et l’échec de sa campagne d’Allemagne de 1813, Napoléon a face à lui toute l’Europe, bien décidée à en finir avec l’arrogance de cette France qui la mène à la baguette depuis vingt ans. L’Empereur a perdu ses meilleures troupes dans la neige des steppes russes et la boue de Leipzig, et a constitué en urgence à l’hiver une armée faite de jeunes gens à peine adultes, les Marie-Louise, du nom de l’Impératrice, et de vétérans rappelés d’Espagne. Armée de bric et de broc qui ne pèsera pas lourd, de l’avis de tous, face aux centaines de milliers d’hommes de tout le continent qui fondent comme un torrent sur la France. Les armées alliées pénètrent en France au début du mois de janvier, divisées en trois  : le groupe Nord, commandé par le traître Bernadotte, le groupe Silésie commandé par le Prussien Blütcher qui progresse le long de la Marne et le groupe Bohême commandé par l’Autrichien Schwarzenberg qui avance en suivant la Seine. C’est à ces deux derniers corps que Napoléon va le plus s’opposer.

Jean Hautepierre : un poète de notre temps contre son temps

Depuis Apollinaire, la poésie française tend à se diviser en deux écoles antagonistes, ou plutôt que l’on a voulu telles au bénéfice de la seconde : celle qui maintient le magistère du vers régulier, mais un magistère affable qui accorde à Maurras même, à l’intraitable Maurras, une certaine licence prosodique, et celle qui se moque des règles classiques, qui les jette à la voirie, mais qui, dans les meilleurs des cas, en réinvente pour son usage exclusif, aussi rigoureuses, aussi sévères que celles auxquelles obéissaient Valéry et Aragon, ou, plus près de nous encore, Jacques Audiberti, le libertaire Jean Cuttat ou le réactionnaire Jacques Réda.

À cet égard, cette seconde école pourrait se prévaloir de l’avertissement d’Apollinaire selon qui l’esprit nouveau devait se réclamer « avant tout de l’ordre et du devoir qui sont les grandes qualités classiques par quoi se manifeste le plus hautement l’esprit français, et il leur adjoint la liberté ». Il y aurait bien entendu beaucoup à dire à ce sujet, beaucoup à nuancer, et, pour m’en tenir à notre temps (et pour mieux me faire comprendre), je renvoie le lecteur à ces deux poètes lumineux que sont le très regretté Yves Martin et notre cher Jacques Sommer, dont la poésie relève de la plus pure évidence épiphanique. [...]

Traité de la vie élégante : Décadence de la Chine

Et de fait, c’est dans cet esprit-là qu’il sortait du métro porte de Vanves, à deux pas des Puces du même nom, savourant les picotements de l’air froid et l’odeur âcre des marrons brûlés vendus à la sauvette – lorsqu’il aperçut au loin Lucien et Chantal de S. qui arrivaient par le boulevard Brune. E. hésita un instant à redescendre en catimini l’escalier du métro, mais une noria de grosses dames en boubous montant en sens inverse, les bras chargés de paquets ou de moutards vagissants, lui interdisait toute manœuvre de repli. Il se résigna donc à faire contre mauvaise fortune bon cœur et feignit la surprise en allant serrer la main de son vieux copain Lucien, non sans s’être incliné au préalable devant son irascible moitié.

– Tiens! Quel bon vent vous amène ? Sans trop y croire, E. espérait encore secrètement qu’ils n’étaient pas là pour « faire les puces », et qu’il ne les aurait pas sur le dos pendant toute la matinée.

– Oh, mon cher E., je crois que nous allons au même endroit! gloussa Chantal avec un mauvais sourire – comme si le déplaisir qu’elle éprouvait à le croiser se trouvait compensé par le bonheur de gâcher sa partie de chine hebdomadaire.

Mes Contes merveilleux : notre critique

Noël approche et c’est sans doute l’occasion de rappeler à vos enfants que l’animation ne se résume pas aux grosses productions de Pixar ou Dreamworks. Carlotta a eu la très bonne idée d’éditer en DVD les introuvables courts-métrages de Ray Harryhausen, magicien du stop motion. Né dans les années 20 en Californie, Harryhausen est un peu le Méliès d’Hollywood : un artiste complet, touche-à-tout, doublé d’un véritable ingénieur.

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Patrick Sbalchiero : « Le Sacré-coeur de Montmartre est un fait d’actualité politique, religieux et intellectuel majeur de la fin du 19e siècle »

En lisant votre livre, on a l’impression que le Sacré-Coeur a été la pierre d’achoppement de tous les conflits politiques et religieux qui ont accompagné les débuts de la troisième République. Est-ce que c’est ça qui vous a poussé à relater l’histoire de sa construction ?

Pas uniquement. Je me suis aperçu que la construction de la basilique de Montmartre au coeur de la capitale, était un fait d’actualité politique, religieux et intellectuel majeur de la fin du dix-neuvième siècle. Mais surtout que ce projet a eu des répercussions sociétales, et du reste politiques, qui courent jusqu'à jusqu’à aujourd’hui. À travers notamment la problématique de la laïcité qui ressurgit en ce moment.

Il existe une interprétation qui voudrait que l'érection de la tour Eiffel soit une sorte de riposte architecturale athée, destinée à équilibrer le paysage face au Sacré-Coeur. S’agit-il d’une vérité historique avérée, ou d’une relecture de l’histoire ?

C’est une petite relecture, faite concomitamment par les deux camps. Il faut bien se remettre dans le contexte de l’époque. La France est, dans ce dernier tiers du dix-neuvième siècle, en pleine industrialisation. Ce changement se fait à un rythme très soutenu. C’est l’âge d’or des grandes expositions universelles qui drainent des millions de personnes, et Paris en organise régulièrement. Évidemment, pour certains opposants à la basilique de Montmartre, interprétée comme un signe du cléricalisme, du religieux, donc de l’obscurantisme, la tour Eiffel devient aussi un symbole. Celui de l’industrialisation, de la modernisation, donc un signe du progrès. Un symbole dressé dans la plaine face à la colline de « l’obscurantisme ».

Évidemment, pour certains opposants à la basilique de Montmartre, interprétée comme un signe du cléricalisme, du religieux, donc de l’obscurantisme, la tour Eiffel devient aussi un symbole. Celui de l’industrialisation, de la modernisation, donc un signe du progrès. Un symbole dressé dans la plaine face à la colline de « l’obscurantisme »

L’architecture du Sacré-Coeur est très audacieuse. Comment ce style romano-byzantin a-t-il été choisi ?

C’est une histoire aussi longue que la construction. Le comité qui s’est constitué autour du projet a changé plusieurs fois d’architecte. Le premier architecte, Paul Abadie, était un homme qui avait travaillé dans plusieurs chantiers religieux français, où le style qualifié de romano-byzantin avait déjà trouvé sa place. Je pense en particulier à la cathédrale de Périgueux. Et il y a eu, presque au jour le jour, des atermoiements, des tensions parfois, entre les membres du comité de construction, pour la poursuite des travaux. Il faut s’imaginer que ce comité n’est pas parti avec une ligne budgétaire très fermée et programmée en 1871. L’argent rentrant au fur et à mesure, les travaux ont avancé par à-coup. Enfin il y a eu des difficultés d’ordre technique, par exemple la gestion des fondations de l’édifice en haut de la butte. Les antécédents personnels du premier architecte ont finalement prévalus et le projet initial est allé jusqu’au bout.

Le vœu des promoteurs du projet était aussi de faire de cet endroit un lieu de concorde, de réconciliation nationale. Or, le gouvernement Clémenceau ne s’est pas déplacé à la dédicace, et des députés de gauche ont tenté de faire annuler le projet. Le camp laïcard s’est-il montré mauvais joueur ?

Évidemment, en qualité d’historien, je ne reprendrai pas votre expression de « mauvais joueurs » : je dirai qu’ils ont joué leur jeu. Du moins pour un certain nombre d’entre eux, qui ont vu dans cet édifice un bâtiment érigé en symbole des forces religieuse. D’autre part, la religion catholique était aussi assimilée par certains d’entre eux à un projet politique, celui des légitimistes et des orléanistes, favorables à un retour du Roi sur le trône de France. Et là, la pilule ne passait pas. Il y a eu un amalgame entre catholiques et partisans d’un retour à la monarchie de droit divin. Ce qui était évidemment faux. Les renseignements généraux de l’époque, par exemple, savaient que le comte de Chambord envoyait des personnes le représenter lors des messes dans la chapelle provisoire. Autour de ces représentants, se greffaient un certain nombre de personnes. Cette présence est parvenue jusqu’aux oreilles de l’archevêque de Paris, lequel y a mis fin immédiatement, parce qu'il ne voulait pas qu’il y ait une confusion ou récupération de ce projet.

Le Démon de la chair : notre critique

Bel objet que ce Strange Woman réalisé en 1946 sur l’impulsion de la star Heidi Lamarr, considérée à l’époque comme la plus belle femme du monde. Dans ce récit hybride se côtoient le film noir et le pur mélodrame. Située au XIXe siècle dans le Maine, État reculé et ultra-rural, The Strange Woman relate l’ascension sociale d’une femme fatale et psychotique. Sur un canevas classique, le réalisateur d’origine austro-hongroise Edgar G. Ulmer, bon artisan formé par Murnau, tire une fable morale inspirée, pleine de flamboyance aux plans composés comme des miniatures pastorales.

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La Trilogie Taisho : notre critique

Formé dans les années 50 à la Nikkatsu où il réalise une flopée de séries B, Seijun Suzuki impose très vite un style expérimental et baroque qui culminera avec La Marque du Tueur, œuvre désormais culte mais qui lui vaudra d’être licencié par sa boîte de production. Sa faute : avoir commis une sorte de polar abstrait, contemplatif et presque muet. Suzuki revient en 1980 sur le devant de la scène grâce à un jeune producteur qui lui propose d’adapter un roman à succès se déroulant pendant l’ère Taisho (1912-1926).

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Les critiques littéraires du mois #36

FIÈVRE RUSSE

Les Petrov, la grippe, etc. d’Alexeï Salkinov. Éditions des Syrtes, 320 p., 22 €

D’emblée, le ton est donné. Un matin d’hiver, le mécanicien et auteur de bande dessinée raté Petrov part travailler fiévreux. Déjà, le trajet en trolley est une petite aventure en soi, les fous sont partout et tout est prétexte à digression. Quand cet antihéros né rencontre son pote Igor, l’alcool vient se conjuguer aux délires grippaux dans un contexte joyeusement funèbre. Finalement, c’est toute la famille Petrov qui tombe malade, les envolées éthyliques ouvrent d’étranges perspectives et les souvenirs d’enfance refont surface dans le flou généralisé. Entre errance hallucinatoire et thriller déjanté, ce livre fait la part belle à l’humour absurde et se joue des frontières entre les genres littéraires. Bref, quelques jours au sein d’une famille de l’est très à l’ouest par-dessus les restes foutraques du soviétisme. Dans la veine de Kourkov ou d’Andreï Guelassimov pour le côté zapoïesque – les amateurs de littérature russophone contemporaine un peu barrée se sentiront ici chez eux. Alain Leroy

UN PEINTRE DU XXe SIÈCLE

Le Regard de la mémoire de Jean Hugo. Actes Sud, 515 p., 28 €

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