Skip to content
Blood Machines : La French touch de la science-fiction

Réussite technique évidente malgré une production à l'économie, ce moyen-métrage est la preuve que la France peut fournir un cinéma de genre de qualité, réalisé avec autant de passion que de professionnalisme. Si le présupposé de base est d'un classicisme total (l'équipage d'un vaisseau – un vieux briscard et un jeune loup fougueux – est à la poursuite d'un autre vaisseau), le sous-texte, lui, mérite que l'on se penche dessus avec plus d'attention.

En effet, alors que l'on pourrait à l'origine y voir un plaidoyer féministe un peu bourrin et manichéen, en creusant un peu, une autre lecture s'impose : celle du modernisme violent, qui agit avec autrui selon son intérêt (on pourrait voir dans ces machines féminines harnachées aux vaisseaux et utilisées selon les désirs des capitaines une métaphore à la fois des femmes, mais aussi de la force de production, Vascan, le jeune capitaine, faisant furieusement penser aux golden-boys de Wall Street, avides et froids), contre un monde ancien, à la fois chrétien (le vieux mécanicien, Lago, se signe et serre son crucifix) et païen (la sororité de Corey et des prêtresses qui libèrent les machines) qui voit l'âme et croit en une forme de transcendance.

Un thème dantecquien

Pour résumer, l’équipage se trouve aux prises avec une espèce de secte s’acharnant à sauver l’âme des machines, âme s’incarnant dans une jeune femme nue, sorte d’ange galactique allant ressusciter celles des autres vaisseaux pour fomenter la révolte, l’action se déroulant à proximité d’un cimetière d’épaves spatiales. Spéculation métaphysique se jouant ici essentiellement par l’image et qui fait songer à celles du regretté Maurice G. Dantec, lequel opposait ainsi souvent des machines accouchant d’une âme à des humains que le matérialisme avait réduit à l’état de robots.

Carpenter Brut : une bande originale d'exception

Pour ne rien gâcher, [...]

Cobra Kai : hymne à l’éternel masculin
La nostalgie des années 80 atteint son paroxysme. Jusqu’à l’overdose ? Oui, quand l’évocation de cette période se limite à quelques gimmicks et effets de style caricaturaux. Ce n’est pas le cas avec « Cobra Kai ». La série offre certes sont lot de références nostalgiques, à commencer par des flashbacks tirés du premier « Karaté Kid ». La bande originale fait ainsi la part belle au hard rock burné de la scène glam de Los Angeles, Ratt ou Guns And Roses étant nommément cités par certains personnages, ou encore à la synthwave dont raffole l’alt-right étatsunienne. Les films d’action de propagande anti-soviétique de l’ère Reagan sont aussi largement invoqués. Ayant pour cadre Los Angeles, « Cobra Kai » nous montre ainsi la transformation de la Cité des Anges, autrefois temple de la fête décomplexée, en lieu de pèlerinage de la révolution culturelle progressiste. [...]
Effacer l’historique : notre critique
Comme à leur habitude Kervern et Delépine mettent en scène le petit peuple, celui des agios, des tickets de réductions et du diesel, et c’est là leur génie. Ils savent en parler sans se foutre de sa gueule et, derrière leur ironie brillante, tissent une toile de fond assez sombre. Dans un premier acte qui se déroule dans le décor d’une zone pavillonnaire, le duo pose sa trame et ses personnages par une succession de sketchs d’une justesse déprimante : Marie, victime de chantage avec une sextape ; Bertrand, dont la fille est harcelée au lycée ; et Christine, chauffeur VTC dépitée de constater que ses notes ne décollent pas. Ensemble, ils décident de partir en guerre contre les géants du numérique pour effacer leurs historiques. Avec Kervern et Delépine, une réplique et un plan photographient mieux notre époque que mille mots. Dans une deuxième partie ambitieuse, le duo tente d’offrir une lueur d’espoir, celle entrevue il y a un an, lorsque « ceux qui ne sont rien » se vêtirent de jaunes pour s’unir sur des ronds-points et essayer de se sauver. Le film trouve alors une ampleur surprenante, porté par un trio sublime (Gardin, Podalydès et Masiero). Don Quichotte porte un gilet jaune, et il a de la gueule.
La gauche ne sait pas mèmer. Sur la philosophie du mème
Aristote nous avait prévenu : si la forme est plus noble que la matière, l’un n’existe jamais sans l’autre. En d’autres termes, si toutes sortes de formats ont déjà existé pour diffuser des idées dans l’espace public, la technique n’est jamais en soi neutre et pousse la pensée dans une certaine direction. Il va sans dire en effet que si le livre peut encourager une réflexion profonde, les 280 caractères du Tweet ainsi que sa rapidité incitent bien souvent à la bêtise immédiate. [...]
Partout, les saints : Gemma Galgani
Avant même sa naissance en 1878, les augures de la Providence pavent déjà le chemin de Gemma, qui ne s’appelle pas encore ainsi. Et pour cause, sa mère, pieuse et zemmourienne avant l’heure, s’y oppose car il n’existait pas de « Gemma » (qui signifie « joyaux » en italien) dans le calendrier des saints. Ce à quoi le prêtre de la famille rétorque : « Il y a des gemmes au paradis, et espérons qu’elle devienne l’une d’entre elles ». Bingo. Moralité, si vous voulez appeler votre enfant Blue Ivy comme le bébé de Jay-Z et Beyoncé, assurez-vous qu’il coche toutes les cases pour un accès express auprès du Père éternel. [...]
Adrian Ghenie – Yannick Haenel. Le grand peintre de l’ère mutante

Vous avez écrit sur les tapisseries de la Dame à la Licorne, sur Le Caravage, et maintenant vous vous attaquez à Adrian Ghenie. Comment se fait-il que la peinture soit pour vous un tel moteur d’inspiration ?

Mon premier flash, pour moi qui suis Alsacien, ça a été le retable d’Issenheim que nous allions voir à Colmar, le dimanche, quand j’étais petit. Ça m’a obsédé et, adolescent, cela m’a mené vers Van Gogh et Bacon, qui ont peint des corps décomposés ressemblant à ceux de Grünewald, lequel a justement créé son retable pour un lieu où se trouvaient des pestiférés. Ce qui m’intéresse, c’est la peinture comme exorcisme. Quand j’écrivais sur Le Caravage, je prenais parfois un train le matin seulement pour aller à Milan passer quatre heures à écrire devant un tableau. C’était un grand plaisir de mobiliser du langage sur le chromatisme. Comment dire les couleurs ? C’est la chose la plus impartageable, puisque personne ne voit le même rouge ! Et puis pour moi, Le Caravage a peint les plus beaux bustes du Christ, si bien que même si on n’est pas croyant, face à ça, on est au bord de croire. Le Caravage, c’est à la fois Dionysos et le Christ. [...]

Christopher Nolan est-il digne de son succès ?
Christopher Nolan n’est pas un réalisateur comme un autre. Ses films sont parmi les plus attendus des salles obscures. Avec plus de cinq milliards de recette mondiale et vingt millions d’entrées sur le territoire français, le cinéaste anglo-américain bénéficie évidemment d’un traitement particulier et en profite pour cultiver le mystère. Les intrigues de ses films ne sont jamais dévoilées, y compris au fil de bandes-annonces savamment construites. [...]
Les Barbares, les vrais

Sous la direction du professeur d’histoire médiévale Bruno Dumézil, spécialiste du haut Moyen-Âge, ce dictionnaire fait appel à de grands noms de la recherche historique française, notamment Jean-Louis Brunaux, particulièrement renommé pour ses ouvrages consacrés aux Celtes et aux Gaulois. Une longue introduction chronologique revient sur la notion même de « barbare », concept forgé par les Grecs pour donner une cohérence au monde extérieur s’appuyant sur les sciences de l’époque, à commencer par la fameuse théorie des climats, puis repris par les Romains accédant à la civilisation avant d’être abandonné au Moyen-Âge en Occident… les barbares s’étant alors rendus maîtres et conservateurs de la civilisation.

Les représentations de ces lointains cousins indo-européens des Romains n’étaient d’ailleurs pas toujours univoques. Le stoïcien Posidonios d’Apamée et d’autres Grecs ont ainsi pu écrire que les druides celtes s’apparentaient aux gymnosophistes d’Inde.

Évoquant les « barbares » de toutes les latitudes, qu’ils aient été Germains, juifs, Britanniques, Arabes, Huns, Éthiopiens ou Perses, l’ouvrage permettra au néophyte de distinguer les deux principales familles de ces peuples. Ces deux catégories de barbares correspondent à deux vices collectifs qui déplaisaient aux sages et vertueux Grecs et Romains : les frustes et brutaux barbares venant principalement du Nord du monde et les efféminés et décadents barbares d’Orient. Des stéréotypes longtemps vivaces qui ont permis à Rome de construire l’image d’une civilisation vertueuse (par opposition aux Orientaux) et sophistiquée (par opposition aux géants d’Outre Rhin). [...]

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest