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ACCUSÉ BARBARIN, LEVEZ-VOUS !
A la faveur d’un buzz profitable, l’éventuel report de sa sortie, Grâce à Dieu, le nouveau film de François Ozon débarque aujourd’hui dans nos salles. Nul doute que le faux suspense entretenu ces derniers jours augmentera ses entrées, tant mieux pour ses producteurs ; tant pis pour les autres : l’Église et ce qui lui reste de fidèles.
Trois critiques du mois
Des confidences pour confidences de Pierre Jourde, une franche partie de rigolade à partager, ou histoire d'âmes... Que lire ce mois-ci ?
Pierre Jourde : Confessions d’une tête brûlée
Universitaire spécialiste des écrivains fin-de-siècle (il a dirigé l’édition en Pléiade à paraître de Huysmans), critique hilarant et assassin (La Littérature sans estomac avec Éric Naulleau), romancier virtuose alliant toujours à la nostalgie le comique féroce, Pierre Jourde est l’un des grands noms de notre littérature actuelle. Passionné d’arts martiaux, l’écrivain avait intérêt à savoir encaisser les coups. Entre la détestation de certaines de ses victimes journalistes, la tentative de lynchage qui résulta de la publication d’un roman autour de son village natal (Pays perdu), ou les nombreuses déconvenues subies au gré d’escapades casse-cou telles que racontées dans son dernier livre, Le Voyage du canapé-lit, Pierre Jourde a montré qu’il avait le cuir dur autant que la plume tranchante. Vous qui avez tant critiqué le nombrilisme des écrivains parisiens, voilà que vous pratiquez depuis plusieurs livres l’écriture autobiographique ! Comment expliquez-vous cette nouvelle inflexion ? Il y a des événements auxquels on se sent obligé de répondre littérairement : l’enterrement de mon père en Auvergne, et de cette jeune fille, pour Pays perdu ; la mort de mon fils pour Winter is coming ; la mort de ma mère pour ce dernier livre. Cette histoire de canapé était un bon prétexte, et puis, un canapé, c’est un bon résumé psychanalytique des relations familiales ! Je m’empresse d’ajouter que j’en ai marre de l’écriture du moi et que mon prochain livre baignera dans un imaginaire débridé. Votre mise en scène fait penser au Décaméron, par le fait de se retrouver coincé dans un véhicule et de raconter des histoires pour faire passer le temps… Le Décaméron est une très bonne comparaison. J’adore ce genre de structure narrative digressive où l’on se raconte des histoires, c’est une grande tradition du Moyen Âge et de la Renaissance. Le fil rouge, c’est les objets comme incarnation de notre rapport au réel. Et la parole va se développer dans une autre cohérence : cette manière qu’a une génération de renverser ce qu’a fait l’autre. C’est un livre très vif, souvent comique, au contraire de votre livre précédent, si dur, qui relatait la mort de votre fils. Aviez-vous besoin d’écrire à rebours du précédent ? C’est plutôt une espèce de renversement symétrique. Je crois que l’esprit de ce livre c’est de montrer comment les pires tragédies sont inséparables d’un certain comique et vice-versa. Je ne suis certes pas le premier à dire que l’humour fonctionne sur de la matière tragique. Dans Winter is coming, je raconte comment mon fils et moi, à la veille de sa mort, nous marrons parce qu’on est en train de vivre une scène de poursuite dans l’hôpital qui reprend le dernier OSS 117. Le tragique absolu n’existe pas. On a beau faire, même quand on meurt, on arrive à être ridicule. Vous ne pouvez pas, cette fois-ci non plus, vous empêcher d’étriller certains de vos confrères ! Tous mes livres, je les écris dans une relation forte et conflictuelle avec le réel, et ils sont tous tissés de littérature, de références positives ou négatives. L’Heure et l’ombre est une sorte de réécriture de Sylvie de Nerval. A contrario, ce qui me semble une anti-littérature, c’est-à-dire quelque chose qui n’est plus que mots, je ne peux m’empêcher de le donner en contre-exemple. Le propos de mes livres, c’est de montrer qu’on est tellement infestés de discours qu’on ne sait plus très bien où est la réalité. Vous remarquez que ce sont les journalistes, et non les écrivains, qui se sont le plus scandalisés de vos attaques… La presse est devenue un vrai pouvoir qui se défend comme un pouvoir, or, tout pouvoir déteste qu’on le remette en cause, avec cette complication pour les journalistes que c’est un pouvoir qui se prend pour une expression de la liberté. Ces braves gens ont organisé mon interdiction, par-derrière, que ce soit en me faisant déprogrammer de certains festivals ou en faisant pression pour annuler des articles. Edwy Plenel a déclaré que les gens qui s’attaquaient au Monde des livres étaient des ennemis de la liberté ! Et d’un autre côté, maintenant, ce sont certains habitants de Niort qui se plaignent des propos tenus par un personnage de Houellebecq sur leur ville… C’est effrayant parce que tout le monde se sent obligé de défendre le fait qu’il est sourd, nain, femme, breton ou niortais. Au nom de la défense des minorités, on ne peut absolument plus parler… C’est une espèce de libanisation culturelle terrifiante. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
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Guy Peellaert : le maître du jeu
Artiste plasticien belge ayant vécu en France où il décloisonna les arts et se fit une réputation de génie inclassable, Guy Peellaert est mort en 2008. Bédés expérimentales, affiches de film célébrissimes (Paris Texas ou Taxi Driver), pochettes mythiques (Rolling Stones, Bowie) et peintures numériques, son univers visuel aura marqué de son empreinte le dernier demi-siècle. À l’occasion de la réédition de The Game, qui rassemble ses planches expérimentales publiées après 68, Jean-Emmanuel Deluxe est allé visiter le parolier Boris Bergman, qui l’a bien connu, afin d’évoquer ses souvenirs avec l’artiste.
« COMEDY UNLEASHED » LIBÈRE LA COMÉDIE
Un nouveau club de stand-up dédié à la liberté d’expression réunit à Londres une bande de dingues qui n’ont peur de rien. Andy Shaw et Andrew Doyle, ses deux fondateurs, sont récompensés pour leur audace.
Opéra : personne ne touchera à Caïn !
Le mythe biblique de Caïn et Abel se fait drame théologique en musique à l'Opéra de Paris, grâce à une mise en scène raffinée et touchante du « Primo Omicidio », chef-d'œuvre méconnu de la musique baroque. Même à l'opéra, Romeo Castellucci fait du grand théâtre. Cette fois-ci, la tâche n'est pas des plus aisées, puisqu'il s'agit d'ajouter une action dramatique à une œuvre qui à l'origine ne comportait ni scènes ni costumes, comme c'est dans le genre de l'oratoire auquel appartient ce superbe « Premier meurtre » d’Alessandro Scarlatti (1707).
Son style à lui : Marquer son territoire
Le bon usage de l’eau de toilette est un art qui relève davantage de la retenue que de la démesure : comme une dose excessive de sel corromprait le plus subtil des mets, savoir se parfumer devra se compter en gouttes parcimonieuses plutôt qu’en flots débordants. Nous avons tous vécu cela : une sortie de bureau dans un métro bondé, collés à un voyageur qui nous aura gratifiés d’une eau de toilette tenace et dégradée par sa propre sueur, ou encore un collègue qui vous aura fait don de sa trace olfactive rien qu’en vous serrant la main, tel un virus informatique envahissant et ravageur, et qu’aucun savon ne saura effacer avant au moins deux heures. Si le parfum était jadis un élément de toilette destiné à flatter ou masquer les odeurs naturelles d’un coup de chapeau lors d’une révérence, cette conception utilitaire et romantique n’est plus qu’un souvenir : il s’agit désormais de marquer un territoire de manière animale en se servant d’une fragrance comme d’un élément de séduction. Ce langage olfactif, s’il est muet, en dit pourtant long : selon la cherté et l’image du produit, le porteur en affirme son niveau de vie, sa domination sur les concurrents éventuels et le leurre d’une fausse individualité, la quantité palliant souvent la qualité en un choix relevant davantage de l’idée qu’il se fait de lui-même plutôt de ce qui convient à sa peau. De plus, pour contrecarrer l’image de fugacité que renferme une fragrance équilibrée, il faudra désormais qu’elle dure au-delà de son spectre naturel, comme pour affirmer la persistance d’un pouvoir que l’on voudrait sans fin. Suivant servilement les publicités au schéma primaire d’une femme tombant dans les bras d’un homme parfumé, jeune, beau et riche, les neurones miroirs de notre prédateur moderne feront la substitution factice d’une personnalité privilégiant l’apparence au détriment de la richesse de l’intellect. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
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