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Opéra : le comique amer de Don Pasquale
L’Opéra de Paris reprend le dernier opéra bouffe de Donizetti dans une production qui mélange humour et mélancolie, avec une distribution exceptionnelle. A force de fouiller dans le psychisme des personnages, les metteurs en scène finissent souvent par refroidir le public. Dans le cas d’un opéra bouffe, c’est le droit de rire qui est en jeu. Heureusement, Damiano Michieletto déteste intellectualiser le comique. Dans sa production de Don Pasquale, créée l’an dernier et reproposée à la Salle de l’Opéra Garnier jusqu'au 16 avril, le metteur en scène vénitien trouve un bon équilibre entre légèreté et caractère des personnages.
Fabrique de l’homme actuel
Nous conversions avec Patrice Jean et Olivier Maulin autour d’une bouteille de blanc sec et considérions comment l’imprégnation culturelle forgeait ou froissait les âmes. Dans le beau roman de Patrice Jean, on trouve l’exemple de Jimmy, spécimen d’individu moderne formaté par la tétralogie banlieusarde rap-jeux vidéopétard-porno. Bien sûr, nos démagogues, qui sont des nihilistes comme tous ceux qui transigent, chercheront à prouver que Booba c’est Rimbaud, que le jeu vidéo représente autre chose qu’une hypnose débilitante, que le pétard (à haute dose) n’est pas un soporifique cérébral et que le porno n’a rien à voir avec une réification des corps. Mais ce qui apparaissait depuis cette observation, c’est que des moyens techniques et humains formidables auront été mobilisés pour produire une « culture » dont le résultat est l’abrutissement critique de ceux qui s’en nourrissent.
A voir ou à fuir, c’est la semaine cinéma de L’Incorrect
Une comédie romantique à l’anglo-saxonne ou une histoire de famille, de guerre et de fantômes à la frontière colombiano-brésilienne … Que faut-il voir ou fuir au cinéma cette semaine ?   Mon inconnueDe Hugo Gélin avec François Civil, Joséphine Japy, Benjamin Lavernhe.  Avec Mon Inconnue, Hugo Gélin, réalisateur du séduisant Comme des frères (2012) et du médiocre Demain tout commence (2016), relève enfin le défi de franciser la comédie romantique labellisée depuis une vingtaine d’années par le Néo-zélandais, Richard Curtis.
Mon Inconnue: De l’âme et du coeur
Du jour au lendemain, Raphaël se retrouve plongé dans un monde où il n’a jamais rencontré Olivia, sa femme depuis dix ans. Comment va-t-il s’y prendre pour reconquérir celle qui est devenue une parfaite inconnue ? Charmant.
La Demeure des Hommes, premier essai de Paul-François Schira
C’est un grand mérite des éditions Tallandier d’approfondir la pensée politique conservatrice et chrétienne à travers sa collection d’essais. Le premier essai de Paul-François Schira, La Demeure des Hommes, se place dans cette démarche et intéressera le lecteur grâce à une ambition parfaitement résumée par François-Xavier Bellamy en préface : « En réalité, l’individualisme a fondé un nouveau monde, proprement inhumain, dévasté et dévastateur ».
Raskar Kapac : adeptes du déchaînement perpétuel
Les trois jeunes dandys pyromanes de Raskar Kapac sortent au Rocher une première anthologie de leur revue. Un ensemble dense, curieux, passionné, plein d’allant et d’inédits, qui fait défiler une dizaine d’irréguliers de Jean-René Huguenin à Mishima en passant par Mermoz. À cette occasion, nous avons interviewé Archibald Ney et Maxime Dalle, pendant qu’Yves Delafoy entassait du bois pour le prochain bûcher.
Entretien : Cardinal Robert Sarah : « votre identité risque de disparaître »
Préfet de la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements depuis 2014, le cardinal Robert Sarah nous a reçus à Rome avant la parution de son troisième ouvrage, Le soir approche et déjà le jour baisse (en collaboration avec Nicolas Diat). Où il est question de la décadence de l’Occident, du retour de l’Europe à ses racines chrétiennes et des vagues de migrations qui submergent le continent. Le titre de votre livre, Le soir approche et déjà le jour baisse, peut sembler crépusculaire : comment faut-il l’interpréter ? Souvenez-vous des disciples d’Emmaüs. Nous sommes après la crucifixion, et tout est perdu. Il n’y a plus d’espoir. Le Christ chemine avec eux, les interroge, et ils finissent par le reconnaître. Cet évangile correspond exactement à la décadence terrible que nous vivons. Nous ne savons plus où nous allons. L’incertitude et la confusion frappent aussi l’Église. Chaque jour une nouvelle révélation touche l’Église : nous nous retrouvons comme à la mort de Jésus. Objectivement, il y a une grande crise au niveau de la foi et du sacerdoce. Mais, comme à chaque fois, nous retrouverons un jour plus brillant. C’est pourquoi j’ai écrit ce livre : pour redonner de l’espérance aux prêtres, aux évêques, et à tout le peuple de Dieu. Ce n’est pas la fin du monde, l’Église va se relever. Aujourd’hui beaucoup de chrétiens ont du mal à reconnaître le visage de la justice dans l’Église. Arrive t-elle encore à rendre une justice manifeste ? La justice reste comme cachée dans les prétoires: n’aurait-on pas besoin au contraire de voir les coupables payer ? Nous devons regarder les choses avec beaucoup de sérénité. L’Église reste sainte, sans tache, sans ride, en tant que prolongement du Christ. D’un point de vue divin, elle n’est pas en crise, elle n’est pas même coupable. Certains membres de l’Église ont commis des choses abominables, la question est indubitable. Mais il faut distinguer l’Église de ses membres: c’est nous qui sommes en crise. Regardez l’histoire : Judas a trahi, Pierre a renié ; mais n’oublions pas que Marie et Jean étaient au pied de la Croix. Faut-il être plus sévère ? Un cardinal a été démis, réduit à l’état laïc. N’est-ce pas la plus grande punition? Ce déshonneur n’est-il pas manifeste ? L’Église fait beaucoup, les États, eux, ne font rien, alors qu’ils sont concernés par les mêmes problèmes. Les [...] Suite à lire dans le numéro 19 de L'Incorrect et en ligne pour les abonnés.
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Taillandier raconte François
Après de nombreux livres méditant l’histoire des cinquante dernières années ou la naissance de l’Europe au Haut Moyen-Âge, François Taillandier s’attaque à son archéologie intime dans François, roman (Stock). À partir d’une photographie de l’auteur à sept ans, il revient sur les événements qui l’ont façonné et fait de François, Taillandier. Votre récit se déploie à partir d’une photographie de vous à sept ans. Est-ce véritablement cette image qui vous a inspiré le livre ? J’avais écrit beaucoup de choses sur l’enfance, la jeunesse, sans bien savoir quoi en faire. Je suis retombé par hasard sur cette photo de classe. J’ai sept ans, et cet air un peu méfiant ou buté. Je me suis dit: c’est lui le point de départ, et j’ai tout reconstruit à partir de cet enfant, dont j’ignore bien des choses, mais qui est moi… Sept ans, on appelait alors cela « l’âge de raison ». C’est le moment où l’on sort de l’indistinct, du fusionnel, où l’on met le pied dans l’eau froide de la solitude. Depuis une dizaine d’années, votre œuvre d’écrivain semble se confondre avec un genre d’archéologie. Vous êtes passé d’un cycle historique qui revenait aux sources de notre civilisation aux sources de votre propre histoire… La Grande Intrigue, c’était déjà de l’archéologie, familiale et imaginaire. Tout partait de 1955, année de ma naissance. J’essayais d’attraper le monde tel qu’il était, tel que je l’avais vu. La trilogie qui a suivi, c’était sur un plan historique : je voulais comprendre d’où était sortie notre Europe, en partant de l’Empire romain qui était quelque chose de très différent. Je pense que j’écris pour m’expliquer le pourquoi des choses, j’ai toujours envie de retrouver les points de départ. Avec François, c’est la même démarche, de façon très intime. La question était: qu’est-ce qui a fait de moi l’homme que je suis? De quoi, avec quoi sommes-nous façonnés ?
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