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Une Traviata de malades
Au Théâtre des Champs Élysées est née le mois dernier une nouvelle primadonna : Vannina Santoni.  Quel privilège d’assister à la naissance d’une primadonna. Vannina Santoni a magnifiquement réussi ses débuts dans le chef-d’oeuvre de Verdi le mois dernier au Théâtre des Champs-Elysées. Éclatante en robe rouge de bal, la jeune soprano française a fait preuve d’une rare maturité dans l’un des rôles mythiques du mélodrame. Il faut trois voix pour apprivoiser Violetta : la voix frivole de la demi-mondaine à la vitalité débridée, la voix ardente de l’amoureuse immolée par l’hypocrisie bien-pensante, la voix spectrale de la mourante condamnée par la maladie. Vannina maîtrise déjà toutes les trois, hormis une retenue parfois excessive dans les aigus. Son vibrato soutenu et pudique révèle plus de remords que de violence. Ses pianissimi sur un fil de voix donnent des frissons.
Will Franken : le point de vue d’un humoriste
Il a été prof d’anglais à Harlem avant de conquérir les comedy clubs de New York puis d’enflammer ceux de San Francisco. Cette bête de scène américaine, authentique amoureux de l’Angleterre, s’inquiète de l’avenir du stand-up au pays de l’humour. Que pensez-vous de Comedy Unleashed? Ce club est un antidote à l’inquiétante prolifération des soirées de comédie qui donnent la priorité à la bonne pensée aux dépens de la performance des artistes et même des désirs du public. Le critère des programmateurs n’étant plus la qualité de l’humour, le stand-up s’est transformé en eau tiède. L’existence de Comedy Unleashed est salutaire. Elle est aussi un indice de l’effondrement du niveau. (Allez expliquer ça aux comiques appointés!) Ma seule inquiétude c’est que, le succès venant, ce club soit noyauté par des opportunistes. Les ralliements tardifs menacent les authentiques révolutions. Les retardataires, miraculeusement convertis à la liberté de pensée, risquent de neutraliser cette puissante insurrection comique plus vite que jadis les escrocs ne parvinrent à pulvériser le mouvement punk. Notre culture occidentale tremble devant la propagande trans, les lubies victimaires et les dogmes de l’islam. Will Franken L’humour est-il aujourd’hui censuré ? Quiconque a un semblant d’humour connaît la réponse à votre question. Évidemment que la comédie souffre d’une forme de censure. Il suffit de voir la mélasse insipide qui dégouline sur nos scènes et nos écrans, pour s’en convaincre. D'ailleurs [...] Suite dans le dernier L'incorrect et en ligne pour les abonnés.
Les soleils du déclin
La rentrée de janvier est la seconde grande salve, après septembre, de productions littéraires, selon le calendrier inflexible des rites hexagonaux. Celle-ci sera dominée par le nouveau roman de Michel Houellebecq, à raison, tant l’écrivain se surpasse dans Sérotonine et offre une perspective fulgurante sur l’époque tout en dégageant une ligne de fuite. Mais derrière cette rare coïncidence entre succès et puissance réelle, se cachent un certain nombre d’autres figures considérables nous dispensant des preuves de leur folie supérieure : le titan Volodine, par exemple, chamanique et terminal, dont le rêve n’en finit pas de proliférer en renouvelant ses obsessions; Pierre Jourde, le boxeur des lettres, nostalgique et corrosif, un vrai poids lourd, que nous évoquerons le mois prochain. Mais il y a encore ces illuminés, Tristan Garcia, Simon Liberati, qui, pour le meilleur et pour le pire, assignent encore à la littérature des missions démentes.
Littérature 2018, le top/flop de L’Incorrect
Une année littéraire assez molle dans l’ensemble, une rentrée de septembre sans polémique, ni fracas, ni surprise (on ne peut pas dire qu’on ne s’attendait pas à la médiocrité du dernier Angot), des prix littéraires à la fois moins prescripteurs que jamais mais également moins absurdes. Une production ressemblant à un gros tas de merde général qui résulte des contraintes du Marché d’un côté, de la déculturation des Français de l’autre ; et un beau nombre de pépites, pourtant, comme L’Incorrect a su, toute l’année, en extraire pour vous.
Hubert de Torcy : RECONNECTER LE SPECTATEUR AU CRÉATEUR
Distributeur de films d’inspiration chrétienne, SAJE distribution ambitionne de mettre le spectateur en contact avec les Évangiles à travers le cinéma. Un vrai défi au sein d’un milieu singulièrement déchristianisé. Rencontre avec son directeur, Hubert de Torcy. Comment s’en sort-on, aujourd’hui, quand on est un distributeur indépendant ? L’offre pléthorique rend la distribution très difficile, mais notre fort, c’est d’être dans un cinéma de niche. Notre argument est de pouvoir dire : « Pour ce film-là, vous n’avez peut-être pas vu d’affiches dans le métro, mais le public concerné sait qu’il existe et il aura envie de venir le voir. » Bénéficiez-vous de subventions ? Pour les quelques films que nous avons distribués, nous n’avons jamais eu gain de cause auprès du CNC (N.D.L.R.: Centre national du cinéma et de l’image animée). Ils ne vous diront pas que c’est pour des raisons de message, mais enfin il semble que la vraie diversité que nous représentons face à celle, monochrome, du CNC, n’ait pas l’heur de plaire. Est-ce parce qu’ils sont officiellement « d’inspiration chrétienne » ? Ils ne l’écriront pas, mais je constate qu’ils boudent des films comme Lettres au Père Jacob, ou Tout mais pas ça, des films d’auteur européens, qui sont pourtant encensés par la critique, y compris la critique bobo parisienne. Pour beaucoup de gens, la laïcité doit se traduire par une forme d’athéisme officiel, il faudrait une absence totale de Dieu dans les films. Ce sont les raisons que m’opposent les chaînes de télévision. Elles auraient l’impression de commettre un (...) A découvrir dans le numéro de décembre et en ligne pour les abonnés
Hiner Saleem : « LES KURDES SONT AUJOURD’HUI COMME LES JUIFS EN ALLEMAGNE DANS LES ANNÉES 30 »
Amoureux du cinéma, Hiner Saleem s’approprie le polar avec Qui a tué Lady Winsley ? Fergan, inspecteur, doit résoudre l’énigme du meurtre d’une romancière américaine, alors que celle-ci écrivait sur une île turque ancrée dans ses traditions. Le réalisateur kurde né en Irak parvient à évoquer la minorité à laquelle il appartient avec légèreté dans un film hors du temps. Rencontre.   Après le western, vous vous attaquez au polar. Pourquoi ces choix d’univers codifiés des films de genre ? Je n’aime pas m’enfermer dans un seul style de cinéma, j’aime tout. J’ai fait des westerns, des comédies, des films « poétiques » comme Vodka Lemon. Il me manquait un polar, genre que j’affectionne particulièrement, surtout les polars américains des années 40 et 50, mais j’avais envie de faire un polar un peu intemporel. Le polar repose avant tout sur une mise en scène, une atmosphère, des cadres, c’est quelque chose de très artistique et érotique à la fois : une jouissance visuelle. Par ailleurs, l’écriture du polar est très spécifique : il s’agit d’accrocher le spectateur dès le début et de ne pas relâcher la pression jusqu’à la fin. Vous mettez en scène une société très traditionnelle dans son île. Où situez-vous l’inspecteur Fergan dans son rapport à la modernité ? C’est le citoyen turc de demain, ouvert, pas un nationaliste refermé sur lui-même. La Turquie est un pays extrêmement paradoxal : quand vous allez à Istanbul, vous avez l’impression d’être au Portugal ou en Grèce, vous croisez des hommes et des femmes assez ouverts, même si, aujourd’hui, on croise davantage de femmes voilées. Mais si vous allez dans des petites villes, cela ressemble un peu plus à la Jordanie et au Maroc qu’à cette Turquie à un pas de l’Europe. Les deux coexistent. Évidemment, j’ai envie que le décolleté gagne sur le tchador. Je crois que (...) A découvrir dans le nouveau numéro de L'Incorrect et en ligne pour le abonnés

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