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POURQUOI MALAPARTE N’EST-IL PAS AU PANTHÉON ?
Signant Malaparte et espérant, au contraire de Bonaparte, finir bien, l’écrivain « architalien » quoique né à demi-allemand, ne se trouve pourtant pas au firmament des lettres européennes, où son génie aurait dû le propulser. L’auteur de Kaput et La Peau reste une figure controversée, souvent pour des raisons paralittéraires, et l’excellent Cahier de l’Herne qui lui est consacré offre quelques éclaircissements au sujet de ce scandale. A découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
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Gaspar Noé, Noé Gaspar ou l’intoxication volontaire et collective
« Le processus mondial, dans son ensemble, a beaucoup plus de traits communs avec une party de suicidaires à grande échelle qu’avec une organisation d’êtres rationnels visant à la conservation de soi. » Peter Solterdijk, Essai d’intoxication volontaire – « Il y a deux tragédies dans la vie: l’une est de ne pas satisfaire son désir et l’autre de le satisfaire. » Oscar Wilde – « L’amour excessif de la vie est une descente vers l’animalité. » Baudelaire. On ne devrait pas connaître la vie des gens. Gaspar Noé est cool. Il n’a pas été le dernier choisi en EPS. Il devait faire de grandes fêtes chez lui. Il est mondain et prend de la cocaïne à l’église Saint-Merri avec des assistants de Rick Owens. Bien habillé, bien coiffé, il écoute de la bonne musique (d’Erik Satie repris par Gary Numan en passant par Cerrone, sans négliger Patrick Hernandez) et colle de bonnes références sur son écran : clins d’œil appuyés à Fassbinder, à Argento, et à ce livre fétiche, Suicide mode d’emploi. L’ambiance de fin de monde désynchronisée est là. Sans message, sans issue, brute. On mélange grande et petite culture, absolu et dérisoire. On change de rythme, on accumule des sensations et des moments d’exception.
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L’Épopée Beraber
Au milieu de tant de publications sans grâce, il en est une qui a traversé discrètement la rentrée littéraire. Pour quelques-uns qui font ces colonnes, il s’agit pourtant d’une très grande œuvre qui aura eu le charme rare de nous faire vivre une épopée, littéraire aussi bien que réelle. En été, les pages ouvertes d’un livre à paraître à la rentrée, La Grande Idée, m’ont révélé qu’un écrivain d’aujourd’hui, Anton Beraber, gardait en lui le souvenir sensible de civilisations enfouies et des temps archaïques. Que, quelque part ici, quelqu’un vivait de poésie. Les onze chapitres de son volume s’organisent autour d’une recherche, d’une trace à préciser, celle laissée par un Grec, Saul Kaloyannis, durant le périple qui suit la débâcle d’une guerre lointaine. Kaloyannis, sans que le lecteur sache vraiment pourquoi, a durablement marqué ses contemporains, proches ou lointains, et ouvert derrière lui un sillon de fascination et d’imprécisions.
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Matthieu Falcone : « L’IDÉOLOGIE EST PARTOUT ET LA PRESSION SOCIALE EST SON ARME »
Avec Un Bon Samaritain (Gallimard), notre collaborateur Mathieu Falcone entre en littérature par une fable subtile et corrosive. Pierre Saintonge, un universitaire bon-vivant, gouailleur et passablement réac, bien qu’il moque la compassion facile pour les migrants, propose à trois d’entre eux de les héberger, un soir que, trop ivre, il trébuche sur leurs corps étendus, prenant sa femme et ses amis de gauche au dépourvu. Au fil de la cohabitation, les trois Africains vont devenir des révélateurs de toutes les contradictions et absurdités françaises. Détonnant. Ton livre s’ouvre sur un vernissage d’art contemporain. Ce domaine n’est-il pas, finalement, une sorte de précipité des aberrations et paradoxes actuels ? Si le principe de l’art est de donner à voir par le langage de son époque, l’Art Contemporain officiel reflète précisément le nihilisme de notre société. Il y a, aujourd’hui comme à toutes les époques, des artistes de grand talent, mais l’art officiel jouit à la fois de moyens inégalés au cours de l’histoire et d’une vacuité inégalable. Il faut prendre le temps d’aller à la rencontre des artistes qui squattent les résidences d’artistes et les grandes institutions et de les écouter, car c’est souvent à hurler de rire – à leur corps défendant. Le narrateur du roman, sans véritablement agir, entretient des liens étroits avec les protagonistes et reconstitue ainsi l’histoire pour le lecteur. Pourquoi avoir choisi une modalité narrative aussi singulière ? Au départ, j’avais écrit le roman à la première personne, c’était Saintonge – le bon Samaritain – qui racontait, mais cela ne fonctionnait pas. Introduire un narrateur qui soit le témoin et le rapporteur des faits m’a permis de prendre de la distance par rapport au personnage principal, à ce qu’il professe, à ce qu’il fait. La narration à la première personne du singulier est difficile, autant pour l’auteur que pour le lecteur qui a toujours tendance à associer le narrateur à l’auteur. On trouve dans ton livre un bel éloge de la beauté des femmes, des plaisirs de la table et du vin, comme si un certain épicurisme français rayonnait toujours, quoique menacé de toutes parts par les nouveaux puritains… Rayonne-t-il encore ou est-ce là un fantasme que je partage, peut-être, avec d’autres ? L’épicurisme, qui est (…) A découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés
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Dans l’ascenseur
Chaque mois, le professeur Frédéric Rouvillois publie pour l’Incorrect son petit traité de la vie élégante. Escalier, ou ascenseur? Constatant que Lucien, qui lui aussi se rendait à l’invitation de la marquise de Grand-Air, lui tenait cérémonieusement la porte de la cabine, E. n’hésita pas, et s’y engouffra en félicitant son ami pour l’aisance avec laquelle il assumait sa nouvelle vocation de lift. « L’ascenseur est un lieu bizarre, tu ne trouves pas? Proust, qui s’y connaissait en bizarreries, le compare, je ne sais où dans La Recherche, à « une cage thoracique mobile » qui se déplacerait « le long de la colonne montante »… En tout cas, j’y éprouve toujours un vague malaise, quand je monte avec des inconnus.
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Primitifs partout !
L’une des principales obsessions de la modernité en art est la quête de l’émotion première, comme si, par un paradoxe récurrent, le comble de la sophistication était le retour à l’origine. Mais derrière le verbiage aussi pompeux que convenu des cartels, où se trouve-t-elle réellement, la sensation brute ? Enquête à travers la jungle des expositions parisiennes. Ayant fait le tour de la dernière exposition du musée Zadkine, « L’Instinct de la matière », je suis tombé en arrêt devant plusieurs œuvres intrigantes – dont un jeune médiateur artistique hipster, aussi mince, immobile et élancé que la Pomone qu’il surveillait d’un regard fixe. J’étais à chaque fois surpris par le contraste entre des réussites évidentes, comme ce Prophète (1914), véritable statue romane taillée dans un fût de chêne, alliant un visage tout à la fois expressif et absorbé dans la prière intérieure et une silhouette à peine dégrossie – ou encore le monumental Prométhée (1955) en orme, qui se déploie comme on aurait sculpté un feu –, et la Pomone (1958), justement, colonne d’ébène tenant une pomme cubiste et dont l’une des mains est incisée avec une précision besogneuse le long du corps, transformant un élan en platitude. Le discours expliquait à quel point tout ceci était primitiviste et sensoriel, sauvage, en un mot: « Substances en devenir, puissances formelles, les matières sont des forces, des flux. L’art de Zadkine naît de l’écoute de cette matière première. Dans ses souvenirs, l’artiste confesse son enracinement dans la « forêt psychique » de sa Russie natale, son approche sensorielle du bois, de la terre, de la pierre
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EXCLUSIF ! LAIBACH : « NOUS NOUS VOYONS COMME LES MACHINISTES DE L’ÂME HUMAINE »
À l’occasion de la sortie de The Sound of music (Mute), et en complément du dossier qui leur est consacré dans le dernier Incorrect, nous vous proposons, en accès libre, une interview panoramique et corrosive du groupe le plus fascinant des trente dernières années : Laibach. Exclusif ! Votre carrière s'étend sur plus de trente ans et a débuté quand votre pays était encore sous influence soviétique. Le monde est-il plus libre aujourd’hui? Si vous parlez de la Yougoslavie comme de notre pays, il n'a jamais vraiment été sous influence soviétique. Tito s'est séparé de façon significative de Staline en 1948, et la Yougoslavie a fait son petit bonhomme de chemin en devenant le meneur des pays non-alignés. Le monde d'aujourd'hui est mondialisé de façon formelle, mais semble beaucoup plus « localisé » que jamais, car les pays et les communautés se séparent et se ferment par peur du reste du monde. La liberté semble donc une idée dépassée, et elle est interprétée différemment dans différents systèmes et différentes sociétés. Mais l'idée dominante de la liberté promue de nos jours est, en fait, la liberté de l'esclavage.

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