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Hélène Fillières : Esprit de corps
Resplendissante en Sandra Paoli dans la série Mafiosa, l’actrice et réalisatrice Hélène Fillières était passée une première fois derrière la caméra pour Une Histoire d’amour (2013), un essai en demi-teinte. Pourtant, c’est avec un film remarquable, subtil, éblouissant, qu’elle revient aujourd’hui à la réalisation: Volontaire, lequel a hissé les couleurs de notre enthousiasme. Rencontre. Votre scène d’introduction présente un renversement de valeurs tout à fait saisissant: la bourgeoise n’est plus terrifiée à l’idée que sa fille devienne comédienne, mais la bourgeoise est elle-même comédienne et se trouve terrifiée à l’idée que sa fille s’engage dans l’armée… Cette scène a failli ne pas exister, mais on me demandait les raisons de l’engagement de Laure. Or, ce n’est pas tant qu’elle va chercher quelque chose à l’armée, qu’elle va y découvrir quelque chose sans l’avoir clairement envisagé. Mais comme on me demandait d’expliciter sa démarche, j’ai décidé d’écrire une scène avec ses parents, qui me permettait de faire émerger la mère écrasante de Laure, jouée par Josiane Balasko. Pour la première fois, au cours de ce repas, elle va prendre une décision qui n’appartient qu’à elle-même. Vous prenez à revers les clichés du cinéma sur l’armée, qui oscillent toujours entre la caricature méprisante ou l’entertainment simpliste. De manière naturelle, je suis assez anticonformiste et j’aime tordre les clichés. On peut considérer que mon propos est sociologique et politique, qu’il consiste à montrer comment les fils de bourgeois, aujourd’hui, se rendent dans un lieu que leurs parents réprouvent et que ce lieu incarne précisément l’ordre et les valeurs. Mais pour ma part, j’ai essentiellement voulu faire dire à cette fille : « Laisse-moi tranquille, je fais mon propre choix, c’est le mien, et le bordel de ta vie, je n’en veux plus. » Ça n’en reste pas moins une photographie précise de notre époque, puisque si ça pouvait paraître subversif de critiquer l’armée quand la majorité de la population était militariste, ce n’est plus le cas, et vous renversez la problématique. Oui, je me reconnais tout à fait dans ce que vous dites. Le nombre de propos et d’appréhensions que j’ai pu entendre quant au projet de réaliser un film sur le milieu militaire sans dénoncer pour autant ce milieu ! C’est cette attitude que je trouve totalement rétrograde, réductrice, et qui date des années 70 : avoir comme seul nerf narratif la dénonciation. C’est le même problème en ce qui concerne la question de la femme dans l’armée, justement pour moi ce n’est (...) A découvrir dans le nouveau numéro de L'Incorrect et en ligne pour les abonnés
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Tony Wakeford ; la disparition de Londres
Extrait Tony Wakeford préside depuis 1987 au destin de Sol Invictus, un projet musical un peu à l’étroit dans le bac néofolk des disquaires puisqu’il emprunte aussi bien à la musique classique et au rock qu’aux musiques électroniques. Avec « Necropolis », Tony Wakeford évoque le Londres victorien sans le sacraliser, mais en dénonçant néanmoins la chute actuelle de la capitale britannique. Un album qui constitue une excellente base de méditation nostalgique pour tous les anglophiles orphelins. Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent encore votre association avec Death in June (groupe de dark folk à l’imagerie fascisante) ? Je ne répondrai rien car rien de ce que je pourrai dire ne fera cesser les polémiques. Quand tu arrives à un certain âge, tu arrêtes de te préoccuper de ce genre de problème. Aucune de ces personnes ne me critiquera en face mais elles le font toujours dans le dos ou sur Internet. Si le fait que j’ai participé à un groupe dans les années 80 t’empêche de m’écouter, parfait. C’est que tu es certainement un connard. Votre nouvel album évoque le déclin de Londres. La capitale anglaise a-t-elle perdu son identité en raison de la globalisation et de la gentrification ? Les villes ont toujours attiré beaucoup de monde, ça a ses bons et ses mauvais côtés. Aujourd’hui, le problème c’est que cela attire les gens propres et l’argent sale. Par « propres », je veux qualifier les gens qui démé- nagent près d’un club et qui, ensuite, se plaignent du bruit. Désormais les seules personnes qui ont les moyens de vivre ici veulent que tout soit nettoyé et bourgeois. Et puis il y a le droit des sociétés sur la Tamise, les endroits publics qui disparaissent et les barrières qui se lèvent. Nous sommes vus comme un coffre sécurisé pour des séducteurs hétéroclites venus de Chine, d’Arabie Saoudite et de Russie. Sans oublier nos propres entrepreneurs… Pensez-vous qu’il subsiste des artistes dans la pop anglaise avec une identité insulaire comme le furent Ray Davies des Kinks ou Madness ? À cause de notre modèle économique ou de son absence, il est impossible d’imaginer ces artistes et d’autres ayant un équivalent aujourd’hui. La musique n’est plus aussi importante qu’elle le fut pour les générations précédentes. Les musiciens sont des gens qui (…) A découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés
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Mai 68 : une révolution anti-culturelle
Le 68 français ne fut que la queue de comète d’une révolution littéraire et artistique née bien plus avant dans la contre-culture américaine.   Comme toute révolution, Mai 68 est en retard sur son temps et sur son contexte socio-culturel : une révolution qui éclôt, c’est toujours sur un terreau déjà nécrosé : la révolution possède cet aspect morbide, presque fétichiste si l’on estime que l’Histoire produit tour à tour des faits et des mythes, sans que l’un et l’autre soient parfaitement différenciés par leurs modes d’émergence versatiles. On a tout dit sur Mai 68 : l’étrange revirement situationniste, la transformation de ses édiles en icônes glapissantes du libertarisme libéral le plus éhonté et le plus veule, l’ingénierie sociale dont on la soupçonne d’être le produit: pas besoin d’être complotiste pour savoir que toute révolution digé- rée par l’histoire n’est pas tant le fait d’un peuple que d’un système. Mai 68 a en effet occulté très vite la lutte des classes pour opposer à la soi-disant inertie du gaullisme une volonté immanente de faire table rase des colifichets de la France post-coloniale. Et pourtant, elle n’en est que la continuation la plus certaine et la plus vile, mais à travers le prisme d’un mondialisme désormais débridé et adoubé par l’Empire du Bien, l’OTAN et son califat technocratique, le complexe militaro-industriel sorti triomphant de la Seconde Guerre Civile Européenne et avide de voir le Vieux Contient définitivement enterré sous la pseudo-fronde d’une armée d’étudiants marxisés dans les grandes lignes. Toute révolution culturelle est une révolution anti-culturelle : à partir du moment où le mot culture est évoqué et souligné, on peut déjà être certain que celle-ci ne sera qu’une fragile pinata captive des soubresauts de l’Histoire des Puissances. On a décapité nos rois et tordu nos monarchies comme des serpillières afin de leur faire cracher leurs derniers relents de probité chrétienne, pour n’en conserver que (…)   A découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés
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Danse avec Rosset

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Cher Clément,

Nous aurions dû nous rencontrer car « rien n’échappe à la nécessité d’être quelque chose, quelque part, et d’une certaine façon ». Nous n’aurions rien eu à nous dire, car qu’avons-nous fondamentalement à dire aux gens ? Mais je sais, je sens, que nous nous serions compris. Le temps aurait passé plus vite. Nous aurions passé nos nuits d’insomnie, moi en col rond, vous en chemise à carreaux, enveloppés dans une musique de bordel.

 

Au lieu de ça, je vous ai lu. Et votre mort ressemblait un peu moins à celle d’un inconnu. Quand je suis rentrée chez moi pour les fêtes de Pâques, j’ai trouvé dans ce qu’il me reste d’une chambre de jeune fille, un livre, La philosophie française en questions. Entretiens avec André-Comte Sponville, Marcel Conche, Luc Ferry, Gilles Lipovetsky, Michel Onfray, Clément Rosset, le livre était presque terminé, ne restait plus que le dernier entretien à lire.

Secteur Ä : secteur anti-france
Secteur Ä se recompose pour un grand concert fin mai à l’AccorHotels Arena. L’occasion de se souvenir qu’en 1994, déjà, une jeunesse des banlieues radicalisée et shootée à la haine de la France aiguisait ses rimes en plein déni bobo. Flashback. Ministère A.M.E.R., c’était l’époque où Geneviève de Gaulle-Anthonioz, poussant la bienpensance jusqu’à une forme de négationnisme, pouvait claironner avec mièvrerie que le regard des « jeunes » qu’elle avait croisés dans je ne sais quelle « té-ci » de France, elle ne l’avait rencontré qu’une fois auparavant: dans le camp de concentration de Ravensbrück. Les victimes de Maria Mandl, que les détenus d’Auschwitz, où elle officia après, surnommeront « La Bête féroce », apprécieront… Lire la suite en s'abonnant
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