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Peter Sloterdijk, un philosophe de la Renaissance
Le philosophe Peter Sloterdijk était à Paris pour présenter son dernier ouvrage, Nach Gott (Suhrkamp), paru cet été en Allemagne. A l'approche de la parution en France d'une nouvelle traduction, L'Incorrect est allé recueillir quelques éléments de son gai savoir.
Première classe
Il y eut une époque, on peine à le croire, où voyager était une activité respectable. Plutôt que de déchoir et d’embarquer dans un low cost pour chercher un climat plus favorable, restez chez vous cet hiver, et plongez dans L’Âge d’or du voyage (Taschen). Mieux vaut une belle nostalgie qu’une réalité médiocre. Aujourd’hui, à moins d’être Sylvain Tesson et de conférer à vos pérégrinations un surcroît de tension, d’inconfort et de symboles, voyager est bien devenu l’une des pratiques les plus méprisables au monde. Le tourisme de masse avait inventé la première grande pollution humaine des plus beaux endroits de la planète, mais Easy Jet et Airbnb ont encore accentué le phénomène, donnant les moyens à n’importe quelle bande d’étudiants fauchés d’aller instagrammer leurs cuites devant des monuments que des populations précédentes, moins mobiles et inconséquentes, avaient pris le temps d’ériger. Mais ce ne fut pas toujours ainsi. Il y eut une pratique raffinée de la chose. Une visée initiatique, d’abord, qui motiva ce qu’on appelait alors le « Grand Tour » et qui donna le mot « tourisme », officialisé par Stendhal en français, un grand tour de l’Europe de l’Ouest et du Sud qu’entreprenaient les jeunes gens du nord une fois achevées leurs études, afin qu’ils sentissent leur civilisation comme (...)
Guy Dupré est mort : ses fiancées sont tristes
Retranché dans le quartier parisien du Marais, il était de ces écrivains que l’on ne voit pas vieillir tant leurs interventions extérieures sont rares et leurs publications tout autant. Six romans en tout et pour tout avec une publication étalée sur un demi-siècle. Guy Dupré aurait eu 90 ans le 27 février prochain.
« CROWLEY ET MOI »
En 1974, Jon Povey découvre Aleister Crowley via Jimmy Page, suite à la projection de « Scorpio Rising » de Kenneth Anger. Dès lors, le clavier des Pretty Things, groupe de la British invasion dont le concept album « SF Sorrow » est à classer avec les plus grands albums de rock de 1968, développe sa connaissance du « mage controversé ». En 2016, Povey monte le projet « Star Ponge Vision » avec Twink, ex batteur des Pretty Things, cheville ouvrière des cultissimes Pink Fairies et dont le plus grand titre de gloire fut d’être le dernier musicien à jouer sur scène avec Syd Barrett après son éviction des Pink Floyd et avant sa chute dans l’aliénation mentale. Aujourd’hui, Twink se fait appeler « Mohamed Abdulah » suite à sa conversion à l’islam, tandis que Povey présente la poésie de Crowley comme une base pour la méditation. Une synthèse qui a de quoi intriguer : nous avons donc tenté d’en savoir un peu plus, le résultat reste néanmoins assez confus. Crowley a été présenté comme très anti religieux… Twink (Mohamed Abdulah) : C’est complètement faux. Il venait d’un milieu très religieux et il a essayé d’en sortir, mais il s’est beaucoup intéressé à la Franc-maçonnerie dont le principe de base n’est pas très différent de l’islam. Il a gravi les échelons de la Franc-maçonnerie jusqu’à en atteindre le sommet. Puis il est devenu, en quelque sorte, sa propre religion, celle de Thélème. Celle-ci ne correspond pas à la magie noire, mais à la blanche, à l’inverse de ce qu’a affirmé une certaine presse. Son image publique est malgré tout très noire. Jusqu’à un certain point, il en est un peu responsable, à cause de son énorme égo. Ce qui énervait beaucoup de gens, et c’est pourquoi il s’est retrouvé seul contre tous. Je l’étudie depuis des années et je trouve que c’était un individu (...)
L’ŒUVRE AU FÉMININ
Si le titre paraît trivial, le livre ne n’est pas. Il s’agit bien du carnet rétrospectif d’une toute jeune femme - au sortir de l’enfance - aux prises avec son pouvoir de séduction.
Romaric Sangars : Le verbe divin
Notre rédacteur en chef culture publie la confession intime de son retour au Christ. L’occasion de traverser l’époque et la littérature. Tu es pamphlétaire et romancier : pourquoi publier ce livre personnel maintenant ? Je ne suis pas allé spontanément à ce livre, j’y ai été poussé par mon éditrice et par Richard Millet : ils m’ont incité à développer ce récit de confession à cause d’un court texte autobiographique, Pneuma, qui accompagnait mon premier livre sur Jean d’Ormesson, où j’évoquais déjà mon retour au catholicisme. C’est une idée qui me plaisait mais que seul je n’aurais pas développée si tôt : il y avait beaucoup de freins à me livrer à un tel exercice, une pudeur. Mais je me suis rapidement senti en accord profond avec ma démarche littéraire elle-même. C’est ce qui se passe souvent : quelque chose a lieu dans l’expérience d’écriture elle-même. Je me suis rendu compte que mon catholicisme et ma vocation d’écrivain étaient très intimement liés. Et racontant comment je revenais au christianisme, je racontais aussi comment je devenais écrivain. Comme un disciple de la poésie qui se serait radicalisé. Tu es né dans une famille culturellement catholique : est-ce une conversion au sens propre, ou l’approfondissement de ce que tu étais déjà ? C’est assez ambigu : il y a l’impression formidable de rejoindre le dieu de ses pères, de ses ancêtres, l’impression émouvante de pouvoir restaurer un lien préexistant et donner brusquement du sens à tout ce qui nous environne, aux églises, à l’art européen. Mais en même temps, c’est aussi le problème de (...)
3 Billboards : un grand film de droite
3 Billboard est un film éminemment politique. Sans doute nos chargés de conscience y verront-ils une « violente charge contre l’Amérique de Trump » ou une dénonciation visionnaire « du mâle blanc beauf au cerveau de phallus ». Il s’agit, au contraire, d’une définition anthropologique bien éloignée de ces lieux communs bien-pensants.

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