



Comment en êtes-vous arrivé à rééditer des livres de Dutourd ?
J’ai découvert Jean Dutourd à quinze ans, un peu par hasard, à la bibliothèque municipale. Un de ses livres figurait sur le présentoir des nouveautés, je l’ai emprunté sans rien savoir de l’auteur et je l’ai dévoré. J’ai tout de suite été sensible à l’ironie de Dutourd, à sa drôlerie, à sa liberté d’esprit. Mis en appétit, j’ai naturellement continué à lire Dutourd, toujours sans préjugé, et j’ai petit à petit avalé toute son œuvre riche d’une bonne soixantaine d’ouvrages. Je ne me suis d’ailleurs pas contenté de le lire et relire : j’ai entrepris, pour le plaisir, des recherches sur son œuvre et sur sa vie. Et voilà qu’un beau jour, fin 2017, je rencontre Dominique Gaultier, le patron-fondateur du Dilettante, dans sa librairie de la place de l’Odéon. Sachant qu’il aime bien Dutourd, je lui suggère de rééditer Les Dupes, recueil de contes philosophiques paru en 1959 chez Gallimard.…

1 – Inland Empire
On vous entend déjà hurler : comment, Inland Empire en premier ? Certes, c’est le film le plus ouvertement cryptique du réalisateur. Oui, il est filmé entièrement en vidéo, ce qui lui donne parfois l’aspect d’un film de vacances particulièrement dérangeant. Oui, c’est une redite de toutes les névroses de Lynch : l’adultère comme épitomé du Mal, l’actrice cannibalisée par son image, la collusion des mondes parallèles… pourtant, c’est aussi le Lynch le plus inépuisable, tant il recèle de chausses-trapes, de citations fatales, de « contre-mondes ». C’est aussi l’un des films les plus angoissants jamais faits sur le pouvoir néfaste du cinéma – voire cet époustouflant plan à la grue qui isole Laura Dern sur un trottoir d’Hollywood Boulevard, complètement perdue et incapable de savoir si elle appartient ou non à la fiction. Un chef d’œuvre absolu qui se finit en hommage bouleversant à l’imaginaire, sur fond du Sinnerman de Nina Simone.…

Steven Spielberg lui avait donné en 2022, dans The Fabelmans, un de ses rares rôle en tant qu’acteur : dans un épilogue sidérant, on y voyait Lynch tenir le rôle de John Ford et donner quelques laconiques – mais inoubliables – conseils de mise en scène au héros sur le point de commencer sa carrière de réalisateur. Ford et Lynch : il fallait bien le génie de Spielberg pour faire le lien entre ces deux monstres que tout oppose en apparence. Pourtant, les deux hommes ont à leur manière alimenté une certaine légende de l’Amérique avec une œuvre à la fois et exigeante et… populaire. Car si Lynch s’était taillé une solide réputation de cinéaste avant-gardiste, volontiers cryptique, sa matière première reste d’une simplicité confondante et il n’aura de cesse, film après film, de tenter d’élucider un seul mystère : cette Amérique des années 50 qu’il a connu enfant et qui est la matrice fantasmatique d’à peu près tout le cinéma américain jusqu’à aujourd’hui.…


Ce livre est-il né d’un dessein d’ensemble ou du hasard ?
Non, il n’y a pas de hasard, une providence peut-être. En fait, je n’aime pas parler de moi. Les seules fois où cela arrive, ce sont les petites proses d’Un Effondrement qui vont de la notation sur quelques manières de l’époque à des souvenirs d’enfance, de jeunesse, de voyage. L’ensemble, il faudrait le lire comme un récit plutôt que comme un recueil.
Y a-t-il un mot pour désigner le genre dont relève ce livre ? Aviez-vous des références en tête ?
Un autoportrait en mouvement, ce que j’ai aimé chez le trop peu connu Frédéric Berthet (Paris-Berry) et parfois chez Brautigan (Mémoires sauvés du vent).
Prêtez-vous des vertus particulières à la forme brève ?
Tous les romans ou presque sont trop longs, aujourd’hui. La forme brève, c’est une forme de politesse poétique.…

L’Incorrect
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