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Bénureau : affreux, sale et méchant

Depuis fin janvier, Didier Bénureau, brillant humoriste de music-hall et second rôle bien connu du cinéma comique français (Les Visiteurs, Palais Royal! Les Brèves de comptoir…) investit le studio des Champs-Élysées pour nous présenter son nouveau seul- en-scène: Entier, panachant tableaux neufs et anciennes saynètes – dont l’inévitable « Chanson pour Moralès ». La touche Bénureau pourrait se définir de la manière sui- vante : un humour noir sûr de ses effets, des personnages (délicieux anachronisme en ces temps de stand-up étouffants) très bêtes et très méchants: caricaturaux comme le Charlie-Hebdo des années 70 ; vils comme des personnages des films d’Étienne Chatiliez que sauvent ici, un soupçon de tendresse, là, une fantaisie, un burlesque ou une profondeur bienvenus. Le tout servi par une interprétation juvénile détonante (ce qui à près de 70 ans relève de la gageure) et par une écriture remarquable, à tel point qu’il nous semble que ces textes, comme des bonnes chansons, pourraient être interprétés par d’autres comédiens.…

Des institutions aux ordres de la révolution woke

Le profil des directeurs nommés à la tête des théâtres et autres salles de spectacle explique en grande partie la dérive frappante de leurs choix artistiques. En effet, ces gardiens de l’art ne se gênent pas pour faire de leur statut un pare-à-vent de leur engagement politique. Comme le souligne Jérôme Besnard, conseiller municipal de Mont Saint-Aignan : « Quand un directeur de théâtre public monte des pièces sur les migrants transsexuels, il ne se cache nullement de faire de la politique militante ».

Un exemple : David Bobée nommé en 2021 à la direction du Théâtre du Nord à Lille. Sa spécialité ? Détruire le théâtre classique au profit de créations contemporaines imprégnées des thèses wokes. Ce qui n’empêche pas Roselyne Bachelot de l’applaudir… Adepte de la tabula rasa, Bobée a coanimé le collectif « Décoloniser les arts », affichant ainsi son amitié avec une certaine Rokhaya Diallo.…

[Cinéma] CE2 : 2 octobre

Il est peu probable que la tempête #metoo dans laquelle se retrouve Jacques Doillon s’apaise avec la sortie de CE2. Son nouveau film, après le crash industriel de Rodin (2017), traite de harcèlement en y adjoignant le marivaudage impossible entre une fille de bourgeois et un petit prolo à parents inconséquents. La violence enfantine, réminiscence du beau Récréations (Claire Simon, 1998), achoppe sur des dialogues surécrits et une direction d’acteurs antinaturaliste au possible. Comme la technique Doillon implique la répétition et la répétition, la multiplication des prises, il s’en faut de peu pour que le film sur la maltraitance ne paraisse lui-même un film maltraitant.

Lire aussi : [Cinéma] Semaine sainte : les racines du mal

La petite héroïne a beau triompher de son agresseur amoureux, relégué loin d’elle, le film laisse un parfum de cruauté et d’inconséquence assez détestable. Cette variation sur les intermittences du cœur qui s’était choisi un sujet en vogue semble in fine complètement déconnectée, quand la représentation des Gilets Jaunes suinte le mépris de classe.…

[Cinéma] Semaine sainte : les racines du mal

Début XXe, dans un village roumain, une simple dispute entre un aubergiste juif et son employé chrétien en pleine période pascale fait vaciller la fragile entente qui réside entre les deux communautés. À mesure que se réveille le vieux mythe du juif empoisonneur de puits et que les menaces se succèdent, la pression monte sur l’aubergiste et sa famille, jusqu’à l’issue forcément tragique… Adaptation libre d’une nouvelle du grand dramaturge roumain Caragiale, cette Semaine Sainte vaut pour son exploration méticuleuse des racines du mal : dialogues abrupts, plans séquences où s’installe peu à peu le malaise, le cinéaste prend son temps pour décrire la lente intoxication des esprits, et la logique implacable de la peur.

Lire aussi : [Cinéma] La zone d’intérêt : l’horreur en hors-champ

Dans ce village roumain, c’est finalement un vieux combat universel et intemporel qui semble se jouer, annonçant les deux grandes plaies du siècle que furent le bolchevisme et le national-socialisme.…

[BD] Duel autour de Sfar : nos deux spécialistes s’affrontent sur Les Idôlatres

Un puissant éloge de l’image

On ne présente plus Joann Sfar et sa surabondante production de dessinateur et de scénariste, son Chat du rabbin et ses Carnets : son trait est immédiatement reconnaissable. Dans Les Idolâtres, qui fait en quelque sorte suite à La Synagogue (2022), Sfar se lance dans l’autobiographie de son rapport à l’image: entre la mort de sa mère quand il avait trois ans et les conceptions juives de la représentation, nous sommes emportés par un torrent de sentiments exacerbés et de références savantes, élégamment dissimulés par les péripéties de l’apprentissage aux Beaux-Arts, les cours de philosophie, l’évocation des grands anciens (scénaristes rabelaisiens et professeurs fous) et l’irruption permanente de la famille de Sfar, juifs niçois hauts en couleurs. Mais la question centrale demeure : peut-on représenter ? Quel est le statut de l’image par rapport à la réalité et au souvenir ? Que convoque-t-on, que fixe-t-on, que fige-t-on ?…

Les critiques musicales de mars

Une loco rugissante

Dès le début, la batterie impose son rythme. C’est une locomotive qui terminera sa course dans trois minutes. Jamais elle n’oscillera, jamais elle ne sourcillera. Arrive une guitare jangle qui rappelle les Go-Betweens. Tout va bien, en somme. Et puis une voix se pose, doucement nasillarde, typique de ces êtres qui vivent dans des appartements pleins de livres, d’une élégance négligée, et qui draguent des filles en baissant les yeux à la terrasse d’un café. Il n’y a rien dans ce morceau, mais il y a ce qui nous suffit parfois à nous sentir mieux. Trois minutes, oui. Train Full Of Gasoline. Piquons-lui son essence. Remettons-le en boucle, encore et encore, ce titre. Les amis arrivent. La vie est douce-amère. Toujours. Ou du moins jusqu’à ce que minuit sonne, au loin. Nous passerons à autre chose ; chacun s’échappera, se métamorphosera loin de ces trois minutes dorées, s’enfuira en lui-même.…

La discrimination progressiste existe : illustration

Olivier Maulin : le roi maudit

En 2006, avec En attendant le roi du monde (L’Esprit des Péninsules), récipiendaire du prix Ouest-France du festival Étonnants voyageurs, Olivier Maulin fait une entrée fracassante en littérature : plus drôle, plus caustique, plus délirant, il réveille une génération sèche et nombriliste par une forme de réenchantement sauvage relevant d’une formule rabelaisienne et psychédélique. Rassemblant rapidement un lectorat exalté qu’il ravit d’un livre par an ou presque, Maulin, bientôt couronné roi de Montmartre, est également fêté par les salons régionaux, encensé par la presse jusqu’à L’Humanité et invité en résidence (notamment en Mayenne par Lecture en tête, région qui lui inspirera le décor du Bocage à la nage, sorti en 2013).

En 2017, l’écrivain prolifique mais vivotant de piges et de rares subventions se fait embaucher comme critique littéraire par nos confrères de Valeurs actuelles. Congédié par son éditeur d’alors (Denoël), on signifie à son attachée de presse que les salons lui sont désormais interdits.…

Marc Obregon : « J’utilise l’anticipation et la science-fiction comme une forme d’hyperbole littéraire »

Le personnage principal d’Omegatown, c’est la ville. Avez-vous voulu régler vos comptes avec Paris ?

N’importe quel néo-rural vous dira que Paris est devenu invivable, que la kommandantur écofasciste d’Anne Hidalgo l’a transformée en zone de guerre, que le vrai peuple l’a désertée au profit de l’hyperclasse mondiale et d’une population d’ensauvagés entraînée sur les réseaux à haïr la main qui la nourrit… c’est sans doute vrai. Pourtant, Paris reste à mes yeux un objet littéraire inépuisable. Il y a toujours quelque chose à se mettre sous la dent, du moins lorsqu’on consent à demeurer un piéton – et pas un de ces gyrophores casqués qui glissent sans rien voir… je me cramponne à des visions fugitives, une ville c’est un code à déchiffrer, des visages de femmes qui inspirent des univers entiers, des destins à épuiser. J’aime la ville plus que tout autre décor, et Paris vaut bien un roman.…

L’Incorrect

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