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La revanche de Bovary
ll y a deux catégories de lecteurs de Madame Bovary : ceux qui se passionnent pour l’héroïne, et ceux qui compatissent aux malheurs du pauvre Charles. Berné en premières noces par une femme mal-honnête qui lui a mené la vie dure, il se retrouve à supporter maintenant les crises d’Emma, cette grande fille chimérique et puérile qui lui reproche d’être ce qu’il est, et qui fait des dettes dans son dos. Pauvre homme ! Si bon, si doux, si dévoué, honnête ! Bon père, bon maître et bon docteur ! Comment ne pas être touché par son amour du travail bien fait, par son souci de s’instruire (il songe à reprendre des études), par sa simplicité de mœurs, par son goût des plaisirs répétitifs et modestes ? Cet homme simple, sédentaire dans l’âme, se méfie de l’aventure ; il s’intéresse au monde, mais par revues de géographie interposées. Son humilité lui donne le dégoût du luxe, de l’ostentation, du faste, de l’orgueil mal placé. La débauche de victuailles au bal du marquis d’Andervilliers le plonge dans le malaise ; il ne songe qu’à rentrer dans ses foyers, tandis que sa femme enfin réjouie virevolte sur la piste et se pâme. Oui, d’une certaine manière, Charles mérite autant qu’elle d’être considéré comme le héros du roman, ou l’anti-héros. Est-ce un hasard si Flaubert l’a fait apparaître en premier dans le récit ? Il était tout naturel, dans ces conditions, de réécrire enfin l’histoire de son point de vue, de lui rendre la vedette : ce ne sera plus Madame Bovary mais Monsieur Bovary ou, en l’occurrence, Un honnête homme. [...]
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David Rochefort : La fiction contre-attaque
Votre narrateur est un écrivain à la dérive qui peine à retrouver l’inspiration après une anecdote traumatique. Vous êtes-vous trouvé dans une situation comparable au moment de commencer ce livre ? Non, heureusement pour moi! Le moteur psychologique du personnage, c’est qu’en effet, il arrête d’écrire quand il est confronté à un lecteur réel. On écrit toujours des romans pour des anonymes, or lui, un jour, dans un train, aperçoit la patronne de sa femme en train de lire son livre et il s’avère en plus qu’elle ne l’apprécie pas du tout, que son roman finira dans une boîte-à-livres. Ce décalage entre ses attentes et la réalité le bloque, il n’arrive plus à écrire. [...]
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Romain Debluë : « Le roman, c’est de la pensée en situation »
Qu’est-ce que le roman vous permet que l’essai philosophique ne permettrait pas aussi bien ? Votre question est délicate, dans la mesure où je n’ai jamais eu le sentiment d’écrire des romans pour pallier une insuffisance que porterait en soi la catégorie très vaste et très vague de l’essai philosophique. Disons donc pour commencer qu’il y a toujours, dans l’écriture d’un livre de philosophie, au sens obvie où l’on peut entendre cette dénomination, il y a toujours une visée et un impératif de pédagogie : si l’on écrit sur Descartes, ou sur Platon, c’est normalement que l’on estime pouvoir apporter sur leurs œuvres un éclairage nouveau, utile à une compréhension plus exacte et plus complète de leurs pensées. Le travail formel est là guidé par l’exigence de transmission d’un contenu qui n’est pas entièrement nôtre. Ce que, d’abord, le roman permet, ou bien plutôt ce qu’il exige, c’est la création d’une forme neuve à chaque fois, dont la finalité n’est pas strictement didactique, mais expressive, démonstrative et musicale. Et pour moi, fondamentalement, ce qui fait le roman, ce sont les personnages. Non que ce soit la seule détermination. Mais c’est à mes yeux celle autour de quoi toutes les autres gravitent. Ainsi la langue du roman, du moins tel que je tente de le pratiquer, doit-elle être au service non pas de l’exposition pédagogique de thèses ou d’idées, mais au service de la présence vivante de personnages qui pensent certaines idées, et qui les incarnent. Banalité, mais qu’il fait bon rappeler parfois : le roman, ce sont des idées, plus la chair. J’insiste : pas la chair sans les idées, non plus que les idées sans la chair. C’est de la pensée en situation. [...]
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[Cinéma] Une Histoire d’amour : chronique d’une enfant bobo
Ce film est parfait pour les bobos parisiens en quête d’élévation, si médiocre soit-elle. En participant au déménagement de son frère, Katia rencontre Justine : c’est le coup de foudre. Katia se comporte comme une enfant en pleine crise existentielle, hystérique au possible. Parfois drôle, souvent touchant, ce film est parsemé de beauté mais entaché par la détresse incontrôlable de l’héroïne et une volonté maladive d’exaltation des passions. [...]
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[Cinéma] L’Automne à Pyongyang : la vie éternelle
Quand on parle de Claude Lanzmann, on pense immédiatement à ses réalisations, et surtout à Shoah. Dans L’automne à Pyongyang, il est question de son ultime voyage en Corée du Nord en 2018. Ce voyage est l’occasion d’un retour sur sa vie, sur sa relation avec Simone de Beauvoir et ses amours communistes. Introspection et hommage, ce film est poignant d’émotions et de souvenir. La quête qui l’anime est celle de l’abolition du temps, mise en parallèle avec le régime communiste qui n’a pas évolué depuis le premier voyage de Claude. L’éternité, voilà le but de Claude Lanzmann, qu’il n’atteindra évidemment jamais. Ce film cherche donc comme palliatif la survie du réalisateur dans les mémoires. [...]
[Cinéma] Désordres : l’horloge sans aiguilles
Inspiré par les Mémoires d’un révolutionnaire de Pierre Kropotkine – le livre préféré de Kafka – Désordres retrace son séjour dans le Jura suisse, avec un résultat en tout point opposé au biografilm compassé Le Jeune Marx (Raoul Peck, 2017). Filmant une petite ville et son usine d’horlogerie toutes deux reconfigurées par le capitalisme naissant, Cyril Schäublin œuvre à l’intersection du documentaire et de la fiction, à la façon d’un Peter Watkins, mais sans sa théâtralité parfois pesante. [...]
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[Cinéma] Alma Viva : miracle
Dans la campagne portugaise, Salomé passe ses vacances avec sa grand-mère. Cette dernière meurt subitement, ce qui brise l’insouciance de la jeune fille. Le film est une réussite, sans que son histoire ne soit réellement palpitante, mais c’est cette trivialité qui fait tout son intérêt. Tout tourne autour du personnage de la grand-mère, aimée par les uns, haïe par d’autres. Les musiques, les paysages, tout concourt à un éloge paradoxal de la perte, de la mort. À partir d’une histoire des plus banales, Alma Viva se révèle donc d’une beauté déchirante, avec un jeu d’acteurs qui confine à la prouesse, surtout mis en regard des navets français usuels. [...]
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[Cinéma] L’Établi : le Judas de la bourgeoisie
En septembre 1968, Robert Linhart, jeune militant de la gauche prolétarienne, entre sous couverture à l’usine Citroën de la porte de Choisy, afin de mieux connaître la classe ouvrière, de fraterniser avec elle et de semer in vivo les ferments de la révolution. L’échec qu’il connaîtra au bout d’une année lui inspirera en 1978 un récit appelé à devenir un classique et qui emprunte à cette mission d’agitateur le nom d’époque dont on l’affuble : L’Établi. Si le livre n’est pas le chef-d’œuvre que l’on vante partout – la faute notamment à un relâchement dans sa seconde partie, avec abus de phrases nominales et de passages à la ligne pour signifier l’urgence –, c’est néanmoins un document exceptionnel sur la déshumanisation du travail à la chaîne. L’écriture de Linhart, de par sa précision, parvient à communiquer au lecteur l’expérience tangible du primo-ouvrier. Sa plume est comme une caméra subjective qui enregistrerait chaque geste et chaque retentissement de ce geste dans le corps de qui l’accomplit, tout en parvenant à saisir l’environnement aussi bien proche que lointain. On sent véritablement la grisaille, le chaos, la dépossession de soi ; Les Prisons de Piranèse semblent attendre à notre porte. [...]
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