
Culture






Christophe Dickès : Il en est de l’histoire un peu comme de la médecine. Vous avez des médecins généralistes qui ont les connaissances et qui sont parfaitement capables de répondre à des problématiques liées à des études qu’ils ont faites. Mais vous aurez toujours des spécialistes du pied ou bien des spécialistes du dos. Il n’empêche que vous avez toujours des médecins généralistes, qui ont reçu une formation. Je ne veux pas tomber dans une forme de relativisme décrétant que tout le monde est historien et que tous les savoirs se valent…
Franck Ferrand : Mais il n’y a plus d’historiens généralistes aujourd’hui. Lesquels pourrait-on citer ?
Olivier Dard : En même temps, la masse des productions est telle que ça poserait aussi des problèmes. Quelqu’un dirait « Je vais écrire l’histoire du monde au XXe siècle », ça serait très beau mais ça serait quand même bien présomptueux…
Franck Ferrand : Ce serait passionnant.…

Après les volumes de journal qui retraçaient ses débuts littéraires et sa notoriété croissante, Richard Millet nous donne ici à lire les notes plus rares, plus éparses, qu’il parvient encore à prendre au fil d’un temps qui s’est accéléré. Le voici intronisé au comité de lecture de Gallimard, le saint des saints du pouvoir culturel où il fait scrupuleusement son travail, et il sera d’ailleurs à l’origine de deux prix Goncourt (Littell et Jenni). Pourtant, parvenu dans la chambre forte de ce que Sollers appelle « la banque centrale », Millet désespère de n’y trouver que de la fausse monnaie. Le jeu de massacre est ébouriffant : Ernaux ? « Du Bourdieu réécrit avec un Tampax séché » ; Mabanckou : « Piètre romancier, adulé par les études post-coloniales. Vend sa soupe » ; la prose de Ben Jelloun ? Elle « sent le pet d’hippopotame » ; Le Clézio ?…

Les amateurs les plus pointus du maître vous le diront : Stephen King n’est plus que l’ombre de lui-même. Rappelez- vous : dans les années 90, après avoir produit une poignée de chefs-d’œuvre à un rythme démentiel, le romancier américain fait entendre qu’il arrêterait d’écrire. Car l’écriture, chez King, n’est pas indolore : c’est un monstre qui le dévore lentement, pas si éloigné de ce singe vorace qui vocifère perché sur l’épaule d’un William Burroughs. D’ailleurs, King a souvent comparé l’écriture à ses addictions multiples. Mais le 19 juin 1999, un évènement change tout : alors qu’il effectue sa promenade quotidienne, un conducteur de camionnette perd le contrôle de son véhicule et le percute de plein fouet. Un accident dont il réchappe miraculeusement, non sans avoir passé plusieurs mois intubé à tutoyer le vide. Ce drame se révèle une chance, pour ce croyant (King est de confession méthodiste), à l’origine d’une nouvelle envie d’écrire.…
L’Incorrect
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