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Les critiques littéraires de mai
Un Satiriste Génial  Le Prophète maudit, Kaspar Colling Nielsen, Calmann-Lévy, 306 P., 21,90€ Et si le destin d’un pays tout entier – ici, le Danemark, reposait sur la capacité d’un vieux poète aigri à écrire quelques nouveaux vers? C’est le point de départ de cette réjouissante fable, signée Kaspar Colling Nielsen, bombardé un peu vite « Houellebecq scandinave » par nos critiques. S’il partage en effet avec la pornstar des lettres françaises un goût du détail trivial et un humour caustique qui fait toujours mouche, ce « Prophète Maudit » évoque davantage certains grands satiristes italiens comme Dino Buzzati – notamment pour ce crescendo jouissif vers une sorte de surréalisme apocalyptique. Le roman se déploie en une succession de courts chapitres qui sont autant de saynètes excellemment troussées, des miniatures parfaitement dialoguées qui évoquent également le cinéma de Roy Andersson. Si la figure du poète est entrevue comme le dernier rempart du vieux monde contre l’imbécilité covidocratique, elle permet également à Nielsen de dresser son autoportrait en creux, celui d’un artiste qui a troqué ses ambitions de martyr pour celles de clown triste. Marc Obregon [...]
[Cinéma] Faces cachées : quête des origines
Alors qu’elle fait ses études de vétérinaire, Rose, enfant adoptée, décide de contacter sa mère biologique. Cette dernière refuse d’abord de lui parler mais Rose insiste ; sa mère finit par accepter le dialogue et apprend à la jeune femme qu’elle est née d’un viol. Cette histoire d’aspect sinistre nous tient pourtant en haleine jusqu’à la fin du film. [...]
[Cinéma] Jeanne du Barry : la comtesse aux pieds sales
Maïwenn est un paradoxe. D’ascendance notamment kabyle et vietnamienne, elle a une enfance presque traumatique (cf Demi-tarif, le film de sa sœur Isild Le Besco) qu’elle a enchaînée avec une adolescence sur les podiums, un mariage avec Luc Besson d’où naîtra une fille (alors qu’elle-même est encore mineure) et un divorce rapide, le patron d’EuropaCorp n’appréciant plus son corps modifié par la maternité. Ses secondes noces avec Jean-Yves Le Fur, qui lui donne un fils, seront tout aussi rapides ; la rumeur publique en fait le modèle du personnage de Vincent Cassel dans Mon Roi, soit un « pervers narcissique » comme on dit dans les magazines féminins. Maïwenn ne s’en accroche pas moins, fait du stand-up, l’actrice, des films qu’elle réalise et qui lui gagnent un public, jusqu’à obtenir pour Polisse un prix du Jury à Cannes.
Hans Ulrich Obrist : l’épopée d’un communicant
Vivre dans l’urgence, c’est ce à quoi s’emploie Hans Ulrich Obrist, « HUO » dans le milieu de l’art contemporain dont il est l’une des figures phares depuis plus de vingt ans. D’avoir frôlé la mort à six ans l’aurait projeté dans cette frénésie de découvertes, de voyages, de rencontres, qui l’emporte à tout juste seize ans, après une enfance en Suisse alémanique, près du lac de Constance et de deux frontières. Une soif de rencontres permanente, une accoutumance aux trains de nuit, une audace à toute épreuve, permettront à ce jeune homme aussi ambitieux que précoce, de se faire très rapidement un nom dans le milieu de l’art contemporain. Dès qu’un artiste le séduit ou l’interpelle, il lui passe un coup de téléphone et débarque dans son atelier. Fischli & Weiss, Boetti, Boltanski, le mettent aussitôt sur la voie et depuis, il n’a cessé de multiplier les visites et les entretiens à un rythme ahurissant. Après une première exposition dans sa cuisine, il poursuit son Grand Tour improvisé de l’Europe qui prend l’ampleur d’un tourbillon permanent, avec, comme seule formation concrète, quelques révélations devenues des mantras : le concept de « mondialité » d’Édouard Glissant, le choix de l’archipellisation plutôt que le centralisme hégémonique, le défi de toujours changer les règles pour lui comme pour les artistes, le refus de toute frontière, y compris entre les disciplines. Après avoir été conservateur au Musée d’Art moderne de la ville de Paris, Obrist règne sur les Serpentine Galleries à Londres, conseille la fondation LUMA à Arles, et est considéré comme l’une des personnalités les plus influentes de son domaine.
Présence de Tintin
Pourquoi avoir attendu autant, chez Raskar Kapac, pour rendre hommage au maître tutélaire ? Il nous a fallu vingt numéros et cinq hors-sériepour faire monter Hergé et sa cohorte de personnages célestes sur notre bûcher artistique. Le temps n’était pas encore venu. Notre contre-panthéon s’était d’abord inspiré de la comète « Jean-René Huguenin », cet écrivain mort à 26 ans qui nous a laissé en héritage un journal mémorable.  Après lui, se sont succédés des dossiers emplis de souffre et de vitalité. Nous nous sommes intéressés aux marginaux, aux inadaptés, aux cœurs aventureux non-officiels. Parmi eux, le pirate de la mer Rouge Henry de Monfreid, puis, le préhistorique antimoderne François Augiéras ou encore le vitaliste zorbaïen Nikos Kazantzakis… Autant d’écrivains de sang et d’or qui appelaient à la révolte existentielle. Je savais qu’un jour, Hergé, Tintin, Haddock et Tournesol graviraient à leur tour notre échelle sainte artistique. Les 40 ans de la mort du maître ont été l’occasion de constituer un hommage digne de ce nom avec une bande de tintinophiles passionnés : Pierre Arditi, Hubert Védrine, François Rivière, Olivier Delcroix, Benoît Grimonpont, Charles Gonzalès, Archibald Ney, le Père Jérôme Prigent, Stéphane Barsacq, Christiane Rancé, Simon Bernard et votre serviteur. Fort d’une équipée solide, le dessinateur Hubert van Rie a conçu une maquette de toute beauté aux couleurs rouge et blanche de la fusée lunaire. Un très beau « 64 pages » qu’Hergé, depuis le paradis des grands artistes, ne renierait pas. [...]
La bataille de l’Histoire : troisième partie du débat

Christophe Dickès : Il en est de l’histoire un peu comme de la médecine. Vous avez des médecins généralistes qui ont les connaissances et qui sont parfaitement capables de répondre à des problématiques liées à des études qu’ils ont faites. Mais vous aurez toujours des spécialistes du pied ou bien des spécialistes du dos. Il n’empêche que vous avez toujours des médecins généralistes, qui ont reçu une formation. Je ne veux pas tomber dans une forme de relativisme décrétant que tout le monde est historien et que tous les savoirs se valent…

Franck Ferrand : Mais il n’y a plus d’historiens généralistes aujourd’hui. Lesquels pourrait-on citer ?

Olivier Dard : En même temps, la masse des productions est telle que ça poserait aussi des problèmes. Quelqu’un dirait « Je vais écrire l’histoire du monde au XXe siècle », ça serait très beau mais ça serait quand même bien présomptueux…

Franck Ferrand : Ce serait passionnant.…

Richard Millet : Notre Soljenitsyne

Après les volumes de journal qui retraçaient ses débuts littéraires et sa notoriété croissante, Richard Millet nous donne ici à lire les notes plus rares, plus éparses, qu’il parvient encore à prendre au fil d’un temps qui s’est accéléré. Le voici intronisé au comité de lecture de Gallimard, le saint des saints du pouvoir culturel où il fait scrupuleusement son travail, et il sera d’ailleurs à l’origine de deux prix Goncourt (Littell et Jenni). Pourtant, parvenu dans la chambre forte de ce que Sollers appelle « la banque centrale », Millet désespère de n’y trouver que de la fausse monnaie. Le jeu de massacre est ébouriffant : Ernaux ? « Du Bourdieu réécrit avec un Tampax séché » ; Mabanckou : « Piètre romancier, adulé par les études post-coloniales. Vend sa soupe » ; la prose de Ben Jelloun ? Elle « sent le pet d’hippopotame » ; Le Clézio ?…

Stephen King : le grand démiurge rêve encore

Les amateurs les plus pointus du maître vous le diront : Stephen King n’est plus que l’ombre de lui-même. Rappelez- vous : dans les années 90, après avoir produit une poignée de chefs-d’œuvre à un rythme démentiel, le romancier américain fait entendre qu’il arrêterait d’écrire. Car l’écriture, chez King, n’est pas indolore : c’est un monstre qui le dévore lentement, pas si éloigné de ce singe vorace qui vocifère perché sur l’épaule d’un William Burroughs. D’ailleurs, King a souvent comparé l’écriture à ses addictions multiples. Mais le 19 juin 1999, un évènement change tout : alors qu’il effectue sa promenade quotidienne, un conducteur de camionnette perd le contrôle de son véhicule et le percute de plein fouet. Un accident dont il réchappe miraculeusement, non sans avoir passé plusieurs mois intubé à tutoyer le vide. Ce drame se révèle une chance, pour ce croyant (King est de confession méthodiste), à l’origine d’une nouvelle envie d’écrire.…

L’Incorrect

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