Skip to content
La bataille de l’Histoire : deuxième partie du débat

On a parlé du rapport des Français à leur histoire. Penchons-nous plus particulièrement sur celui qu’entretiennent avec elle nos élites politiques et culturelles. Sont-elles encore habitées profondément par le sens de notre histoire ou est-ce que pour elles, avec l’Union européenne et la mondialisation, la France est finie ?

Franck Ferrand : Je me demande si vous ne posez pas deux questions un peu différentes en une seule. D’une part, il y a l’intérêt des élites pour l’histoire et je pense qu’il reste vif. D’autre part, il y a l’intérêt des élites pour la France et je pense qu’il est devenu faible. Lorsqu’on parle avec des dirigeants de grandes administrations ou avec des ministres, on se rend compte qu’ils connaissent généralement bien, voire très bien, l’histoire. La légende qui veut que nos élites ne connaissent plus l’histoire est fausse. Leur culture reste d’un bon niveau. Simplement, ils en font moins état et la vision qu’ils en ont n’est plus une vision centrée.…

La bataille de l’Histoire : première partie du débat

Pensez-vous que les Français sont passionnés par leur histoire, qu’ils la connaissent et qu’ils ont une « faim » d’histoire de France ?

Franck Ferrand : Je suis bien placé pour constater tous les jours la passion des Français pour l’histoire, passion qui n’est pas née hier. Il arrive assez souvent que les médias parlent d’un « nouvel » intérêt de nos compatriotes pour cette matière. Je n’y crois pas. Regardez les tirages de G. Lenotre dans l’entre-deux- guerres, c’était phénoménal. Regardez le succès d’auteurs comme Octave Aubry, comme André Castelot, ou le succès d’émissions comme La Caméra explore le temps dans l’après- guerre. À la fin des années 50 et dans les années 60, cette émission était un rendez-vous incontournable pour les Français. Il s’agissait d’une histoire incarnée, que certains ont appelé la « petite histoire ». Elle était extrêmement vivante. C’est cela que la population, dans son ensemble et de façon spontanée, plébiscite.…

[Cinéma] War pony : un peu fadasse

Caméra d’or à Cannes en 2022, War pony entrelace deux récits d’initiation, l’un sur un jeune homme, l’autre sur un pré-adolescent, tous deux appartenant à la tribu des Oglala Lakota. Les coréalisatrices, la productrice Gila Gammel et l’actrice Riley Keough – par ailleurs petite-fille d’Elvis Presley – ont filmé dans la réserve de Pine Ridge, avec le concours d’acteurs amérindiens majoritairement non professionnels, La paupérisation endémique, bien documentée, va main dans la main avec un irrémédiable reflux des traditions dans les brouillards de la drogue et de la junk food.

Lire aussi : [Cinéma] Showing up : portrait de la vieille fille en fumée

Si le volet sur le gamin livré à lui-même est un peu trop redevable aux 400 coups, celui sur le jeune père convainc davantage, grâce au charisme relâché et pourtant naturel de Jojo Bapteise Whiting. L’épisode autour de la chienne Beast, qui donne son titre original au film, illustre avec une certaine ambiguïté les conséquences du métissage.…

[Cinéma] Le cours de la vie : trop engagé

Noémie, scénariste de talent dans la cinquantaine, est invitée par son amour de jeunesse à donner une conférence sur l’écriture dans l’école de cinéma qu’il dirige. Une odeur persistante d’idéologie pourrit ce long-métrage qui disposait pourtant de quelques arguments pour nous charmer. L’homosexualité est partout, les femmes sont idéalisées, les hommes la plupart du temps d’une faiblesse proprement dégoûtante, et certaines scènes consacrées à un personnage non-binaire relèvent presque du tract.

Lire aussi : [Cinéma] Showing up : portrait de la vieille fille en fumée

C’est dommage, car le film parvient à communiquer sa passion de l’écriture scénaristique à travers un choix de mise en scène osé, comme de consacrer l’essentiel du long-métrage à un cours magistral, permettant de briller à une Agnès Jaoui très impliquée. Le désavantage de cette approche, c’est qu’elle pousse à tellement parler de cinéma qu’à la fin, on oublie d’en faire. Le cours de la vie a beau installer quelques thèmes très fertiles, comme ceux de la nostalgie et de la perte, il les exploite insuffisamment.…

[Cinéma] Fairytale : dantesque

Un brelan de tyrans, Staline, Hitler, Mussolini, végète dans les limbes ainsi que Churchill. Ils ratiocinent, s’asticotent, ou conversent avec leurs doubles (car ils se démultiplient aussi). La porte du Paradis s’entrouvre, l’ombre de Napoléon se faufile… Fairytale n’a pas peur de refaire En attendant Godot avec les pires dictateurs du XXe siècle dont les images d’archives sont truquées grâce au procédé du deepfake : modifiées par l’intelligence artificielle, les défunts maléfiques sont intégrés dans des décors à la Gustave Doré où ils errent sans but.

Lire aussi : [Cinéma] Disco Boy : de la brousse à la piste

La patte d’Alexandre Sokourov, cette impression de voir à travers un tulle gras, est toujours perceptible. La bande-son, à l’avenant, berce le spectateur en multipliant les langues : l’infinie conversation a commencé et s’achèvera sans nous ; une mer de soldats enfle et se dissout en cadavres. Pas sûr que Fairytale raconte grand-chose, mais il saisit que l’enfer est une répétition.…

Cédric Ido : brut et magique
Quelle est la genèse du projet ? J’ai une formation de comédien à la base, j’ai tourné pas mal de films et de séries étant plus jeune, notamment en binôme avec mon grand-frère. De fil en aiguille, j’ai voulu écrire mes propres histoires. La Gravité est partie d’une envie simple, celle de raconter quelque chose de très personnel, le quartier où j’ai grandi, et d’établir un constat : l’existence de gens hyper talentueux qui ne donnent jamais libre cours à leurs passions à cause de cette espèce de plafond de verre qui semble régner sur les quartiers. J’ai voulu m’approprier ce constat pour le raconter à ma manière, avec toutes mes influences et notamment celles du cinéma populaire. Malgré son enracinement géographique, le film est désengagé de toute politique ou réalité concrète, il semble presque tendre vers l’abstraction, l’universel... Oui, c’est sans doute lié à un refus de ma part d’être trop frontal. C’est très difficile de se dégager des codes du cinéma de banlieue lorsqu’on raconte quelque chose de personnel. Je me suis donc posé la question, je me suis justement demandé comment faire la différence, comment ramener quelque chose d’universel. [...]
Éditorial culture de Romaric Sangars : Écrivain n’est pas un projet d’avenir
Louise Brévins a publié chez Grasset, récemment, un petit récit intitulé Pute n’est pas un projet d’avenir. Je l’ai appris en écoutant France Inter, épreuve que je m’impose chaque matin ou presque, afin de savoir quelles sont les balises morales que 2 % de la population prétendent m’imposer, tout en faisant des pompes et en crachant, en position basse, sur la photocopie du portrait de Jean d’Ormesson. Non, je plaisante, c’est le visage de Virginie Despentes qui m’apparaît quand mes bras fléchissent. Toujours est-il que je me suis dit que je ne voyais pas l’intérêt de lire un tel texte pour en faire la critique, vu que sa vocation, le pur déballage, était mieux assumée par la radio et qu’il n’avait aucune réalité littéraire. C’était au contraire un symptôme caractéristique de ce qu’est en train de devenir la littérature: un argument sociologique porté au dossier woke, un dépôt de plainte minoritaire, avec un peu de cul pour mieux faire vendre. Faire la critique de tels objets n’implique pas qu’il faille les lire. [...]

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest