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Simone Weil, le refus des passions collectives

Les partis politiques concourent-ils au bien commun de la société ? La question peut paraître saugrenue tant nos esprits sont habitués à la compétition entre partis politiques, considérée comme la modalité habituelle d’expression du suffrage universel et la condition indispensable d’existence d’une authentique démocratie. Sans partis politiques, libres de concourir aux élections, pas de démocratie possible, dit-on !

Pourtant, Jean-Jacques Rousseau pensait le contraire, estimant que les partis politiques empêchent les citoyens de se mouvoir librement vers la volonté générale censée exprimer la vérité en politique. Pris dans l’engrenage d’un parti, le citoyen serait prisonnier de sa logique, de sa doctrine et de sa stratégie, perdant ainsi la liberté de décider souverainement en vue du bien public.

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Une intuition que reprendra au XXe siècle la philosophe Simone Weil dans sa Note sur la suppression générale des partis politiques (1940). Avec la radicalité qu’on lui connaît, elle estime qu’un parti politique est d’abord « une machine à fabriquer de la passion collective » qui éloigne le citoyen de l’exigence de vérité et de justice qui devrait l’animer.…

[Idées] La femme, la mort et le mythe

Il est commun d’estimer qu’avant les monothéismes et leur « injonction au père », le monde païen était dominé par un système matriarcal. Peggy Larrieu, spécialiste en droit privé, revient sur ce passionnant débat à travers le mythe de Perséphone. Perséphone s’inscrit à la jonction de deux mondes, le masculin et le féminin, l’olympien et le chtonien, en tant que déesse des Enfers, enlevée par Hadès pour régner auprès d’elle. En revenant sur sa fonction première (« homéopathiser » la mort), Larrieu éclaire la façon dont l’actuelle pensée politique sur la femme (dont le wokisme et le néo-féminisme sont des exacerbations systémiques) est nourrie par un dualisme cosmologique : sans les rituels de fécondité et de mort, la femme est devenue un « impensé » sur lequel viennent s’agréger toutes les névroses de la modernité.

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L’essayiste donne la part belle à certaines sources apocryphes dont l’orphisme, cette mystique pratiquée pendant une petite dizaine de siècles qui constitua le contrepoint nécessaire de la métaphysique grecque.…

Tyranny, Inc : la tyrannie du privé

Journaliste américain d’origine iranienne, converti au catholicisme, Sohrab Ahmari est aujourd’hui l’un des porte-étendards du courant postlibéral aux États-Unis. Après The Unbroken Thread, un essai remarqué sur les vertus de la tradition, il revient à la charge avec Tyranny, Inc., qui se donne l’objectif ambitieux de changer le rapport de la droite à la liberté et à la coercition. Contre une vision libérale qui ne voit que l’autoritarisme issu des pouvoirs publics, Ahmari démontre, avec de nombreuses histoires vraies, comment le soi-disant « libre marché », lorsque laissé à lui-même, permet l’exploitation brutale des citoyens ordinaires par des entreprises de moins en moins soucieuses du bien commun, parfois même avec la complicité de l’État.

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Il rappelle que la liberté ne saurait se penser abstraitement, et que l’absence d’intervention publique crée des rapports de force au même titre que la régulation, mais à des fins souvent moins nobles.…

La révolution du no sex : malthus über alles

Vous qui n’êtes pas forcément familier avec le panthéon LGBTQ+, sachez que les asexuels y ont leur place et que leur couleur est le violet. Asexuels, asexués, ou « ace » lorsque vous êtes des intimes. En gros, des personnes qui ne ressentent aucun désir sexuel. Attention: ce n’est évidemment ni un handicap, ni une pathologie. Ce serait même d’après Wikipédia une « orientation sexuelle ». On n’y comprend déjà plus rien. Heureusement, la sexologue Magali Crozet-Calisto est là pour nous éclairer… ou pas. Et d’emblée, elle s’embrouille dans le délire terminologique propre aux mouvements LGBT.

À l’instar des autres sexualités de niche qui sont mises en avant par le drapeau arc-en-ciel, les asexuels se divisent déjà en sous-groupes: les romantiques, ceux qui ressentent tout de même un désir platonique pour l’autre, et les aromantiques qui ne ressentent strictement rien pour autrui.

Ce serait même d’après Wikipédia une « orientation sexuelle ».

[Idées] Requiem pour Freund et pour l’Europe

Il y a 30 ans disparaissait Julien Freund. Résistant déporté qui fit preuve d’un courage exemplaire, Lorrain devenu maître de la philosophie et de la sociologie françaises depuis cette Alsace où il s’établit et qu’il refusa toujours de quitter, introducteur en France de Max Weber et de Carl Schmitt, Freund fut un véritable chirurgien du politique, et l’un de ses plus éminents, lui qui sonda les nécessités organiques du corps politique en les distinguant soigneusement de ses flux et reflux, lui qui fut surtout doué d’un don de dissection à la précision et à la rigueur sans pareilles. En nous quittant, il laissait une œuvre prodigieuse mais qui hélas avait tout pour être dédaignée par l’intelligentsia marxisante d’alors et wokisante d’aujourd’hui : pourfendeur de l’ivresse intellectualiste au nom de l’« instinct de la banalité », penseur de la mesure aux antipodes des militants qui peuplent nos facs, aristotélicien élevé à l’école des faits et resté sourd aux sirènes de l’utopie, philosophe du temps long, de l’« éternelle politique » à une époque qui a fait le choix de l’amnésie, il avait fort peu de chance d’échapper à la proscription.…

[Idées] Métaphysique de l’anthropocène : l’être et le néant

Le philosophe Jean Vioulac, auteur de livres fort importants pour comprendre notre époque, déçoit avec cette Métaphysique de l’Anthropocène. Il s’efforce de penser la négativité essentielle de l’homme, sa capacité à détruire, via le concept scientifique d’« Anthropocène ». Partant d’une anthropologie évolutionniste selon laquelle l’homme est « l’animal désanimalisé », qui introduit dans l’être du néant par sa conscience, Vioulac veut faire l’histoire philosophique du déploiement de cette négativité. Son analyse de la Grande Guerre est passionnante, en tant qu’il y voit « l’Apocalypse de la Modernité », qui manifeste la violence et la puissance d’anéantissement propre à l’époque.

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Mais ensuite il recherche l’origine du totalitarisme annihilant et la trouve dans la métaphysique platonicienne puis sa réalisation effective dans l’Église médiévale, ce qui est beaucoup moins convaincant, aussi peu que sa lecture philosophique, psychanalytique et athée du christianisme comme anarchisme ontologique.…

Miguel Torga, un moderne enraciné

Médecin et écrivain, Miguel Torga (1907-1995) fut, à l’image de l’histoire de son pays, écartelé entre la soif d’émigration et sa forte d’identité, entre le déracinement et l’enracinement. Cet homme profondément ancré dans sa région natale et montagneuse du nord du Portugal, Tras os Montes, passa une grande partie de sa jeunesse au Brésil.

« On parcourt la planète. Où il y a un Transmontano, il y a quelque chose de spécifique, d’irréductible. Pourquoi donc ? Parce que même transplanté, il respire la sève dont il est issu. » Alors que d’aucuns crieraient aussitôt au chauvinisme des imbéciles heureux qui sont nés quelque part, pour reprendre les mots de Brassens, lui répond, lors d’une conférence prononcée en 1954 au Brésil par l’aphorisme d’une surprenante modernité : « L’universel, c’est le local moins les murs ».

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Toute son œuvre témoigne en effet de sa conviction que toute culture porte en elle-même une dimension universelle dont les ferments naissent, croissent, s’enrichissent et se transmettent au sein d’une identité profondément enracinée dans un sol et dont il a voulu être un modeste passeur.…

Si la France m’était contée

Reconnu pour ses talents de conteur, Franck Ferrand troque de nouveau son micro pour la plume avec la publication de ses Histoires de France. Après la sortie de Nos rois de France, son dernier succès paru en 2022, l’auteur met cette fois en lumière des personnages ou des évènements peu connus du grand public. L’ouvrage regroupe par ordre chronologique trente-six des meilleurs articles publiés par le journaliste, des récits se déroulant de la fin du Moyen Âge jusqu’à l’époque contemporaine.

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La mort tragique d’Henri II, qui signe la fin des tournois royaux en France, la résistance du jeune Louis XIV face à la maladie ou encore le récit exotique de Jeanne Barret, première femme ayant fait le tour du monde lors de l’expédition Bougainville : le verbe habituel de Franck Ferrand emmène le lecteur au cœur des évènements, à la manière de ses chroniques radios, et les dialogues prêtés aux personnages rendent plus vivantes encore ces scènes du passé.…

L’Incorrect

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