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[Idées] Marx décroissant contre Rousseau

Il y a quelque temps que Jean-Claude Michéa n’avait plus publié, le temps de s’installer dans un petit village du sud- ouest pour découvrir cette France périphérique ignorée de l’intelligentsia germanopratine, et de s’assurer que la maxime décroissante était bien le gage d’une vie plus enrichissante que celle promise par le progressisme. Vérification faite, le philosophe partage cette expérience dans un essai passionnant qui, sans révolutionner sa pensée, essaye de saisir le capitalisme moderne non dans telle ou telle de ses manifestations, mais en tant que « fait social total » (Marcel Mauss). Et il réussit à le faire dans un livre drôlement construit, à partir d’un grand entretien donné à la revue gasconne Landemains qu’il approfondit et précise au travers d’un appareil de notes et de notes de notes, en forme de poupées gigognes. De quoi retrouver avec plaisir son sens de la formule (malgré une écriture alourdie par les italiques, parenthèses et tirets), ses facultés pédagogiques, son immense érudition aussi (le livre est parcouru de notes de lecture et de renvois).…

[Idées] America’s cultural revolution : des racines et du zèle

Christopher Rufo est devenu un acteur central du débat public américain en alertant sur la prolifération de la « théorie critique de la race » dans les écoles. Son premier essai se penche sur les racines de la vague woke qui a conquis les grandes entreprises et les institutions publiques. Le journaliste et militant pointe du doigt une gauche qui a renié l’idéal de révolution prolétarienne pour transformer la société par le haut, à travers les universités, les corporations et les programmes EDI (équité, diversité, inclusion). L’ouvrage fait le portrait de quatre penseurs influents de cette nouvelle gauche : Herbert Marcuse, Angela Davis, Paulo Freire et Derrick Bell. Au cœur de leur programme, la subversion des institutions pour en faire des organes diffusant leur idéologie et finançant leur militantisme.

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Cet objectif, largement accompli, atteint ses limites dans la mesure où il ne promeut que la négation radicale de l’histoire et de l’identité américaines, sans idéal positif pour ceux qu’il prétend défendre.…

[Idées] Les remords de Prométhée : terre brûlée

Bref mais stimulant, cet essai analyse les interactions entre le travail et le feu qui ont façonné les rapports de plus en plus destructeurs entre l’homme et la nature. Avec l’analyse du facteur travail, l’auteur dresse une grande fresque où sont disséqués le rôle de l’esclavage, l’apport de Marx et celui de Saint Simon. Le feu, longtemps soumis à la contrainte de la durabilité des forêts, s’en est libéré grâce aux énergies fossiles. Le développement du machinisme et l’illusion du feu perpétuel ont permis l’explosion de l’ère industrielle qui s’est pervertie en société de surconsommation où la fin de l’aventure humaine n’est plus une vue de l’esprit. Ce constat posé, Sloterdijk avance des pistes pour éviter la catastrophe. Réservé sur le léninisme vert d’Andreas Malm, il se rapproche de Bruno Latour prônant une social-démocratie énergétique et le classement des ressources naturelles comme bien commun de l’humanité.

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Mais plutôt qu’espérer un remords prométhéen, il craint davantage une réaction hyper-prométhéenne et deux dangers majeurs : la Chine et la fusion nucléaire.…

[Idées] La lutte des classes est-elle chrétienne ?

Prêtre dominicain et théologien, Herbert McCabe s’est fait un nom outre-Manche pour ses sermons et pour ses positions singulières – notamment pour ses tentatives de réconcilier le catholicisme avec la philosophie analytique de Russel ou Wittgenstein, mais aussi pour son marxisme frondeur. Alors que les questions de séparation des temps spirituel et historique n’ont jamais été aussi prégnantes, les textes proposés ici apportent de salutaires éclairages. En effet, au cœur de la pensée de McCabe se trouve une injonction à comprendre en quoi le message du Christ est politique, ou en tout cas à saisir en quoi, en évacuant précisément le politique, il conserve sa force historique, celle d’une véritable dissidence humaniste. McCabe se bat un christianisme désincarné et appelle de ses vœux une Église qui embrasse de nouveau une de ses missions premières: réparer les injustices sociales.

Alors que les questions de séparation des temps spirituel et historique n’ont jamais été aussi prégnantes, les textes proposés ici apportent de salutaires éclairages.

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Brendan O’Neill : «Toute vérité commence par un blasphème »

Votre livre ouvre sur l’expression « pénis féminin », lancée par les tenants du transgenrisme et relayée par la presse, sans ciller. Comment
en est-on arrivé là ? Apathie, lâcheté ou déraison ?

Un mélange de lâcheté et de déraison. La déraison se trouve du côté des activistes, de la classe politique et même de la police. Elle ne concerne pas que des jeunes gens aux cheveux bleus. Au Royaume-Uni, la police arrête chez elles des femmes qui affirment que le pénis est un organe sexuel masculin. La lâcheté vient de ceux qui n’osent pas contrevenir à la doxa et préfèrent protéger leur réputation plutôt que d’assener des vérités. La déraison se nourrit de cette lâcheté.

Mais je ne condamne pas ceux qui se plient aux oukases contemporains. Cet été, la chanteuse irlandaise Róisin Murphy a exprimé ses réticences à propos des bloqueurs de puberté administrés aux mineurs. Elle a reçu des torrents d’insultes (majoritairement de la part d’hommes en robe), sa maison de production a annulé la promotion de son album et décidé que les profits des ventes seraient versés à des groupes pro-trans.…

[Idées] Joseph de Maistre : prophète du passé

« Génie instantané de l’Aperçu » disait de lui Barbey d’Aurevilly, « à l’œil fier, illuminé, rapide, éclatant d’agression soudaine et victorieuse » : plus de deux siècles après sa mort, Joseph de Maistre fascine toujours autant par la culminance de ses vues, par la clairvoyance de ses écrits, par la flamboyance de son verbe. Et en ces temps de chaos, il est une très sûre boussole à laquelle nous propose de recourir Marc Froidefont, auteur en 2010 d’une remarquable Théologie de Joseph de Maistre. Parfait connaisseur des écrits, même mineurs, du Savoisien et de leurs inspirations, le philosophe présente dans cet ouvrage concis et érudit la conception maistrienne de la nation, que l’on peut dire organique et providentialiste (sang, géographie, langue, histoire et religion), très soucieuse de la diversité des peuples, en clair aux antipodes du contractualisme moderne à la Locke.

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Découlant d’une anthropologie, cette philosophie de la nation suppose certaines conséquences que déroule Froidefont sur le pouvoir, le droit, la guerre ou – pour nous chrétiens – l’islam.…

[Idées] Comment en mettre plein la vue (pour pas grand-chose)

Clément Viktorovitch, avec sa dégaine d’étudiant en sociologie, a une prétention inversement proportionnelle à son talent. Vu d’abord sur Clique ! puis désormais au Quotidien de Yann Barthès, Viktorovitch a été propulsé on ne sait comment spécialiste français du langage et roi du débunkage des discours de nos politiques (surtout lorsqu’ils sont de droite). On a déjà constaté la médiocrité de ses analyses – qui se contentent souvent d’opposer à une intervention quelques figures de style dont le nom exotique esbaudira le péquin moyen, exemple : « Marion Maréchal pratique ouvertement l’anaphore ». Il restait à la petite mascotte télévisuelle de s’épancher dans un livre, c’est chose faite avec ce best-seller (plus de 100 000 exemplaires vendus scandent les affiches dans le métro) que l’éditeur Points réédite en poche. Le résultat est à peu près à la hauteur des attentes : Le Pouvoir rhétorique est un interminable pensum où l’auteur accumule exemples et explications plus ou moins laborieuses pour faire gonfler artificiellement le volume.…

[Idées] Une infiltrée chez les wokes

On connaissait les approximations, incohérences et lacunes du wokisme sur le plan intellectuel, magistralement mises en lumière par le célèbre canular Sokal au carré dès 2019 et depuis démontrées par de nombreuses parutions des deux côtés de l’Atlantique, dernièrement avec la publication des actes du colloque Après la déconstruction. Bref, le savoir dont les wokes se revendiquent est corrompu jusqu’à l’os – ce qui ne signifie pas toutefois qu’ils n’ont rien à nous dire.

Restait à examiner de manière systématique, et ça n’avait jamais été fait à notre connaissance, le royaume de l’« affect » pour y mesurer en actes le monde et les comportements provoqués par les discours, et mettre les militants wokes face à leur promesse d’inclusion, d’ouverture, de joie et de félicité, de lendemains qui chantent.

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Longue d’une année, l’enquête immersive de Nora Bussigny est réussie malgré les quelques libertés prises avec le cahier des charges.…

L’Incorrect

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