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Éditorial essais de mai : Problème et programme

La distinction entre la philosophie et l’idéologie réside principalement dans le fait que la première est essentiellement problématique tandis que la seconde est essentiellement programmatique. La haute pensée s’occupe de dénouer le réel pour en saisir le sens toujours fuyant, l’idéologie réclame une réflexion commandée par une vision aplanie du réel qui le transforme à terme en fantasme. L’une est en marche, l’autre ne cesse de cesser, la première va d’étonnement en étonnement et de chute en chute accède à la complexité du monde, la seconde ne dépasse pas l’horizon qu’elle ignore : une fermeture systématique soumise à des frontières qui la rassurent et au-delà desquelles elle pense que le monde, faute de désirer le connaître, se jette dans le vide pour y disparaître. La philosophie a un monde à découvrir, l’idéologie un parc à organiser et à claquemurer pour que ceux qui s’y adonnent finissent par confondre un jardin avec l’univers.…

Jean, l’apôtre philosophe
Curieux livre : Emmanuel Cattin, professeur de métaphysique à la Sorbonne, lit l’évangile de Jean. Mélange des genres? Peut-être, mais il se pourrait aussi que le quatrième évangile concernât essentiellement la philosophie, dont il partage la langue. Jean pense avec les mêmes concepts que la philosophie : logos, aletheia, cosmos, pneuma, etc. Dès lors, il faut, en philosophe, lire Jean, attentivement, interroger le sens de ses affirmations parfois énigmatiques, et voir les déplacements conceptuels qu’il opère : la vérité est une personne, de qui témoignent divers témoins et qui témoigne pour elle-même ; le monde est le lieu de la venue et de la manifestation de la vérité, mais il ne la reconnaît pas; l’esprit, donné sans mesure au monde, le recouvre, renverse son règne et conduit dans la vérité toute entière ; le temps est polarisé par une mystérieuse heure, à la fois présente et à venir; le seigneur est le serviteur, et sa mort, qui nous révèle son amour jusqu’au bout, coïncide avec sa glorification. [...]
Ballanche vers la gauche
Le mystique lyonnais tenta de façonner une philosophie romantique française fondée sur l’expiation-régénération: la souffrance est un aliment indispensable au perfectionnement et à l’espérance ; au nom même d’une théorie de la connaissance, sentiments, intuitions et mystères deviennent les clefs de déchiffrement du monde. L’anthologie possède encore un grand mérite en nuançant le portrait unilatéral fait de Ballanche – habituellement classé par les historiens des idées parmi les contrerévolutionnaires catholiques – en se penchant sur sa carrière. [...]
Historiquement correct
En 2017 sortait Dunkirk, le film de Christopher Nolan qui retrace l’évacuation des troupes alliées des plages et du port de Dunkerque, entre le 26 mai et le 3 juin 1940, après leur encerclement par l’armée allemande. Dans le film de Nolan, magnifique par ailleurs, seuls quelques plans rappellent la résistance héroïque des 40 000 soldats français qui défendirent le périmètre de Dunkerque jusqu’à épuisement des munitions et dont pas un seul ne put embarquer vers le Royaume-Uni. Alors que je faisais part de cette injustice à un ami québécois, il me fit cette réplique cruelle mais implacable : « Vous voulez un film qui retrace l’héroïque résistance des troupes françaises à Dunkerque? Pourquoi vous ne le faites pas ? » Pourquoi en effet? Parce qu’il semble impossible en France, quand on évoque la Seconde Guerre mondiale ou l’Occupation, d’échapper à l’excès ou à la falsification, bref à l’idéologisation. [...]
Les hauteurs de l’Éden : l’envers de l’Occident
Notre Occident post-hitlérien, héritier inconscient des idéaux de la révolution industrielle, reste porté par son projet de « reconstruire de fond en comble la condition humaine », et s’ingénie à effacer toute borne, à refuser l’enjeu généalogique. Ignorant que « le voile de l’illusion positiviste se déchire sous nos yeux », il promeut toujours l’avènement d’un homme standardisé, sans pourquoi, triste serviteur du culte de l’immédiat et de l’effacement du passé. Surtout, ne sachant plus que « l’animal humain habite la Terre comme une scène », il reste aveugle aux civilisations orthodoxes, islamiques et chinoises, qui, travaillées par un désir de revanche, redécouvrent leurs fondations théologiques, leurs rituels et leurs théâtres, c’est-à-dire leur intériorité séculaire. [...]
Benjamin Constant : à la ville et à la scène
Directeur de l’Institut Constant de Lausanne, Léonard Burnand pouvait paraître mal placé pour écrire une bio de Constant, partialité oblige Mais justement, objecte-t-il: c’est dans ses contradictions, ses errements et ses défauts que l’auteur d’Adolphe est le plus intéressant, aucune raison de tomber dans l’hagiographie. [...]
Colloque : Qu’est ce qu’une nation ?

Au programme

Ouverture salle 14h

Début officiel 14h30

Philippe Mesnard et Jacques de Guillebon : Fil rouge + mot introductif : 14h45 -> 15h

Guillaume Bernard : La nation, une idée de gauche ? 15h -> 15h15

Chantal Delsol : Hommage à Gaston Fessard 15h15 -> 15h 30

Matthieu Detchassahar : La pensée sociale catholique: résister à l’ère post-nationale 15h30 -> 15h45

Paul-Marie Coûteaux : Entre l’empire et la tribu : la nation 15h45 -> 16h

Guillaume de Prémare : La France est-elle une nation catholique ? 16h -> 16h15

Mot de Philippe Mesnard : 16h15 -> 16h25

Pause 20 mn : 16h25 -> 16 h45

Jérôme Besnard : Les nationalismes en Europe centrale et orientale 16h45 -> 17h

Maître Benoît Dakin : La nation comme protectrice des identités locales 17h0 -> 17h15

Francis Bergeron : La presse et la nation ? -> 17h15 -> 17h30

Frédéric Rouvillois : Le progressisme contre la nation 17h30 -> 17h45

François Marcilhac : Conclusion 17h45 -> 18

Informations pratiques

Espace Charenton, 327 Rue de Charenton, Paris, France

Ouverture des portes à 14h

Merci d’imprimer votre billet ou de le télécharger sur votre smartphone, il vous sera demandé à l’entrée

Vente de billets en ligne
Jacob Boehme : Le vase et le cordonnier
Nous sommes en 1600, en Silésie, dans la petite ville de Görlitz, charmante bourgade nichée sur les contreforts des Alpes de Bohème. Jacob vit à proximité des remparts, près de la porte de Neisse où les artisans tiennent habituellement leur commerce. Fils d’un propriétaire terrien, il vient de terminer sa formation de cordonnier et entame sa carrière avec enthousiasme. D’autant qu’il vient d’épouser Katerine Kuntzschmann, la fille d’un des plus émérites bouchers de la ville. Tout irait pour le mieux si Jacob Boehme n’avait pas depuis longtemps ce pressentiment de Dieu qui le hante et qui menace d’éclater à chaque instant. Ce matin-là, ses yeux se posent sur un vase d’étain dans son atelier, sur lequel joue la lumière dorée du jour. La surface du vase et sa courbe si soigneusement manufacturée, la poussière qui danse dans les rayons et les reflets changeants du monde sur l’orbe, tout cela devient en un instant l’alpha et l’oméga d’une illumination théurgique qui bouleversa durable- ment l’aimable cordonnier. Comme il le dira plus tard, Jacob Boehme en apprend davantage en un quart d’heure qu’en dix ans à l’université. Car ce qu’il apprend en posant son regard sur le vase ne relève pas de la connaissance mais de l’expérience, c’est un savoir qu’on ne peut pas transmettre, mais dont on peut seulement tenter de consigner la réalité. [...]

L’Incorrect

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