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Le Puy du faux : quatre faux cavaliers de l’Apocalypse

Encore des censeurs ! Après Zemmour contre l’histoire – critiqué précédemment dans ces colonnes – voici, de nouveau, un collectif d’historiens redresseurs de torts. Que l’on se rassure toutefois, l’espèce n’est pas encore en train de pulluler : trois des quatre auteurs étaient déjà signataires du brûlot contre le candidat déçu à la présidentielle. Nous avons donc affaire aux étoiles montantes de la recherche militante !

Ces gens-là, qui sont censés montrer l’exemple à leurs élèves et étudiants, c’est-à-dire leur donner à voir et à aimer les disciplines qu’ils leur enseignent – car il n’est pas d’autre enseignement qui vaille – leur apprennent, au contraire, à revoir et à haïr. Pourtant la profession d’historien n’a pas à être dévoyée comme ils le font, pour être mise au service d’une vision partiale – car politique – de l’histoire.

Les historiens et les sociologues devraient avoir en partage le souci des faits et de l’objectivité. Or, aujourd’hui, bon nombre des seconds a glissé sur la pente du militantisme et d’une distorsion du réel au service d’une visée politique. Des livres comme celui-ci consacrent le même forlignage de la part de certains des premiers. La philosophie des auteurs tient en une phrase explicite et aberrante de la conclusion : « Il n’y a pas de bonne ni de mauvaise histoire militante en soi. Toutes les recherches historiques sont engagées, et l’idée selon laquelle les historiennes et historiens devraient être "objectifs" est un non-sens » (p.155). Ce sont les mêmes qui voulaient asséner à M. Zemmour des faits historiques scientifiquement et irréfutablement établis... Le biais idéologique est assumé et revendiqué, l’interférence est évidente à tenter de faire passer pour œuvre d’historiens un pamphlet rédigé par des militants, ès qualité. Les titres dont ils se parent ne sont pas un argument mais un paravent. [...]

Colonisation française : Sous le casque blanc
Camelot du roi, résistant puis intellectuel de l’Algérie française, Raoul Girardet (1917-2013) nous fascinait dans nos jeunes années lorsque nous le croisions aux obsèques de ses camarades d’avant-guerre qui se nommaient Pierre Boutang ou Jacques Laurent. Nous dévorions La Société militaire de 1815 à nos jours qui venait d’être réédité mais il était beaucoup plus difficile de dénicher L’Idée coloniale en France qui reparaît enfin chez Bartillat à l’occasion du 60e anniversaire des Accords d’Évian avec une préface inédite de Jean-Pierre Chevènement. L’ancien ministre fut élève de Girardet à Sciences Po en 1960. Il rédigea sous sa direction un mémoire portant sur La droite nationaliste devant l’Allemagne 1870-1960. [...]
Reductio ad politicum
an-Noël Dumont a le grand mérite, dans cet essai parfaitement exécuté, de réembrasser le phénomène politique en sa pleine signification, en commençant par redonner aux mots leur sens et leur profondeur.
Julien Rochedy : « Il nous faut garder contact avec la religion de nos pères »

Quelle est la différence fondamentale entre la droite et la gauche ? Avez-vous une définition claire de la droite ?

Du point de vue du sentiment, ce qui prédomine à droite est l’inquiétude, alors que ce qui prédomine à gauche est l’espoir. L’homme de droite craint que ce qui est beau soit fragile. Il faut donc en prendre soin. L’homme de gauche a l’espoir d’un monde meilleur, d’améliorer ce qui est. C’est une négation du réel et du présent. Il y a le désir de transformer les choses belles et fragiles. Beaucoup d’autres choses les séparent, c’est d’ailleurs pour cela que le clivage se maintient malgré les tentatives de le dépasser ces dernières décennies.

Ne peut-on pas dire de la droite qu’elle a besoin de cet espoir, qu’elle s’enferme dans la conservation ?

Dans la droite politique française actuelle, je le pense. Si l’on prend le parti Reconquête qui fonde tout sur la question identitaire, question cruciale et essentielle, il propose le même monde qu’aujourd’hui sans les racailles et l’immigration. Or, ça ne peut pas séduire les élites qui peuvent vivre en sécurité. Et la droite a besoin des élites qui sont des agents de civilisation. Il manque d’abord une projection de puissance qui, pour moi, ne peut se situer qu’au niveau européen. C’est pour cela que j’espère une droite souverainiste et européenne qui s’oppose à l’Union européenne. Il manque également une proposition de transformation du monde, qui ne peut passer que par l’écologie qui, par essence, est de droite. Si la droite pouvait à la fois être identitaire – ce qui est la condition sine qua non de la survie de la cité – et proposer un projet de puissance dans le monde de demain contre les grands espaces civilisationnels, la droite aurait ce qui lui manque.

Lire aussi : Philosophie de droite : Repartir sur de bonnes bases

Qu’en est-il du piège populiste qui semble avoir oublié la hiérarchie et les élites ?

Il y a d’abord un effet de réaction à ce que Christopher Lasch appelait « la révolte des élites ». Nous avons subi depuis plusieurs dizaines d’années des élites progressistes qui ont été les vecteurs de la modernité et de la post-modernité. Par effet réactif, il y a eu un rejet des élites, et un élan démagogique par le peuple, pour le peuple…

Les gens qui se disent de droite en Occident le sont-ils réellement en ayant basculé dans le populisme ? Sur la question de la crise sanitaire et de la Russie, on a l’impression que la droite réagit systématiquement en s’opposant à l’élite.

Pour moi, c’est un symptôme de plus de la répulsion envers les élites depuis trente ans. C’est à cause de cette connivence entre les élites et la modernité qu’il y a un rejet de tout, même de façon irrationnelle. Le complot est souvent une paresse de l’esprit. À l’heure de la mort de Dieu, les gens ont besoin de se raccrocher à des schémas et le conspirationnisme en propose un. Pour comprendre la société, il faut en fait comprendre l’histoire, et surtout l’esprit du temps. Cette question dépasse de loin l’esprit de quelques milliardaires qui, eux-mêmes, sont souvent surpris par les événements. [...]

L’art français de la guerre

De la bataille de Fornoue durant les guerres d’Italie où l’expression surgit de l’effarement des Italiens devant l’acharnement des Français, jusqu’à la charge à la baïonnette du 27 mai 1995 à Sarajevo, la « fureur française » caractérise un certain tour national dans la manière de se comporter à la guerre. Quand ce peuple débonnaire, indolent, indocile, en situation critique, privilégie l’offensive à outrance et se montre capable d’un déchaînement de violence qu’on peut juger héroïque ou sauvage, c’est selon, il y a toujours de belles pages épiques qui s’écrivent dans le sang.

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Après une belle préface, Raphaël Romeo raconte dix batailles, de Fornoue (1495) à Beni Smir (1960), où ce trait français se fait sentir. On peut regretter que le dauphinois Bayard soit qualifié de savoyard ou que l’idée-force du livre demeure assez peu développée (on aurait aimé voir davantage détaillée cette singularité), reste que les batailles sont décrites avec autant de passion que de précision et que de superbes anecdotes couronnent le récit des faits d’armes.…

Guerre civile à gauche

Voici une pièce à verser au dossier de la division à gauche entre anciens et modernes, marxistes d’un côté et foucaldo-derrido-butlériens de l’autre. Le journaliste espagnol Daniel Bernabé, qui fait partie des premiers, se désole de voir disparaître l’ancien logiciel issu du marxisme, qui parlait de travail et de lutte des classes, remplacé par un nouveau qui ne parle qu’identités et minorités.

Le problème, dit-il, c’est que défendre en bloc « les droits des femmes », par exemple, revient à mettre Angela Merkel et les ouvrières allemandes souspayées dans le même sac, ce qui, d’un point de vue marxiste, est tout de même aberrant. Obnubilée par les identités – sexuelles, raciales, etc. – la gauche a laissé tomber la question matérielle.

[Idées] Olivier Boulnois : la conversation de saint Paul
Le sous-titre de votre livre est « introduction à l’essence du christianisme ». Qu’entendez-vous par là ? Pourquoi choisir la figure de saint Paul pour y accéder ? Vous mettez le doigt sur le cœur du paradoxe : Paul de Tarse est juif, il écrit ses Épîtres avant que la nouvelle foi chrétienne se sépare du judaïsme. Mais précisément, il nous donne accès à l’essence du christianisme, parce qu’il nous dévoile l’expérience originelle des nouvelles communautés « messianistes » (c’est le sens du terme grec christianos). Partir de cette expérience primitive, c’est partir d’en bas et non d’en haut, c’est partir de l’existence de celui qui adhère au Messie (en grec, Christos), et non de la « chrétienté »: de l’histoire du christianisme ou de sa théologie. Chez Paul, nous voyons ce que signifient les concepts fondamentaux de l’existence croyante : l’imminence du règne du Messie, l’existence dans le monde, la tribulation, le combat contre le mal, l’éthique de la charité, etc. Le paradoxe est que nous déchiffrons cette expérience « chrétienne » à partir d’un penseur juif qui adhère au Messie. Mais ce paradoxe est au fond celui du christianisme tout entier: il provient du judaïsme et il a son centre dans le judaïsme.
Le temps des guépards : guerre mondiale en miettes
epuis 1961 n’a cessé d’intervenir militairement sur tous les continents, au point de faire de cet interventionisme une caractéristique première de la Ve République. Cette « guerre mondiale en miettes » est une période étrange de notre histoire et reste peu connue du grand public. Michel Goya analyse finement chacune de ces opérations et rend intelligibles les objectifs politiques qu’elles ont servis. [...]

L’Incorrect

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