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Éditorial essais de décembre : Le XXIe siècle sera spirituel ?

On se désole souvent du manque de spiritualité qui serait un marqueur de notre décadence. Rien ne va plus ma bonne dame, les gens ne croient plus en rien sinon à leur petit confort et à leur santé, c’est la biopolitique, c’est l’ordre sanitaire, c’est la fausse vie, c’est… C’est rien du tout ! Car, outre le fait qu’il faudrait expliquer aux contempteurs de la « dictature sanitaire » la réalité du concept foucaldien de biopolitique et comment il s’imbrique dans un système capitaliste de telle sorte que la Suède tant vantée en aura été récemment le meilleur exemple, il est de moins en moins question de matière aujourd’hui – et de plus en plus d’esprit.

Le XXIe siècle est – et il est spirituel ! À tout le moins, il se dirige vers l’esprit faute de pouvoir y monter

« Le vingtième-et-unième siècle sera spirituel ou ne sera pas », écrivait Malraux que l’on aime à citer, et, en effet, le vingt-et-unième siècle est – et il est spirituel !…

La mentalité de marché est obsolète

En 1947, trois ans après La Grande Transformation, l’économiste hongrois Karl Polanyi publie La Mentalité de marché est obsolète, court texte dans lequel, sans innover sur le plan conceptuel, il met en mouvement sa célèbre thèse de l’encastrement. Son point de départ est le suivant : loin d’être naturelle comme le prétendent libéraux et marxistes, la société régie par le principe économique est une invention du XIXe pour accommoder les relations humaines à l’irruption de la machine. L’activité économique s’est alors transformée en un système de marchés où les hommes et la terre ont été appréhendés comme de vulgaires marchandises, donc transmutés par le marché, sur lequel tout interagit en vue de deux incitations uniques : la faim et les gains. […]

Lire aussi : Moi, Moshe Dayan

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Christophe Dickès : « Saint Pierre s’estimait indigne de sa charge »

Dans cette biographie, vous croisez les disciplines, brassant notamment histoire sociale, théologie, exégèse, archéologie ou histoire de l’art. Pourquoi avoir choisi cette approche très diverse ?

L’approche pluridisciplinaire est toujours un risque, mais j’ai souhaité l’assumer en pensant à la phrase du grand historien Jacques le Goff : « La séparation des savoirs, la spécialisation en domaine isolé nuit considérablement au développement de la recherche. » Dans les faits, écrire une biographie de Pierre n’a pas vraiment de sens, au regard du peu d’éléments que nous avons en notre possession. En effet, saint Pierre n’est cité « que » 154 fois dans le Nouveau Testament. L’idée était donc d’élargir ma vision en abordant des thèmes peu explorés ou qui sont l’apanage de travaux très spécialisés. Prenez le cheminement de saint Pierre d’un point de vue théologique : il est essentiel pour aborder un tel personnage. Même remarque à propos de sa place dans les arts : la façon dont il était représenté dans les premières communautés chrétiennes me semble essentielle. On le voit représenté sur des coupes, des petits médaillons mais aussi de beaux tombeaux. Quant à l’archéologie, elle n’est pas en reste, de sa maison à Capharnaüm à la fameuse tombe romaine, qui a donné lieu à des fouilles très récentes puisqu’elles datent du XXe siècle.

Quelle était la personnalité de saint Pierre ? Existent-ils des différences entre le Pierre de Matthieu, Marc, Luc et Jean ?

Schématiquement, on va dire qu’il existe une différence importante entre Marc d’une part et les trois autres évangélistes d’autre part. Nous savons en effet que d’après les Pères de l’Église (Justin de Naplouse au IIe siècle ou Eusèbe de Césarée au IVe siècle), saint Pierre a influencé l’écriture de Marc. Dans le texte, il s’est donc mis en retrait, s’estimant indigne de sa fonction. Ce qui nous indique un élément essentiel de sa personnalité : Pierre ne cherche pas les places. Bien conscient de ses propres faiblesses, Simon-Pierre n’a pas de prétention et ne cultive aucune ambition personnelle. Sincère et généreux, il manque de fermeté et se montre irréfléchi. J’écris que son esprit est brut et instinctif. Il l’empêche d’apprécier les événements qui se déroulent sous ses yeux. Pierre est aussi l’homme de la conciliation et de la voie moyenne avec tout ce que cela suppose d’accommodements et de petits arrangements. Il n’en est pas moins enthousiaste et son amour de Jésus ne souffre aucune contestation : il est le premier à poser un acte de Foi. [...]

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Jacques Maritain : un réformateur

Triste début de XXe siècle où toute la France semble occupée par les positivistes et les scientistes, dans le sillage d’Auguste Comte et du sinistre Berthelot. Une foi imputrescible dans la « loi naturelle » qui sera le socle de la Troisième République. Toute la Gaule serait donc occupée par les défenseurs de la raison ? Non. Il faut chercher quelque part dans la région de Meudon, dans une petite bicoque sans prétention – qui a tout de même pour particularité de comporter une chapelle et d’exposer le Saint Sacrement toute la journée. Là s’organise un étrange culte œcuménique où se pressent les intellectuels et les artistes, de Cocteau à Radiguet. Là vit un étrange trio de laïques qui obéissent à des règles quasi-monacales : Jacques Maritain et sa femme Raïssa Oumansoff, jolie fille de Sion aux yeux de charbon, accompagnée de sa sœur Vera, moins gâtée par la nature mais tout aussi dévote. Car les deux juives se sont converties, au grand dam de leur famille, au catholicisme, afin de suivre Jacques dans son cheminement spirituel : cheminement cahoteux, fait de tournants et de chausse-trappes.

Mais Maritain se cherche, Maritain est en constante évolution, il ne supporte pas la paralysie des idées

Maritain, petits-fils de l’auguste Jules Favre, un des piliers de la « troisième », débute pourtant sa vie sous de très socialistes augures. C’est sa rencontre avec Bergson sur les bancs de l’université, aux côtés d’une Raïssa fraîchement débarquée de sa Russie natale, qui humectera durablement la terre de son esprit, calcifiée trop tôt par la guindée posture républicaine. Mais Maritain se cherche, Maritain est en constante évolution, il ne supporte pas la paralysie des idées : si Bergson lui ouvre les portes de la métaphysique, il embrasse bientôt saint Thomas d’Aquin, initié par le dominicain Clérissac qui lui montre toute la modernité du thomisme – auquel s’accroche alors l’Église pour tenter de conserver sa voix dans une France globalement hostile. […]

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Moi, Moshe Dayan

Les grands chefs militaires ont une caractéristique commune : ils ont la gueule de l’emploi. C’est à grands coups de marteau que l’on forge la tête d’un Patton, celle d’un Rommel ou d’un Bigeard. Le regard de Moshe Dayan se découpait de part et d’autre d’un bandeau. Une figure de flibustier qui fut le symbole du courage des juifs.

La vie du général se confond avec la genèse de l’État d’Israël où il nait en 1915 de parents sionistes. Sous la protection de David Ben Gourion, il gravit tous les échelons de l’armée. Dès les années 30, il montrera contre les Arabes un sens inné de l’improvisation dans l’offensive. Influence par Charles Wingate (le père des commandos britanniques), Moshe Dayan plébiscite les attaques nocturnes afin de semer la terreur chez l’ennemi. D’un tempérament anticonformiste et rebelle qu’il cultivera toute sa vie, il considère que l’art militaire consiste à rendre coup sur coup en cherchant toujours à innover. [...]

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Le mystère Mussolini : entretien avec Maurizio Serra

Mussolini est un tissu de paradoxes, notamment celui de se vouloir à la hauteur de son siècle dont pourtant les lignes de force lui échappent, que ce soit l’ascension des États-Unis, la primauté de la technique et du capital. Ne fut-il pas un homme du XIXe siècle ?

Mussolini est une nature bipolaire, fissurée. Chez lui, la part du masque est essentielle au point que l’enjeu fut finalement d’être à la hauteur de son masque. J’ai écrit cette biographie pour dissiper le poncif du « César de carnaval » qui a cours, notamment en France. Mussolini est à la fois un politique du XIXe siècle et un modernisateur conscient de certaines nouveautés de son époque. Par exemple, il fut le premier homme d’État à reconnaitre le régime soviétique lequel en retour, par realpolitik, n’eut aucun scrupule à établir des relations avec lui, alors même qu’il persécutait les communistes italiens. Mais Mussolini ne dépassera jamais ses contradictions géostratégiques. Il est à noter qu’Hitler fit preuve des mêmes ignorances : sous-estimation de la puissance des États-Unis et du poids de la finance (au sens strictement économique et non fantasmatique).

Ce réaliste ne fut-il pas happé par la folie de son Époque, comme en témoigne sa fuite en avant après 40 ? N’a-t-il pas été victime de sa vision du monde selon laquelle tout est préférable à la neutralité et que « s’arrêter c’est mourir » ?

La fuite en avant lui a longtemps réussi sur le plan intérieur. Mussolini cultivait la vitesse et une certaine audace tactique. La « Marche sur Rom », par exemple, fut un coup de bluff. Il est en revanche plus douteux qu’elle lui ait réussi sur le plan international, même s’il sut faire preuve d’une certaine habileté diplomatique, notamment lors des accords de Munich. Si Mussolini avait une connaissance du monde limitée – quoiqu’il eut en sa jeunesse côtoyé l’intelligentsia socialiste européenne – il la corrigeait par une réelle curiosité intellectuelle. Cette fuite en avant devint un défaut politique quand son anti-neutralisme l’amena à des positions jusqu’au boutistes, et, à la suite d’Hitler, a une surenchère belliciste. [...]

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Une politique de l’espérance

L’analyse philosophique de la politique requiert deux dispositions distinctes mais néanmoins complémentaires, celle du psychologue et celle du phénoménologue, chacune participant à définir cet ensemble subjectif et objectif au sein duquel s’exerce et se construit la politique. Éric Sadin, scrutateur attentif et inquiet des nouvelles technologies, s’inscrit sans conteste dans la seconde catégorie, celle de la phénoménologie. Cependant, la singularité du monde tel qu’il se forme à présent, les technologies ayant largement investi le domaine privé pour influer jusque sur nos représentations, Facebook et Twitter étant par exemple désormais appréhendés comme des extensions de nous-mêmes, aussitôt que l’on s’intéresse à leur spécificité exo-squelettique, on découvre une anatomie humaine qu’elles bouleversent.

Dans son précédent livre, L’Ère de l’individu tyran, Éric Sadin étudiait justement, en en dressant la cartographie, l’impact de ces applications sur nos vies, comment elles redéfinissaient à l’avantage d’un égo hypertrophié jusqu’à en devenir malade notre rapport au monde pour nous transformer en une espèce de solitude sur pattes acharnée à exister en dépit de toute forme de communauté. Écrit peu avant l’épidémie, son livre eut le mérite de ne pas être prophétique mais, chose largement plus difficile, de dire le présent, pour reprendre Walter Benjamin que Sadin cite. Car transvasés dans le monde des apéros zoom et du distanciel, contraints de nous isoler par solidarité, la période fut forte en symboles à même de nous forcer à réaliser, en radicalisant nos habitudes, dans quel monde nous vivions depuis plusieurs années désormais : celui de l’hyper égotisme pulsionnel où chacun devenu son propre tyran s’oppresse en jouissant de son oppression. [...]

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François Bégaudeau, prophète de sa solitude

Faut-il parler de Bégaudeau, l’effarant monologuiste d’une époque qu’il croit mettre en scène en s’inventant un protagoniste d’extrême droite libérale, « M. », à qui il apprendrait la vie, c’est-à-dire le capital, en buvant des bières ? […]

Sa prose pleine de miettes comme un torchon qu’on essore après qu’on a nettoyé le sol de sa cuisine est le vain fruit d’une ou deux heures de pensées divaguantes dans un TER du Centre-Val de Loire

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