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Le christianisme, une tradition hors du temps

L’histoire des idées tourne parfois à vide. Si le culte progressiste et la technique reine n’apparaissent plus depuis longtemps comme les uniques paradigmes possibles, l’espoir de revenir en arrière, de penser à rebours, d’embrasser un legs philosophique qui ne soit pas irrémédiablement entaché par les antiennes du modernisme, peut sembler candide. Un rêve d’idéaliste, de romantique völkisch, qu’on a souvent cantonné aux errances de la gnose ou à des interprétations erronées du guénonisme et de tout un fatras occultiste tout à fait soluble dans l’ère moderne, affamée qu’elle est de colifichets et de symbolisme.

Car enfin, et c’est sans doute le point crucial que défend Michel Michel, sociologue notoire et penseur au carré, dans cet impressionnant essai : le modernisme et la Tradition sont parfaitement entrelacés, aussi indétachables l’un de l’autre que les serpents du caducée, aussi soudés que les hélices duelles d’un brin d’ADN. Et leur point médian, leur axe de symétrie, serait précisément ce christianisme qui a fondé d’une part l’histoire moderne, et de l’autre repoussé dans les ténèbres de la primo-histoire tout un appareil métaphysique désormais honni pour ses rapports privilégiés avec un réel encore non permuté par la cognition chrétienne. [...]

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Nietzsche, envers et contre tous !
Dans cet ouvrage somme Pierre-André Taguieff se livre à un exercice passionnant, celui de rendre compte de la postérité nietzschéenne aussi foisonnante et hétéroclite que le philosophe lui-même. Récapitulant la pensée de l’ermite de Sils-Maria, Taguieff y voit une sorte de bouillonnement dont les contradictions interdisent la récupération, sauf à tronquer une pensée rétive à toute facilité interprétative. On sait que Nietzsche sera néanmoins largement détourné par à peu près tout le monde, chacun le truquant pour en faire le héraut de sa propre pensée. Est-ce à dire qu’on ne peut rien tirer d’autre de Nietzsche que lui-même ? [...]
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Face au chaos institutionnel, la monarchie ?

L'idée d'un scénario catastrophe qui verrait, à brève échéance, l'islam bouleverser la vie politique et faire basculer la France dans un chaos institutionnel a déjà été traitée dans Soumission de Michel Houellebecq où l'écrivain imagine l'arrivée au pouvoir d'un leader musulman élu triomphalement au second tour de la présidentielle face à Marine Le Pen en 2022. De votre côté, vous imaginez une réaction de l'opinion publique patriote face à une vague sans précédent d'attentats islamistes qui aboutit à la démission anticipée d'Emmanuel Macron en 2026. Croyez-vous vraiment que les choses puissent se passer de cette manière ?

Michel Houellebecq a imaginé un scénario passionnant dans lequel la France se révèle incapable de résister à une montée douce, sans heurt, de l'islamisation. Sa vision est évidemment pertinente, et je suis persuadé qu'il dessine un scénario envisageable à moyen terme pour notre pays. De façon pragmatique, les islamistes devraient attendre que la démographie fasse le travail : Jérôme Fourquet, dans son magistral essai L'archipel français, montre par l'analyse des prénoms que près de 20% des nouveaux nés ont un prénom issu de la culture arabo-musulmane. En quelques décennies, ils pourraient donc atteindre la taille critique pour prendre le pouvoir par les urnes.

Mais je pense qu'ils ont un calendrier différent en tête : les djihadistes semblent penser que la victoire viendra par la guerre. Je recommande un excellent roman, La grande épreuve d’Étienne de Montety, qui montre que certains d'entre eux souhaitent l'arrivée de Marine Le Pen au pouvoir pour cristalliser leur séparatisme. En bref, deux stratégies sont envisageables pour nos adversaires : devenir une majorité grâce au ventre de leurs femmes (comme le souhaite Erdogan) ou provoquer un affrontement pour soulever nos quelques millions de concitoyens musulmans contre le système.

Lire aussi : Éditorial de Jacques de Guillebon : Ma droite, mes droits !

Quant aux institutions, elles sont fragilisées par une idéologie dangereuse, prédite avec clairvoyance par Raspail dans Le camp des saints : celle de la victimisation des criminels. Au nom de l'appartenance de nos ennemis à des minorités, nous estimons qu'il n'est pas juste de les punir. La justice ne faisant plus son travail et la police étant honnie par les médias, nous nous trouvons dans une situation incroyable où les victimes ne sont plus protégées. Laurent Obertone, dans tous ses livres, nous montre l'implacable système à broyer les Français dits de souche.

Vous imaginez une convergence des luttes entre les militants de l'ex-Manif pour tous, c'est-à-dire la bourgeoisie catholique, et les classes populaires issues de régions à forte identité locale (Bretagne, Corse). Vous rejoignez en cela la thèse que soutenait Patrick Buisson dans son ouvrage La cause du peuple. Malheureusement, cette convergence ne s'est pas vraiment réalisée à l'occasion du mouvement des Gilets jaunes. Croyez-vous qu'elle soit possible dans un futur proche ? Qu'est-ce qui pourrait contribuer à la faire advenir ?

Tout d'abord, je tiens Patrick Buisson pour le plus brillant analyste politique et social qui soit en cette période. Son dernier ouvrage est, au même titre que La cause du peuple, incontournable. Son souhait serait en effet une jonction entre la France de Johnny et celle de La Manif pour tous. Elle ne pouvait pas se produire, ou en tout cas de façon marginale, au moment des Gilets jaunes pour la simple raison que le combat ne concernait pas la France bourgeoise. Et ce car d'une part les bourgeois ne sont pas sensibles à la thématique fiscale, leur pouvoir d'achat n’est pas leur premier sujet de préoccupation, et d'autre part car l'infiltration rapide de ces manifestations par l'extrême gauche les rendait peu attractives ! [...]

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Éditorial essais de septembre : Le monde d’avant n’aura pas lieu

Le monde d’avant n’aura pas lieu, ni celui de demain d’ailleurs ; pour la raison que ni l’un ni l’autre n’existent autrement que dans la représentation fantasmatique que nous en avons et qui nous fait regretter l’un et craindre l’autre. Regretter quoi d’ailleurs ? On ne sache pas que la vie fût si belle avant, qu’elle fût mieux, enviable, désirable, qu’elle fût la vie quand nous n’en posséderions plus désormais qu’une prétendue contrefaçon. La vie en somme, à quelque époque qu’on la retrouve ici-bas c’est surtout beaucoup de douleurs, de choses ratées, et d’obstination pour rien, et la grâce parfois d’y échapper un peu... par erreur. Car si c’est un truisme philosophique que de dire que le passé n’existe pas ni non plus le futur, qu’il est passé pour toujours et que l’autre, déjeté, n’arrive jamais, le monde, lui, existe vu qu’on s’y cogne.

Et ce monde on ne peut pas dire qu’il soit si digne d’être aimé que ça, qu’il soit notre élément et qu’à condition de nous y conformer on puisse l’habiter sans souffrir. Au contraire, il déraille de partout, s’épuise, gémit et gronde, nous tue pour nous survivre et périra à son tour quand nous ne serons déjà plus là depuis longtemps, mais depuis bien moins longtemps, semble-t-il, que ceux qui nous ont précédés et qui sont déjà morts pour toujours ici-bas. Quant au monde de demain, on a raison de le craindre, mais non parce qu’il nous offrirait un supplément d’apocalypse, parce qu’il sera le monde et qu’on y souffrira avec ou sans QR Code, avec ou sans épidémie, qu’on se fracassera contre ses limites perpétuellement étendues et perpétuellement limitées, et que même convaincus de notre liberté nous n’en demeurerons pas moins ses esclaves.

Lire aussi : Éditorial essais de l’été : La France contre les hyènes

On pourrait alors se rassurer à la façon d’un néo-hippie tout droit sorti des années quatre-vingt-dix et nous dire que seul importe le présent et qu’il faut en profiter – carpe diem ! Mais c’est bien à cause du présent que nous ne nous illusionnons pas sur le passé et que nous appréhendons l’avenir selon des formules terrifiantes, que nous savons la nostalgie menteuse et l’espérance en des lendemains qui chantent toujours coupable et bonne pour le peloton d’exécution, si bien que la sagesse pour nous consiste à refuser de placer le monde par-dessus tout – quel que soit le monde dont on parle, qu’il fût blanc ou noir, celui d’avant ou celui d’après, celui qu’on aime ou qui nous déplaît, celui qu’on feint de désirer et celui qu’on fait advenir réellement – quoi qu’on en dise...

Alors certes, le présent, lui, existe puisqu’il nous éprouve, et par lui c’est le monde qui nous ronge et la bêtise et le mal qui nous contraignent à placer en celui-ci nos seules perspectives selon l’imagination qui nous trompe toujours au moins trois fois : en avant et en arrière mais d’abord en face. On aura alors sûrement vraiment grandi moralement et spirituellement quand chaque être humain sera enfin capable d’accepter qu’on désire le futur et qu’on regrette le passé parce qu’ils sont des mensonges, pour la raison qu’on supporte difficilement le présent qui résume la vérité du passé et du futur dans la souffrance ; présent néanmoins aimable à la seule condition qu’il nous délivre de la recherche du bonheur, du monde d’avant et de celui d’après qui ne pourront jamais être autre chose que le monde ici-bas. En d’autres termes, on ne souhaite ni le monde d’avant, ni le monde d’après, on endure ce monde-ci, on pleure sur ceux qui s’y trouvent heureux puisque par là ils en souffrent plus encore, en espérant de toutes ses forces que derrière ses limites abjectes quelque chose puisse le crever d’en haut. [...]

Nicolás Gómez Dávila contre le droit naturel
On connaît le grand réactionnaire colombien pour ses fabuleuses scholies, mais il peut également attaquer la modernité et la démocratie sous la forme d’une démonstration méthodique. Affirmant que le droit naturel n’existe pas et qu’il n’est qu’un droit positif sans origine repérable mais mûrissant au sein de l’histoire, Davila récuse les prétentions du premier qui serviraient toujours de masque à l’absolutisme. Absolutisme d’un seul, d’une secte ou, dans le cadre démocratique, de la majorité rompant l’interaction entre sujets de droit autonomes. [...]
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Edmund Burke : la prudence conservatrice

Novembre 1790 : en signant ses Réflexions sur la Révolution de France au succès tonitruant, Edmund Burke (1729-1797) formalise le tempérament contre-révolutionnaire, et devient par la même occasion le père du conservatisme moderne. En Albion, il est applaudi par les Tories mais divise son camp – Thomas Paine lui répond par son virulent Droits de l’homme. Pendant longtemps, les émigrés de Coblence en font leur bréviaire, avant de passer au providentialisme maistrien. Traduit outre-Rhin par Friedrich von Gentz, futur bras droit de Metternich, il attise la flamme romantique et devient l’arme de résistance contre la pénétration des idées révolutionnaires via l’impérialisme napoléonien.

Bien que Whig, cette critique univoque de la Révolution est en parfaite cohérence avec ses positions antérieures. Député aux Communes, il prend fait et cause pour son Irlande natale puis pour les colons anglais installés en Amérique, non pas qu’il soit favorable à l’indépendance – il la regrettera et rêvera d’une réintégration – ni aux idées revendiquées, mais plutôt qu’il cherche à préserver les coutumes institutionnelles contre le pouvoir personnel de George III. Surgit alors la Révolution française, à laquelle Burke s’oppose au nom du même droit de la continuité. Quiconque a lu ses Réflexions aura été frappé par leur désordre : pensé au départ comme lettre adressée à Charles-François de Pont, conseiller au Parlement de Paris, l’écrit s’est transformé au fil des humeurs en un pamphlet copieux et fiévreux où Burke, en plus de prédire les futures atrocités de la Terreur, condamne les droits de l’homme et la tabula rasa révolutionnaire – et avec eux les interprétations démocratiques de la Glorious Revolution. [...]

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Saint-Pierre-et-Miquelon, l’archipel à la croix de Lorraine
Poussière d’empire accrochée à la côte sud de Terre-Neuve, dernier vestige français des « arpents de neiges du Canada », les îles de Saint-Pierre et de Miquelon ont joué un rôle important dans la construction de la légende dorée de la France libre. En 1940, la présence militaire française dans l’archipel se limite au vieil aviso à charbon Ville d’Ys qui appareillera vers les Antilles après l’armistice. Le 24 décembre 1941, l’amiral Muselier débarque à Saint-Pierre sans coup férir à la tête d’une minuscule flottille. Le ralliement de l’archipel est acté dès le lendemain par un plébiscite. Les Américains sont furieux. [...]
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Muray aggrave son cas

Ce nouveau tome du journal couvre les années 1992 et 1993, soit sept cents pages pour seulement deux années de la vie de Muray ! Des années qui voient l’apothéose de la Mitterrandie putrescente : référendum sur le traité de Maastricht, suicide de Bérégovoy, lancement d’Arte… Elles voient aussi l’acculturation de la France à l’american way of life, dont l’implantation d’EuroDisney fait alors augure d’effroyable symbole. Mais le pays, déjà, sécrète ses premiers anticorps comme L’Idiot international auquel Muray contribue. Lui traverse presque indemne ces sinistres années en pratiquant, comme à son habitude, l’art du dégagement aristocratique, tout en excitant à tout propos sa misanthropie native jusqu’à aggraver méthodiquement chaque symptôme de son « rejet de greffe ».

Sous son plus mauvais jour

Ultima necat est désormais pour lui une forme d’automédication : « Je n’écris plus, je produis du contrepoison ». Il est également une arme privilégiée dans la guerre permanente qu’il livre à l’époque, mais aussi aux autres qu’il tient à distance comme pour les empêcher d’altérer sa singularité. Le journal est le moyen de leur échapper mieux, sa tenue quotidienne participe et témoigne d’un art de vivre caché : « Qu’est-ce que tenir son Journal ? Multiplier les pensées clandestines, les actes négatifs, traverser la vie en fraude, tromper tout le monde ». [...]

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