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Éditorial essais de l’été : La France contre les hyènes

On n’a pas passé une période très rigolote et hormis les Di Vizio et autres Fouché qui ont pu se servir de l’épidémie comme d’un strapontin leur permettant d’accéder à la gloire médiatique, accolant leur anonymat à la vulgarité des Lalanne et des Bigard, personne n’a trop profité de cette séquence historique qui à la faveur d’une peste lente a renvoyé tout le monde à ses propres impossibilités. Les politiques désemparés, les médecins impuissants et haïs après avoir été brièvement applaudis parce qu’ils ne disaient pas ce que nous avions tous envie d’entendre, que c’était bientôt la fin et que tout allait bien, mais que ça risquait de continuer et que cela pouvait même être pire ; et puis nous claquemurés, privés de ce qui nous distrait et qui, si ça n’est certainement pas le sel de la vie, nous permet au moins de fuir cette tristesse fondamentale que beaucoup préfèrent transformer en colère faute de posséder la force de s’y confronter ; exceptés les profiteurs de guerre et les pseudo-penseurs-prophètes acharnés à imiter un disque rayé, les fanatiques de l’apéro zoom et ceux qui pensent que le progrès et la raison triomphent toujours, tout le monde en a bavé.…

Abus dans l’Église : pères et pairs de la trahison

La Trahison des pères veut montrer que « le printemps de l'Église » a été le fait de communautés globalement animées par des abuseurs pervers, lesquels ont trouvé une partie de leur inspiration chez les frères Philippe, plus spécialement chez le père Thomas Philippe, dont une expérience pseudo-mystique et un enseignement véreux expliquerait de nombreuses dérives et l’hiver de l'Église.

Le livre de Céline Hoyeau tente de faire un effort de synthèse mais ressemble malheureusement à une juxtaposition d'articles parfois redondants, sans tomber il est vrai dans le voyeurisme ni dans le catalogue des péchés de l'Église. Il n’échappe pas aux excès du genre journalistique qui ne dit pas trop son avis mais le fait dire par d’autres.

L’ouvrage donnera une documentation utile à ceux qui s’intéressent au sujet, mais il pose aussi une question déontologique, puisqu’il ne laisse finalement aucune place au débat contradictoire : les uns sont morts (les frères Philippe, Jean Vanier), certains refusent de répondre (Ephraïm) quand d’autres ne sont pas interrogés (Fenoy, Roucy), ni même leurs proches, héritiers ou soutiens.

Lire aussi : Des abus sexuels dans l’Église et de leur rédemption

C'est un livre qui arrive trop tôt, deux fois trop tôt même : d'abord parce que les archives concernant le père Thomas Philippe ne sont pas ouvertes et on ne sait toujours pas en 2021 quelle fut la sentence prononcée par le Saint-Office contre lui dès 1956, pour quelle raison et pour quelle durée, ni s'il a désobéi à la peine qui lui avait été infligée. Trop tôt aussi parce que le travail des théologiens n’est pas achevé pour vérifier dans ses écrits ce qui relèverait précisément d’une hérésie ou d’une doctrine à l'origine de ses turpitudes sexuelles. Le livre de la journaliste de La Croix fait globalement l'impasse sur cette question en se contentant d’exhumer un paragraphe d'un cours de Marie-Dominique Philippe, extrait qui ne prouve, en soi, pas grand-chose... et qui serait resté parfaitement inaperçu en temps normal. 

Pour ces deux raisons, l’enquête n’arrive pas à convaincre véritablement et aurait gagné à attendre un peu. On sort de là comme de la lecture d’une enquête sur Dupont de Ligonnès : rien n’est résolu. [...]

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Robespierre, incorruptible macho

Sur à peu près tous les sujets, la pensée de Robespierre a fait l’objet d’interprétations diamétralement opposées. L’économie, la propriété ? Pour les uns (Constant et les libéraux), Robespierre fut un partageux, un égalitariste forcené ; pour les autres (les marxistes), c’était un bourgeois pusillanime, ennemi de la collectivisation. La religion, le culte de l’Être suprême ? Pour les uns, Robespierre fut un chef de secte, fanatique et dévot ; pour les autres, un manœuvrier habile, qui utilisa la religion comme une arme politique. Les femmes ? Robespierre était féministe, disent les uns ; faux, réplique Claude Guillon (l’auteur du célèbre Suicide mode d’emploi, anar militant et érudit) : la preuve, il n’a jamais défendu le droit de vote des femmes, il n’a pas pris part au débat sur leur citoyenneté lancé par des contemporains plus courageux que lui, et il avait des femmes une vision désolante qui a déterminé ses conceptions politiques.

Lire aussi : Cristina Campo : L’inconsolée [...]

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Mila, la liberté contre l’islamisme

La tristement célèbre « affaire Mila » peut se résumer en quelques lignes : une adolescente très active sur les réseaux sociaux est prise à partie par des musulmans haineux en ligne. Courageusement, elle ne se laisse pas faire et leur répond par une vidéo – provoquante mais qui répondait à des menaces de viol : « Votre religion, c’est de la merde, votre Dieu, je lui mets un doigt dans le trou du cul. Merci, au revoir ». Déchainement de violence, menaces de viols et de mort par milliers, plaintes multiples : Mila se retrouve malgré elle au cœur d’un Maelström qui bouleverse sa vie. Elle vit depuis en demi-teinte, sous protection policière, obligée de se déguiser pour ne pas être reconnue. Insupportable histoire où la victime voit sa vie s’effondrer, alors que la meute peut continuer à hurler en toute impunité. Insupportable histoire qui révèle la lâcheté d’une grande partie de la population, déjà prise à la gorge par la peur soigneusement installée par les coupeurs de langues et de têtes, cette peur si bien décrite par Alexandre Del Valle.

La réalité de la menace islamiste

Le livre se dévore en quelques minutes. Il glace le sang et laisse pantois. Il est aussi porteur d’espoir, car l’effort de Mila et de sa famille, soutenus par le remarquable Richard Malka, pour tenter de retrouver une vie, est d’une grande dignité. Dans ce témoignage très personnel où elle se permet d’aborder d’autres sujets, Mila fait preuve d’une grande lucidité sur l’époque, marquée par le conformisme, la peur et le rejet du réel. [...]

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Cristina Campo : L’inconsolée

La joie, disait Simone Weil, n'est autre que « le sentiment de la réalité ». Cristina Campo n’aura de cesse de s’y appliquer. Son génie littéraire météorique, cette aristocratie de l’esprit qu’elle puise à la fois dans une enfance fastueuse et dans une mystique personnelle aux accents de voyance, elle les dévouera à la vérité. Femme enracinée dans sa terre, héritière d’un double patrimoine rural et intellectuel, elle cherchera toute sa vie à retrouver cette grâce des premiers instants, à redouter la disparition du lien avec les « profondeurs de la naissance ». Dilection pour ses origines et pour un enracinement dans une terre ensorcelée par la tradition romagnole, imprégnée à la fois de paysannerie et de noblesse.

Très tôt Cristina Campo a conscience de cette ascendance illustre, sa famille maternelle étant l’une des plus célèbres de Bologne, avec son lot d’artistes et de scientifiques. Des « lambeaux de familles », dit-elle, qui sont comme des « îles miraculeuses dans ce monde d’horribles relations charnelles ». Née avec une malformation cardiaque, ses parents l’écartent de l’école pour l’instruire à la maison, elle passera donc son enfance entourée d’adultes et montrera très tôt des dispositions pour la poésie. Son père, exigeant directeur de l’école de musique de Bologne, lui interdit de lire des traductions : elle se met au français, à l’allemand et à l’anglais pour découvrir Proust, Thomas Mann ou Shakespeare. Elle s’y forge une puissante notion de l’Europe, non comme terre politique ou historique, mais comme sarment poétique, elle reconnaît dans chaque langue les inflexions d’une tradition antique, et s’interrogera toute sa vie sur les puissants schémas qui les régissent.

Lire aussi : La classe armoricaine : Requiem pour une poésie urbaine

C’est le sens de sa poésie, scansion qui ordonne le monde, adresse les civilisations, sarcle les peuples. Comme tous les grands esprits, c’est la correspondance qui lui permet de décupler ses facultés – à la fois d’amour et de style. Son amitié avec Anna Cavaletti, sœur d’âme tragiquement disparue dans le bombardement de Florence en 1943, puis avec Margherita Pieraci, dite « Mita », témoigne d’une passion sororale qui sera déterminante dans sa pratique élective de la poésie. Car la pensée de Campo est d’abord une pensée de lectrice, une pensée d’amoureuse, un travail exégétique qui tend à articuler les auteurs qu’elle révère dans une glose pénétrée de reconnaissance. (...)

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L’épopée coloniale allemande, un empire oublié
« Historien du dimanche », au sens noble que lui donnait Philippe Ariès, Sylvain Roussillon s’était fait remarquer ces dernières années pour ses travaux originaux sur les volontaires internationaux engagés dans les rangs franquistes et sur la guerre anglo-américaine de 1812. Dans la lignée des travaux de l’africaniste Bernard Lugan, auteur de la postface du livre, il nous présente aujourd’hui un remarquable ouvrage de synthèse sur un empire colonial oublié, celui bâti par l’Allemagne des Hohenzollern de 1884 à 1918 [ ...]
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Science et humanités : rencontre entre les deux cultures

La thèse du livre, exposée explicitement dans le dernier chapitre, est claire et puissante : « Si les méthodes utilisées pour étudier les systèmes physiques et sociaux diffèrent largement et ne sont pas facilement transposables, les systèmes eux-mêmes partagent certaines caractéristiques communes du fait de leur complexité, par conséquent, la connaissance des systèmes naturels complexes offre des intuitions intéressantes concernant l’organisation des systèmes politiques et sociaux ».

Lire aussi : Charles Percy Snow : Science à tout prix

Mobilisant des connaissances très variées, tant scientifiques que philosophiques, Vincent Le Biez, jeune haut fonctionnaire, se livre à un brillant exercice de style, structuré autour de couples de penseurs. Chaque chapitre rapproche les pensées d’un scientifique et d’un philosophe ou penseur politique : Sadi Carnot se retrouve ainsi apparié avec Hannah Arendt, Ernst Ising avec Alexis de Tocqueville. Platon est lui couplé à Darwin : la théorie de l’évolution du scientifique anglais, qui montre que les êtres vivants évoluent et que cette évolution n’est pas le fruit d’un dessein, est mise en opposition avec la pensée de Platon où, au contraire, l’ordre des choses, statique, répond à un dessein et à une volonté de perfection. Riche discussion, seulement esquissée dans l’essai, sur la téléonomie, le finalisme, et les différentes conceptions du monde. Ce livre est d’autant plus stimulant qu’il expose avec clarté et maîtrise la pensée d’auteurs nombreux, tant en sciences qu’en philosophie politique. [...]

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L’Antiquité au chevet des dieux

« Quand tu seras à la hauteur de Palôdès, annonce que le Grand Pan est mort ». C’est cet ordre donné par une voix mystérieuse à un pilote de navire égyptien – relaté par Plutarque – qui marque l’avènement des temps nouveaux et la dissolution du monde antique. Un récit fascinant et mystérieux car certains commentateurs ont vu dans la figure de Pan une image du Christ lui-même. Comme si en annonçant sa propre mort il n’avait pu faire autrement que s’attribuer les frusques de « l’ennemi », emportant avec lui l’héritage des anciens.

Le philosophe Pierre Bouretz s’interroge sur cette période-clé, sur le glissement du monde païen vers le monde chrétien et dont le bassin méditerranéen fut l’arène. Un glissement qui a pris plusieurs siècles et qui s’est matérialisé dans la pensée de quelques philosophes oubliés, notamment parmi les médio et les néo-platoniciens. Si on présente ces derniers comme les fondateurs du rationalisme, comme les hérauts d’une pensée « émanatiste » qui portait en elle les germes de la théologie trinitaire, Bouretz montre que les choses n’étaient pas aussi simples. Par les figures de Jamblique et de Porphyre, il démontre comment co-existait l’intuition monothéiste du monde et une survivance des cultes anciens. Car ces héritiers de la pensée d’Aristote et de Platon, dont la volonté première fut d’accorder ces deux conceptions métaphysiques pour en tirer un syncrétisme fondateur, se sont affrontés durablement sur le champ des idées et sur la question épineuse des pratiques religieuses. Porphyre écrivit à la fin du IIIe siècle une Lettre à Anébon l’Égyptien qui est en réalité adressée à Jamblique, et dans laquelle il fus- tige ses pratiques « théurgiques » [ ...]

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