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Le costume à carreaux
« Il a des rouflaquettes/Un costard à carreaux », chantait Renaud, en parlant de son beau-frère, dans « Mon Beauf » (1981), comme pour montrer, à la manière d’un Balzac des années Mitterrand, que l’apparence dudit beauf entrait largement en ligne de compte dans l’expression de son caractère… et, au passage, que le costume à carreaux était, sans ambiguïté possible, un signe certain de la vulgarité, de la connerie et du mauvais goût de ce brave homme « imbécile et facho, mais heureusement cocu ». [...]
Saint Ignace Maloyan : la force tranquille
Choukrallah Maloyan est né en 1869 à Mardin, près de l’actuelle frontière turco-syrienne. C’est un catholique arménien qui a très tôt le désir de devenir prêtre. Il poursuit ses études au couvent de Bzommar, au Liban, et c’est là-bas qu’il est ordonné en 1896, sous le nom d’Ignace. Son nom de religieux est inspiré par saint Ignace d’Antioche, dit le Théophore, qui, toute sa vie, conçut le martyre comme le plus beau des sacrifices que l’on pouvait offrir à Dieu. Arrêté, transféré à Rome puis mis à mort dans l’arène sous le règne de Trajan, Ignace d’Antioche passa son trajet à convertir tous ceux qu’il rencontrait. La Providence va donner au père Ignace Maloyan l’occasion d’égaler son illustre modèle. [...]
Écosser est-il de droite ?
Écosser, c’est enlever de la cosse, sortir les graines ou les fruits : on écosse les petits pois et les châtaignes, et aussi, quand on est petit ou curieux, toutes ces enveloppes plus ou moins sèches qui pendent aux arbustes, comme les cosses de genêt à balais, translucides puis, une fois mûres, noires, plates et poilues, qu’on appelle gousses, et d’ailleurs c’est la même chose. On dirait des élytres desséchés. [...]
Le hanap, nécessairement inutile
Il est des objets dont la fonction s’efface si parfaitement derrière la forme qu’elle en devient presque un alibi. Le hanap est de ceux-là. Vase à boire, pense-t-on, et pas tant que cela. Car il n’est pas tant destiné à étancher la soif qu’à en suspendre le geste. [...]
La folie de l’or rouge : la passion du safran
Le safran est une épice issue d’une fleur dont la floraison a lieu d’octobre à novembre. Parmi les épices, il est considéré comme un exhausteur de goût. Contrairement au poivre, ce n’est pas une épice instantanée. Il faut le faire infuser (au minimum deux à quatre heures) afin de réhydrater ses filaments. Cette contrainte, assortie à sa rareté, en fait une épice unique dans l’histoire de la gastronomie. [...]
10 mai 1869 : un chemin de fer, un clou et un télégraphe pour relier l’Amérique

Le 10 mai 1869, à Promontory Summit, dans l’Utah Territory, une petite ville de tentes et de baraquements s’est improvisée dans la poussière. Plusieurs centaines de personnes se pressent autour de deux locomotives qui se font face. Dirigeants, ingénieurs, ouvriers et invités se tassent avec toute la dignité que la circonstance exige pour assister à une cérémonie minutieusement préparée comme un événement national. Car, ce jour-là, la jonction du Central Pacific et de l’Union Pacific doit marquer l’achèvement du premier chemin de fer transcontinental américain. Le clou d’or (qui doit marquer la jonction officielle des deux lignes) est prêt, le télégraphe aussi, tendu comme un nerf. À peine la tâche accomplie, la nouvelle doit filer à travers les États-Unis. Deux compagnies, un continent, un clou : le récit officiel peut commencer. Et avec lui, une grande cause nationale, lancée sous Lincoln, et désormais offerte au pays comme preuve que l’Union peut, malgré la guerre civile qui vient de se terminer, se recoudre elle-même.…

Y a-t-il des sapeurs de gauche ?
Jadis, la droite était le parti de la sape. Du côté de la gauche, on faisait un effort pour mal s’habiller, le plus souvent sans faire exprès. À droite, de Gaulle s’habillait chez Starck, Pompidou en vacances portait des espadrilles blanches et des chaussettes jaunes, assorties à son pull… et, puisqu’il n’y a pas d’élégance sans élégance morale, citait Eluard, les larmes aux yeux, en conférence de presse. Après ? Après, ce n’est plus la droite. Giscard le centriste histrionique, Chirac le gauchiste qui avait un physique de droite (et objectivement une sacrée allure), Sarkozy l’américanolâtre sans convictions profondes : sans commentaire. Il y eut bien Fillon, mais il ne fut pas président – à cause de son goût pour les costumes, justement… [...]
Le nivellement général de la France est-il de droite ?
Si vous faites attention, en vous promenant du côté de Précigné, de Saint-Bertrand de Comminges ou de La Châtre (et en fait dans des milliers d’endroits en France), vous repérerez, au bas des édifices construits pour durer (églises, gares et ponts), des bornes métalliques rondes indiquant, en lettres en relief, « nivellement général de la France ». L’altitude du lieu est précisée au mètre près, parfois au centimètre, voire au millimètre. Il ne s’agit pas là d’une initiative politique – les nivellements politiques sont plus sournois – ni du mot d’ordre d’un syndicat de l’Éducation nationale, ni du constat tranquille qu’on n’a jamais tant uniformisé, étréci et rabaissé les canons du bon goût social, mais d’une entreprise décidée par les hommes sages qui, en redingotes et pantalons à sous-pieds, partirent à l’assaut géographique du monde. C’est Eugène Rouher, ministre de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics, qui lança par circulaire le nivellement général de la France le 15 juillet 1857. « Le Conseil général des ponts et chaussées en confia la mise en œuvre à son avocat le plus ardent, Paul Adrien Bourdalouë (1798-1868) », qui avait nivelé l’isthme de Suez, avec de grands niveaux à bulle et à lunettes, et des mires parlantes, et avait ensuite nivelé le département du Cher, et la Loire. [...]

L’Incorrect

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