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Enlever ses chaussures est-il de droite ?

Nous avons appris récemment que les plantes en pot étaient réactionnaires selon un ancien élu EELV de Besançon. Permettez-moi de saluer, avec modestie, certes, mais quand même, l’installation définitive du caractère politique des objets les plus anodins. Sans cette tribune offerte par L’Incorrect, sans cette enquête obstinée menée depuis plusieurs années, aurait-on un jour condamné les jardinières de géraniums et autres palmiers en pots bisontins ? Je ne crois pas.

Mais aujourd’hui c’est vers un autre champ que je me tournerai, celui des usages et de la bienséance. Si l’on n’est pas au Japon, est-il de droite ou non d’enlever ses chaussures en arrivant chez soi ou plutôt est-il dextre de demander à ceux qui arrivent chez vous de se déchausser ? On peut facilement concevoir que retirer des bottes boueuses est une règle, on peut comprendre le désir de changer de souliers et de chausser sandales ou charentaises (je ne pratique pas mais j’ai en tête des personnes distinguées qui portent la pantoufle) ; pour autant, doit-on imposer à tous ceux qui entrent dans une demeure de se retrouver en chaussettes, en collants, ou pieds nus ?…

Réussir ses vacances quand on est de gauche

Le gauchiste en vacances (Sinistrior feriae) est une espèce migratrice rare au sens où elle exploite différents habitats de façon quasi imprévisible lors de stationnements plus ou moins longs qui dépendent autant des conditions locales que de l’erratisme hivernal propre aux sous-espèces. Ces sous-espèces peuvent parfois n’être observées qu’en migration active, avec alors peu d’interactions avec les habitants naturels présents sur les sites : les teufeurs des libres parties, par exemple se comportent comme la Glaréole à collier en migration prénuptiale dans les eaux saumâtres de Bages-Sigean (11) avant de retourner dans leurs antres secrets.

Le gauchiste en vacances sélectionne ses lieux de migration en fonction de plusieurs critères : authenticité brute (modèle : les parcs naturels africains, créés au xxe siècle au détriment des millions d’agriculteurs sédentaires et des bergers nomades, expropriés grâce à l’action de l’Unesco et du WWF), misérabilisme authentique (modèle : les villages lacustres sud-américains avec une nuit dans une hutte intégrée dans un forfait road trip all inclusive), authenticité festive (modèle : le noctambulisme berlinois qui vous permet d’écouter la musique d’Ibiza dans des bars décorés comme à New-York)… L’authenticité est importante car elle est gage de diversité et d’enrichissement culturel puisqu’elle permet de vérifier que tous les gauchistes du monde entier pensent de la même manière où qu’ils soient, se vêtent à l’identique, écoutent les mêmes musiques et ont donc réussi à constituer une planète Potemkine parallèle où règne le mêmisme le plus pointilleux, chaque spot étant un safe space.…

Ma Nationale 7 par Thomas Morales

 
C’est quoi pour vous, la Nationale 7 ? m’interrogeait dernièrement un journaliste qui voulait me piéger. Me ringardiser. Me renvoyer dans mes graisseuses Trente Glorieuses, au pays de la ferraille et des Yéyés. Des bagnoles de pépé et des escortes de platanes. Sa question orientée avait vocation à me discréditer, à me placardiser dans un passé forcément accidentogène et polluant, montrer combien j’étais ce surnuméraire nostalgique incapable de penser l’avenir. Un passéiste du volant bakélite et du klaxon deux-tons. Un irresponsable qui ne comprendrait jamais rien à la marche du monde. Réfractaire à la conduite autonome et aux virtualités assassines. Alors gentiment, patiemment, j’ai tenté de trouver les mots les plus justes, les plus sensibles, les plus synchrones, surtout ne pas trahir ma mémoire, aller au cœur de cette mythologie fondatrice, celle de la route des vacances et de la civilisation de l’automobilisme. Avant les bouchons et les engorgements, la pagaille folklorique des années 1960, les stations-service maquillées comme des pin-up et les galeries surchargées de valises, avant les sandwichs rillettes et les crevaisons lentes, la Nationale 7 m’a d’abord évoqué le 2e DB de Leclerc, plus précisément la Nueve commandée par Dronne arrivant, le 24 août, en début de soirée, par la Porte d’Italie pour libérer Paris.…

Cocktails d’élite

BLACK VELVET : L’ARISTOCRATE

Créé en 1861 à Londres par un client qui n’osa boire son champagne tel quel alors que le prince consort venait de mourir, et qui décida donc de le « mettre en deuil » avec de la bière brune, le « black velvet », « velours noir », est un cocktail typiquement anglais, c’est-à-dire ambigu, puisqu’on ne sait pas si l’on doit se désespérer de ce saccage flagrant du meilleur alcool, ou admirer l’élégance morale de la chose. En tout cas, inviter une jeune personne à prendre un verre et plomber son champagne avec une Guinness en lui expliquant que telle commémoration (le Traité de Paris, Diên Biên Phu, la mort de Paul Verlaine) empêche de savourer le champagne dans sa robe dorée comme lors d’un soir sans ombre, peut au moins fabriquer un beau moment et exposer d’un seul geste votre sens sacré des hiérarchies. Gâchez 6 cl de champagne avec 6 cl de stout.…

27 juillet 1214, la bataille de Bouvines : un fait, un événement, des mémoires et des historiens

Le 27 juillet 1214 tombe un dimanche. Mauvais jour pour faire couler le sang depuis que l’Église tente d’encadrer la violence et de sanctuariser certains jours. Mais ça, c’est en théorie, car la guerre obéit rarement au calendrier des sermons.

Ce jour-là, près de Lille, à Bouvines, Philippe Auguste plie le match : en face, l’empereur Otton IV, Ferrand de Flandre, Renaud de Dammartin, comte de Boulogne, et les subsides de Jean sans Terre, engagé sur l’autre front. Le Capétien règle l’affaire. Propre. Net.

Sauf que Bouvines devient plus croustillante encore quand on arrête de la regarder comme une image d’Épinal avec chevaux, bannières et destin national en arrière-plan. Car il faut distinguer trois choses : le fait, l’événement, puis sa mémoire.

Le fait : le 27 juillet 1214, une bataille a lieu. L’événement : cette bataille modifie une conjoncture politique. Elle rend plus difficile la remise en cause de la Normandie conquise dix ans plus tôt, affaiblit les adversaires de Philippe Auguste et pèse sur le rapport de force entre Capétiens, Plantagenêts, grands princes et Empire.…

Tout feu, tout flamme : la passion française pour le barbecue

Il est fort possible qu’au cours de l’été, vous vous asseyiez confortablement dans une chaise longue ou une balancelle de jardin. Sous le soleil de midi et dans les effluves de la viande grillée, vous jouirez de la vacuité de l’existence, le cerveau vide et les muscles détendus. Votre paresse lénifiante, une fois encore, amputera votre sainte curiosité, source jaillissante de toute connaissance. Car que de grandes histoires dans l’existence quotidienne ! Que de grands destins dans les petits objets qui bien souvent sont méprisés. Sans y voir pour autant la main de Dieu, le barbecue recèle dans les grilles, l’acier et le charbon, un sens profond qui dépasse nos pauvres vies. Le barbecue n’est pas un simple objet culinaire, il fut à maintes reprises dans l’histoire de l’humanité une révolution.

Le « Newton du barbecue »

Tout d’abord, le « barbeuk » est le mode de cuisson le plus ancien.…

Rétrospective : les dessous du maillot de bain

Trouville, 1860. « La reine des plages » devient peu à peu un lieu de villégiature incontournable pour toute une société désireuse de goûter aux bains de mer. Mais sur la rive de l’Atlantique, à l’aube du xxe siècle, la pudeur est de mise. À l’abri des regards indiscrets, les dames se préparent dans des roulottes avant de sortir au plus près de la mer dans une tenue aux couleurs neutres qui « emmaillote » entièrement le corps (d’où l’expression « maillot de bain »), ne dévoilant rien du cou jusqu’aux chevilles.

Cette nouvelle mode de la baignade, vantée pour ses bienfaits sur la santé, attire de plus en plus de femmes. Peu à peu, les cabines longtemps collées à la mer remontent la plage et les corps se dénudent timidement, en commençant par les bras. Mais à l’heure où le nudisme est une pratique courante en Allemagne, les coups de soleil sont encore mal vus en France, et les baigneuses sont contraintes de suivre les préconisations d’hygiénistes avec le port de costume de bain en laine, parfois accompagné d’un corset.…

Continuer de boire sans (trop) grossir l’été

Commençons par la mauvaise nouvelle, celle qu’aucun vigneron, fût-il bio, gauchiste ou bénédictin, ne pourra vous épargner : l’alcool qui ne fait pas grossir n’existe pas. L’éthanol pèse environ 7 calories par gramme, soit près du double du sucre (4 kcal/g). Votre verre est donc une petite bombe énergétique, et aucune étiquette « vin de soleil » n’y changera rien. Reste qu’entre deux bombes, certaines sont plus discrètes. Tout se joue sur deux paramètres : le degré d’alcool et le sucre résiduel. Plus un vin titre haut, plus il sucre, plus il alourdit l’addition. Un vin nature à 15° fera ainsi davantage grossir qu’un conventionnel à 11° : le label n’a jamais réécrit les lois de la fermentation.

La barrière des 15 degrés. Bonne nouvelle pour les amateurs de bulles : les levures qui transforment le sucre en alcool s’asphyxient et meurent au-delà de 15°. Un vin, un cidre ou une bière ne peuvent donc pas, par la seule grâce de la nature, franchir ce plafond.…

L’Incorrect

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