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Carte noire pour Maximilien Friche : Ingérable, je suis
Faut absolument que tu apprennes à gérer tes émotions, me dit-elle. Elle ajoute, en penchant la tête sur le côté en signe d’empathie prescrite, que cela devient certes insupportable pour les autres, mais c’est surtout pour moi qu’elle dit ça, dans mon intérêt. Pour mon bien donc ! Elle parle de mon attitude, de mes emportements, de mon sarcasme permanent, de mon agressivité latente. Si elle savait la quantité de rage enfouie en moi, elle ne ferait pas tant état de ce qui déborde dans ma vie publique. Rien qu’une flaque. Celle qui se penche sur mon cas ce matin est une amie. Elle ressemble à ma chef au travail, une gardienne du camp. [...]
21 avril 753 av. J-C, la naissance de Rome : des vautours, une charrue, des cabanes et des archéologues

Rome est née un 21 avril, en 753 avant notre ère. Rien que cette date, c’est déjà tout un programme. D’abord parce que c’est notre ère, pas la sienne. Ensuite parce que les Romains eux-mêmes n’auraient jamais formulé les choses ainsi. Ils n’auraient pas parlé d’un « 21 avril 753 av. J.-C. ». Ils auraient dit ante diem XI Kalendas Maias, le onzième jour avant les calendes de mai. Quant à l’année, à Rome, on datait par les consuls : telle loi, tel traité, tel désastre survenait sous le consulat de tel et tel. Sinon, il y avait aussi l’ab Urbe condita : les années depuis la fondation de Rome. Système commode, à un détail près : c’est quand, au juste, la première année ? 753 ? C’est là que tout se complique.

Car la date de 753 n’avait rien d’évident. Timée situait la fondation en 814 avant notre ère, Cincius Alimentus en 728, Denys d’Halicarnasse autour de 751, etc.…

Du volcan à l’assiette : le salers, la pépite de l’Auvergne
La pâte onctueuse du salers teintée d’ocre est issue de la richesse minérale des herbages dont se délectent les vaches. Sous la croûte naturelle du fromage auvergnat réside la préhistoire du Cantal. À l’ère primaire (540 millions d’années), le Massif central était une haute chaîne de montagnes. Aussitôt l’érosion attaqua le massif et le réduisit à l’état de pénéplaine. À l’ère tertiaire (entre 66 millions et 2,5 millions d’années), les plissements pyrénéens et alpins s’élevèrent. Cette éruption provoqua par contrecoup l’ébranlement du Massif central. De grandes cassures disloquèrent la vieille pénéplaine. Des blocs gigantesques s’érigèrent en montagnes, d’autres descendirent en fossés d’effondrement. Par ces cassures montèrent les roches éruptives. Ainsi le Massif central fut rajeuni par les dislocations et le volcanisme qui dressa les principaux sommets. En quelques millions d’années, les Monts du Cantal devinrent les ruines des gigantesques volcans. Pour les bovins, ils constituent aujourd’hui d’immenses pelouses ondulées. [...]
La crosse, sceptre courbé à l’épreuve de l’unité
Revenons à des grandeurs plus anciennes, plus graves – quoique nullement étrangères au luxe – et quittons un instant les sphères mondaines pour suivre, à travers les siècles, cette élégante volute qui semble à la fois commander, soutenir et retenir : la crosse épiscopale. [...]
15 avril 1450, la bataille de Formigny : bouter les Anglais hors de France

Formigny, vous voyez ? Non ? Rien d’étonnant. C’est un petit village du Bessin, pas très loin de Bayeux et des grandes plages normandes. Mais pour nous là maintenant, Formigny c’est une bataille. Une bataille qui a un vrai problème de casting. Car sur la guerre de Cent Ans, on préfère d’ordinaire l’héroïne en armure ou le panache de la grande bataille qui marque la victoire française définitive. Formigny, le 15 avril 1450, arrive donc au mauvais moment : trop tard pour le grand frisson Jeanne d’Arc, trop tôt pour le clap de fin de Castillon. Résultat, la pauvre bataille reste condamnée à l’ingratitude mémorielle, coincée entre deux séquences nettement plus photogéniques. C’est dommage. Car la bataille de Formigny est décisive. Après Azincourt et le traité de Troyes, le royaume de France avait bien pu sembler promis au naufrage, et si après Jeanne, l’espoir était revenu, la guerre, elle, n’était pas gagnée pour autant.…

Les trottoirs mouillés sont-ils de droite ?
Aujourd’hui je chanterai les trottoirs mouillés par la pluie, les trottoirs transformés en plaques d’obsidienne et en miroirs d’ardoise, les trottoirs-luisants comme dos de cachalot. La pluie les a lavés et révélés, a rendu au goudron sa noirceur première et sa brillance initiale. [...]
Jacob Rees-Mogg et le style old school
On croirait qu’il est sorti d’une de ces vieilles séries de bouquins (comme Jeeves), ou d’une de ces vieilles séries télé (comme Chapeau melon et bottes de cuir), qui mêlent, d’une manière toute britannique, le classicisme et l’excentricité. Il est catholique, richissime, père de six enfants et incarne l’aile droite des Tories. Il est même question qu’il bascule chez Nigel Farage, dans les rangs du parti Reform UK. Jacob Rees-Mogg n’est guère connu chez nous, alors que c’est une sorte de figure dans le paysage politique de nos voisins d’outre-Manche, notamment à cause de son style, qui est l’expression naturelle de ses convictions. [...]
Dans les couloirs du temps : Butler’s ball, l’œil discret de la maison
Le mois dernier, le carême nous avait conduits vers le chapelet ; armé de cet objet essentiel, nous nous accordons aujourd’hui un détour plus souriant. Quittons la pénombre des chapelles pour les salles à manger lambrissées de l’Angleterre victorienne, où l’ordre social brillait autant que l’argenterie, et où même les murs semblaient avoir des yeux. Plongeons-nous dans la contemplation de la sphère sociale à travers une sphère de verre. [...]

L’Incorrect

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