
Art de vivre


Rome est née un 21 avril, en 753 avant notre ère. Rien que cette date, c’est déjà tout un programme. D’abord parce que c’est notre ère, pas la sienne. Ensuite parce que les Romains eux-mêmes n’auraient jamais formulé les choses ainsi. Ils n’auraient pas parlé d’un « 21 avril 753 av. J.-C. ». Ils auraient dit ante diem XI Kalendas Maias, le onzième jour avant les calendes de mai. Quant à l’année, à Rome, on datait par les consuls : telle loi, tel traité, tel désastre survenait sous le consulat de tel et tel. Sinon, il y avait aussi l’ab Urbe condita : les années depuis la fondation de Rome. Système commode, à un détail près : c’est quand, au juste, la première année ? 753 ? C’est là que tout se complique.
Car la date de 753 n’avait rien d’évident. Timée situait la fondation en 814 avant notre ère, Cincius Alimentus en 728, Denys d’Halicarnasse autour de 751, etc.…



Formigny, vous voyez ? Non ? Rien d’étonnant. C’est un petit village du Bessin, pas très loin de Bayeux et des grandes plages normandes. Mais pour nous là maintenant, Formigny c’est une bataille. Une bataille qui a un vrai problème de casting. Car sur la guerre de Cent Ans, on préfère d’ordinaire l’héroïne en armure ou le panache de la grande bataille qui marque la victoire française définitive. Formigny, le 15 avril 1450, arrive donc au mauvais moment : trop tard pour le grand frisson Jeanne d’Arc, trop tôt pour le clap de fin de Castillon. Résultat, la pauvre bataille reste condamnée à l’ingratitude mémorielle, coincée entre deux séquences nettement plus photogéniques. C’est dommage. Car la bataille de Formigny est décisive. Après Azincourt et le traité de Troyes, le royaume de France avait bien pu sembler promis au naufrage, et si après Jeanne, l’espoir était revenu, la guerre, elle, n’était pas gagnée pour autant.…



L’Incorrect
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