


À l’heure où vous lirez ces lignes, vous serez certainement en train de vous reposer d’avoir trop fêté la Saint Céran, le 26 septembre. Vous aurez relu pour la énième fois sa Vie des martyrs saints Speusipe, Eleusippe, Meleusipe, l’un des premiers best sellers de l’histoire, qu’il avait rédigé en hommage à ces triplés martyrs de Cappadoce, et au moment où vous vous endormirez bourgeoisement dans votre bergère Louis XVI, votre fils débarquera tout benoîtement pour vous dire : « Mais Papa/Maman/Parent 1/Parent 2, qu’a fait exactement saint Céran, pour que nous le célébrions autant ? »
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Allons-y. Saint Céran fut évêque de Paris sous Clotaire II, entre la fin du VIe siècle et le début du VIIe. Durant son mandat, il travailla à réduire l’influence du roi dans les choix des nouveaux évêques et des dignitaires laïcs, et à clarifier les responsabilités des évêques, notamment vis-à-vis des clercs, et à réformer l’organisation judiciaire du royaume franc. [...]

Au cours d’un déjeuner à Buckingham en 1940, George VI interpella Churchill : « Winston, comment faites-vous pour boire autant ? – Je m’entraîne ». Plus qu’une boutade, un état d’esprit. La glorieuse génération qui avait vécu la guerre se moquait bien de nos angoisses existentielles. Sous les bombes et le rationnement, la préservation du capital santé n’était pas un impératif. Les excès à l’heure de l’apéritif étaient sacrés pour nos grands-parents. Les cendriers débordants côtoyaient les Campari et les whiskies. On dévorait la vie et les cacahuètes salées par les deux bouts. Avec un tel régime, bien chanceux celui qui dépassait les 70 ans.
Depuis lors, nous gérons l’existence en boutiquier. Vieillir sainement pour vieillir longtemps. Jusqu’où ? Personne ne sait. La période de l’aventurisme alimentaire est close, voici le temps de la raison. Depuis 1960, la consommation d’alcool en France n’a cessé de se réduire. Un Français consommait en moyenne 200 litres d’alcool par an en 1960. Il n’en consomme plus que 80 litres aujourd’hui. Cette division par 2,5 est surtout due au recul de la consommation de vin. En 1960, un bon citoyen en consommait 128 litres par an. Aujourd’hui, la moyenne est de 36 litres.
Les plantes qui donnent le goût proviennent du sud comme le romarin, la gentiane et l’anis mais l’attaque, elle, vient du verjus
Laura Falque
Si nous consommons moins, nous consommons mieux. L’époque des effroyables piquettes d’Occitanie est terminée. La tendance générale est la montée en gamme des boissons alcoolisées. La mythique Kronenbourg que l’on éclusait avec une bonne vieille « Goldo » a disparu des terrains vagues. Aujourd’hui on savoure des bières d’Abbaye, le petit doigt levé.
Mais rassurons-nous, les Français ne sont pas encore des Amish. À l’échelle européenne, nous restons dans le peloton de tête des gros consommateurs d’alcool. Classée à la huitième place après la Lituanie, la République Tchèque, l’Allemagne, l’Irlande, le Luxembourg, la Lettonie et la Bulgarie, la France dame le pion à l’Angleterre (dix-huitième rang) et à l’Italie (vingt-huitième). Chez nous, 13 % des 18-24 ans déclarent au moins dix ivresses par an. Regardons donc l’avenir avec optimisme !
La chute de la consommation d’alcool profite aux boissons non alcoolisées. Leur part dans le budget des foyers français est passée de 22 % en 1960 à plus de 40 % en 2022. Parmi elles, les eaux minérales, les sodas et les jus de fruit se taillent la part du lion. Mais à l’heure de l’apéritif, que boit-on quand on ne boit pas d’alcool ?
Laura Falque et Marion Lebeau travaillaient dans une agence de communication. Dans le domaine des spiritueux et des vins, elles géraient l’identité des marques, leur packaging et leur mise en place dans les magasins. Tombées enceintes toutes les deux en 2019, « nous sommes entrées dans l’univers du sans alcool, explique Laura. En d’autres mots, l’univers des boissons trop sucrées, fades et artificielles. C’est de cette frustration qu’est née l’idée de créer notre propre apéritif que nous avons appelé Osco ». [...]

Imagine-t-on un été sans confiture de mûres ? Et imagine-t-on pareille confiture faite avec des mûres que nous n’aurions pas ramassées ? Ces mûres patiemment cueillies une à une, au péril de nos mains ; car les plus grosses mûres, les plus belles, les plus noires, les plus mûres sont toujours juste derrière, un peu trop haut : il faut faufiler la main entre les tiges épineuses pour saisir le fruit qu’on guigne, il faut pincer avec précaution la tige au bout de laquelle une grappe de mûres idéales nous nargue et, dressé sur la pointe des pieds, la courber lentement pour enfin amener les fruits à bonne portée.
C’est généralement le moment où, détachant la première mûre, la légère secousse qui s’ensuit fait tomber les autres au cœur du hallier et dépouille la grappe plus sûrement que nous. Crève-cœur. Tout juste s’il en reste une, forcément la moins charnue, qu’on cueille par principe, de mauvaise grâce, abandonnant le buisson triomphant à qui on prête une volonté maligne et une personnalité vicieuse. [...]

On date de l’été 2018 la disparition du service du protocole de l’Élysée. Très précisément du 28 août, au moment de la visite officielle du président Macron à Copenhague, qui s’était rendu au dîner de gala donné en son honneur par la reine du Danemark vêtu, tenez-vous bien, d’une très improbable jaquette qu’il portait avec chemise, nœud-papillon et gilet d’habit. Vous m’avez bien lu. Même les scénaristes de Downton Abbey n’auraient osé imaginer pareille forfaiture. La presse people avait commenté l’évènement en trouvant le président « très élégant », ce qui est souvent mauvais signe.
Depuis ce sinistre dîner, qui nous avait fait prendre conscience qu’il y avait quelque chose de pourri en visite au Royaume du Danemark, le protocole élyséen est tenu avec beaucoup de brio par des designeurs en marques de luxe qui relookent en fonction des tendances et des saisons Manu et Brigitte, avec le même goût et le même discernement que pour leurs égéries habituelles – savoir Rihanna, Justin Bieber ou mademoiselle Ellen Page. [...]

Depuis des années, E. et ses proches avaient pris l’habitude de se retrouver pour un apéritif à la terrasse du Nemours, derrière le Palais-Royal, le dimanche précédant la rentrée – histoire de repartir d’un bon pas, de partager équitablement les derniers potins et d’exhiber sans vergogne les bronzages plus ou moins caramélisés acquis de haute lutte sur les côtes bretonnes ou les plages de la Méditerranée. Ce dimanche-là, réchauffement climatique oblige, la canicule aussi était au rendez-vous, justifiant les tenues excessivement légères directement sorties des bagages que l’on venait de défaire, comme si pour quelques instants encore, les vacances se prolongeaient nostalgiquement sous d’autres cieux.
« Alors, laissez-moi deviner, lança Philippe. Pour E., comme d’habitude, ce sera une mauresque, avec un supplément glaçons. Pour Zo’, un Bandol rosé, assorti à son polo, et pour Mathilde, dont la ravissante robe Bottega Veneta indique où elle a passé les dernières semaines, un Spritz, presque aussi bon que ceux qu’elle buvait encore avant-hier à la terrasse du Florian. Mais dites-moi, Lucien et Chantal ne devaient pas être des nôtres ? Ils nous font faux bond, cette année ?
– Non non, répondit E., Lucien m’a appelé pour confirmer ce matin de l’aéroport d’Alicante où ils étaient en train d’enregistrer leurs bagages de luxe, le temps de passer chez eux déposer tout ça et prendre une petite douche. Ah ! Tiens ! Justement ! Quand on parle du loup !
– Il a un drôle de look, ton loup ! commenta Zo’ en piochant d’une main gracieuse dans le ramequin de biscuits apéritifs.
Lorsqu’une question n’est pas traitée, il faut s’en remettre au bon sens, qui constitue au fond la véritable colonne vertébrale de la politesse
De fait, malgré la chaleur torride, Lucien et Chantal de S. portaient des vêtements d’hiver déjà trempés de sueur et embaumant la naphtaline.
– Vous en faites une tête ! Vous avez cassé votre thermomètre ? reprit Zo’ en veine de cruauté.
– Très drôle. Non, on nous a volé notre valise Rimowa à l’aéroport – et en plus, tous nos vêtements d’été se trouvaient dedans.
– Ah, c’est ballot ! reprit E. Mais ça ne vous était pas déjà arrivé ? [...]

À peine élus au Parlement, les députés bolchéviques de la France insoumise ont choisi, à l’instar de l’ancien trafiquant de drogue Louis Boyard d’adopter une tenue « décontractée ». En réponse aux remontrances du député LR Ciotti, demandant que les représentants de la nation portent une tenue décente, les Insoumis ont à leur tour exigé l’interdiction de la cravate.
Les ombres de Jaurès et de Blum planent sur ces débats. Et à nouveau, la cravate comme symbole de la rigidité de l’ancien monde est mise au banc des accusés. On ne compte en effet plus les articles qui chaque année annoncent la mort de la cravate, la libération des cols pour un monde professionnel plus épanoui en route vers des lendemains qui chantent.
Et c’est vrai, la cravate est pour ainsi dire quasiment morte. Il n’y a qu’à voir les patrons de la start-up nation, ou tout simplement faire les sorties de bureaux, la cravate est enterrée, définitivement contre-cool. Il n’y a plus qu’à la télévision, chez les commerciaux et dans quelques cabinets d’avocats qu’on voit encore des hommes cravatés. [...]

La France est un leader mondial dans la production et la consommation de sirops. Chaque année, près de 195 millions de litres sont produits dont 25 % destinés à l’exportation. La France est le deuxième consommateur de sirops derrière la Grande-Bretagne et devant la Pologne. Le premier réseau de distribution est constitué par les supermarchés (70 % des volumes de vente) car le sirop est avant tout un marché historiquement familial. Toutefois les tendances alimentaires actuelles provoquent des changements. Les consommateurs adultes recherchent des recettes saines. Dans leurs verres, ils souhaitent des matières premières bio, des fruits cultivés localement. Pour séduire ces adultes, les producteurs réduisent les colorants et les arômes artificiels. Ils mettent en avant l’hydratation saine : contrairement aux sodas, le sirop permet de contrôler le taux de sucre en dosant l’eau.
Les industriels surfent sur la vague de cette nouvelle éthique alimentaire. Teisseire, le leader du marché, s’appuie sur un historique fort afin de se donner une légitimité d’artisan. La date de 1720 est désormais inscrite sur ses bouteilles. Elle marque les débuts de Mathieu Teisseire comme producteur de sirop à Grenoble. En 2010, l’entreprise est rachetée par Britvic, une société britannique. Aujourd’hui, Teisseire et sa marque tradition « Moulin de Valdonne » écoulent 43 % des volumes du marché français.
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« Pour répondre au désir de bien-être, nous avons lancé un sirop au sucre de betterave bio », explique Rachael Reeder-Orise, responsable du marketing chez Rième boissons. Cette société est une institution dans le département du Doubs. Fondée en 1920 à 10 kilomètres de la frontière suisse, Rième produit aujourd’hui 500 000 bouteilles par an. « Notre sirop bio génère à la fois une belle croissance et des problèmes, constate Rachael Reeder-Orise. Les consommateurs sont un peu schizophrènes : ils veulent à la fois que leur sirop de menthe soit naturel et qu’il possède des couleurs pétantes ». Une infusion de menthe est naturellement marron : pour qu’elle soit verte, il faut ajouter deux colorants de synthèse, le E133 (bleu brillant) et le E150b (caramel).
« Mais qu’ils soient bio ou non, les sirops Rième s’écoulent très bien à l’étranger. La French Touch fait vendre, constate la responsable du marketing. Le sirop est historiquement une spécialité française. Il y a trente ans, les Américains n’en consommaient pas. C’est l’enseigne Starbucks qui a introduit les sirops comme le caramel ou la vanille dans la consommation de boissons chaudes ». Depuis, d’autres pays ont suivi l’engouement. Au Vietnam, les sirops Rième sont consommés dans le thé et les desserts. [...]
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