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Partout, les saints : sainte Germaine de Pibrac

Une obscure bergère de province française morte à l’aube de la vingtaine ; une marâtre démoniaque qui lui mène la vie dure : non, vous n’êtes pas dans le remake Netflix de Jeanne d’Arc contre Cendrillon, déjà parce que l’héroïne ne sera pas incarné.e par un.e transgenr.e racisé.e obèse.nt et ensuite parce que, comme le titre l’indique, vous vous apprêtez à lire la biographie non autorisée de Germaine Cousin, plus connue sous le nom de Sainte Germaine de Pibrac.

Pour sa vie, ce sera rapide : née en 1579 dans une famille de laboureurs de Pibrac, à côté de Toulouse, elle perd rapidement sa mère, et son père épouse en secondes noces une femme acariâtre qui éloigne Germaine, faible et scrofuleuse, de la vie familiale, la forçant à vivre dans un réduit, à l’écart du reste du foyer. Pour seule occupation, Germaine fait paître ses brebis, assiste à la messe, et finit par être retrouvée morte dans son appentis en 1601 à seulement 22 ans. Enterrée dans la foulée à Pibrac, clap de fin. Une vie misérable, portant son lot de petites joies et de grandes souffrances qui serait oubliée aussitôt terminée ? Pas sur ce coup. En effet, la courte existence de Germaine a été parsemée de nombreux miracles, qui, si elle en avait pris connaissance, n’auraient pas manqué d’édifier sa belle-mère.

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Les loups la détestent : découvrez comment à l’aide d’une simple quenouille plantée en terre, elle éloigne les loups de son troupeau pour aller tranquillement à l’office pendant ce temps. Ils riaient d’elle en disant qu’elle n’arriverait jamais à traverser cette rivière en gardant les pieds secs. La façon dont l’eau s’écarte pour la laisser encore une fois aller à la messe va vous surprendre ! Sa belle-mère croyait qu’elle volait du pain. Ce qu’elle va découvrir en ouvrant son manteau par surprise va vous laisser sans voix (des roses à profusion (alors qu’on est en plein hiver qui plus outre !)) Ce dernier miracle place directement Germaine dans la catégorie des saintes Élisabeth de Hongrie et du Portugal, ce qui ressemble fort à une promotion expresse. [...]

La berlue est-elle de droite ?

Il semble qu’une épidémie de berlue ravage la France – et peut-être le monde, mais n’alarmons personne inutilement. Nous regardons le monde et nous imaginons voir des choses impossibles, inconcevables, irréelles, chimériques, déclenchant tant de propos vains, fariboles et billevesées que les gens sérieux, de sens rassis, finissent eux-mêmes par s’inquiéter.

On nous dit que les hommes peuvent être enceints et on nous montre des dessins. On nous dit que l’insécurité n’existe pas et on brandit des chiffres. Un président en jet-ski nous exhorte à payer le prix d’une liberté dont nous pensions qu’elle était acquise depuis 1944, même si sérieusement rognée depuis par ses soins. Des communistes exaltent la personne ou la mémoire des dictateurs sanglants au nom des valeurs de la République (mais je ne sais pas si cet exemple est aussi probant que les précédents).

La berlue de gauche consiste à regarder le réel et à n’y contempler que ce que l’on désire y voir : société fraternelle, hommes enceints, femmes à pénis, communistes humanistes, président bienveillant, France attractive

[...]
Valmy, bataille qui fait pschitt

Au printemps 1792, l’Assemblée nationale législative française déclare la guerre au Saint-Empire. Les armées françaises totalement désorganisées par la Révolution accumulent les défaites au printemps et à l’été en Belgique. Au milieu du mois d’août, les troupes austro-prussiennes, conduites par le duc de Brunswick, pénètrent en France. Le 2 septembre tombe la place forte de Verdun, verrou de la capitale. Les maigres forces des généraux Dumouriez et Kellerman constituent alors le seul écran entre Brunswick et Paris.

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La confrontation a lieu le 20 septembre sur un plateau situé près du village de Valmy, dans la Marne, au nord-est de Châlons-en-Champagne. À la fin de la journée, les Français restent maîtres du terrain et les troupes étrangères rebroussent chemin vers la frontière. La France est sauvée et la République proclamée dès le lendemain. [...]

Traité de la vie élégante : politesse 2.0

J’ignore si la réalité sort bien de la bouche des enfants, mais je sais en revanche qu’elle ne sort pas de celle des ados ». Au bout d’un certain nombre de bouteilles de Saint-Joseph ou de tout autre liquide de même nature, il peut arriver à des personnes un peu échauffées de proférer des horreurs, et parfois même, des banalités. C’est ce que pensa E. immédiatement après avoir prononcé cette sentence définitive, et en constatant qu’elle provoquait chez les autres convives des hochements de tête silencieux. Eux aussi avaient dû expérimenter la chose.

« Enfin Malherbe vint » : en l’occurrence, Chantal de S., toujours prête à saisir l’occasion de houspiller son ennemi favori.

– Et dites-moi, mon cher E., qu’est-ce qui a pu vous conduire à des conclusions aussi prodigieusement originales ?

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Le susdit se renfrogna, conscient d’avoir était pris en faute, et vida un verre supplémentaire enfin de s’éclaircir la gorge :

– Boniface, mon fils aîné, cherchant un stage dans l’administration, un ami a réussi à lui en trouver un, pour lequel était exigée une lettre de motivation. Le fiston se met à l’œuvre, barbouille une missive qui ne ressemble pas exactement à Bossuet, et la termine par un vigoureux « bien cordialement » avant de me demander mon avis. Et c’est cette dernière formule qui me reste en travers de la gorge. On a beau envoyer son courrier par voie électronique, je ne vois pas pourquoi le truchement de la machine entraînerait l’abolition des usages épistolaires, pas plus du reste qu’il n’implique le renoncement à l’orthographe. Je le lui signale, rappelant au passage l’importance de la personne à laquelle il adresse sa demande, et je lui suggère donc de terminer sa lettre par le classique : « Je vous prie, Monsieur le…, de bien vouloir agréer mes salutations les plus respectueuses ». [...]

La femme de chambre est-elle de droite ?

La femme de chambre française est un objet de concupiscence, si l’on en croit notre théâtre de boulevard, les déguisement d’alohouine des gens d’oliwoude, et les élus socialistes.

Voilà que cette concupiscence a pris un tour politique avec Rachel Keke, toute fraîche députée et bel emblème du vrai peuple (« les gens », comme on dit avec émotion), la femme de ménage racisée et genrée faisant plus peuple que le cariste. Héroïne tardive de la campagne législative, égérie de la nouvelle fournée LFI, elle déclenche l’admiration joyeuse de Najat Vallaud-Belkacem qui la contemple avec l’incrédule ravissement du croyant moyen à qui son dieu apparaît : Najat a rencontré le peuple ! Et il parle ! « Quelle émotion joyeuse il y a à découvrir un peu plus Rachel Keke. La regarder se tenir, parler, rire, vibrer », a-t-elle gazouillé le 20 juin. [...]

Traité de la vie élégante : rubans, rosettes et canapés

Kirsten, Gräfin zu…, la blonde et sémillante épouse de Ferdinand, parlait la langue de Racine comme une Allemande qui n’a jamais séjourné en France plus de quelques semaines d’affilée, avec un accent chantant, des erreurs désarmantes, une tendance irrépressible à tutoyer tout le monde et une propension non moins remarquable à se mêler naïvement de la conversation des autres. Ayant entendu E. chuchoter avec ses voisins, tous anciens militaires ou hauts fonctionnaires, à propos de rubans, de rosettes, de grands colliers, de canapés et de sautoirs, la mutine prussienne ne douta pas une seconde que si ces messieurs parlaient bas, ce devait être pour échanger sur quelque chose qu’il est impoli d’évoquer en public mais qui n’en est pas moins, aux yeux des étrangers, la passion prédominante et peut-être le titre de gloire des Français.

« Les voilà qui se remettent à parler de nous ! », murmura-t-elle à l’oreille de Zo’ qui, toute à sa vodka Némiroff, lui rendit un sourire sans trop comprendre de quoi il s’agissait.

En tant que femme cultivée, ces évocations à demi-mot lui rappelaient irrésistiblement les tableaux coquins de Boucher et de Fragonard

Incapable de déterminer si « rosette » est une pièce stratégique de l’anatomie féminine ou le prénom d’une jeune personne, Kirsten n’avait aucun doute, en revanche, sur le potentiel érotique des rubans, rouges ou bleus, et s’émerveilla que les Français aient eu l’audace de rapprocher les termes canapé et sautoir. En tant que femme cultivée, ces évocations à demi-mot lui rappelaient irrésistiblement les tableaux coquins de Boucher et de Fragonard ; mais en tant que femme moderne, elle ne voyait pas pourquoi les hommes s’arrogeaient le monopole de ces débats polissons, et pour quelle raison elle-même n’aurait pas le droit d’y prendre part. [...]

Les mots sont-ils de droite ?
En lisant l’autre jour un article sur le titanoboa, j’étais tombé sur poïkilotherme qui signifie que la température de la bestiole varie en fonction de la température du milieu. Puis un article sur l’un des derniers artisans cordiers de France m’a apporté toupin, après quelques recherches, qui s’est révélé être en fait un couchoir toupin (ou gabieu). Poïkilotherme avait cet air de respectabilité scientifique tempérée par le grec, couchoir toupin présentait l’honnête visage du bout de bois façonné par un ouvrier habile. Je m’étais alors rappelé ce passage de La Gloire de mon père où Pagnol raconte son amour des mots : « Or, dans les discours de l’oncle, il y en avait de tout nouveaux et qui étaient délicieux : damasquiné, florilège, filigrane, ou grandioses : archiépiscopal, plénipotentiaire. Lorsque sur le fleuve de son discours, je voyais passer ces vaisseaux à trois ponts, je levais la main et je demandais des explications, qu’il ne refusait jamais ». [...]
Brouilly : la résistance des vignerons

«De toutes les routes de France, celle que j’préfère c’est celle qui conduit, en auto, ou en auto-stop, vers les rivages du midi ». Nationale 7, chantait Charles Trenet en 1955. C’était au temps des belles décapotables, bien avant l’autoroute A6 et ses embouteillages cataclysmiques. Mais nous voici déjà au XXIe siècle. Peu avant Lyon, au milieu de la sueur et des cris, l’automobiliste cul-à-cul, a la joie de retrouver ses semblables bataves et allemands. Les uns en Birkenstock, les autres en caravanes infernales, ils s’agrippent à leurs sandwiches rectangulaires sur les pelouses faméliques des aires de repos.

Si vous êtes cet été parmi les réfugiés de l’autoroute A6, prenez donc la sortie 30, celle de Belleville-en-Beaujolais. C’est la sortie vers le paradis, vers un Olympe de la dégustation : le mont Brouilly. Dès l’Antiquité, ce petit mont a servi de lieu de culte à nos ancêtres moustachus et païens. Au Ier siècle commence l’histoire viticole du mont Brouilly. En récompense de ses nombreuses victoires militaires, César donne une colline à un officier de la légion impériale, le dénommé Brulius. Ce dernier profite de l’ensoleillement exceptionnel du site pour planter de la vigne.

Dix-huit siècles plus tard, les affaires explosent. Les vignerons du Beaujolais bénéficient du chemin de fer ainsi que des voies fluviales (Saône et Rhône). Ils deviennent les premiers fournisseurs des tavernes lyonnaises et des bistrots parisiens. Mais le succès ne venant jamais seul, les catastrophes climatiques (grêles, gelées) et les parasites (l’oïdium) frappent les vignerons devenus prospères.

Contre le mauvais sort, ils décident en 1857 d’ériger au sommet du mont Brouilly une chapelle qui protégera leurs vignes. 

Culminant à 484 mètres, le mont Brouilly est identifiable depuis la plaine de la Saône. Le « phare du Beaujolais » possède une géologie singulière : son sol est constitué de diorite, une roche bleue âgée de 300 millions d’années. Provenant d’un ancien volcanisme sous-marin, la diorite offre une terre riche en minéraux. Cette roche dure mais bien faillée permet à la vigne de descendre en profondeur.[...]

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