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La mûre est-elle de droite ?

Imagine-t-on un été sans confiture de mûres ? Et imagine-t-on pareille confiture faite avec des mûres que nous n’aurions pas ramassées ? Ces mûres patiemment cueillies une à une, au péril de nos mains ; car les plus grosses mûres, les plus belles, les plus noires, les plus mûres sont toujours juste derrière, un peu trop haut : il faut faufiler la main entre les tiges épineuses pour saisir le fruit qu’on guigne, il faut pincer avec précaution la tige au bout de laquelle une grappe de mûres idéales nous nargue et, dressé sur la pointe des pieds, la courber lentement pour enfin amener les fruits à bonne portée.

C’est généralement le moment où, détachant la première mûre, la légère secousse qui s’ensuit fait tomber les autres au cœur du hallier et dépouille la grappe plus sûrement que nous. Crève-cœur. Tout juste s’il en reste une, forcément la moins charnue, qu’on cueille par principe, de mauvaise grâce, abandonnant le buisson triomphant à qui on prête une volonté maligne et une personnalité vicieuse. [...]

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Les Macron en baskets

On date de l’été 2018 la disparition du service du protocole de l’Élysée. Très précisément du 28 août, au moment de la visite officielle du président Macron à Copenhague, qui s’était rendu au dîner de gala donné en son honneur par la reine du Danemark vêtu, tenez-vous bien, d’une très improbable jaquette qu’il portait avec chemise, nœud-papillon et gilet d’habit. Vous m’avez bien lu. Même les scénaristes de Downton Abbey n’auraient osé imaginer pareille forfaiture. La presse people avait commenté l’évènement en trouvant le président « très élégant », ce qui est souvent mauvais signe.

Depuis ce sinistre dîner, qui nous avait fait prendre conscience qu’il y avait quelque chose de pourri en visite au Royaume du Danemark, le protocole élyséen est tenu avec beaucoup de brio par des designeurs en marques de luxe qui relookent en fonction des tendances et des saisons Manu et Brigitte, avec le même goût et le même discernement que pour leurs égéries habituelles – savoir Rihanna, Justin Bieber ou mademoiselle Ellen Page. [...]

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Traité de la vie élégante : une valise sous les yeux

Depuis des années, E. et ses proches avaient pris l’habitude de se retrouver pour un apéritif à la terrasse du Nemours, derrière le Palais-Royal, le dimanche précédant la rentrée – histoire de repartir d’un bon pas, de partager équitablement les derniers potins et d’exhiber sans vergogne les bronzages plus ou moins caramélisés acquis de haute lutte sur les côtes bretonnes ou les plages de la Méditerranée. Ce dimanche-là, réchauffement climatique oblige, la canicule aussi était au rendez-vous, justifiant les tenues excessivement légères directement sorties des bagages que l’on venait de défaire, comme si pour quelques instants encore, les vacances se prolongeaient nostalgiquement sous d’autres cieux.

« Alors, laissez-moi deviner, lança Philippe. Pour E., comme d’habitude, ce sera une mauresque, avec un supplément glaçons. Pour Zo’, un Bandol rosé, assorti à son polo, et pour Mathilde, dont la ravissante robe Bottega Veneta indique où elle a passé les dernières semaines, un Spritz, presque aussi bon que ceux qu’elle buvait encore avant-hier à la terrasse du Florian. Mais dites-moi, Lucien et Chantal ne devaient pas être des nôtres ? Ils nous font faux bond, cette année ?

– Non non, répondit E., Lucien m’a appelé pour confirmer ce matin de l’aéroport d’Alicante où ils étaient en train d’enregistrer leurs bagages de luxe, le temps de passer chez eux déposer tout ça et prendre une petite douche. Ah ! Tiens ! Justement ! Quand on parle du loup !

– Il a un drôle de look, ton loup ! commenta Zo’ en piochant d’une main gracieuse dans le ramequin de biscuits apéritifs.

Lorsqu’une question n’est pas traitée, il faut s’en remettre au bon sens, qui constitue au fond la véritable colonne vertébrale de la politesse

De fait, malgré la chaleur torride, Lucien et Chantal de S. portaient des vêtements d’hiver déjà trempés de sueur et embaumant la naphtaline.

– Vous en faites une tête ! Vous avez cassé votre thermomètre ? reprit Zo’ en veine de cruauté.

– Très drôle. Non, on nous a volé notre valise Rimowa à l’aéroport – et en plus, tous nos vêtements d’été se trouvaient dedans.

– Ah, c’est ballot ! reprit E. Mais ça ne vous était pas déjà arrivé ? [...]

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La cravate qu’on enterre

À peine élus au Parlement, les députés bolchéviques de la France insoumise ont choisi, à l’instar de l’ancien trafiquant de drogue Louis Boyard d’adopter une tenue « décontractée ». En réponse aux remontrances du député LR Ciotti, demandant que les représentants de la nation portent une tenue décente, les Insoumis ont à leur tour exigé l’interdiction de la cravate.

Les ombres de Jaurès et de Blum planent sur ces débats. Et à nouveau, la cravate comme symbole de la rigidité de l’ancien monde est mise au banc des accusés. On ne compte en effet plus les articles qui chaque année annoncent la mort de la cravate, la libération des cols pour un monde professionnel plus épanoui en route vers des lendemains qui chantent.

Et c’est vrai, la cravate est pour ainsi dire quasiment morte. Il n’y a qu’à voir les patrons de la start-up nation, ou tout simplement faire les sorties de bureaux, la cravate est enterrée, définitivement contre-cool. Il n’y a plus qu’à la télévision, chez les commerciaux et dans quelques cabinets d’avocats qu’on voit encore des hommes cravatés. [...]

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Sirops artisanaux : sirop pour atout

La France est un leader mondial dans la production et la consommation de sirops. Chaque année, près de 195 millions de litres sont produits dont 25 % destinés à l’exportation. La France est le deuxième consommateur de sirops derrière la Grande-Bretagne et devant la Pologne. Le premier réseau de distribution est constitué par les supermarchés (70 % des volumes de vente) car le sirop est avant tout un marché historiquement familial. Toutefois les tendances alimentaires actuelles provoquent des changements. Les consommateurs adultes recherchent des recettes saines. Dans leurs verres, ils souhaitent des matières premières bio, des fruits cultivés localement. Pour séduire ces adultes, les producteurs réduisent les colorants et les arômes artificiels. Ils mettent en avant l’hydratation saine : contrairement aux sodas, le sirop permet de contrôler le taux de sucre en dosant l’eau.

Les industriels surfent sur la vague de cette nouvelle éthique alimentaire. Teisseire, le leader du marché, s’appuie sur un historique fort afin de se donner une légitimité d’artisan. La date de 1720 est désormais inscrite sur ses bouteilles. Elle marque les débuts de Mathieu Teisseire comme producteur de sirop à Grenoble. En 2010, l’entreprise est rachetée par Britvic, une société britannique. Aujourd’hui, Teisseire et sa marque tradition « Moulin de Valdonne » écoulent 43 % des volumes du marché français.

Lire aussi : Brouilly : la résistance des vignerons

« Pour répondre au désir de bien-être, nous avons lancé un sirop au sucre de betterave bio », explique Rachael Reeder-Orise, responsable du marketing chez Rième boissons. Cette société est une institution dans le département du Doubs. Fondée en 1920 à 10 kilomètres de la frontière suisse, Rième produit aujourd’hui 500 000 bouteilles par an. « Notre sirop bio génère à la fois une belle croissance et des problèmes, constate Rachael Reeder-Orise. Les consommateurs sont un peu schizophrènes : ils veulent à la fois que leur sirop de menthe soit naturel et qu’il possède des couleurs pétantes ». Une infusion de menthe est naturellement marron : pour qu’elle soit verte, il faut ajouter deux colorants de synthèse, le E133 (bleu brillant) et le E150b (caramel).

« Mais qu’ils soient bio ou non, les sirops Rième s’écoulent très bien à l’étranger. La French Touch fait vendre, constate la responsable du marketing. Le sirop est historiquement une spécialité française. Il y a trente ans, les Américains n’en consommaient pas. C’est l’enseigne Starbucks qui a introduit les sirops comme le caramel ou la vanille dans la consommation de boissons chaudes ». Depuis, d’autres pays ont suivi l’engouement. Au Vietnam, les sirops Rième sont consommés dans le thé et les desserts. [...]

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Partout, les saints : sainte Germaine de Pibrac

Une obscure bergère de province française morte à l’aube de la vingtaine ; une marâtre démoniaque qui lui mène la vie dure : non, vous n’êtes pas dans le remake Netflix de Jeanne d’Arc contre Cendrillon, déjà parce que l’héroïne ne sera pas incarné.e par un.e transgenr.e racisé.e obèse.nt et ensuite parce que, comme le titre l’indique, vous vous apprêtez à lire la biographie non autorisée de Germaine Cousin, plus connue sous le nom de Sainte Germaine de Pibrac.

Pour sa vie, ce sera rapide : née en 1579 dans une famille de laboureurs de Pibrac, à côté de Toulouse, elle perd rapidement sa mère, et son père épouse en secondes noces une femme acariâtre qui éloigne Germaine, faible et scrofuleuse, de la vie familiale, la forçant à vivre dans un réduit, à l’écart du reste du foyer. Pour seule occupation, Germaine fait paître ses brebis, assiste à la messe, et finit par être retrouvée morte dans son appentis en 1601 à seulement 22 ans. Enterrée dans la foulée à Pibrac, clap de fin. Une vie misérable, portant son lot de petites joies et de grandes souffrances qui serait oubliée aussitôt terminée ? Pas sur ce coup. En effet, la courte existence de Germaine a été parsemée de nombreux miracles, qui, si elle en avait pris connaissance, n’auraient pas manqué d’édifier sa belle-mère.

Lire aussi : Partout, les saints : Damien de Molokaï

Les loups la détestent : découvrez comment à l’aide d’une simple quenouille plantée en terre, elle éloigne les loups de son troupeau pour aller tranquillement à l’office pendant ce temps. Ils riaient d’elle en disant qu’elle n’arriverait jamais à traverser cette rivière en gardant les pieds secs. La façon dont l’eau s’écarte pour la laisser encore une fois aller à la messe va vous surprendre ! Sa belle-mère croyait qu’elle volait du pain. Ce qu’elle va découvrir en ouvrant son manteau par surprise va vous laisser sans voix (des roses à profusion (alors qu’on est en plein hiver qui plus outre !)) Ce dernier miracle place directement Germaine dans la catégorie des saintes Élisabeth de Hongrie et du Portugal, ce qui ressemble fort à une promotion expresse. [...]

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La berlue est-elle de droite ?

Il semble qu’une épidémie de berlue ravage la France – et peut-être le monde, mais n’alarmons personne inutilement. Nous regardons le monde et nous imaginons voir des choses impossibles, inconcevables, irréelles, chimériques, déclenchant tant de propos vains, fariboles et billevesées que les gens sérieux, de sens rassis, finissent eux-mêmes par s’inquiéter.

On nous dit que les hommes peuvent être enceints et on nous montre des dessins. On nous dit que l’insécurité n’existe pas et on brandit des chiffres. Un président en jet-ski nous exhorte à payer le prix d’une liberté dont nous pensions qu’elle était acquise depuis 1944, même si sérieusement rognée depuis par ses soins. Des communistes exaltent la personne ou la mémoire des dictateurs sanglants au nom des valeurs de la République (mais je ne sais pas si cet exemple est aussi probant que les précédents).

La berlue de gauche consiste à regarder le réel et à n’y contempler que ce que l’on désire y voir : société fraternelle, hommes enceints, femmes à pénis, communistes humanistes, président bienveillant, France attractive

[...]
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Valmy, bataille qui fait pschitt

Au printemps 1792, l’Assemblée nationale législative française déclare la guerre au Saint-Empire. Les armées françaises totalement désorganisées par la Révolution accumulent les défaites au printemps et à l’été en Belgique. Au milieu du mois d’août, les troupes austro-prussiennes, conduites par le duc de Brunswick, pénètrent en France. Le 2 septembre tombe la place forte de Verdun, verrou de la capitale. Les maigres forces des généraux Dumouriez et Kellerman constituent alors le seul écran entre Brunswick et Paris.

Lire aussi : [Idées] La Grande Guerre américaine

La confrontation a lieu le 20 septembre sur un plateau situé près du village de Valmy, dans la Marne, au nord-est de Châlons-en-Champagne. À la fin de la journée, les Français restent maîtres du terrain et les troupes étrangères rebroussent chemin vers la frontière. La France est sauvée et la République proclamée dès le lendemain. [...]

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