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SOS Chrétiens d’Orient : « C’est ni plus ni moins la survie de l’Arménie qui est en jeu »

L’Azerbaïdjan a violé le cessez-le-feu en attaquant l’Arménie. Que s’est-il passé concrètement ?

Effectivement, et ce n’est pas la première fois. Mais jusqu’à présent, il s’agissait de tirs assez circonscrits sur des soldats arméniens en poste avancé. Là, nous avons assisté à quelque chose de totalement différent : c’est une opération militaire de grande ampleur qui vise à couper l’Arménie en deux, et à créer un corridor par la force pour séparer la région du Syunik (la terre qui relie l’Arménie à l’Iran) et la région de Vayot Dzor, Syunik. C’est d’une toute autre ampleur, d’une part par les moyens qui sont engagés – il y a un front de quasiment 150 km de long avec un déploiement très important d’artillerie, de drones (turcs et israéliens), etc – et d’autre part parce que les objectifs attaqués ne sont plus seulement des postes militaires, mais des objectifs civils. Ainsi, la ville de Djermouk est en ce moment en feu, toutes les hauteurs de Goris sont bombardées, la ville de Vardenis est attaquée, la ville de Kapan est visée, etc.…

Fà l’Americano ? Certainement pas : quand l’Italie résiste aux multinationales américaines

La chanson irrésistible qui fit le succès de Renato Carosone dans les années cinquante résonne étrangement aujourd’hui. Alors que les fermetures d’enseignes américaines se multiplient au pays de Vito Corleone, il semblerait que les Italiens d’aujourd’hui n’aient aucune envie de fà l’Americano.

De Milan à Palerme, il faut se rendre à l’évidence : la malbouffe ne marche pas, la fast-fashion non plus, et de nombreuses enseignes qui font la pluie et le beau temps sur toute la planète se sont heurtés à un échec cuisant en Italie.

Durant l’été 2022, l’enseigne américaine Domino’s Pizza a dû faire le constat de l’échec et plier bagage. Tout comme les vêtements Gap ou Banana Republic, ou encore les glaces Häagen Dazs.

Au niveau de la mode, les marques américaines se sont heurtées à une production locale vaste, de qualité, et bien identifiée des consommateurs auprès desquels elles ne parviennent pas à faire la différence de manière crédible. Les marques proposant des vêtements de sport comme Nike s’en tirent mieux, car elles n’ont pas d’équivalent local.

Lire aussi : Italie : Meloni en surface

En ce qui concerne l’alimentation, le phénomène est déjà ancien : les Italiens aiment le local et le privilégient. McDonald’s s’est introduit tardivement sur le marché italien, non sans susciter de vigoureuses polémiques, et a dû adapter ses produits au goût local, en proposant des burgers au parmesan ou au pecorino, ou encore des salades. Qui plus est, l’extension du réseau des restaurants de la firme américaine est perçue là-bas comme une agression, une dénaturation du patrimoine italien comme du paysage. La tentative du fast-food, en 2019, de s’installer aux portes des Thermes de Caracalla avait conduit à l’intervention du ministre de la Culture qui s’était opposé en projet au motif que « les merveilles de Rome devaient être préservées ». McDonald’s s’est alors tourné vers le Conseil d’État pour obtenir gain de cause – pour l’instant sans succès.

Le cas du café n’est pas très différent. Il y a quelques années, alors que la chaîne de café Starbucks était déjà une institution très populaire dans une grande partie des pays européens, un État faisait exception : l’Italie. Dans la patrie de l’expresso, là où dominent Illy et Lavazza, on n’y trouvait pas un seul Starbucks. La première boutique a ouvert à Milan seulement en septembre 2018 sous le regard amusé des autochtones, qui se sont certainement demandé comment on pouvait oser appeler « café » un liquide marronnasse sans goût servi dans des tasses en papier mâché. [...]

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Italie : Meloni en surface

On a coutume de voir l’Italie comme un laboratoire politique, en particulier pour la France. Pourtant, avec son système strictement parlementaire, comportant deux chambres aux pouvoirs égaux – une singularité dans le paysage des démocraties libérales – l’Italie a peu à voir avec le « parlementarisme négatif » à la française. En France, la personnalisation et la centralisation du pouvoir sont telles que Maurice Duverger a pu parler de « monarchie républicaine », pour évoquer les institutions de la Ve. En Italie, on évoque au contraire un « parlementarisme décentralisé » pour qualifier le régime de la constitution du 1er janvier 1948, qui a connu 26 présidents du Conseil et 71 gouvernements depuis 1946.

Lire aussi : Éditorial monde de septembre : Renaissance des frontières

Le président de la République, élu pour sept ans et siégeant au palais du Quirinal, joue un rôle d’arbitre en retrait du jeu des partis. Le président du Conseil, nommé par le président de la République après consultation des différentes forces représentées au Parlement, incarne le pouvoir exécutif, dont l’action est soumise au contrôle sourcilleux de la Chambre des députés, sise au palais Montecitorio, à Rome, et le Sénat de la République, qui siège au palais Madame. Ce régime politique ressemble à la IVe République française. Mais le jeu des coalitions dont dépend l’exécutif italien ouvre la porte a des expérimentations qui sont scrutées avec attention de notre côté des Alpes et sur tout le continent. L’Europe, plongée aujourd’hui dans une crise géopolitique et énergétique, attend donc avec anxiété le résultat des élections qui installeront un nouveau locataire au palais Chigi, le 25 septembre.

Une nouvelle ère

Depuis le référendum du 2 juin 1946, à l’issue duquel les Italiens ont adopté à 54 % la république, la vie politique italienne a été rythmée par les combinaisons partisanes autour de la Démocratie chrétienne. Ce parti, fondé en 1942, représentant le centrisme social-démocrate chrétien, a joué le rôle de pivot de la vie politique italienne jusqu’à l’opération Mani pulite (« Mains propres »), qui révéla un vaste système de corruption, entraînant la dissolution du parti le 29 janvier 1994. [...]

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Mort d’Élisabeth II : quand la monarchie fait rêver la France et l’Occident

Quelle étonnante cérémonie que celle que dont nous furent témoins jeudi dernier. Saisi d’effroi, un pays tout entier se trouvait suspendu aux fragiles respirations de sa monarque. Toutes les activités étaient arrêtées net, les journalistes déjà se paraient de noir, la BBC ouvrait son canal à l’international pour partager les derniers instants de la femme la plus célèbre au monde. Et avec la Grande-Bretagne, c’est l’Occident tout entier qui retenait son souffle, transi d’émotions et tout en prière pour la royale mourante, qui s’interrogeait sur ce que serait le monde demain, car, non qu’Elizabeth soit indispensable, mais personne ou presque n’a jamais vu ce monde sans elle. Tous avions conscience d’assister à la fin de l’un de ces miracles de perpétuité et de majesté que seule la monarchie peut offrir. Tous comprenions qu’une page de l’histoire vieille de 96 ans était sur le point d’être tournée, page qui débuta quand Vincent Auriol et Edgar Faure gouvernaient la France, page qui dura près du tiers de l’histoire américaine et qui fut parcourue par les plus illustres noms de l’histoire contemporaine, page essentiellement marquée par l’ère de paix et d’abondance issue de la Seconde Guerre mondiale dont on sait qu’elle est en train de s’éteindre. Tous assistions au fond à la rupture du dernier grand lien qui nous arrimait au siècle précédent.

Lire aussi : Royaume-Uni : guerres internes

Émotion et gravité universelles donc, pour la royale défunte. Pluie d’hommages en tout genre et issus de tout rang. Inédit à pareille échelle, le phénomène est merveilleux, au pied de la lettre, tant il échappe comme nul autre phénomène à la politique légale-rationnelle que la modernité croyait imposer à la terre entière alors même qu’elle n’épouse pas le quart du phénomène politique en son entièreté. Car cette séquence nous rappelle – par-delà la caducité politique du roi de Grande-Bretagne – que la tradition et le sentiment, l’invisible et l’imaginaire sont des données essentielles de la vraie et grande politique. Et la cérémonie funéraire qui s’annonce exceptionnelle – deux semaines de deuil national, quatre jours de veillée funèbre qui devraient voir défiler près de 500 000 sujets, processions réunissant le million de personnes, funérailles en grande pompe qui plongeront le pays dans un silence total – et qui sera suivi sur tout le globe, ne fera que le confirmer : il est décidément dans le politique quelque chose qui dépasse de très loin le constructivisme rationnel, et que la monarchie incarne mieux qu'aucun autre régime.

Petite leçon de légitimité

Car n’ayant jamais versé dans le contractualisme républicain à la française, et c’est heureux pour elle, la monarchie britannique peut se prémunir d’une légitimité toute traditionnelle, selon les catégories de Max Weber. Et l’on a pu en admirer les fruits : tirant sa légitimité de l’hérédité et de la prescription, et fort de la juste place accordée à l’étiquette, à la pompe et au mystère, le monarque est doté d’une espèce de majesté qu’on peine à définir mais qui n’a pas besoin de l’être car personne ne peut la méconnaître. Et de fait, le plus fieffé des progressistes s’est ému devant ce morceau d'histoire qui s'éteignait. [...]

Alexandre Douguine : grandeurs et misères de l’eurasisme

Adulé par la nouvelle droite française, l’idéologue russe Alexandre Douguine – connu comme le théoricien de l’eurasisme – était selon toute vraisemblance la cible de l’attentat à la voiture piégée qui a coûté la vie à sa fille Darya le 20 août dernier. Aussi tragique et choquante soit la mort d’une jeune femme de 29 ans, gardons-nous de toute conclusion hâtive qui consisterait – par exemple – à accuser les services secrets ukrainiens sans preuve comme le fait aujourd’hui la Russie. Quelque puissent être les motivations des commanditaires de cet attentat (lesquels peuvent tout autant être russes, ukrainiens ou occidentaux), ce dernier aura au moins eu le mérite de jeter un coup de projecteur sur l’eurasisme – ou plus exactement le néo-eurasisme. Même si elle peut paraître séduisante par certains aspects, cette idéologie impérialiste née à l’orée des années 20 au sein de la communauté des « russes blancs » avant d’être remise au goût du jour dans les années 90, a tout d’une vaste fumisterie.

Lire aussi : Qui veut la peau d’Alexandre Douguine ?

Commençons tout d’abord par une nécessaire mise au point : en dépit du fait que sa pensée ait pu rayonner bien au-delà des frontières de la Russie, Douguine n’est pas (et n’a jamais été) l’éminence grise du Kremlin que se plaisent à dépeindre certains « journalistes » des médias de grand chemin.S’il a été qualifié à tort par la presse aux ordres de « Raspoutine de Poutine », c’est surtout parce que ce dernier a toujours soigneusement entretenu le mythe autour de son influence (surtout fantasmée) sur le maître du Kremlin.

Quand Douguine ne rime pas avec Poutine

En réalité, l’idéologue – qui n’a de commun avec Raspoutine que son gout pour l’occultisme et sa barbe bien fournie de « vieux croyant » – n’a jamais occupé de poste officiel au Kremlin et fait plutôt figure d’outsider au sein de l’intelligentsia russe. Pour preuve : en mai 2014, il lance un appel à « tuer » des Ukrainiens, ce qui lui vaudra de perdre, à la suite d’une pétition, sa chaire de sociologie des relations internationales à l’université de Lomonossov à Moscou. Loin de faire partie de l’entourage proche du président russe, le fondateur du partie Eurasie n’a d’ailleurs jamais rencontré Vladimir Poutine hors contexte officiel et ne s’est par conséquent jamais entretenu avec lui en tête à tête. [...]

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Xavier Driencourt : « L’influence de la France en Algérie diminue régulièrement »

Comment définiriez-vous en quelques mots les liens historiques qui unissent la France à l’Algérie ?

Les liens entre la France et l’Algérie sont multiformes : l’histoire (132 années de colonisation), la proximité géographique (Marseille n’est qu’à 800 km d’Alger) et aujourd’hui, l’immigration, (avec sans doute 5 à 6 M d’Algériens ou Franco-algériens en France) font de cette relation, une relation très particulière que la France n’a, en fait, avec aucun pays au monde. En ce sens, cette relation est unique en son genre.

L’intimité presque affective qui lie la France à l’Algérie semble de plus en plus à sens unique, à l’image des passions malheureuses. La France doit-elle envisager que la « relation particulière » n’est plus et traiter l’Algérie comme elle le fait avec les autres nations du monde ?

On peut en effet imaginer une relation normalisée. Mais il ne faut pas non plus « banaliser » cette relation, car on ne peut effacer un passé, une histoire, fût-elle tragique, et surtout la somme de mémoires individuelles, celles des pieds-noirs, des harkis, de tous ceux qui ont fait l’Algérie.…

Royaume-Uni : guerres internes

C’est une transition compliquée qui va se produire dans un Royaume-Uni en pleine mutation. Le successeur de Boris Johnson – Rishi Sunak ou Liz Truss ? Son nom ne sera connu qu’à partir du 5 septembre – est appelé à s’inscrire dans la suite d’un mandat particulièrement mouvementé : mise en œuvre du Brexit, crise du Covid, guerre en Ukraine... La sortie de l’Union européenne voulue par la majorité? des votants du référendum de 2016 a été confirmée lors des élections européennes de 2019, qui ont placé le Parti du Brexit mené par Nigel Farage largement en tête, puis lors des élections générales de décembre 2019 qui ont donné au Parti conservateur mené par Boris Johnson sa plus forte majorité depuis 1987.

L’ensemble de la classe politique britannique s’est résigné à accepter le retrait de l’Union européenne, même les plus farouches défenseurs du Remain. À titre d’exemple, Keir Starmer, chef du Parti travailliste, après avoir prôné un second référendum, estime aujourd’hui qu’il faut « faire fonctionner le Brexit » ! LizTruss, secrétaire d’État aux Affaires étrangères et actuelle candidate à la succession de Boris Johnson, a voté contre le Brexit en 2016, et reconnaît aujourd’hui que les « problèmes économiques massifs » qu’elle craignait n’ont pas eu lieu et même que le Brexit a offert « de nouvelles occasions de commercer avec le reste du monde ». En effet, des accords de libre-échange ont été conclus avec une quarantaine de pays tels que l’Albanie, l’Australie et le Vietnam; le Royaume-Uni semble aujourd’hui en meilleure posture que l’Union européenne pour conclure un accord de libre-échange avec l’Inde avec laquelle il a déjà signé en avril 2022 un accord commercial dans les secteurs du textile et de l’informatique. [...]

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Éditorial monde de septembre : Renaissance des frontières

Frontière, limite, démarcation : autant de concepts apparemment invalidés par la mondialisation heureuse, voués à finir dans les poubelles de l’histoire, le « village global » triomphant définitivement du rétrograde poste de douane. Le destin de la frontière, en particulier, semblait scellé depuis le début du XXIè siècle, alors même que son histoire est finalement récente, indiscutablement et étroitement liée à celle de la nation. Les empires ont des limites qu’ils cherchent à repousser, car la fixation d’un limes, pour reprendre le nom donné par les historiens modernes aux systèmes de fortifications établis au long de certaines des frontières de l’Empire romain, annonce inévitablement un déclin. Par essence, l’empire est une construction qui ne souffre pas de limites et la fin de l’expansion implique un repli qui précède la chute. Dans une conception radicalement opposée au mouvement perpétuel qui conditionne la survie d’un empire, la frontière est, au contraire, une lente et méticuleuse construction historique, à l’image du système bâti par Vauban, avec ses quelque 180 forteresses qui, de la ville de Neuf-Brisach à la citadelle de Blaye, forment un système défensif dessinant avec précision dans ses saillants et ses replis le visage de la France, nation politique par excellence.…

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