
On raconte que, lors d’un dîner officiel, le tsar Alexandre III – une véritable force de la nature – menaça un ambassadeur étranger en tordant devant lui une cuillère en argent, et qu’il lui lança : « Voilà ce que j’en ferai de vos armées si elles s’approchent de mes frontières. » Si l’anecdote ne dit rien de la réaction du diplomate, elle en dit long sur l’état d’esprit des responsables russes. En fait, aujourd’hui rien n’a changé.
En fin de compte, Vladimir Poutine a choisi l’option la plus radicale, celle de l’attaque militaire surprise contre l’Ukraine afin de détruire son potentiel militaire, de renverser son gouvernement, afin de lui imposer ses exigences au profit d’un rapport de force rétabli en faveur de Moscou. C’est l’option qui comporte le plus de risques pour la Russie, pour l’Europe, pour Poutine lui-même. L’avenir seul nous dira ce qu’il sortira de cette épreuve de force gravissime engagé sur le Vieux continent. Pour le moment, Poutine aura réussi d’une part à unir contre lui l’UE terrorisée par ce retour brutal des tragédies de l’Histoire qu’elle pensait avoir, avec une naïveté confondante, dissoutes dans le commerce, les droits de l’homme et les normes ; d’autre part à renforcer l’OTAN à laquelle même la Suède et la Finlande pensent adhérer, au risque de faire de la Baltique un lac otanien ; et enfin à faire sortir les Européens et même les Allemands de leur léthargie historique – sur ce point, on ne peut que s’en féliciter !











