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Un sultan faux consultant et insultant

Plume acerbe, le prince Orhan Osmanoglu a publié, le 19 août, une violente diatribe anti-américaine dans le quotidien Ogün Haber. Accusant les États-Unis de manipuler l’opinion depuis les attentats du World Trade Center perpétrés en septembre 2001 pour imposer un « nouvel ordre mondial islamophobe ».

« [Oussama] Ben Laden n'a rien à voir avec l’attentat qui a détruit les tours jumelles. Et il n'en a jamais été capable. On sait que les USA et la CIA l'ont aidé contre les Russes. Malgré cela, les États-Unis n'ont pas apprécié qu’il forme avec les Talibans un gouvernement. Puis, curieusement, on a eu cet incident [contre le World Trade Center] et ils ont décidé de lui faire payer cette facture. Ben Laden n'était qu'une marionnette entraînée par les États-Unis, qui a été ensuite exécutée lorsqu’il a terminé son travail ». La charge est violente et flirte avec les théories du complot. Chantre du panturquisme, une idéologie qui a pénétré le gouvernement turc, le prince Orhan Osmanoglu n’a pas hésité à affirmer publiquement que Washington avait organisé la destruction des deux tours avec l’aide de son allié saoudien afin de cacher des activités illégales : « L'Afghanistan est l'arrière-cour des États-Unis où les millions de dollars de la CIA ont été introduits clandestinement dans le pays à partir du trafic de la marijuana et de la contrebande. Les États-Unis ne veulent pas perdre cela », poursuit avec assurance le Sehzade qui fustige le « vrai-faux » retrait américain de ce pays où bien des empires se sont cassés les dents. Un prince qui rappelle que les Américains sont toujours en Syrie, un pays-frère, en dépit de leur annonce de se retirer. [...]

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Mali : guerre d’influence franco-russe sur fond de coups d’État

Vendredi 21 août 2020, à peine 72 heures après le coup d’État militaire, les principaux responsables de la junte dirigée par Assimi Goïta (photo) reçoivent Igor Gromyko, ambassadeur de Russie au Mali. Premier diplomate à être consulté, il s’est contenté, à sa sortie d’audience, d’un sobre « nous avons parlé de sécurité ». Plusieurs sources concordantes au sein de l’armée malienne évoquent « un entretien détendu et très prolifique ». Plusieurs militaires putschistes ont fait des études à Moscou, et tandis que les très francophiles Bah N’Daw et Moctar Ouane, Président de la transition et Premier ministre, ont été déchus après neuf mois de pouvoir, le nouveau maître du Mali, Assimi Goïta, semble plus enclin à se tourner vers la Russie. Paris a depuis poussé la Communauté économique des États d’Afrique de l’ouest (Cedeao) et l’Union africaine (UA) à prendre des sanctions et a décidé de mettre fin à sa coopération militaire tandis qu’entraînée par le sentiment anti-français, l’opinion semble désormais favorable à la Russie.

La méthode Assimi

« Le plus grand problème de la France est d’avoir perdu toute crédibilité en faisant de l’ingérence un instrument de contrôle », dénonce Nour Deen Alohou. Patron d’une agence de com à Niamey, le journaliste s’en prend violemment à l’opération Barkhane qui mobilise 5 000 hommes et qui avait empêché en 2014 les groupes islamistes d’entrer dans Bamako. La force G5 Sahel, mise en place en 2014, était censée « prendre sans délai la relève des opérations » selon Jean-Yves Le Drian. En 2021, alors qu’une partie des forces françaises s’apprête à plier bagage, les perspectives ne sont pas encourageantes pour la force G5S, dans un contexte très dégradé.

Depuis le retour au pouvoir en 2012 de Vladimir Poutine, l’Afrique est redevenue le terrain de chasse de la Russie, comme au temps de la guerre froide

Le décès inattendu, le 20 avril, du dirigeant tchadien Idriss Déby, principal allié de Paris, et la succession de coups d’État au Mali a poussé la France à tenter d’impliquer plus largement d’autres pays africains notamment le Togo, pays le plus représenté au sein de la MINUSMA, chargée par l’Organisation des Nations unies (Onu) du maintien de la paix au Mali. Emmanuel Macron a reçu par deux fois le président togolais Faure Gnassingbé. Objectif : « préparer avec le Togo la relève », dans la perspective du « départ des forces françaises », avance une source du Quai d’Orsay. Mais la résurgence du sentiment anti-français, de Lomé à Ouagadougou, de Conakry à Niamey, d’Abidjan à Bamako rend intenables les positions de Macron dont la politique africaine souffre d’absence de clarté. [...]

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Tropismes idéologiques de la BBC : entretien avec Robin Aitken

Le titre de votre livre évoque le « noble mensonge » de la BBC. Pourquoi ?

La BBC se donne pour mission de nous orienter dans la bonne direction. Pour ce faire, elle est toute disposée à tordre la vérité. C’est le principe du noble mensonge développé par Platon dans La République. Les gens à la BBC pensent qu’ils sont des gens bien. Et les mensonges qu’ils colportent, ils les colportent avec les meilleures intentions. Exemple : l’élection de Donald Trump en 2016 requérait analyses et informations. Mais la BBC s’est attachée à présenter Trump comme l’incarnation du diable parce qu’ils pensaient qu’il était raciste, misogyne, etc. Ils l’ont fait pour notre bien. La BBC diffuse une vision du monde résolument à gauche, pro-féministe, pro-Black Lives Matter, pro-avortement, anti-contrôle de l’immigration : elle coche toutes les cases. Elle est convaincue d’être un organe d’information neutre ; elle ne l’est pas. J’y ai travaillé 25 ans, j’ai pu voir les choses de près.

Quel est le rôle des médias dans l’édification de la « bonne pensée » ?

Il est crucial. La BBC aura 100 ans l’an prochain. Il n’est pas exagéré de penser que le Royaume-Uni contemporain a été modelé par la BBC qui est un peu comme un potier avec son tour, les Britanniques étant l’argile. La BBC a forgé l’opinion publique.

Lire aussi : GB News : au Royaume-Uni, l’écran plat prend du relief

Quelles sont les principales étapes de la politisation de la BBC ?

Quand Margaret Thatcher est élue en 1979, la BBC la combat. Dans les années 80 et 90, le parti travailliste a peu d’influence. La BBC va remplir ce vide et devenir quasiment l’opposition officielle. En 1997, Tony Blair devient premier ministre. Pour la BBC, il est l’homme parfait. C’est une lune de miel. Blair a eu les faveurs de la BBC jusqu’à la guerre d’Irak. La BBC s’est alors retournée contre lui et son déclin a commencé. Quatre ans plus tard, il quittait Downing Street. Aucun homme politique n’a intérêt à se confronter à la BBC. C’est un jeu dangereux. [...]

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GB News : au Royaume-Uni, l’écran plat prend du relief

Jusque-là, il y avait quatre chaînes d'information en Grande-Bretagne : ITV (au centre gauche), BBC News (à gauche), Sky News (à gauche de la BBC), Channel 4 (à gauche de Sky News). Par-delà le zapping, on chantait grosso modo la même chanson. Comme chez nous, une forme de léthargie s'était installée. Une vision du monde guidée par un discours idéologique d'ordre pavlovien commençait à s'enkyster dans les esprits, de part et d'autre de l'écran. 

Dimanche 13 juin, à 20 heures, c’était le lancement très attendu de GB News. Audience : 262 000 téléspectateurs contre 100 000 pour la « Beeb », 46 000 pour Sky. Et ce malgré des bavures techniques, couacs de lumière et de son. Neil Oliver, l'une des stars de la chaîne, au moment de se présenter, n'avait simplement pas de son. « Je suis déjà cancel ! » plaisanta-t-il quand son micro reprit du service dix minutes plus tard. 

Cet Écossais à l'accent relevé est un écrivain et documentariste passionné d'histoire et d'archéologie. Il anime une émission le samedi soir. Celui que ses fans surnomment le Roi d'Écosse veut explorer la complexe question de l'identité britannique. « Je me sens écossais et britannique. Ce qui était naturel pour moi est devenu une posture politique depuis le référendum sur l'indépendance de l'Écosse. La Grande-Bretagne repose-t-elle encore sur un imaginaire collectif ? Des aspirations communes ? Ou n'est-ce qu'un espace géographique ? J'ai été attiré par la promesse de GB News de faire entendre d'autres voix. C'est un bol d'air frais ». 

Lire aussi : Zewditu Hailu Gebreyohanes : afroconservatrice

La nouvelle chaîne va-t-elle apaiser ou enflammer le débat politique ? « L'oxygène attise le feu, n'est-ce pas ? Nous allons susciter un peu d'agitation. Honnêtement, je n'attends que ça. Il faut que la conversation reprenne. Laissons se frotter les unes aux autres les idées les plus arrêtées, cela arrondira les angles. C'est ainsi que se constituent les plages de galets soyeux qui forment nos beaux paysages, dit Neil Oliver. Les médias traditionnels – des vestiges médiatiques, selon moi – ne sont plus en prise avec le pays, ils font la sourde oreille sur des sujets qui passionnent des millions de citoyens ». [...]

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Pologne : le palais de Saxe comme symbole de renouveau

C’était l’un des emblèmes majeurs de Varsovie avant qu’il ne soit rasé par les nazis en novembre 1944, peu de temps avant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le 7 juillet, le président Andrzej Duda a présenté un plan de reconstruction du palais de Saxe avec le soutien du Premier ministre, qui a appelé les partis politiques représentés au Sejm à faire bloc derrière ce projet de loi aux accents nationalistes.

C’est au roi Auguste II de Saxe que l’on doit la construction de ce palais achevée en 1724, après une décennie de travaux. Propriété de cette dynastie allemande qui a dirigé la Pologne par intermittence entre 1697 et 1815, il a ensuite été loué comme bureau d’administration ou transformé en appartements. Le musicien Frédéric Chopin y a même résidé une partie de sa jeunesse avec sa famille. Dévasté durant le soulèvement anti-russe de novembre 1830, il est reconstruit, et abritera la tombe du soldat inconnu un siècle plus tard. L’insurrection du ghetto de Varsovie et la folie d’Adolf Hitler ont finalement eu raison de ce symbole historique où trois mathématiciens polonais avaient réussi à déchiffrer le fameux code secret allemand « Enigma ».

Lire aussi : Remaniement ministériel en Espagne : l’ambassadeur à Paris devient MAE

Élu à la tête de son pays depuis 2015, le président Andrzej Duda est un nationaliste convaincu. Avec ce projet de loi, présenté à la présidente du parlement El?bieta Witek, il entend faire du palais de Saxe une vitrine de la réussite polonaise et le nouveau siège des institutions de la République. Il souhaite par ailleurs faire reconstruire le palais Brühl, également détruit pendant la guerre, et les immeubles d'habitation le long de la rue Królewska à Varsovie. L’idée de reconstruire le palais n’est cependant pas nouvelle. Au début des années 2000, le défunt président Lech Kaczy?ski (alors maire de Varsovie) avait déjà lancé un projet identique mais des découvertes archéologiques avaient contraint la société mandatée à stopper les travaux, avant qu’ils ne soient abandonnés à cause de leur coût pharaonique. Avec le centenaire de l’indépendance en 2018, l’idée a refait surface et a rapidement été approuvée. [...]

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Remaniement ministériel en Espagne : l’ambassadeur à Paris devient MAE

Cela faisait plusieurs semaines, pour ne pas dire plusieurs mois, que la rumeur courait outre-Pyrénées. Toutefois, c’est seulement ce samedi 10 juillet que le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez (PSOE), l’a officiellement annoncé : un large remaniement ministériel a eu lieu à Madrid. L’objectif affiché du chef de l’exécutif social-démocrate est clair : donner un nouveau souffle à la présente législature. Elle a effectivement dû affronter en un peu moins d’un an et demi la pandémie de coronavirus (avec des résultats peu concluants), une nouvelle crise économique, plusieurs élections régionales et des scandales à répétition.

La valse des portefeuilles ne devait pas toucher les ministres issus d’Unidas Podemos (coalition de gauche « radicale » qui gouverne aux côtés des socialistes), en vertu du pacte passé entre les deux forces en janvier 2020. Cet accord aura été respecté puisque seuls des ministres socialistes ont été contraints de quitter leurs fonctions ou de changer de ministère.

De fait, le remaniement est considérable car plusieurs poids lourds du PSOE ont perdu leur maroquin, souvent à la suite de graves désaccords internes.

Lire aussi : Espagne : Le rêve européen se dissipe

C’est le cas de la première vice-présidente du gouvernement, en charge de la Présidence, des Relations avec le Parlement et de la Mémoire démocratique, Carmen Calvo, qui aura payé cher son rejet de la « Loi Trans » portée par la ministre de l’Égalité, Irene Montero (compagne de Pablo Iglesias). Calvo perd sa vice-présidence au profit de la ministre en charge des Affaires économiques et de la Transformation numérique, Nadia Calviño. Cette ancienne fonctionnaire communautaire sera amenée à jouer un rôle fondamental dans la réception et la répartition des fonds que l’Union européenne doit distribuer à ses États-membres afin d’en favoriser la relance. Quant à Félix Bolaños, homme de confiance de Pedro Sánchez et négociateur de l’alliance entre socialistes et gauche « radicale », il hérite des autres portefeuilles de Carmen Calvo. [...]

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Éditorial monde de l’été : Yes, we quant !

Le « président quantique » de l’Arménie, Armen Sarkissian, dont les théories ont été mises à l’honneur dans le livre de Klaus Schwab, The Great Reset, le clame haut et fort : « Nous avons besoin d’une politique quantique. La pandémie accélère la transformation du monde classique du XXe siècle en un monde quantique où les changements sont plus rapides, imprévisibles et aléatoires. La particule individuelle – ou, dans ce cas, la personne – est incroyablement puissante désormais à travers le World Wide Web ». Après l’informatique et les communications, c’est donc au tour de la politique de devenir quantique. 

Le vieux monde de la physique newtonienne est devenu ringard, linéaire, prévisible et complètement dépassé par le monde d’après, quantique, interconnecté, incroyablement complexe, en bref : sexy. On imagine déjà des armées de jeunes communicants aux barbes finement taillées et aux lunettes à grosse monture de bois programmant la gouvernance quantique de demain sur leur Mac pour le compte de leaders modernes et dans le coup, décidés à abandonner le vieux modèle top-down au profit d’un management distribué, disruptif et non-linéaire. Pardon…

L’Europe se meurt, qu’advienne l’Europe des nations !

Le 2 juillet, à la veille de son congrès de Perpignan, le Rassemblement national de Marine Le Pen a signé une « déclaration commune » sur l’Europe en compagnie d’une quinzaine d’autres partis politiques représentatifs des droites européennes. Parmi les autres signataires, on trouve la plupart des membres des deux groupes parlementaires souverainistes du Parlement européen : Identité et Démocratie (ID), d’une part, et Europe des Conservateurs et des Réformistes (ECR), d’autre part. Du côté ID, groupe auquel appartient le RN, on trouve principalement la Lega italienne de Mateo Salvini, le Vlaams Belang belge et le FPO autrichien. Du côté ECR, on trouve le PIS polonais, le Fidesz hongrois de Viktor Orban, les Espagnols de Vox et le parti Fratelli d’Italia de Giogia Meloni.

Absent de marque, l’AfD allemande n’a pas signé le document. Cette formation est en effet traversée de courants d’opinions divergentes vis-à-vis du maintien ou de la sortie (Dexit) de l’Allemagne de l’Union européenne. L’AfD a, pour l’instant, surtout en ligne de mire les élections législatives allemandes du 26 septembre. Après cette date l’hostilité au principe même de l’UE, adoptée à une courte majorité par les instances du parti, pourrait être reconsidérée et la déclaration commune ratifiée par l’AfD.

Il apparaît nécessaire aux signataires de réaffirmer que la famille, et non l’individu, est « l’unité de base de nos nations »

Examinons le contenu de cette déclaration. Elle condamne tout d’abord la dérive fédéraliste de l’Union européenne, c’est-à-dire la dépossession des souverainetés nationales par une entité supranationale. Un débat naissant fait s’interroger certains sur la reconnaissance d’un « lien atlantique » entre les nations européennes et les États-Unis. Rappelons que si le général de Gaulle fit sortir la France du commandement intégré de l’OTAN et que Nicolas Sarkozy l’y fit revenir, notre pays n’a jamais quitté le Traité de l’Atlantique nord. Pour certains pays comme les États baltes, la Pologne ou la Roumanie, ce rappel est indispensable car la Russie fait chez eux figure de répulsif historique très répandu au sein de leurs opinions publiques. [...]

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