
Ensauvagement et décivilisation
Jérôme Fourquet : Pour comprendre un ensemble de phénomènes contemporains, il est important de revenir au concept d’« érosion du processus de civilisation » en repartant des travaux de Norbert Elias. Ce grand sociologue et historien avait montré comment, progressivement à partir de la sortie du Moyen Âge, par toute une série de mécanismes acquis dès le plus jeune âge de manière inconsciente, les individus s’étaient policés, civilisés, domestiqués autour des bonnes manières, de la politesse, du maintien à table, des règles élémentaires d’hygiène. Elias montre comment on a appris collectivement à canaliser les affects, à gérer la frustration et surtout à respecter ou à se conformer à des formes d’autorité plus ou moins consentie. Ainsi le recours à la violence, sans disparaître, était relégué aux marges et était assez proscrit.
Lire aussi : D’un contresens majeur sur l’assimilation
En repartant de ces travaux et en observant ce qui se passe dans différents compartiments de la société française, on peut avoir le sentiment que ces ressorts éliassiens sont beaucoup moins opérants aujourd’hui qu’ils ne l’étaient hier.…








