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Utilisation abusive d’internet : trois symptômes

Hyperactivité

Ça ne vous aura pas échappé, si vous prenez les transports en commun régulièrement : les usagers se sont transformés en périphériques. À peine humains, tous ont des dégaines d’autistes, répétant les mêmes mouvements spasmodiques. Tous vissés à leurs téléphones portables, nuques cassées sur l’oblongue d’un écran de smartphone, ils scrollent sans broncher, le regard hâve. Temps de concentration : pas plus de 10 secondes par « contenu audiovisuel ». Nature du contenu : des vidéos ou des photomontages vaguement animés, qui vont du lolcat à la micro-recette de cuisine, en passant par l’extrait de défilé de mode. Des contenus souvent communautaires, aussitôt digérés, aussitôt oubliés mais qui ne sont pas sans laisser de traces. En fait, ces contenus qui sont consultés par milliards chaque jour ne sont à peu près que ça : des traces. Les traces de frein de la culture globalisée, du mondialisme digital qui s’écoule sans discontinuer à travers les robinets de nos écrans, puis dans nos canaux optiques. Jusqu’à leur floraison en véroniques inertes dans les pavillons de notre cerveau. Qu’il s’agisse d’Instagram, de Facebook ou de TikTok (fonction de votre âge), ces plateformes sont désormais conçues pour occuper votre temps libre. Pour vous priver de toute oisiveté, de toute flânerie. Pour vous ôter toute envie d’observer un peu votre jolie voisine de droite, ou de prendre quelques notes mentales sur les mœurs des allogènes qui viennent de débarquer dans votre rame. Non, notre écran s’impose désormais comme la seule fenêtre possible ouverte sur le réel, sur un réel pré-digéré, pré-somatisé, pré-entretenu à l’aide d’algorithmes qui perfectionnent jour après jour votre empreinte dans la glaise du digital. Votre mur d’actualité devient peu à peu votre « persona », un persona qui n’a malheureusement aucune contradiction dans le grand néant mou du métavers. Résultat : vous êtes devenus hyperactif, hyper-insatisfait, et incapable de vous concentrer plus de 30 secondes. Premier symptôme.

Le web n'est pas un tissu social, il est encore moins comparable à ce que nous appelions candidement les « autoroutes de l'information »

Lettre à Jacques de Guillebon sur le bien commun en temps de crise sanitaire

Cher Jacques de Guillebon,

Dans votre dernier éditorial sur la chaîne télévisée RT France, à propos de la gestion de la crise sanitaire, vous utilisez la noble notion de « bien commun » pour justifier la vaccination de masse. C’est un « moindre mal », dites-vous encore. Ne pas nuire, en effet, est une attitude nécessaire à la vie en commun, à l’équilibre d’une société. Votre propos justifie l’action du gouvernement avec l’apparence de la rationalité, du raisonnable : il s’agit de ne pas « faire du mal à des plus faibles, à des plus âgés ». Et puis, dites-vous encore, « on va se retrouver avec une obligation vaccinale un jour si les gens ne vont pas se faire vacciner. » Les personnes non-vaccinées forceraient donc le gouvernement (le pauvre) à rendre le vaccin obligatoire, en persistant dans leur obstination, laquelle, pour le coup, ne serait ni rationnelle, ni raisonnable, et ne respecterait pas le bien commun.…

La compromission est entrée à l’Académie

On s’est récemment félicité de l’élection de l’écrivain d’origine péruvienne Mario Vargas Llosa, lauréat du prix Nobel en 2010, au dix-huitième siège de l’Académie française. Au vu de son élection dite de maréchal par un vote quasi-unanime, il semble bien que soit passé inaperçu, parmi les sages, le fait que le candidat n’ait jamais écrit en français.

Les sièges se comblent difficilement compte tenu du faible taux de grands écrivains, dit-on. Quelle merveilleuse occasion pour adopter une politique de « diversification », comme on les connaît en Union européenne ! Ces derniers jours, on parlait donc dans les médias de littérature mondiale, de cosmopolitisme, d’un esprit d’ouverture ou encore d’une ouverture internationale, pour renchérir. Pour une institution qui avait longtemps dédaigné Corneille et carrément barré la route à Molière pour cause de chichis ridicules, on aurait pensé les quarante immortels plus exigeants, conformément à la tradition et à l’histoire de la maison.

Il n’a jamais rendu l’hommage suprême à notre langue, qu’il se vante d’adorer, en y trempant sa plume comme l’ont fait d’autres académiciens nés à l’étranger

Il est vrai : l’œuvre magistrale de Vargas Llosa est nourrie d’une tradition française et est éprise de nos idées de liberté, d’humanisme et d’universalisme. L’écrivain a longtemps vécu à Paris, s’y est réfugié et y a appris la langue française. Ses opinions politiques marquées à droite n’étaient pas, non plus, pour déplaire au conservatisme de l’Académie et on peut également dire qu’il a contribué à la diffusion d’une certaine philosophie française. Toutefois – et c’est l’essentiel –, il n’a jamais contribué au génie des lettres françaises. Il n’a jamais rendu l’hommage suprême à notre langue, qu’il se vante d’adorer, en y trempant sa plume comme l’ont fait d’autres académiciens nés à l’étranger : citons les exemples actuels d’Andreï Makine, François Cheng, Maurizio Serra et Michael Edwards qui se sont donné cette peine et qui se sont chargés de cet honneur. [...]

Affaire Sciences Po Grenoble : « Le laisser-faire va mener à davantage de violences »

Jeudi 25 novembre, seize des dix-sept élèves ayant accusé à tort deux professeurs de Sciences Po Grenoble d’islamophobie ont été relaxés par la section disciplinaire de l’université Clermont-Auvergne. Que vous inspire cette décision ?

Nous ne sommes tellement pas surpris par ce verdict, mais nous le condamnons. Quand bien même madame Vidal avait expliqué que les étudiants ayant mis en danger les professeurs seraient punis, cette décision était attendue puisque cela fait des années que l’université française fait face à ce genre de situations sans réaction aucune. Dans le cas d’espèce, la punition est très insuffisante : seize des étudiants sont relaxés, et le dernier n’a qu’une exclusion avec sursis, dont la motivation est extérieure à cette affaire. En réalité, aucune sanction n’a été prise pour les collages et la diffusion de l’identité des professeurs sur les réseaux sociaux. Sans aller jusqu’à parler de complaisance, elle montre le laxisme dans les universités.

On voit bien qu’être de droite à Sciences Po Grenoble et affirmer ses positions politiques est assez risqué

Les élèves avaient notamment affiché le nom des professeurs à l’entrée de Sciences Po en les qualifiant de « fascistes » pour avoir osé critiquer l’islam, à rebours de l’idéologie dominante à l’IEP. Quelle aurait dû être la réaction de l’administration ?

La seule action de l’administration à la suite de cette affaire s’est faite au travers de plusieurs communiqués, qui n’étaient malheureusement pas assez clairs. De fait, ils ne prenaient pas particulièrement la défense des professeurs. Je déplore aussi la manière dont cela a été fait : un simple mail envoyé aux étudiants n’est de loin pas suffisant à mon avis. Il aurait dû y avoir des sanctions au sein de l’IEP, au niveau de la section disciplinaire de l’université Clermont-Auvergne, et peut-être même au niveau pénal. Quelques mois après la décapitation de Samuel Paty, assassiné en pleine rue pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet, ce genre d’actes de la part des élèves, puis le laxisme universitaire, peut impliquer directement une mise en danger des professeurs. Ce laisser-faire va pousser les auteurs de ces faits à recommencer. [….]

Balade en train fantôme dans le monde d’avant

Chenille, tagada, train fantôme, churros et barbes à papa : les indémodables des fêtes foraines, où se retrouvent petits et grands pour se délester de quelques dizaines d’euros, ont la vie dure. Allez-y, vous serez saisis par l’étonnante sensation de plonger dans le monde d’avant. Comme si le train fantôme, ses animations en carton fluo et la mine patibulaire du Manouche qui prend les tickets des enfants apeurés vous conduisaient en un ailleurs dans lequel la France a encore quelques airs sixties, quelques loubards en blousons de cuir prêts à se battre pour les beaux yeux d’une Marylou, et même quelques enfants d’une dizaine d’années s’amusant en bande sans être scotchés à leurs parents. […]

Dans ce petit univers clos, les enfants s’ébrouent en empruntant des attractions dangereuses pour leurs petits os de verre qui ont manqué de viande rouge et de produits laitiers

Bêtise et hybris, les deux mamelles du complotisme

C’est un Allemand, Vogel, qui forgea au XVIIIe siècle, le concept clinique de « paranoïa » à partir d’un mot grec qui désignait pour les Anciens un « trouble de la raison, une folie ». C’est sans doute d’abord cette maladie de la raison que l’on vise aujourd’hui par nos -ismes barbares. Ce trouble qui frappe un jour un homme et lui fait accroire que les Jésuites chuchotent à l’oreille des puissants, que les chrétiens ont brûlé Rome, que les francs-maçons, non contents d’être des imbéciles, mangeraient en sus des enfants ; que les juifs seraient douze dans une cave à Moscou et y domineraient le monde ; ou bien que le centre de la terre abriterait des reptiles humanoïdes, surdéveloppés, protéiformes et reconnaissables dans leur infamie au fait qu’ils se lèchent les babines comme des geckos.

L’historien, qui connaît à la fois les conjurations et les folies, les coups d’État et la puissance auto-réalisatrice des passions tristes, n’a jamais eu le courage morbide de s’atteler à la liste de tous les délirants et de tous les corpus qui ont sévi à travers l’histoire. Peu importe, Dostoïevski l’a fait mieux qu’eux dans tous ses romans. Ce grand moraliste l’a dit : c’est toujours à la théologie morale, mère de toutes les sciences, qu’il faut en revenir si l’on veut comprendre quoi que ce soit. [...]

Le complotisme se fonde sur une philosophie morale faussée à la fois dans ses prémisses, dans sa cosmogonie et dans sa méthodologie et se réfugie bientôt dans un orgueil satanique qui lui donne raison contre tout le monde

Chloé des Lysses : « La mort m’est promise par les intégristes musulmans et la communauté LGBT »

Vous avez reçu une convocation d’un brigadier du commissariat de la Goutte d’or en septembre 2021 dont le motif est « injure à la religion ».

Oui, c’est dire les priorités de la justice. En juillet 2020, avec mon fils et son père, je suis partie en vacances à La Baule dans un appartement d’une résidence de vacances avec une piscine. Je voulais offrir quelques jours de détente à mon enfant, qui venait de subir un confinement déprimant. Quand je suis allée dans la piscine privée – j’insiste sur le mot « privée » – j’ai vu un homme en maillot qui surveillait sa fille d’environ quinze ans et son épouse, les deux vêtues de pied en cap d’un burkini. Un vigile présent sur place venait d’expulser un jeune homme en maillot de bain ample, non-moulant donc, mais laissait ces femmes s’ébrouer dans les bassins. Considérant cela comme une provocation, j’ai exigé qu’on les fasse sortir.

Le porte-parole de Stop Homophobie, une fausse victime, sachant pertinemment que ses menaces de coups et blessures le décrédibiliseraient, pratique surtout le harcèlement


Un règlement interdisant le burkini était-il affiché ?

Le seul règlement affiché était le règlement Covid, le règlement habituel étant resté dans la remise. J’ai donc fait appeler la direction pour que les choses soient clarifiées. Après les avoir haranguées, d’autres femmes au bord de la piscine sont venues me rejoindre, des femmes quinquagénaires qui ont connu la vie d’avant : les seins nus à la plage, l’ambiance bon enfant, la vie à l’occidentale que j’ai eu le privilège de connaître adolescente. Je voyais dans leur regard de la réprobation, mais il a fallu les motiver car les gens sont désormais effrayés. Ils savent qu’ils risquent un procès a minima, ou au pire un coup de couteau, s’ils se rebellent contre l’islamisation de la France. Une femme se disant avocate s’est alors levée pour prendre la défense de cette famille musulmane. À vrai dire, j’ai trouvé ce hasard assez étonnant.


Vous pensez que tout était organisé ?

Avec le recul, je me dis qu’en effet, il s’agit peut-être d’agit-prop. C’est tellement téléphoné. Le burkini dans la piscine privée et l’avocate qui intervient immédiatement ? L’année précédente, j’avais déjà vu ces tenues obscurantistes mais seulement à la plage, d’où notre choix d’une résidence privée. Depuis, j’ai appris que cette baveuse voulait aussi m’intenter un procès et avait déposé plainte contre moi.

https://twitter.com/PatriciaBuffon/status/1285716458505478145?s=20
Wokes et conspis, mains dans la main

On admire depuis longtemps l’expertise de Pierre-André Taguieff en matière de tératologie, comment il scrute à longueur d’ouvrage l’abîme qui engloutit la raison humaine ; aussi on lui sait gré d’avoir signalé les liens qui unissent wokisme et complotisme, ces deux déraisons qui se partagent l’espace politique, certes de façon encore minoritaire, mais, les marges ayant vocation à définir l’ensemble du tableau qu’elles circonscrivent, qui infusent tranquillement et vicieusement une vision du monde moins étrécie que celles des fanatiques du complot ou de la théorie du genre. Ainsi, pour qui tend l’oreille, le wokisme ne se résume plus à une théorie pure mais commence, malgré une forte réprobation, à s’impatroniser dans nos vies tandis qu’à droite – mais pas seulement – il est de bon ton de flatter l’engeance conspirationniste sous prétexte de feindre une interrogation légitime – à quoi on reconnait le conspi qui s’exprime toujours de la sorte, actant et arguant parfois de la disqualification du terme pour le reprendre à son compte et développer des théories plus ou moins conspirationnistes: « Je ne suis pas complotiste, mais… ».

S’ils sont situés à des endroits différents et que leurs manifestations ne s’équivalent pas, le wokisme infectant les sphères intellectuelles d’abord tandis que le complotisme déferle sur des milieux populaires exposés à des informations dont la cohérence immédiate peut s’avérer insaisissable pour qui ne s’y consacre pas, le wokisme entendant transformer le peuple, tandis que les complotistes s’acharnent à agonir des élites qu’ils ont décrétées absolument étrangères à eux, lors qu’elles leur ressemblent étrangement quand on y regarde de plus près; tous deux feignent d’être des raisonnements, des remises en question fondées et légitimes. Ils ne s’envisagent pas comme instinctifs ou pulsionnels, mais au contraire scientifiques dans le cas du wokisme, et cartésiens chez les conspi. Les premiers avancent à grand renfort d’études sociologiques, de littérature emmagasinée, en ignorant le caractère auto-référentiel de celles-ci, les seconds prétendent remettre en cause les dogmes officiels et pour cela utiliser un doute iconoclaste, alors qu’ils sombrent en réalité dans le doute hyperbolique dénoncé justement par Descartes et qu’ils refusent obstinément toute méthode susceptible d’asseoir une connaissance qui ne soit pas seulement le masque de leurs émotions plus ou moins confuses et trompeuses, comme Descartes le savait. [...]

Tous feignent d'être des raisonnements, des remises en question fondées et légitimes

L’Incorrect

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