Skip to content
Laurent-David Samama : « Ce qui n’était que du football se transforme en question politique »

À la lecture de votre essai se fait jour une forme de dépit amoureux tant vous décrivez un sport différent de celui qui était joué durant notre enfance.

Ça y ressemble de plus en plus. Mais impossible de rompre définitivement pour autant, la passion étant trop forte ! Dans ce livre, j’ai voulu raconter un glissement : montrer comment, au fil des décennies, le football est passé de jeu à sport, puis de sport à business, avant de devenir un divertissement planétaire. De cette évolution découle une course effrénée, une surenchère de muscles saillants, de buts invraisemblables, d’argent éclaboussant un milieu dans des proportions encore jamais atteintes. Jadis, Kopa, Platini, Tigana, Rocheteau, Touré, Papin et Cantona étaient entourés d’une certaine aura. Leur football était érotique et léger. Cette vision n’existe plus. S’y est substituée une conception pornographique du football où tout doit être forcément efficace, grandiose et divertissant. Comme si l’on pouvait promettre une jouissance constante et répétée.

Vous êtes aussi l’auteur d’un très français Éloge de la Défaite. Cela vous déplaît-il que le football soit désormais le sport par excellence des winners de la mondialisation ?

On affuble le foot d’une dimension victorieuse obligatoire, comme si la défaite, jadis envisagée comme une possibilité, était devenue une honte absolue. Cela dépasse d’ailleurs largement le cadre du football et du sport. Le rejet absolu de l’échec se mesure partout: dans l’espace de nos vies amoureuses, au travail, dans notre obsession de l’efficacité et du résultat. Si bien qu’une nouvelle société se dessine : celle des winners absolus d’une part, celle de ceux qui perdent de l’autre. Et l’on comprend alors à quel point ce qui n’était que du football au départ se transforme en question politique. [...]

Le sport de haut niveau est devenu tellement exigeant physiquement qu'il ne peut plus être pratiqué que par des athlètes hyper-malléables

Arcade : rendre l’éternité au patrimoine délaissé

Quel déclic vous a poussé à monter cette association ?

Amaury Gomart?: C’était l’envie de créer un projet qui ait du sens. Amis de longue date, on en avait marre de refaire le monde autour d’une bonne bière. On voulait du concret et le patrimoine nous est venu à l’esprit. En voyant les églises de village fermées ou des propriétaires en galère, on a eu envie d’aider. Avec le virus, il fallait que cette démarche de rénovation du patrimoine s’accompagne d’un lien social. Nos amis nous ont accompagnés dans la rénovation d’une abbaye pendant l’été 2019. Cette expérience, sensationnelle, nous a poussés à créer Arcade trois mois plus tard.

Combien de jeunes travaillent pour Arcade ?

Augustin Latron?: Cette année, on compte vingt-et-un membres dans l’équipe, alors qu’au début nous n’étions que quatre ! Le profil est varié : des étudiants, des jeunes professionnels. Beaucoup travaillent ou étudient dans le secteur du patrimoine et de l’architecture. En tous les cas, ils sont tous des passionnés.

Vous avez évoqué l’importance du sens, du concret et de la transmission. Quelles sont les autres finalités de votre association ?

AG?: Au-delà de la rénovation du patrimoine, aller à la rencontre des Français qu’ils soient propriétaires ou habitants de la région. Le patrimoine est une porte d’entrée pour créer du lien.

AL?: Au début c’était juste de la restauration matérielle, la dimension humaine est venue par la suite. Il y a une forte volonté de pousser les jeunes, quel que soit leur milieu social, à rencontrer le patrimoine et les propriétaires. Les chantiers permettent un brassage de jeunes venant de tous horizons. Contre les divisions actuelles, il faut retrouver une unité. Cette association est aussi une forme d’engagement politique, sans pour autant que ce soit explicite, car elle permet aux jeunes de mieux connaître leur histoire à travers la pierre et de s’approprier leur patrimoine. […]

Le jeune a besoin de vivre quelque chose de charnel, surtout après le virus. Avoir une pelle à la main peut vraiment rendre heureux !

Sélectron : les sorties polémiques de Yassine Belattar

5 – « Si j’étais Jean-Michel Blanquer, j’éviterais de mettre les pieds dans le 93. » (RFI, 22 octobre 2019)

Lors de la polémique sur le port du voile pour les accompagnatrices scolaires, Jean-Michel Blanquer a condamné l’invective de Julien Odoul au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté, tout en précisant ne pas vouloir « encourager le phénomène ». Cet euphémisme très « en même temps » n’était pas du goût de Bellatar, qui s’est empressé de prodiguer au ministre ses précieux conseils en l’invitant à ne pas se rendre dans une partie du territoire qu’il gouverne sous peine de représailles. En français, on appelle ça une zone de non-France. [...]

Pierre Valentin : le wokisme est une haine du monde

Dans quelle mesure le wokisme est-il assimilable à une démarche complotiste ?

Chez Michel Foucault, la notion de « savoir-pouvoir » est déterminante pour répondre à cette question. Dans Surveiller et punir, il écrit : « Il faut plutôt admettre que le pouvoir produit du savoir (et pas simplement en le favorisant parce qu’il le sert ou en l’appliquant parce qu’il est utile) ; que pouvoir et savoir s’impliquent directement l’un l’autre ; qu’il n’y a pas de relation de pouvoir sans constitution corrélative d’un champ de savoir, ni de savoir qui ne suppose et ne constitue en même temps des relations de pouvoir ». Face à la production d’une connaissance, d’un savoir, les questions qui se posent deviennent donc : d’où vient ce savoir et à qui profite-t-il ? À qui profite le crime ? Selon ce point de vue, le savoir déployé au nom des améliorations de la connaissance ne serait en fait qu’une expression du pouvoir. Le savoir objectif n’existe pas – ou du moins nous n’avons pas la possibilité d’y accéder, ce qui en pratique revient au même – et en conséquence on tombe fatalement dans le « ce qu’ILS ne veulent pas que vous sachiez ».

Aidé par son interprétation de l’école de Francfort, de Bourdieu, ou de Foucault, le wokisme ne cesse de parler de « structures de pouvoir », de « hiérarchies de domination », ou encore de problèmes « systémiques ». Pierre-André Taguieff souligne la déresponsabilisation que permet cette manière de penser car l’individu est poussé à externaliser ses échecs afin de les mettre sur le dos « du système » : « La responsabilité individuelle est évacuée : c’est “le système” qui dirige tout, les pensées, les sentiments et les actions des individus, simples marionnettes ». Notons également que ce complotisme, qui « systémise » tout, n’a donc pas forcément besoin de dégotter des conspirateurs. On peut en effet, avec le « racisme systémique », avoir un racisme sans racistes. Et comme tout complotisme, tout ce qui peut « affaiblir le système », l’abominable « statu quo », devient de fait à la fois légitime et urgent. [...]

Thierry Lentz : « Le désamour de Napoléon en France est une idée reçue »

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire cette biographie légère et accessible de l’Empereur en collaboration avec la dessinatrice Fanny Farieux ?

C’est d’abord la rencontre avec Fanny Farieux qui est à l’origine de ce projet. Fanny est une dessinatrice et une caricaturiste à qui la Fondation Napoléon avait commandé des dessins pour ses sites Internet et ses cartes de vœux. Le public a bien répondu et Arthur Chevallier, éditeur chez Passés/Composés nous a proposé d’en fait ce livre, pour lequel Fanny a réalisé un peu plus de cent dessins autour de mes textes parfois, et moi écrivant autour de ses dessins d’autres fois. Après mes livres « sérieux » du bicentenaire et un premier semestre très actif, nous avons ainsi voulu terminer cette année 2021 sur un sourire.

Votre ouvrage respecte scrupuleusement la chronologie ? Un choix délibéré ?

C’est l’idée de notre éditeur, qui voulait que l’ouvrage soit à la fois distrayant et, si possible, instructif. Le principe en a été, pour chaque étape de la vie de Napoléon, de réaliser une illustration de type « dessin de presse », alors que cet exercice n’existait pas à l’époque de Napoléon. Je ne sais pas si le mariage a réussi, mais Fanny et moi nous sommes bien amusés, en nous disant que cet état d’esprit toucherait peut-être aussi nos lecteurs.

Transsexualité : coût du cul et trou de la Sécu

Beaucoup de chiffres circulent à propos du coût du changement de sexe, avec des fourchettes allant de 7 000 à 50 000 euros. Il faut anticiper quatre grands postes de dépense. Le plus important concerne la chirurgie. Elle englobe les attributs sexuels proprement dits, mais également la poitrine et le visage. Les hommes devenus femmes ont aussi la possibilité d’amenuiser leur pomme d’Adam. Pour l’ensemble, les fourchettes varient de 7 000 à 18 000 euros, en fonction de la localisation : États-Unis, Europe ou Asie (essentiellement la Thaïlande). Le changement de sexe proprement dit demande deux à trois jours d’hospitalisation, plus trois à quatre semaines de repos médical, puis plusieurs mois de convalescence.

La France fut le premier pays au monde à dépsychiatriser le transsexualisme. Les trans applaudirent, avant de remarquer que, si leur dérangement n’était plus une maladie, comment se feraient-ils rembourser ?

Les opérations les plus onéreuses concernent la face. Les prix s’envolent jusqu’à 40 000 euros. Il n’y a pas de réelle limite. Après le bistouri, ne pas oublier la pilosité. Comptez 3 000 à 5 000 euros pour une épilation laser définitive qui ne conservera que les cheveux. Autant s’assurer que plus rien ne repousse. C’est le rôle des traitements hormonaux. Ils ne coûtent pas grand-chose. Sans remboursement, ils sont facturés au patient entre 20 et 40 euros par an, pendant cinq à dix ans, soit un total compris entre 1 200 et 4 800 euros. Ajoutez tout de même un rendez-vous chez un endocrinologue, soit 44 euros, remboursés 23 par la Sécu. Le suivi psychologique n’est pas remboursé du tout. L’un dans l’autre, il est difficile de dépenser moins de 20 000 euros pour la transition d’un adulte. Elles sont beaucoup plus chères pour les enfants car le nombre d’opérations, la complexité et la durée des traitements sont multipliés. Heureusement pour eux, les trans sont remboursés par les Assurances Maladies depuis les années 70. [...]

Sport à l’école : la France reléguée

Tout commence, comme souvent, par un tweet. Début août, au terme des Jeux olympiques, la France, malgré des performances globalement médiocres, établit une domination impitoyable sur les sports collectifs : argent en basket masculin, or en handball et volley masculins, or aussi en handball féminin. Du jamais vu. Jean-Michel Blanquer saisit la balle au bond, et se félicite sur Twitter : « Vive le sport collectif ! Vive l’EPS ! Le succès de nos équipes de France de BHV (Basket, Handball, Volley, NDLR) illustre la qualité de l’enseignement de ces sports à l’école. Saluons le travail des enseignants d’EPS et la bonne collaboration avec les fédérations. » L’exercice d’auto-satisfaction vire au désastre : les sportifs français reprennent le ministre de volée, dans une série de posts truculents. Basketteurs, handballeurs, nageurs, rugbymen, la liste des goguenards s’allonge rapidement. Parmi eux, le plus audible a été Evan Fournier, ailier de l’équipe de France de basket vice-championne olympique et star de la NBA. Le joueur a donné au mois d’août plusieurs interviews dénonçant le ridicule des propos du ministre, et rappelant l’impossibilité pour les maigres heures de sport scolaire de former des champions. Alors, la culture du sport à l’école en France est-elle lacunaire, ou constitue-t-elle au contraire un vecteur d’excellence ? [...]

Pour les Lumières françaises, l'homme trouve sa dignité exclusivement dans l'exercice de sa raison, ce qui rejette le corps dans l'oubli. Un oubli qui se poursuit tout au long du XIXe siècle

Reportage : mes nuits avec Nemesis
« Je ne sais pas s’il reste du monde ». La voix se rapproche dans le couloir. Si, Alice, il reste du monde dans les locaux de L’Incorrect, à vingt heures un vendredi 19 novembre 21. Il y a un journaliste au rythme de vie suspect, qui a des articles à finir. Très vite, il y a d’autres gens pour lui tenir compagnie. Derrière Alice Cordier, la cheftaine du Collectif Némésis, les féministes identitaires et casse-cous que l’on ne présente plus, entrent une poignée de gaillards. D’autres suivent au compte-goutte. Ils sont bientôt une petite vingtaine. À leur entrée, celui qui semble les diriger leur fait éteindre leur téléphone et le déposer dans un sac. La réunion est sérieuse. Autour de l’open space, les visages oscillent entre nervosité et timidité. La plupart de ces hommes ne se connaissent pas, ou de loin. Ils sont venus par groupes de trois ou quatre de toute la France pour protéger l’action que leurs amies de Némésis entreprendront demain lors de la manifestation féministe Nous Toutes. À l’arrivée du cortège, parti de République, à Nation, une cinquantaine d’entre elles, aussi issues de toute la France, sortiront de deux cafés et brandiront des pancartes dénonçant le rôle des étrangers, et plus précisément des immigrés afghans, dans les violences faites aux femmes, sujet sur lequel elles trouvent les féministes mainstream, comme elles disent, un poil frileuses. Lors des deux éditions précédentes, Nemesis a mené des actions similaires. À chaque fois, des filles ont été frappées par des antifas. Cette fois, on prend des précautions. Surtout qu’elles seront sûrement attendues. Surtout que cette fois elles seront très nombreuses, ce qui risque de faire enrager la foule. Alors, ces hommes dans les locaux de L’Incorrect. [...]

L’Incorrect

Retrouvez le magazine de ce mois ci en format

numérique ou papier selon votre préférence.

Retrouvez les numéros précédents

Pin It on Pinterest