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Langues régionales : quand le corse prend le maquis

Aborder la question de la langue corse, c’est mêler des sentiments de reconnaissance, de fierté mais aussi une certaine souffrance. Comment parler, en effet, de quelque chose que l’on a bien connu et qui a entamé sa disparition depuis plusieurs années ? Si le corse est plutôt bien enseigné, que l’Éducation nationale consent des moyens financiers non négligeables, a contrario, il tend à disparaitre de la vie quotidienne. Cet échec n’est pas à imputer à la classe politique insulaire ou à l’État mais à une américanisation de la société qui restreint de plus en plus notre expression, nos traditions et la diversité culturelle des régions et des territoires à forte identité.

Élevé par mes grands-parents maternels, mes premiers mots furent prononcés en corse. Au cours de ma scolarité en maternelle, au tout début des années 80, le français était de rigueur à l’école et le corse au sein du domicile familial. Ce mode de vie qui s’accompagnait aussi d’une éducation religieuse était propre à celui d’une grande majorité d’enfants corses de ma génération. Pour mes grands-parents, très attachés à cette double identité, française et corse, corse et française, tout cet ensemble se vivait en osmose et en harmonie. Berger depuis son plus jeune âge, mon grand-père n’était jamais allé à l’école et n’apprit qu’oralement le français pour s’adapter aux mutations économiques et sociales de l’île. Pendant longtemps, le corse était resté la langue du pauvre, du laborieux. Les « Sgio » (les seigneurs ou les familles bourgeoises) remplacèrent l’usage de l’italien par le français à partir du XIXe siècle. Au fur et à mesure, les anciennes générations privilégièrent le français pour leurs enfants dans leurs rapports quotidiens afin de leur donner toutes les chances de trouver un travail bien plus valorisé que le leur. [...]

La fille du vent : portrait-robot d’une pro-éolien

Apolline a 18 ans, elle est en terminale, avec options géopolitique et physique. Pas encore engagée dans un mouvement militant, notre sauveuse de planète putative y réfléchit pour l'année prochaine. Lorsque la prof d'anglais – matière dans laquelle elle excelle, par amour d'Obama – réclame un discours engagé, elle aime parler réchauffement climatique et effondrement. Les éoliennes sont l'énergie renouvelable qui sauvera la planète. Apo n'est pas seulement pour le climat : la défense des femmes et l'égalité des sexes sont des combats essentiels. Elle est féministe et pro-avortement, bien sûr. Son père est catholique pratiquant, sa mère s'en fout. Lui lit La Croix et fait des dons au « Dorothy », une bonne action. La mère est avocate, bobo qui a plutôt bien réussi sa vie. Elle vote plutôt LR, bien que Macron ne la dérange pas plus que ça, notamment pour la question de l'impôt sur la fortune. 

Apo est baptisée et, forcée d’accompagner enfant son père à la messe, elle en a été dégoûtée. Elle se considère comme profondément athée. Les relations avec son père sont tendues, ce qui explique qu'elle fume des joints de temps en temps avec son copain qui est en école de commerce. Ils sortent ensemble depuis un an sans compter la pause d'un mois où elle s'interrogeait sur son orientation sexuelle. Il ne peut pas venir à la maison lorsque papa est là, mais se faufile quand le loup n'y est pas. Apo déteste que ses parents aient chacun une voiture pour aller bosser. Le capitalisme est synonyme de pollution mais il ne faudrait surtout pas louper la sortie de la montre connectée pour fêter son bac. [...]

Rapport polémique du Sénat : le vrai du faux

Rédigé par Véronique Guillotin (RDSE), Christine Lavarde (LR) et René-Paul Savary (LR) – donc par des membres de l’opposition de gauche et de droite au gouvernement en place – et déposé le 3 juin, ledit rapport provient de la Délégation sénatoriale à la prospective, créée en 2009 et chargée de réfléchir aux transformations de la société et de l'économie pour en informer le Sénat. Il s’agit d’un rapport d’information, copieux (184 pages) et sans portée normative, comme il est courant dans le processus législatif français : des rapports sont commandés et rédigés tous les jours pour faire le tour d’une question précise, et éclairer le législateur sur le champ des possibles en la matière.

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Le message du rapport est simple : les trois rédacteurs s’élèvent contre la stratégie du confinement à répétition. « Nous ne pouvons pas nous permettre de mettre sous cloche la vie sociale et économique du pays  tout  entier  à  chaque  nouvelle  crise. » Ils pointent du doigt l’efficacité fort relative du confinement sur le plan sanitaire, ses conséquences délétères sur le plan économique et social, et ses effets psychologiques à long terme. De ce constat, les auteurs ont exploré les mesures alternatives possibles en cas de crises sanitaires futures, et proposent « de recourir bien plus fortement aux outils numériques en assumant si nécessaire des mesures plus intrusives, mais aussi plus ciblées et limitées dans le temps. Avec en contrepartie, une liberté retrouvée plus vite dans le monde réel ». En clair, les outils numériques plutôt que l’assignation à résidence.

Les outils numériques plus efficaces que le confinement ?

Le rapport est fort simplement structuré. Une première partie explore les utilisations du numérique faites pour lutter contre la Covid. Les exemples de la Chine, de la Corée du Sud, de Taïwan, de Singapour, de Hong Kong et du Japon y sont notamment développés, les auteurs remarquant que « plus ils sont intrusifs, plus ils sont efficaces », tout en notant que « le modèle asiatique n’est, certes, pas transposable tel quel à la France ». Viennent ensuite les politiques numériques de certains pays européens, dont l’Écosse, la Pologne, l’Estonie et la Russie. Partisan de la stratégie d’élimination plutôt que d’atténuation du virus, ils concluent après examen que « des restrictions plus fortes pendant une période limitée semblent donc plus efficaces sur le plan sanitaire, sur le plan économique, et sur le plan des libertés publiques ». Sur ce dernier aspect, ils précisent leur propos : les « restrictions n'ont été plus fortes que pendant les trois premières semaines de la pandémie- alors que les pays plus ‘permissifs’ se retrouvaient acculés à des mesures finalement bien plus attentatoires aux libertés, prises trop tard et maintenues sur la durée ».

Autant de mesures évidemment glaçantes et nullement souhaitables, mais que les auteurs ne réclament pas nécessairement et prioritairement parmi toutes les autres, et qu’ils ne jugent acceptables qu’en cas d’extrême urgence – donc dans l'hypothèse d'un virus bien plus virulent que la Covid

Vient ensuite le paragraphe qui a fait couler tant d’encre parce que les auteurs y appellent à se saisir des outils numériques pour pouvoir gérer « des pandémies sans confinement ». Y sont exposés et classés par catégories les différents emplois possibles du numérique en cas de crise, depuis l’application TousAntiCovid (catégorie incitation) jusqu’à l’exploitation de données de mobilité (catégorie assistance) pour positionner des équipes de soin aux bons endroits et aux bons moments. Dans la catégorie listant les contraintes, où il est précisé pour « les situations de crise les plus extrêmes », les auteurs listent une série de contrôles possibles des déplacements, de l’état de santé, des fréquentations et des transactions qu’« il serait irresponsable de ne pas au moins envisager, ne serait-ce que pour se convaincre de tout faire en amont pour ne pas en arriver là ». Bracelet électronique pour contrôler la quarantaine, détection automatique de plaque d'immatriculation par les radars, caméras thermiques dans les restaurants, détection de visites d’un proche vulnérable ou encore amende automatique pour poursuite illégale d'une activité professionnelle y sont notamment listés. Autant de mesures évidemment glaçantes et nullement souhaitables, mais que les auteurs ne réclament pas nécessairement et prioritairement parmi toutes les autres, et qu’ils ne jugent acceptables qu’en cas d’extrême urgence – donc dans l'hypothèse d'un virus bien plus virulent que la Covid. D’où la nécessité de considérer le réel et de penser la proportionnalité d’une mesure à la situation sanitaire, plutôt que de se livrer à des réflexions majusculaires sur la liberté. : « Raisonner en termes absolus n'a strictement aucun sens, et des atteintes considérées comme inacceptables face à une menace modérée ne le seront pas forcément face à une crise plus grave. » Fort logiquement, un virus à la létalité très élevée nécessiterait des contraintes bien plus grandes, et tous nous l’accepterions.

La boîte à outils pour dépasser les réticences françaises ?

Une seconde partie fort intéressante se penche sur l’impréparation française à l’utilisation du numérique, mais surtout aux réticences politiques et idéologiques. Plusieurs arguments y sont avancés. D’abord, se tromper de Big Brother en pointant l’État « à l'heure où les géants du numérique accumulent sur chacun d'entre nous davantage d'informations que l'État n'en aura jamais, à des fins qui n'ont rien à voir avec l'intérêt général, et sans aucune des garanties que procurent les mécanismes de contrôle démocratique », de sorte que ceux-ci disposent de plus d’informations sur la situation sanitaire que le pays lui-même. Ensuite, le mauvais argument de la dictature car « tout est affaire de proportionnalité » (les auteurs pointent d’ailleurs du doigt les réticences de la CNIL en la matière). Encore, le « totem » de la discrimination : « Dans la lutte contre une épidémie, l'objectif des mesures est très précisément de discriminer les individus en fonction de leur état de santé, pour leur propre protection et celle de la collectivité ». L’objectif serait donc de cibler les personnes à risque ou contaminées, plutôt que l’ensemble de la population. Enfin, « une confusion entre les fins (protéger les droits et libertés) et les moyens (interdire les croisements de fichiers) ».

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La dernière partie précise la position des auteurs qui, favorables à une utilisation plus ample du numérique de manière générale, « ne  préconise  aucun  outil  numérique  en  particulier » et défendent « le principe d’une ‘boîte à outils’ numérique, à laquelle il serait possible de recourir de façon graduée en fonction des circonstances » selon les principes de proportionnalité  (rapport entre les atteintes aux libertés numériques et celles aux libertés physiques) et d’individualisation (mesures ciblées et limitées dans le temps). Ils rappellent encore que rien ne sert de raisonner en généralités, puisque c’est la gravité de la crise qui conditionne l’acceptabilité morale et politique des contraintes.

Une polémique malhonnête pour un débat nécessaire

La polémique sur les réseaux sociaux est de fait profondément malhonnête. Des captures d’écran issues de sections différentes du rapport ont été adjointes pour faire croire que le « il serait irresponsable de ne pas se saisir de telles opportunités » se rapportait aux contraintes pour les urgences « extrêmes », dont le port du bracelet électronique, et aux mesures présentées dans le cadre du cas coréen. Dès lors, le rapport était présenté comme une annonce de ce que le pouvoir macronien prépare, alors même qu’il est sans force normative, et qu’il a été rédigé par des opposants critiques à l’égard du gouvernement : en plus de pointer du doigt l’inefficacité de sa gestion sanitaire, une partie recense ses contradictions et revirements sur la question numérique. Il dépasse très largement le cadre du Covid, et interroge l’utilisation des outils numériques depuis les plus bénins jusqu’aux plus attentatoires.

L’existence du rapport n’est aucunement problématique : théoriquement, la décision du Prince est d’autant plus éclairée qu’elle repose sur la perspective la plus large possible. Ce qui importe, c’est ce que le décideur en fait. De fait, les auteurs ouvrent un débat lourd sur notre rapport renouvelé à la technique, et sur un possible glissement à l’asiatique ; débat qui, sans le trancher, doit moralement être ouvert du seul fait que cette technique existe et qu’elle pourrait permettre – c’est la position des auteurs, et les cas asiatiques tendent à le démontrer – une plus grande efficacité.

Partant de l’idée d’une pente dystopique inéluctable et souhaitée par le pouvoir en place, beaucoup analysent chaque information par ce seul biais préconçu, et toujours y voient une étape supplémentaire à laquelle il faudrait nécessairement s’opposer, mais sans pourtant la questionner pour ce qu’elle est fondamentalement

Cette polémique pose la question du réflexe orwellien d'une partie de l’opinion, nourrie par la science-fiction : partant de l’idée d’une pente dystopique inéluctable et souhaitée par le pouvoir en place, beaucoup analysent chaque information par ce seul biais préconçu, et toujours y voient une étape supplémentaire à laquelle il faudrait nécessairement s’opposer, mais sans pourtant la questionner pour ce qu’elle est fondamentalement. En avalant l’idée d’un sens déterminé de l’histoire, cette approche pèche par sa négation de notre liberté collective, et par sa confusion de la situation d’exception d’avec la norme : l’exemple anglais montre que des pouvoirs publics sont effectivement capables de supprimer les contraintes une fois la situation améliorée, et le rapport propose une stratégie de choc à court terme pour éviter les confinements – bien loin donc de l’idée d’une société de contrôle généralisée, auquel cas le débat serait d’une autre nature. Stratégie à laquelle l’on est libre de s’opposer mais qu’il ne faut pas, au nom de l’intelligence publique, caricaturer maladroitement. Précision, nuance, vérité : voilà trois sûrs guides qu’il serait bon de retrouver.

Sélectron : les perles théologiques de Michel Onfray

13 - « Peut-être enfin que le rire n’est pas une création de Dieu, mais Dieu une création du rire ? » (Lire, 2015)

12 - « À viser le Paradis, on manque la Terre. La synagogue, le temple, l'église ou la mosquée, tous endroits où l'intelligence se porte mal et où l'on préfère depuis des siècles l'obéissance aux dogmes et la soumission à la Loi - donc à ceux qui se prétendent les élus, les envoyés et la parole de Dieu. » (Traité d'athéologie, 2005)

11 - « Tous ceux qui à partir de Constantin vont résister, vont résister à cette conception théocratique, monarchique, donc jacobine. C’est le pouvoir d’un seul, c’est la généalogie du jacobinisme. » (débat avec Charlotte d’Ornellas, 2020)

10 - « Jésus ne fut rien d’autre qu’un concept car les concepts ne crachent ni ne toussent, ne pètent ni ne rotent. » (Lire, 2015)

9 - « La fable de Jésus […] Une hallucination collective a beau être collective et rassembler de vastes foules, elle n'en demeure pas moins une illusion. » (Le Point, 2017)

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8 - « Les trois monothéismes, animés par une même pulsion de mort généalogique, partagent une série de mépris identiques : haine de la raison et de l'intelligence ; haine de la liberté ; haine de tous les livres au nom d'un seul ; haine de la vie ; haine de la sexualité, des femmes et du plaisir ; haine du féminin ; haine des corps, des désirs, des pulsions. En lieu et place de tout cela, judaïsme, christianisme et islam défendent : la foi et la croyance, l'obéissance et la soumission, le goût de la mort et la passion de l'au-delà, l'ange asexué et la chasteté, la virginité et la fidélité monogamique, l'épouse et la mère, l'âme et l'esprit. Autant dire la vie crucifiée et le néant célébré... » (Traité d'athéologie, 2006)

7 - « Je ne dis pas que Jésus n'existe pas, je dis que c'est une fiction. […] Les preuves historiques, il n’y en a pas. Les preuves de texte, il n’y en a pas non plus » (ONPC, 2017)

6 - « Quand le philosophe digne de ce nom travaille, le prêtre recule. » (Contre-histoire de la philosophie, 2006)

5 - « L'athéisme n'est pas une thérapie mais une santé mentale recouvrée. » (Traité d'athéologie, 2006)

4 - « J’émets cette hypothèse que Paul de Tarse souffrait d’impuissance sexuelle ou souffrait de problème sexuel. A partir de cette désorganisation libidinale du corps, il y a une désorganisation de la pensée qui induira par la suite une désorganisation de l’univers. […] On pourrait imaginer que l’explication de cette hystérie [de Saint Paul] procède d’une lutte contre des angoisses qui elles sont d’origine sexuellement refoulées : c’est-à-dire que vous avez des désirs sexuels qui ne sont pas susceptibles d’être réalisés parce qu’ils supposent des objets qui ne sont pas socialement acceptables. » (Contre-histoire de la philosophie : la résistance au christianisme, 2006)

3 - « Tant que la religion reste une affaire entre soi et soi, après tout, il s'agit seulement de névroses, psychoses et autres affaires privées. On a les perversions qu'on peut, tant qu'elles ne mettent pas en danger ou en péril la vie d'autrui. » (Traité d'athéologie, 2005)

2 - « Hitler était disciple de saint Jean » (Traité d'athéologie, 2005)

1 - « Hitler n’a jamais rien dit ou écrit contre Jésus. Dans Mein Kampf, il désigne son moment préféré dans la vie du fils de Dieu le geste colérique de celui qui chasse les marchands du temple juifs avec une corde transformée en fouet. Comment ne pas songer que ce Christ-là annonce Hitler ? » (Décadence, 2017)

L’Inconomiste – Appauvrissez-vous : vive la dette !

Que l'on évoque la dette des ménages ou la dette publique, on ne l'envisage souvent que sous l'angle des simples relations économiques, donnant raison à Marx, qui dans le Manifeste du parti communiste, critiquait ainsi la bourgeoisie : « Partout où elle a conquis le pouvoir, elle a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissent l'homme féodal à ses “supérieurs naturels”, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du “paiement au comptant”. Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité petite-bourgeoise dans les eaux glacées du calcul égoïste ».

La dette fait partie de la condition humaine

Rétablir le caractère multiple et profondément humain de la dette est l'ambition de l'essai que publie Hubert de Vauplane (éditions Première partie). Sous le titre provocateur Endettez-vous ! qui répond par-delà les siècles à l'exhortation bourgeoise de Guizot Enrichissez-vous !, l'auteur, avocat associé dans un cabinet d'affaires américain et professeur associé à Sciences Po, remet en perspective la notion de dette en montrant qu'elle fait partie de la condition humaine.

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Nous sommes ontologiquement débiteurs, d'abord par rapport à Dieu qui nous a créés et nous a rachetés par la Croix de la dette du péché. « Car le salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus-Christ notre Seigneur », dit saint Paul (Rm, VI, 23). Reconnaître la dette du péché est le préalable indispensable pour s'ouvrir à la miséricorde de Dieu et accueillir son salut. C'est vrai d'un point de vue individuel comme collectif car le péché originel est cette dette collective de l'humanité pécheresse à l'endroit de son créateur pour avoir troublé l'harmonie du cosmos par la démesure infinie du péché. 

Dans ce contexte, on comprend que Nietzsche ait voulu affranchir l'humanité de cette culpabilité ontologique qui pèse sur l'homme. Dans la Généalogie de la morale que cite Vauplane, Nietzsche considère que l'athéisme « libèrerait l'humanité de toute obligation envers son origine, sa causa prima » de sorte qu'il ferait advenir une « seconde innocence » marquée par l'absence de toute culpabilité mais aussi de toute forme de reconnaissance. « Nos fautes sont des dettes contractées ici et payables ailleurs, écrit à juste titre Hugo. L'athéisme n'est autre chose qu'un essai de déclaration d'insolvabilité ». [...]

Éolien et élus locaux : comme un air de corruption

Pas 1 mais 11 arnaqueurs

En 2013, une élue de Saint-Georges-d’Annebecq (Orne) est condamnée à 1 000 € d’amende par le tribunal correctionnel d’Argentan pour prise illégale d’intérêts. À ses côtés, sur le banc des accusés, onze élus jugés pour les mêmes faits. Tous propriétaires de terrains sur lesquels devaient être implantées onze éoliennes, ils ne s’étaient pas retirés des délibérations sur les zones de développement de l’éolien terrestre (ZDE). Malgré cette condamnation, et une alerte du préfet, un avis favorable est donné au projet.

Pas bête la guêpe

En 2015, une conseillère municipale d’Aveyron est privée de ses droits civiques, civils et familiaux pour deux ans et est condamnée à deux mois de prison avec sursis et 1 000 € d’amende. La raison ? Lors d’un conseil municipal, elle a participé au vote d’un projet de construction d’éoliennes sur des terrains appartenant à son mari, à sa belle-soeur et à son beau-frère. 46 500 €, c’est la somme que lui a rapportée annuellement ce projet, pendant presque deux ans. [...]

GB News : au Royaume-Uni, l’écran plat prend du relief

Jusque-là, il y avait quatre chaînes d'information en Grande-Bretagne : ITV (au centre gauche), BBC News (à gauche), Sky News (à gauche de la BBC), Channel 4 (à gauche de Sky News). Par-delà le zapping, on chantait grosso modo la même chanson. Comme chez nous, une forme de léthargie s'était installée. Une vision du monde guidée par un discours idéologique d'ordre pavlovien commençait à s'enkyster dans les esprits, de part et d'autre de l'écran. 

Dimanche 13 juin, à 20 heures, c’était le lancement très attendu de GB News. Audience : 262 000 téléspectateurs contre 100 000 pour la « Beeb », 46 000 pour Sky. Et ce malgré des bavures techniques, couacs de lumière et de son. Neil Oliver, l'une des stars de la chaîne, au moment de se présenter, n'avait simplement pas de son. « Je suis déjà cancel ! » plaisanta-t-il quand son micro reprit du service dix minutes plus tard. 

Cet Écossais à l'accent relevé est un écrivain et documentariste passionné d'histoire et d'archéologie. Il anime une émission le samedi soir. Celui que ses fans surnomment le Roi d'Écosse veut explorer la complexe question de l'identité britannique. « Je me sens écossais et britannique. Ce qui était naturel pour moi est devenu une posture politique depuis le référendum sur l'indépendance de l'Écosse. La Grande-Bretagne repose-t-elle encore sur un imaginaire collectif ? Des aspirations communes ? Ou n'est-ce qu'un espace géographique ? J'ai été attiré par la promesse de GB News de faire entendre d'autres voix. C'est un bol d'air frais ». 

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La nouvelle chaîne va-t-elle apaiser ou enflammer le débat politique ? « L'oxygène attise le feu, n'est-ce pas ? Nous allons susciter un peu d'agitation. Honnêtement, je n'attends que ça. Il faut que la conversation reprenne. Laissons se frotter les unes aux autres les idées les plus arrêtées, cela arrondira les angles. C'est ainsi que se constituent les plages de galets soyeux qui forment nos beaux paysages, dit Neil Oliver. Les médias traditionnels – des vestiges médiatiques, selon moi – ne sont plus en prise avec le pays, ils font la sourde oreille sur des sujets qui passionnent des millions de citoyens ». [...]

« Traditionis Custodes » : pourquoi le pape François veut-il l’extinction de la messe en latin ?

Amertume, incompréhension, désarroi voire colère… Depuis la sortie du motu proprio Traditionis Custodes sur l’abrogation progressive de la forme extraordinaire du rite romain, les réactions se multiplient et vont dans le même sens. Elles révèlent le côté surprenant pour ne pas dire inopportun d’un texte, dont on se demande s’il reflète vraiment la réalité du terrain.

Comment ne pas même voir de l’idéologie dans les exigences démesurées à l’égard du monde traditionnaliste quand, de l’autre côté du Rhin, les évêques allemands sont littéralement en roue libre sur de nombreux aspects du dogme et défient ouvertement Rome depuis plusieurs années ? Comment ceux qui travaillent en grande majorité à l’unité depuis quinze ans, portent des vocations sacerdotales, font vivre leur foi à des familles entières, comment donc, ces catholiques peuvent être au centre d’une telle défiance au point de ne pas susciter un seul mot pastoral de la part du pape lui-même, ni dans le motu proprio, ni dans la lettre aux évêques accompagnant le texte ? Pourquoi l’œuvre pacificatrice du motu proprio Summorum Pontificum de Benoît XVI visant à libéraliser l’ancien rite est-elle effacée d’un trait de plume ? Comment, selon les propres termes de Benoît XVI, « ce qui était sacré pour les générations précédentes [et qui] reste grand et sacré pour nous » pourra se retrouver à terme interdit ? Pourquoi finalement programmer l’extinction de la forme extraordinaire du rite romain ?

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Avant de publier le motu proprio Traditionis Custodes, la Congrégation pour la doctrine de la Foi a réalisé une enquête auprès des évêques du monde entier afin de les sonder sur le sujet. La chose est habituelle, surtout dans la perspective de la synodalité qui vise à faire participer le pouvoir épiscopal aux grandes décisions du pontificat. Or, dans la lettre du pape aux évêques qui accompagne le motu proprio, on peut notamment lire : « Les réponses parvenues ont révélé une situation douloureuse qui m’inquiète, me confirmant la nécessité d’intervenir. »  Mais est-ce vraiment le cas ? Dit autrement : est-ce qu’aujourd’hui une majorité d’évêques se plaignent du comportement de ceux qui sont attachés à l'ancien rite ?

À la lecture du cas français, on peut sérieusement en douter. Certes le document de la Conférence des évêques de France (CEF, avril 2020) souligne des aspects négatifs de l’application du motu proprio de Benoît XVI, mais la synthèse de chaque question posée par la Congrégation révèle malgré tout le chemin de pacification entrepris : « Dans la plupart des cas, la situation semble apaisée. On perçoit, dans les réponses, le désir des évêques d’associer le plus possible des prêtres diocésains aux célébrations de forme extraordinaire, mais cela s’avère difficile en raison du faible nombre de prêtre » (question 1). La question 2 souligne « le souci de communion où l’évêque agit par délicatesse pastorale ». La question 3 sur les aspects positifs et négatifs révèle qu’à l’exception de deux évêques, « tous s’accordent sur l’apaisement qui résulte de l’application du motu proprio ».

En arrivant au pouvoir porté par une minorité active décidée à mettre fin à l’héritage de Jean-Paul II et de Benoît XVI, le pape François s’est entouré d’une véritable cour voulant imposer sa propre feuille de route à l’ensemble de l’Église catholique

Naturellement, des interrogations demeurent, des points de friction aussi : les aspects négatifs de la forme extraordinaire sont plus nombreux que les aspects positifs. Il n’empêche, se dégage une forme de neutralité dans ce document et une double attitude des évêques : celle d’être des artisans de paix (Mathieu 5, 9), réalisant un « inlassable travail d’unité ». De fait, même si le besoin d’approfondir le dialogue est prégnant dans ce document, même s’il demande que les fidèles de la forme extraordinaire participent davantage à la vie diocésaine, nous sommes bien loin de la guerre des années 1970 et 1980 ! La note de la CEF nous dit à cet égard que seule « une petite minorité » a été confortée dans ses travers et la culture de leurs particularismes en réclamant davantage de droits. Dont acte.

Alors, d’où vient le problème ? Certains évoquent le fait que le motu proprio ait été traduit en anglais (et non en français) afin précisément de marquer sa cible : les néo-conservateurs américains qui, depuis l’élection du pape François, ne cessent de le critiquer. Dans ce dernier cas, pourquoi sanctionner l'ensemble d'une communauté ? Dans les faits, il est difficile de répondre à cette question sans un accès à l’ensemble des études. Or, si l’on en croit la vaticaniste Diane Montagna, 30% des évêques dans le monde ont répondu à l’enquête du Vatican sur le rite extraordinaire. Sur ces 30%, la moitié s’est révélé « neutre et favorable » à la forme extraordinaire du rite. La question est donc : est-ce que 15% d’évêques mécontents peuvent justifier l’abrogation d’une pratique ? Peut-on aussi considérer une minorité de pratiquants comme un réel danger pour l’unité, quand une écrasante majorité des évêques dans le monde n’a strictement aucun avis sur la question ?

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Si bien qu’il est légitime de se poser la question d’une disproportion incompréhensible entre la brutalité du texte pontifical et la réalité du terrain. Si les données de Diane Montagna sont justes, cela poserait une dernière question : d’où vient la charge et la décision, si elle ne vient pas des évêques ?

En arrivant au pouvoir porté par une minorité active décidée à mettre fin à l’héritage de Jean-Paul II et de Benoît XVI, le pape François s’est entouré d’une véritable cour voulant imposer sa propre feuille de route à l’ensemble de l’Église catholique : communion des divorcés remariés, reconnaissance de l’homosexualité, ordination des hommes mariés, diaconat des femmes… et abrogation de la messe en latin. N’importe quel vaticaniste aujourd’hui vous expliquera que Rome est devenu le terrain de jeu de cette minorité très active qui souhaite imposer sa partition à l’ensemble de l’Église. Elle l’a tenté au moment du synode sur la famille mais aussi au cours du synode sur l’Amazonie. Par deux fois, elle a échoué en rencontrant des oppositions, dont celle du pape émérite, rappelant avec le cardinal Sarah l’importance du célibat sacerdotal. Naturellement, sur ce terrain, le pape joue un rôle de tampon, bien conscient qu’il ne peut porter la responsabilité de l’ensemble de ces changements. La forme extraordinaire du rite romain, elle, n’a pas eu cette chance. Alors que Rome avait une capacité d’absorber les contraires, faisant à la fois cohabiter l’ensemble des sensibilités de l’Église, elle est désormais aux mains de quelques-uns qui ne reculent devant rien dans le but d’imposer leurs propres conceptions.

Comment expliquer ainsi sa bienveillance œcuménique ou son sens du dialogue inter-religieux, tout en se montrant intransigeant ad intra, c’est-à-dire à l’égard de ses propres ouailles ?

Finalement se pose aussi l’image que ce texte va laisser du pape François. Une image somme toute assez contradictoire : considéré comme libéral, il décide de mettre fin à la libéralisation de l’ancien rite. Comment expliquer ainsi sa bienveillance œcuménique ou son sens du dialogue inter-religieux, tout en se montrant intransigeant ad intra, c’est-à-dire à l’égard de ses propres ouailles ? Comment passer aussi pour le pape de la miséricorde alors que pas un seul mot n’a été prononcé à l’égard des fidèles attachés à l’ancien rite et qui font désormais figure de catholiques de seconde zone ? 

Par ailleurs, les médias opposent souvent les pontificats de Jean-Paul II et de Benoît XVI en reprochant à ces derniers leur centralisation. Or, le motu proprio confirme que le pontificat de François est bien plus centralisateur que ses prédécesseurs. La lettre apostolique Authenticum charismatis publiée au mois de novembre dernier sur les communautés nouvelles l'a encore montré récemment. Le plus étonnant est peut-être que, fin politique et surtout jésuite, le pape François ne prend jamais de face les problèmes, tant dans sa façon de communiquer que d’agir. Il les contourne : refusant d’aborder la question de la communion des divorcés remariés, il la traite dans une note de bas de page de l’exhortation apostolique Amoris Laetitia. À la question du diaconat féminin, il exprime ses doutes tout en demandant à une commission de continuer d’étudier la chose. Or, dans le cas présent, il adopte une politique frontale, révélant l’aspect autoritaire de sa personnalité, moins connu médiatiquement et pourtant bien réel. Au risque du cléricalisme qu'il condamne lui-même.

L’Incorrect

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