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Philippe Grenier : musulman et français toujours

La rentrée parlementaire du 12 janvier 1897 restera dans les annales. Maniant le calembour, Le Matin titre sur la « première séance de l’enfant des douars », qu’il compare à une « représentation du Nouveau-Cirque », ajoutant que « le costume, les génuflexions du député musulman ont fort égayé nos honorables et le public des tribunes ». Le reste de la presse adoptera le même ton, mi-amusé, mi-scandalisé. Il est vrai que l’élection d’un député de confession islamique, le mois précédent, est un événement inédit.

Né à Pontarlier en 1865, fils d’un capitaine de cavalerie et orphelin à 6 ans, Philippe Grenier, handicapé d’une jambe, a connu une enfance solitaire. Il n’en poursuit pas moins de brillantes études de médecine, avant d’ouvrir un cabinet dans sa ville natale, où il soigne riches et pauvres, sans exiger de rémunération. Ce philanthrope assoiffé d’absolu est séduit par la mystique musulmane à la faveur d’un séjour en Algérie. Il se convertit, accomplit le pèlerinage à La Mecque et s’enflamme du zèle des néophytes. Désormais, il revêtira la tenue arabe traditionnelle, gandourah, burnous et turban, chapelet en bois de santal et bottes marocaines de cuir rouge. Il abhorre néanmoins fanatisme et superstition, professant une religion « dégagée de l’édifice des exagérations et des erreurs qu’ont ajoutées les interprétateurs dans la suite des siècles ».

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D’abord désigné pour siéger au conseil municipal de Pontarlier, le docteur Grenier devient député en décembre 1896, à la suite d’une élection partielle et grâce au désistement de l’un de ses concurrents. La profession de foi de celui qui se proclame « prophète de Dieu » a pourtant de quoi surprendre. Elle commence par l’invocation coranique : « Au nom de Dieu, clément et miséricordieux ! » et s’achève sur cette vibrante péroraison nationaliste : « Dieu et patrie, Honneur et patrie, Humanité, Louange à Dieu seul et vive la France ! ».

Il déclare admirer « les héros de la Première République », tout en saluant « les longs efforts de la royauté pour fonder notre patrie territoriale telle qu’elle est constituée aujourd’hui ». Proche des idées radicales, Grenier prône la justice sociale, mais, avec un « large esprit de tolérance », il refuse l’anticléricalisme et dénonce les tares de la IIIe République en des termes toujours très actuels: « Un luxe inouï, effréné, s’étalant sans pitié en face des pires misères sociales; des dépenses formidables et souvent inutiles; une dette s’accroissant tous les jours; pas de fraternité véritable; tous les ressorts de l’État mis en jeu pour satisfaire les intérêts de financiers peu scrupuleux, ou de castes privilégiées… ».

« M. Philippe Grenier sera donc le premier mamamouchi qui viendra siéger en turban dans une assemblée française. Mais combien d’autres fantaisistes l’ont précédé ! »

Sa première apparition à la Chambre déchaîne les quolibets. Il se prosterne à la porte de l’hémicycle et procède à ses ablutions rituelles dans les toilettes réservées aux parlementaires. La Croix s’indigne : « Le renégat était, il y a encore quelques années, l’être le plus odieux à la France chrétienne ; aujourd’hui, il en est le député ». Mais le Gil Blas lui rétorque avec humour : « M. Philippe Grenier sera donc le premier mamamouchi qui viendra siéger en turban dans une assemblée française. Mais combien d’autres fantaisistes l’ont précédé ! »[...]

La Super League mort-née : la victoire d’une certaine idée du football ?

C’était un secret de Polichinelle dans le monde du football. Dès 2009 dans le Guardian, Arsène Wenger, alors entraîneur d’Arsenal, prédisait l’avènement d’une Super League : « Peut-être que dans 10 ans, vous aurez une League européenne. L’argent qui viendra de la Ligue des champions ne sera pas suffisant pour certains clubs ». La prédiction s’est avérée exacte : sous la houlette de Florentino Perez, président du Real Madrid, et d’Andrea Agnelli, président de la Juventus de Turin, douze des plus grands clubs européens se sont coalisés pour faire sécession et former une nouvelle compétition européenne fermée.

Vieille d’une bonne décennie, l’idée de Super League n’aura pourtant survécu matériellement que 48h. Ce mercredi, patatra : les deux hommes susmentionnés, respectivement faits président et vice-président de la Super League, ont annoncé la suspension du projet suite à la défection d’une majorité des clubs. La traînée de poudre s’est embrasée outre-Manche, où le football a une importance difficilement concevable pour un Français : ce mercredi soir, alors que leur équipe devait jouer, les supporters de Chelsea ont bloqué l’accès au stade, pancartes en main. « Supporters, pas consommateurs », « L’ultime trahison », « Le football nous appartient ». Si l’on ne connaît les tractations en coulisse, cette heure et demie de manifestation sera la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Les dirigeants annoncent leur retrait du projet, puis tous les clubs anglais leur emboîtent le pas, et enfin la presque-totalité des membres du projet.

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La Super League est déshabillée : restant « persuadée que le football actuel a besoin d'un changement » et que le « système qui ne fonctionne plus », elle annonce par communiqué qu’elle va « reconsidérer les étapes appropriées et remodeler le projet, en gardant toujours à l'esprit d'offrir aux supporters la meilleure expérience possible ». [...]

L’âge de Pierre n’existe plus

Le 10 avril dernier, un homme âgé de 68 ans nommé Pierre Sourgen était sauvagement passé à tabac à Floirac. Par une bande de « jeunes », à qui le vieillard aurait fait une réflexion tandis qu’ils buvaient et fumaient dans le coin. Les coups de pieds gratuits ont eu raison de la victime décédée des coups reçus, lesquels ont provoqué un œdème cérébral. C’est un Pierre de moins que la France comptait ce jour-là.

Des « Pierre », il y en a tout un paquet dans l’Histoire française. Il suffit d’ouvrir un manuel ou une Bible pour le constater. Il fut un temps où les Pierre étaient nombreux, avant d’être assassinés, démodés, ou remplacés au profit de prénoms issus « de la diversité ». Petit à petit, les Pierre sont devenus une espèce rare en voie d’extinction pour n’exister plus que dans les récits.

« Monsieur le président, mon fils de huit ans m’a demandé si le prénom de Pierre existait vraiment ou si ce n’est que dans les livres, tellement il y a un manque de mixité ».

Hier, Emmanuel Macron se déplaçait à Montpellier pour visiter le quartier de la Mosson, afin d’y exposer sa politique sécuritaire. Une femme voilée est venue lui parler du problème prégnant de la non-mixité dans les écoles : « Monsieur le président, mon fils de huit ans m’a demandé si le prénom de Pierre existait vraiment ou si ce n’est que dans les livres, tellement il y a un manque de mixité ». Qui l’eut cru ? Cette histoire ressemble au début d’une blague, toutefois ce n’en est pas une. La présence d’esprit de cette mère réalisant que son enfant évolue dans une France à l’identité disparue, et qui souhaiterait pour lui une réelle intégration est à souligner. Cependant, alors qu’elle explique avoir elle-même été à « l’école de la République, avec une grande mixité » qu’elle « ne retrouve plus maintenant », l’on ne peut que se demander ce qui a poussé les Pierre, les Paul et les Jacques à fuir les quartiers. Esquisse de réponse : avec l’immigration massive, la culture française et leurs représentants ont fui ces quartiers à mesure que l’islamisation et l’insécurité y ont crû.

Le président suggérait dans un entretien diffusé dimanche pour le média américain CBS, qu’il faille « d’une certaine manière déconstruire notre propre Histoire ». Nous avons la preuve ici que le travail est déjà bien entamé, et à bien y réfléchir, il n’est malheureusement pas étonnant que cette maman déplore le fait que son fils n’ait jamais rencontré un Pierre, au point qu’il en vienne à se demander si ce prénom relève du mythe ou de la réalité. Bien que ces terribles propos d’Emmanuel Macron soient tournés vers le passé colonial de la France, ils n’en demeurent pas moins révélateurs de la mentalité d’une nation qui se perd dans la déconstruction, le rejet de sa culture et le déni de tout ce qui a pu la forger, et qui préfère au contraire ériger des mosquées plus imposantes que nos cathédrales à Strasbourg, ou bâtir des écoles musulmanes à Albertville.

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Didier Raoult est-il un charlatan ?

« 88% des gens qui sont morts du Covid-19 au CHU de Marseille avaient une espérance de vie qui était inférieure à un an ». Didier Raoult minimise ainsi l’épidémie, en confondant allègrement espérance de vie à la naissance et espérance de vie à 80 ans, qui est de 8,6 ans. Ainsi, plusieurs études dont le lecteur pourra aller lire le détail donnent une réduction de vie moyenne de 12 à 16 ans par personne décédée du Covid.

« C’est vieux comme l’humanité d’avoir un besoin de prédiction mais ce n’est pas mon rôle ». Quel était donc son rôle quand il prédisait qu’il y aurait moins de morts du Covid que d’accidents de trottinettes, ou qu’il n’y aurait pas de deuxième vague ? Si Didier Raoult dit cela aujourd’hui, c’est qu’il a compris qu’à force de se tromper systématiquement sur ses prédictions il valait mieux ne plus en faire.

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Didier Raoult persiste : « L’hydroxychloroquine permet de diminuer de 75% le risque de mort », en citant trois études, iranienne, saoudienne, et marseillaise. Lecteurs, allez lire ces études : la première admet elle-même ne pas avoir pu collecter de données sur l’hospitalisation des patients traités ; la deuxième comptait huit fois plus de personnes âgées parmi le groupe contrôle, ce qui tend donc plutôt à dire que l’HCQ augmenterait la mortalité ; la troisième est fournie par l’IHU, mais après toutes les accusations de fraudes scientifiques formulées dernièrement contre la carrière de Didier Raoult, qui n’a pas pour rien été exclu de l’INSERM et du CNRS, quel crédit lui accorder ? [...]

Soixante ans du Putsch d’Alger : Éloge d’un vaincu

Le 21 avril 1961, mon père, le colonel Bertrand de Seze, était en France. De vieilles blessures, datant du débarquement de Provence, exigeaient qu’il s’y fasse soigner. Trente ans auparavant, à 21 ans, il sortait de Saint-Cyr. La France avait, depuis, un peu changé, et lui aussi ; élevé dans des principes simples et solides (Dieu, la France, le roi), il avait appris l’arabe et le berbère, était devenu officier des Affaires Indigènes, avait déserté en 1942, avait été fait prisonnier par les franquistes – enfermé avec seize autres prisonniers dans pas même huit mètres carrés, il attrapa la variole et perfectionna son espagnol –, avait débarqué en Italie puis en Provence, commandé le bataillon français de l’ONU en Corée… Je passe quelques épisodes qui ne feraient que confirmer que mon père était un officier français ayant l’habitude du combat, et des blessures.

Dix-neuf ans après avoir déserté l’armée française pour aller combattre les nazis, il s’engageait dans la clandestinité pour combattre ceux qui, à leur tour, trahissaient la France

Le 22 décembre 1959, il prenait le commandement du 2e REI, régiment étranger d’infanterie de la Légion étrangère, dans le secteur d’Aïn Sefra. Il y fit du bon travail. L’une de ses citations précise : « Tout particulièrement convaincu de l’importance de l’action psychologique sur les populations musulmanes qu’il aime et dont il parle la langue et connaît leurs problèmes, s’est attaché à séparer celles-ci de la rébellion. » Survint le putsch. Comme d’autres, il avait été tenu à l’écart : les « factieux » n’avaient pas voulu embarquer avec eux tous les régiments ; ils pensaient surtout à la France et sans doute pas assez au pouvoir. Le 30 avril 1961, mon père était revenu dans son régiment. Le 1er mai, il démissionnait. Dix-neuf ans après avoir déserté l’armée française pour aller combattre les nazis, il s’engageait dans la clandestinité pour combattre ceux qui, à leur tour, trahissaient la France. [...]

Ça fait d’excellents Français : entretien avec Vincent Coussedière

Vous octroyez à la disparition de la volonté assimilatrice de la France un ancêtre relativement inattendu, Jean-Paul Sartre : en quoi a-t-il contribué à ce mouvement ?

Mon hypothèse est que Sartre est à l’origine de la dérive multiculturelle de la gauche française. Il est l’un des tout premiers à développer une critique radicale de l’assimilation et à articuler cette critique au projet d’une politique de la reconnaissance des identités. Dans des textes comme Réfexions sur la question juive ou Orphée noir ou encore dans la fameuse préface à Frantz Fanon, Sartre développe la promotion des identités victimaires. Le marxisme, au fur et à mesure qu’il se décomposait en France, a cherché à se survivre dans une forme de défense abstraite des identités opprimées, remplaçant la défense du prolétariat. Sartre est l’artisan essentiel de cette métamorphose gauchiste du marxisme. Il est à l’origine de ce que j’appelle le « transfert victimaire ». 

Sartre vient faire peser le soupçon d’antisémitisme et de racisme sur ce programme assimilationniste qu’il veut renverser


À partir de la honte du sort fait aux juifs sous l’Occupation, Sartre engage une critique de la démocratie assimilationniste. C’est en effet tout le programme assimilationniste porté par la Révolution française qu’il vient inverser. On se souvient de la phrase de Clermont-Tonnerre : « Il faut tout refuser aux juifs comme nation, et accorder tout aux juifs comme individus ». Cela signifie que la France reconnaît les juifs en tant que citoyens, ayant les mêmes droits et devoirs que les autres citoyens, et devant par conséquent mettre leur judaïsme au second plan. La France reconnaît des Français juifs et non des juifs français. Sartre vient faire peser le soupçon d’antisémitisme et de racisme sur ce programme assimilationniste qu’il veut renverser. La reconnaissance de l’« identité » doit primer désormais sur l’appartenance citoyenne à la nation, c’est ce qu’il appelle le « libéralisme concret » dont je montre qu’il comporte en réalité une ébauche de programme multiculturel. Ce qui est « concret » pour Sartre c’est l’identité définie par la religion, la race ou le sexe, ce qui est abstrait et aliénant, ce qui vient détruire et menacer cette identité concrète, c’est l’assimilation à la France.

Alors que la Première République se targuait d’assimiler, de gré ou de force, n’importe quel individu, quelle haine de soi a pu inverser le mouvement ?

Lorsque Napoléon et ses légistes rédigent le Code civil en 1804, ils n’ont aucun doute sur la nécessité et la possibilité de l’assimilation des étrangers. Cette bonne conscience de notre volonté et de notre capacité d’assimilation durera jusqu’à de Gaulle, même si une inquiétude commence à poindre chez celui-ci en raison du cas algérien (voir le fameux « Colombey les deux mosquées » rapporté par Peyrefte). À la Libération, les directives que donne de Gaulle à son administration sont clairement assimilationnistes.

Sartre est le fondateur de ce que j’appelle un véritable « programme de la honte », programme culpabilisateur et « antiraciste » qui trouvera des relais dans les générations suivantes


Mais l'effondrement de 40 et l'attitude des Français durant l’Occupation vont laisser des traces durables dans la psychè collective et entraîner le développement d’une honte de soi systématiquement cultivée par Sartre. Sartre est le fondateur de ce que j’appelle un véritable « programme de la honte », programme culpabilisateur et « antiraciste » qui trouvera des relais dans les générations suivantes: chez les soixante-huitards, chez les penseurs de la déconstruction, chez les philosophes médiatiques comme BHL, dans le mouvement de SOS Racisme, etc. Programme qu’on retrouve aujourd’hui chez nos « indigènes de la République », nos décoloniaux, nos féministes et autres chantres de la « diversité ». On sous-estime trop souvent la profondeur historique et la force d’ancrage de ce « programme de la honte » qui nourrit tout le clergé de la mauvaise conscience de gauche.

L’assimilation à la française est-elle aussi particulière dans le monde qu’on a tendance à l'affirmer ou a-t-elle des équivalents ?

Toute société humaine fonctionne par assimilation car l’homme est un animal social et politique, qui a besoin d’assimiler des modèles communs par action imitative pour se construire, à commencer par la langue. Assimiler et s’assimiler, ce n’est rien d’autre que faire l’effort de se rendre suffisamment similaires et semblables pour pouvoir « agir ensemble », qualité d’un peuple politique, et non simplement « vivre ensemble », comme une simple collection d’individus qui n’ont rien en commun. L’assimilation n’est donc pas spécifique à la France, elle est un phénomène anthropologique et politique fondamental. C’est d’ailleurs pourquoi il faut cesser d’en avoir honte. Maintenant, ce qui spécifie l’assimilation d’une société à une autre, ce ne sont pas tant les canaux par lesquels elle passe, en tant qu’action imitative (famille, école, religion, travail, culture), que la cohérence des modèles qu’elle vise, cohérence qui est celle d’une nation et d’une civilisation. La particularité de l’assimilation française ce n’est pas l’assimilation, c’est la France…

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Finalement, quelles sont les raisons qui devraient nous faire préférer l’assimilation à l’intégration?

Ce qui est particulièrement français, malheureusement, ce n’est pas tant l’assimilation que son oubli et son recouvrement par la notion d’« intégration ». L’assimilation est un processus d’abord social puis proprement politique : on s’assimile par les mœurs puis par la loi. Je distingue en ce sens l’assimilation de la simple intégration. Nous avons cru que nous pouvions intégrer par la loi sans assimiler par les mœurs. Nous avons séparé la sphère privée des mœurs de la sphère publique de la loi. Nous avons demandé aux immigrés de respecter la loi en contrepartie de quoi nous respecterions leurs mœurs. Cet idéal d’intégration républicaine est abstrait et ne pouvait fonctionner, car la loi est préparée par les mœurs, et est davantage le reflet de celles-ci que le seul principe de leur formation. Au lieu d’assumer d’assimiler à la France, on a voulu intégrer aux « valeurs de la République ». Mais que sont ces valeurs? Le pur relativisme en matière de mœurs, la reconnaissance de l’« identité de chacun », le multiculturalisme qui est en réalité un nihilisme[...]

Larry Elder : l’Agitateur

Comment Uncle Tom est-il reçu ?

Le public est enthousiaste. Uncle Tom est noté 8,8/10 sur Imdb, mieux que les 15 documentaires nominés pour les Oscars 2021. Côté finances, le film a coûté 500 000 dollars et en a rapporté six fois plus. Un hit ! Pourtant notre film a été écarté, rejeté, ignoré – je vous laisse le choix du verbe – par l’Académie des Oscars qui s’enorgueillit d’œuvrer à l’inclusivité raciale. Hollywood étant à gauche dans son écrasante majorité, le fait que je sois un Noir conservateur n’aide pas. Le film a été boudé par la presse professionnelle et généraliste. Variety, The Hollywood Reporter, le New York Times, le Los Angeles Times, le Washington Post: aucun de ces journaux n’en a parlé.

Les relations inter-raciales se sont dégradées sous la présidence Obama. Pourquoi ?

C’est sous George W. Bush que les relations entre les communautés étaient les plus apaisées. Après quoi la situation n’a cessé de se dégrader, notamment à partir de 2014. La mort de Michael Brown (Ferguson, Missouri) a suscité des émeutes alors même que le policier qui a tiré n’était pas en faute. À chaque nouvel incident, les violences se sont accrues. Obama, qui avait promis d’unir le pays, n’a fait que souffler sur les braises et aggraver les tensions raciales. Dans un sondage de juillet 2016, dernière année de son mandat, 63 % des personnes interrogées qualifient les relations interraciales de mauvaises. Obama a embrassé le mouvement Black Lives Mater et invité plus de soixante-dix fois à la Maison Blanche l’incendiaire Al Sharpton [Ndlr, militant des droits civiques, fondateur du National Action Network].

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Quels sont les principes du conservatisme noir ?

Dieu, la foi, le travail, l’amour de l’Amérique et des Américains. Les conservateurs ne tiennent pas les autres pour responsables d’actes qu’ils n’ont pas commis, ils s’opposent donc à l’idée de réparations qui consisterait à prendre de l’argent à ceux qui n’ont jamais possédé d’esclaves pour le verser à ceux qui n’ont jamais été esclaves. Les Noirs conservateurs ne se considèrent pas comme des victimes. Personne ne nie l’existence du racisme. La seule question qui vaille : le racisme aujourd’hui empêche-t-il quiconque, qui travaille dur et croit en lui, de réussir ?

L’électorat noir républicain a-t-il crû depuis 2008, année de l’élection d’Obama ?

Il est marginal mais les chiffres augmentent. En 2008, 4 % des Noirs ont voté pour le Parti républicain. Ils étaient 6 % en 2012, 8 % en 2016, 10 % en 2020. Leur principale motivation est économique. La pauvreté parmi les Noirs n’a fait qu’augmenter sous Obama. Je crois aussi que la boutade de Trump « Qu’avez-vous à perdre ? » a fait son effet. [Ndlr: en meeting de campagne en 2016, Donald Trump s’adresse aux Noirs: « Qu’avez-vous à perdre, essayez autre chose, essayez Trump. Vous êtes pauvres, vous n’avez pas de bonnes écoles, 58 % de vos jeunes sont au chômage, qu’avez-vous à perdre? »] Les Noirs peu qualifiés souffrent de la concurrence des immigrés clandestins; le discours de Trump sur l’immigration les a séduits. Le problème des écoles est essentiel pour la population noire urbaine. Trump a libéralisé la carte scolaire tandis que les Démocrates refusent de laisser le libre choix des écoles aux parents.

Les statistiques établissent un lien clair entre l’absence du père et la délinquance. 70 % des enfants noirs naissent dans des foyers sans père

Quels sont les principaux problèmes auxquels se confronte la communauté noire ?

Père absent. Père absent. Père absent. Les statistiques établissent un lien clair entre l’absence du père et la délinquance. 70 % des enfants noirs naissent dans des foyers sans père. En 1950, c’était 18 %. En 1965, le président Lyndon Johnson a lancé sa « guerre contre la pauvreté ». Depuis lors, le contribuable finance par milliards les programmes sociaux, et la pauvreté demeure. Du temps de l’esclavage, un enfant noir avait plus de chance de naître sous le même toit que sa mère et son père biologiques qu’aujourd’hui.

Où en est le débat sur les réparations ?

Cette histoire est ridicule. Seuls 5 % des Blancs aux États-Unis ont des ancêtres liés à l’esclavage. Parmi les 350 000 propriétaires d’esclaves en 1860, une infime minorité, peut-être 8, étaient républicains. Le Ku Klux Klan a été fondé par des Démocrates. Les Démocrates se sont opposés aux 13e ,14e et 15e amendements qui libéraient les esclaves, leur accordaient la citoyenneté et le droit de vote. Quant au Civil Rights Act de 1964, davantage de Républicains que de Démocrates ont voté pour. Le père jamaïcain de notre vice-présidente Kamala Harris reconnaît avoir des propriétaires d’esclaves parmi ses ancêtres. Alors qui doit payer ces réparations?

Le chômage des Noirs n’a jamais été aussi bas grâce à lui. Trump a gracié à titre posthume Jack Johnson, premier champion noir de boxe poids lourd, injustement condamné sur des fondements racistes

Donald Trump a été constamment traité de raciste. L’est-il ? 

Si oui, il s’y prend mal. Le chômage des Noirs n’a jamais été aussi bas grâce à lui. Trump a gracié à titre posthume Jack Johnson, premier champion noir de boxe poids lourd, injustement condamné sur des fondements racistes. Même Obama ne l’avait pas fait malgré la campagne menée auprès de lui pour rendre justice à ce héros. Trump a signé le First Step Act qui réduit en moyenne de 70 mois les peines injustement sévères pour crime non-violent lié à la drogue infligées à 5 000 condamnés (en majorité des hommes noirs). Trump a augmenté les budgets alloués aux collèges historiquement noirs. Il a développé des « zones d’entreprises » pour créer des emplois dans les quartiers défavorisés[...]

Jérémy Bouhy : « Il n’y a aucune chance que cette Super League voie le jour »

Douze grands clubs européens ont annoncé hier la création d’une Super League. Quels intérêts les grands clubs ont-ils à créer une telle compétition ?

Tout ce que les économistes avaient prévu est en train de s’opérer. En clair, les deux grandes bulles spéculatives qu’étaient les droits télévisés et le prix des joueurs ont explosé en même temps avec le Covid. Ces douze clubs se retrouvent aujourd’hui surendettés avec aucun autre moyen de survie que de faire, selon la grande expression du moment, un grand reset. 

Tout le monde parle d’une victoire du football marketing sur le football populaire, mais vous nous dites donc qu’il s’agit plutôt d’une géante opération de sauvetage ?

C’est une opération de sauvetage. S’ils ne repartent pas d’une page blanche pour recréer une nouvelle bulle spéculative sur les droits TV, ils ne pourront pas poursuivre économiquement. Que les clubs appartiennent aux supporters (Real Madrid, FC Barcelone) ou à des actionnaires privés (Manchester, Chelsea, Milan AC, etc), tous sont financièrement dans le rouge.

Le politique mettra toujours un veto à ce type de projet, au nom de la sauvegarde de la dimension populaire du football. Or, en football, c’est le politique qui a le dernier mot

Les leviers de croissance ont été épuisés, les actionnaires sont déjà propriétaires de leurs stades, certains clubs déjà cotés en bourse, et puisque la crise a fait fondre leur valeur et exploser leur endettement, leur revente est quasiment impossible. La variable d’ajustement se situe donc dans les recettes TV. Ce projet global n’est donc ni plus ni moins qu’un projet de refinancement de la dette des clubs. D’ailleurs, la banque JP Morgan est partie prenante à l’opération. [...]

L’Incorrect

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