
Pour explorer l'histoire, il faut se fonder sur deux éléments solides : la patience et la modestie. Quand on prétend explorer l'ensemble napoléonien, par exemple, son espace, sa géographie complète, son étendue morale, militaire ou diplomatique, ses zones intimes, ses multiples dimensions, enfin l'homme, ses actions et son entourage, toute vanité doit choir. L’homme Napoléon a été diversement jugé, diversement approché, mais a-t-il été entièrement sondé, rigoureusement compris ? Dans les passions qu'il déclenche, dans les anachronismes qu'il peut encore provoquer, on doit se rendre à l’évidence : Napoléon reste grand parce qu'à l'inverse de la Révolution vue par Clemenceau, il n'est pas un « bloc ». Et surtout parce qu'il n'est pas un bloc inerte. Ne voir en lui que le despote, sans voir la puissance corrosive sur lui-même (comme le sentirent Balzac et Delacroix) de son propre pouvoir et de sa force virile, presque romaine, de haute volonté, c'est ne rien comprendre à l'homme et à son parcours d'astre pressé.
Ne juger son héritage et ses propres hésitations qu'au gré de nos fixations morbides contemporaines, au rythme masochiste de l’autoflagellation, c'est refuser par principe, par une conception qui n'est pas historique mais hystérique, de considérer qu'il incarne un monde, mais surtout qu'il y a toujours eu chez ce législateur le souci de ce qu’il faut appeler une civilisation. Napoléon, grâce à la Corse et au-delà d'elle, a réussi à fixer dans un temps bref mais dans un sillon profond, la réalité d'une virtù, mélange de courage, d'énergie et source d'enthousiasmes.












