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Son style à lui : Marquer son territoire
Le bon usage de l’eau de toilette est un art qui relève davantage de la retenue que de la démesure : comme une dose excessive de sel corromprait le plus subtil des mets, savoir se parfumer devra se compter en gouttes parcimonieuses plutôt qu’en flots débordants. Nous avons tous vécu cela : une sortie de bureau dans un métro bondé, collés à un voyageur qui nous aura gratifiés d’une eau de toilette tenace et dégradée par sa propre sueur, ou encore un collègue qui vous aura fait don de sa trace olfactive rien qu’en vous serrant la main, tel un virus informatique envahissant et ravageur, et qu’aucun savon ne saura effacer avant au moins deux heures. Si le parfum était jadis un élément de toilette destiné à flatter ou masquer les odeurs naturelles d’un coup de chapeau lors d’une révérence, cette conception utilitaire et romantique n’est plus qu’un souvenir : il s’agit désormais de marquer un territoire de manière animale en se servant d’une fragrance comme d’un élément de séduction. Ce langage olfactif, s’il est muet, en dit pourtant long : selon la cherté et l’image du produit, le porteur en affirme son niveau de vie, sa domination sur les concurrents éventuels et le leurre d’une fausse individualité, la quantité palliant souvent la qualité en un choix relevant davantage de l’idée qu’il se fait de lui-même plutôt de ce qui convient à sa peau. De plus, pour contrecarrer l’image de fugacité que renferme une fragrance équilibrée, il faudra désormais qu’elle dure au-delà de son spectre naturel, comme pour affirmer la persistance d’un pouvoir que l’on voudrait sans fin. Suivant servilement les publicités au schéma primaire d’une femme tombant dans les bras d’un homme parfumé, jeune, beau et riche, les neurones miroirs de notre prédateur moderne feront la substitution factice d’une personnalité privilégiant l’apparence au détriment de la richesse de l’intellect. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
Le Coin du juriste : Complotistes et affabulateurs
Les élites qui conspuent le complotisme, souvent avéré, du peuple n’en sont-elles pas elles-mêmes la cause, voire le jumeau, quand elles se laissent aller à des délires interprétatifs ? Le traitement des Gilets jaunes est à ce titre exemplaire. Tout ce que Paris compte de commentateurs des évènements politiques ont raillé les théories du complot qui ont fleuri après la tuerie du marché de Noël de Strasbourg dans plusieurs groupes de Gilets jaunes. De fait, on hésitait entre la consternation et l’embarras, à voir des gens qui avaient eu le mérite de remettre le bon sens au centre du village, en témoignant de leurs dures réalités quotidiennes (« je travaille dur et je n’arrive pas à finir le mois »), se fourvoyer dans d’invraisemblables hypothèses (« L’attentat ? Un coup monté pour faire peur aux gens pour les dissuader de se rendre aux manifestations »). L’inclination au complotisme est le produit d’une alliance paradoxale, celle de la crédulité et de la défiance : c’est quand on se méfie de tout que l’on se met étrangement à croire à des fables, pour peu qu’on se les soit forgées à soi-même. Les schèmes conspirationnistes ne se développent donc que sur la toile de fond d’un spectacle de magie trop longtemps rejoué. Ces dernières semaines, le prestidigitateur vient d’ajouter un nouveau tour à son répertoire. Le ministre de l’Intérieur a fait une découverte, c’est que les attentats terroristes provoquent dans la population un réflexe de solidarité et de défense des institutions attaquées. Il n’en fallait pas plus pour que les attributs du terrorisme islamiste soient insidieusement plaqués sur la révolte des Gilets jaunes (le recyclage du qualificatif « radicalisé » par exemple) et que soit convoqué le champ lexical de la République en danger. Ça tombe bien, l’accusation de fascisme ne fait plus assez peur, même si certains n’hésiteront pas à mélanger allègrement les deux thématiques pour obtenir une tambouille plus répulsive. (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
Le libéralisme rejette toute notion de vérité et de bien
Le libéralisme est devenu, depuis les années 1990, l’idéologie dominante de notre postmodernité déclinante. Pourtant, sa faiblesse congénitale repose sur un rétrécissement du bien commun au bénéfice d’une liberté individuelle illimitée, estime Christophe Geffroy, directeur de La Nef. L’hégémonie actuelle du libéralisme s’explique par la conjonction de trois phénomènes plus ou moins concomitants : la dérégulation des années 1980- 1990 qui a conduit à la financiarisation de l’économie et à la concentration des richesses ; la chute du communisme en Europe de l’Est et en Union soviétique et la mondialisation, favorisée par les deux points précédents. Ainsi, même un pays comme la France largement gangrené par le socialisme étatique ne peut échapper au libéralisme ambiant – ce qui se manifeste, par exemple, par le démantèlement progressif des services publics et de la protection sociale, comme par exemple la généralisation du travail dominical. De la vérité à la liberté Ce libéralisme excessif qui nous détruit est principalement économique. Faisons un peu d’histoire pour en comprendre l’origine. Le contexte de sa naissance est celui du passage d’une société holiste ou communautaire à une société individualiste, fruit d’un long mouvement d’émancipation de l’homme de toute tutelle supérieure s’imposant à lui – Dieu d’abord, la nature ensuite, la culture aujourd’hui – qui a sa source dans le nominalisme du XIVe siècle et l’humanisme du siècle suivant. Ainsi, l’anthropologie classique, héritée d’Aristote et saint Thomas d’Aquin, qui appréhende l’homme comme un « animal politique » fait pour la société et animé de liens d’amitié envers son semblable (la philia), laisse-t-elle la place à une tout autre vision, celle d’un être associable à l’état de nature, d’où l’idée du « contrat social » pour mettre fin à la guerre de tous contre tous (Hobbes). Cette évolution génère un basculement fondamental qui s’opère sur une longue période : dans l’ordre politique, la primauté passe de la vérité à la liberté. Le libéralisme apparaît ainsi historiquement comme une réponse au problème de la liberté : 1/ Comment protéger institutionnellement la liberté-autonomie contre un pouvoir réputé par nature despotique ? (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
Jeannette Bougrab : «Les intellectuels de gauche se sont toujours fourvoyés avec les pires criminels »
Dans sa Lettre aux femmes voilées et à ceux qui les soutiennent, Jeannette Bougrab, ancienne présidente de la Halde et ancien ministre de Nicolas Sarkozy, effectue un tour du monde effrayant des persécutions infligées aux femmes musulmanes qui ne veulent pas porter le voile. L’indifférence de la France la stupéfie. Vous avez passé trois ans en Finlande, pays de culture luthérienne où il serait en quelque sorte inconvenant de s’interroger sur la signification du port du voile islamique. En France, au moins, on peut en parler. Ce n’est pas parce que j’ai écrit un livre pour dénoncer ce que signifie le port du voile et comment il est imposé, sous peine d’incarcération, de tortures voire de mort dans certains pays, à travers des exemples concrets, qu’on peut en parler. Certes, en Finlande, les choses sont plus posées, mais, en France, il est impossible de débattre sereinement de ce sujet. Lorsque j’énonce de simples faits – par exemple que des femmes sont jetées dans des geôles et torturées parce qu’elles ont arraché leur voile en public – je suis violemment attaquée. Quand je dis que des femmes sont assassinées parce qu’elles ont simplement réclamé leur émancipation, les gens ne m’écoutent pas. Alors même que toute la France, le pays des droits de l’homme, le pays des Lumières, le pays de Voltaire, devrait être au côté de ces femmes-là, on ne l’est pas. Comment l’expliquez-vous ? À vrai dire, je ne m’explique pas cette faillite du modèle français. Je suis très surprise de voir que des jeunes femmes françaises sont « pro-voile », alors qu’en Iran, des femmes qui n’ont pas grandi dans un État de droit, qui n’ont pas grandi avec ces valeurs de liberté, qui n’ont pas baigné dedans depuis leur plus tendre enfance, se révoltent contre le sort qui leur est fait. C’est une sorte de servitude volontaire que je n’arrive pas à comprendre. Peut-être estiment-elles que le port du voile relève de la liberté des femmes : elles choisissent de le porter ou pas ? Que des femmes le mettent volontairement, je n’en doute pas. Ce que je dis, c’est que c’est un acte qui relève de pratiques contraires aux valeurs républicaines d’égalité et de liberté. Le voile est devenu une sorte de certificat d’islamité : porter le voile, ce serait être une bonne musulmane. Le voile serait un signe de foi, alors que c’est d’abord un acte politique. Or, tandis que les intellectuels français se taisent, les mots les plus forts dénonçant la condition de la femme sous la férule islamiste viennent d’Égyptiennes ou d’écrivains comme Kamel Daoud qui vivent en terre d’islam. Si j’ai écrit ce livre, c’est aussi pour me faire leur porte-voix, et pour relayer la parole de ceux qui se sont exilés aux États-Unis ou au Royaume-Uni, et qu’on ne trouve décidément pas en France. Vous rappelez la responsabilité écrasante de la France – et l’aveuglement de ses intellectuels – avec les 122 jours que l’ayatollah Khomeiny a pu passer en France pour y préparer la révolution islamique de 1979, revenant d’ailleurs à Téhéran dans un avion affrété par l’Élysée ! Mais ça continue ! Hier, c’était Khomeiny ; aujourd’hui, c’est Ben Salman. On déroule le tapis rouge au jeune prince saoudien, en le présentant comme un réformateur, alors qu’il n’est que l’incarnation du wahhabisme le plus rétrograde qui soit. Savez-vous que le jour où les femmes ont eu le droit de conduire en Arabie saoudite, il a fait arrêter de nombreux militants des droits des femmes, qui ont été torturés, et qui, pour certains, croupissent toujours en prison ? (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
Ghislain de Diesbach : L’imparfait du subjectif
Biographe à succès de Madame de Staël, de Chateaubriand et de Proust, Ghislain de Diesbach est aussi l’auteur de truculents mémoires. Un homme Grand Siècle, élégant et racé, qui déambule dans une époque grossière. « Je veux que mes enfants soient élevés dans la haine de la République », disait son père. Dès l’école, Ghislain de Diesbach cultive sa différence, proclame son royalisme et refuse de chanter la Marseillaise. À quoi l’abbé jacobin répond du collège en le croisant : « Tiens, v’là l’boche ». Ghislain de Diesbach a toujours eu le goût de l’insolite et du bizarre. Issu d’une antique famille suisse, il naît au Havre en 1930. La passion des montagnes, propre aux Suisses, ne l’a jamais touché. Toute sa vie, il demeure hanté par les ports et le grand large. En 1940, l’effondrement de la France révèle à l’enfant la comédie humaine avec ses lâchetés et parfois son héroïsme. La confusion est générale, et sur les routes des soldats français aux allures de clochards se mêlent aux civils. Ghislain de Diesbach consigne dans un journal ces événements où se mêlent tragédie et grotesque. Il débute sans le savoir le métier de mémorialiste. Sa vie accélère brusquement en 1958. Comme tout homme de lettres qui se respecte, il cultivait jusque-là son oisiveté avec opiniâtreté. Son père, excédé de sa paresse, finit par lui couper les vivres. Ghislain se jette sur la première situation venue, stagiaire chez L’Urbaine et la Seine, une compagnie d’assurances. C’est le temps des petites chambres d’hôtel sinistres et des maigres repas. Dans le troisième volume de ses mémoires, Un début à Paris, il décrit cette France des années cinquante où se mêlent paternalisme et alcoolisme. Chez L’Urbaine et la Seine, tout est prétexte à organiser des « pots ». On boit et on mange à toute heure pour oublier son salaire de misère, tandis que le garde-chiourme que l’on appelle le « Léopard », arpente les étages pour débusquer les tire-au-flanc. Le week-end, Diesbach écrit. Il publie en 1960 un premier recueil de nouvelles, Iphigénie en Thuringe. Récit d’un autre temps, ciselé à l’imparfait du subjonctif dans un style suranné parfaitement assumé. Sacré « jeune maître de l’insolite », les portes du monde littéraire s’ouvrent à lui. Propositions d’éditeurs et soirées mondaines se succèdent. Dès lors, sa vie s’écoule dans une cadence immuable : il travaille la journée aux assurances, rentre chez lui répondre à son courrier, et se précipite à un dîner en ville. Car Ghislain de Diesbach est un mondain professionnel. Pendant 40 ans, il rencontre des milliers de personnes. Une multitude délibérée, destinée à approfondir sa connaissance des hommes. Et entretenir son sens de l’observation : « J’ai l’œil et j’ai l’oreille. Cela me fut très utile pour concevoir mes biographies ». (...) À découvrir dans le dernier numéro de L’Incorrect et en ligne pour les abonnés.
« De plus en plus de jeunes musulmans en France baignent dans la culture rap »
Le rappeur Médine était au Zénith il y a deux jours. À cette occasion, vous avez publié la vidéo d’entretien-débat que vous aviez réalisée avec lui au mois de novembre dernier, alors qu’il envisageait de jouer au Bataclan, nonobstant ses appels passés à une sorte de djihad. Croyez-vous qu’il ait changé ?
Alexandre del Valle : « Nos démocraties sont structurellement incapables de mettre hors d’état de nuire des psychopathes »
Le rapatriement des 150 djihadistes de nationalité française depuis le proche Orient fait débat. Dans l'intérêt de la France, vaut-il mieux les laisser sur place ou les avoir sous contrôle en France ? Éclairage par Alexandre del Valle. Si on ne rapatrie pas ces djihadistes, comment seront-ils gérés sur place ? Si on les laisse sur place, il y a plusieurs possibilités. Ils peuvent rejoindre d'autres lieux de djihad, être exécutés, la plus grande probabilité est qu'ils soient à un moment ou à un autre relâchés. Parce que ce soient les Kurdes ou les Syriens, il y a une volonté de punir l'Occident d'avoir été soit contre le régime syrien, soit d'avoir lâché les Kurdes. Donc il y a de grandes chances -d'aucuns diraient malchance- que la plupart ne soit pas tuée, et se retrouve dans la nature et fasse des petits. D'un autre côté, sur la masse de djihadistes qu'il y a dans ces pays, ça ne change pas grand'chose au niveau local et international. Mais ils peuvent aussi rejoindre des lieux qui préparent des attentats en Europe.
La Ligue du LOL : lécher, oublier, lyncher
La « Ligue du LOL » ? Vous n’en aviez jamais entendu parler ? Comme l’ultra majorité des Français jusqu’à ce week-end. Anecdotique en apparence, l’histoire de ce groupe privé Facebook réunissant l’élite des journaleux-pubards parisiens tendance « Inrockcs-Libé-Slate » en dit pourtant long sur l’état de décrépitude de notre société. «Si vous soutenez ne serait-ce qu’un minimum la bande de harceleurs et autres potes d’agresseurs qui se sont hissés en position de pouvoir –notamment sur cette plateforme – en marchant publiquement sur des meufs et minorités pendant des années, barrez-vous de mes follows », écrivait sur Twitter une des victimes de la Ligue du LOL cette semaine. Créée par Vincent Glad à la fin des années 2000, la Ligue du LOL a été l’origine de diverses campagnes qualifiées aujourd’hui de « harcèlement », notamment contre des femmes. Aux âges sombres des réseaux sociaux, en un temps que les Murayens et Kheys de moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, où les « memes » n’étaient encore que des photomontages grossiers fabriqués à partir de captures d’écran de la première saison de Loft Story ou d’extraits de génériques des séries AB Prod, Twitter n’était qu’un tout petit réseau branché et quasi privé. Y régnaient alors en maîtres les « branchés » qui deviendraient plus tard « hipsters ». Plus trash que le ne sont aujourd’hui leurs successeurs, ils s’acharnaient sur des individus de leur sphère mais qui ne partageaient pas forcément le même humour ou les mêmes codes : bloggeurs sensibles et autres pionnières des tutos beauté sur YouTube.

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