

La période moderne a vu le remplacement du régime héroïque par le régime victimaire. Ce ne sont plus les hauts faits qui sont distingués mais les victimes, en proportion des horreurs qu’elles ont subies. Ce sont elles, bien que là involontairement et passivement, et alors que personne ne voudrait embrasser leur condition, qui fascinent, parce que leurs souffrances nous sont inexplicables, et par-là intolérables. Premier paradoxe : l’ère de la victime met en lumière l’action du Mal, mais n’a jamais été si peu capable de le comprendre. Leur malheur n’a aucun sens ; elles ont vécu un martyre sans être martyrs. D’où leur sacralité : elles sont les élues d’un Mal qu’on avait promis de faire disparaître. Victimes expiatoires de notre cheminement vers le paradis terrestre, elles deviennent forces motrices du progrès, dont elles montrent l’inachèvement. On célèbre les damnés de la terre pour confesser notre incomplétude collective. À chaque fois, la « der des ders ». Second paradoxe : on révère les victimes car on rêve d’un monde où elles n’existeraient plus. [...]

14 mai 2025
Qu’est-ce qu’un héros ? [...]
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13 mai 2025
À celui qui voudrait prendre la mesure du déclin réel de l’Occident, il fallait emprunter ce dimanche-là la voie royale du RER B, celui qui se perd dans les échangeurs autoroutiers, au nord de la capitale, avant de s’enfoncer dans les brumes industrieuses de la Plaine Saint-Denis, puis du Parc des expositions à Villepinte, étoile de béton quasi-brutaliste où se tiennent les foires annuelles de VRP et autres conventions de bimbeloteries – à commencer par celle qui nous occupe : le « Comic Con », démarcation française de son émanation américaine, rendez- vous officiel de tous les fans de comics – c’est-à-dire de bandes dessinées américaines estampillées DC ou Marvel et où s’époumonent des super-héros bigarrés et vaguement bipolaires. Ici, c’est l’empire de ce qu’on appelle, entre initiés, le fandom, c’est-à-dire le cercle d’initiés qui vouent un culte à cette contre-culture, élargie depuis à l’animation japonaise, à Star Wars, et aux feuilletons télévisés M6 du type Charmed ou Stargate SG-1, enfin bref à tout ce qui constitue en quelque sorte le divertissement industriel conçu dans les athanors à rêves de la post-modernité. [...]
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9 mai 2025
Élu depuis quelques mois seulement et alors que la guerre en Syrie fait rage, le pape François convoque place Saint-Pierre une veillée de prières tout spécialement à l’intention de la « Syrie bien-aimée et martyre ». Le 7 septembre 2013, près de 100 000 personnes répondent présent à Rome, tandis que l’événement est relayé dans le monde entier. Dans le même esprit, au printemps 2014, son premier voyage est en Terre Sainte. Cette attention particulière ne se dément pas. Ainsi, en octobre dernier, il consolait encore les habitants du Proche-Orient touchés par la guerre, leur déclarant notamment : « Je suis avec vous, habitants de Gaza, meurtris et épuisés, qui êtes chaque jour dans mes pensées et mes prières. » Et de demander une nouvelle journée de jeûne et de prière à leur intention. [...]
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9 mai 2025
Certains la veulent pour le Prix Nobel de la paix. Une pétition réunit déjà 177 000 signataires. Gisèle Pélicot n’a pas attendu cette grotesque pétition pour être bombardée héroïne des temps modernes. Nouvelle icône en vogue pour les tabloïds, retenue par la BBC dans son classement des 100 femmes les plus influentes de l’année, aux côtés de l’actrice américaine Sharon Stone ou de Nadia Murad, cette jeune Yazidie qui lutte pour « mettre fin à l’emploi des violences sexuelles en tant qu’armes de guerre », elle était même en couverture de Paris Match, posant à son corps défendant, pourrait-on dire, avec son nouveau compagnon, « Jean-Loup » avec qui elle tente de se « reconstruire ». Si l’avocat de Mme Pélicot s’est empressé de dénoncer ces photos volées, rien ne semble pouvoir arrêter la machine médiatique qu’elle a même contribué à lancer : elle a déjà vendu les droits de son histoire à HBO, qui ne manquera pas d’en tirer un feuilleton tout aussi édifiant que racoleur. Quant au livre évidemment, il est déjà écrit et constituera pour son éditeur Flammarion une des valeurs monétaires sûres de la prochaine rentrée littéraire. En refusant le huis clos, c’est la France et bientôt le monde tout entier qui pourra approcher l’enfer de Mazan et poser ses jumelles dans la chambre des époux. Rien n’échappe au monde-spectacle, et surtout pas les alcôves les plus extrêmes de la perversion masculine… Au milieu de tout ça, Gisèle Pélicot ressemble déjà à une marque : sa frange soigneusement coupée, ses lunettes noires, son visage de Shar-Peï font déjà l’objet de pochoirs et de fresques sur tous les murs de France et de Navarre – en d’autres temps, on l’aurait bientôt vue au dos des paquets de céréales… [...]
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6 mai 2025
Le pape François a débuté son pontificat avec une volonté de réformer-purifier la curie, notamment à la suite des différents scandales. Quel bilan tirez-vous ?
La réforme de la curie par le pape François faisait partie de la feuille de route qui lui avait été donnée par le Sacré collège en 2013. Elle était un impératif au regard des scandales qui avaient jalonné les pontificats depuis trop longtemps, c’est-à-dire depuis le pontificat de Paul VI (1963-1978). Même s’il affirmait le contraire, les scandales touchant la curie ont d’ailleurs été une des raisons de la fragilité et de la fatigue de Benoît XVI, qui a donc pris la décision de renoncer à sa charge. Une fois élu, François a pris des mesures drastiques et salutaires en vidant de sa substance – c’est-à-dire de son pouvoir financier – la fonction du Secrétaire d’État, le numéro deux du Vatican. En outre, il a nettoyé les écuries d’Augias de la fameuse banque du Vatican afin de répondre aux normes internationales en matière de transparence financière. Là aussi, son bilan a été positif il me semble. La réforme de la curie elle-même a pris bien plus de temps. Publiée très tardivement en 2022, la constitution Praedicate evangelium marqua la volonté de François de mettre fin à la centralisation romaine. Comme j’ai pu déjà le dire, il s’agissait de mettre l’accent sur la mission de l’Église plutôt que sur le contrôle doctrinal, de passer d’une « autorité-pouvoir » à une « autorité-service » d’inspiration jésuite. Seul l’avenir dira si cette réforme constitutionnelle portera véritablement ses fruits. [...]
La réforme de la curie par le pape François faisait partie de la feuille de route qui lui avait été donnée par le Sacré collège en 2013. Elle était un impératif au regard des scandales qui avaient jalonné les pontificats depuis trop longtemps, c’est-à-dire depuis le pontificat de Paul VI (1963-1978). Même s’il affirmait le contraire, les scandales touchant la curie ont d’ailleurs été une des raisons de la fragilité et de la fatigue de Benoît XVI, qui a donc pris la décision de renoncer à sa charge. Une fois élu, François a pris des mesures drastiques et salutaires en vidant de sa substance – c’est-à-dire de son pouvoir financier – la fonction du Secrétaire d’État, le numéro deux du Vatican. En outre, il a nettoyé les écuries d’Augias de la fameuse banque du Vatican afin de répondre aux normes internationales en matière de transparence financière. Là aussi, son bilan a été positif il me semble. La réforme de la curie elle-même a pris bien plus de temps. Publiée très tardivement en 2022, la constitution Praedicate evangelium marqua la volonté de François de mettre fin à la centralisation romaine. Comme j’ai pu déjà le dire, il s’agissait de mettre l’accent sur la mission de l’Église plutôt que sur le contrôle doctrinal, de passer d’une « autorité-pouvoir » à une « autorité-service » d’inspiration jésuite. Seul l’avenir dira si cette réforme constitutionnelle portera véritablement ses fruits. [...]
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5 mai 2025
Vous attendiez-vous à l’unanimité des réactions politiques et médiatiques à la mort du pape François ?
Je n’en ai pas été surpris. Cette classe politique, très peu surnaturelle, juge les papes avec les critères du monde. Elle réagit selon une logique conforme à ses propres catégories. Le conformisme règne. Le pontificat de François a été lu, interprété, voire salué à travers des lunettes purement politiques, selon une grille de lecture qui ignore la réalité théologique, ecclésiale, spirituelle. Cette grille politique, justement, semble avoir été omniprésente dans l’analyse de son pontificat. Est-ce spécifique à François ? Ce qui est particulier chez François, c’est qu’il a brouillé les pistes. Les mots n’ont pas le même sens dans le champ ecclésial et dans le champ politique. Être « progressiste » dans l’Église ne recouvre pas les mêmes implications qu’être « progressiste » en politique. Le progressisme politique défend l’avortement, l’euthanasie, la théorie du genre. Le progressisme ecclésial peut parfois lui ressembler mais il peut aussi en être très éloigné. François a lui-même affirmé qu’il n’avait jamais été conservateur, mais cela ne signifie pas qu’il soit un progressiste au sens où l’entendent les médias. Il y a là une ambiguïté terminologique majeure. On croit dire la même chose, on utilise les mêmes mots, mais on parle de réalités radicalement différentes. [...]
Je n’en ai pas été surpris. Cette classe politique, très peu surnaturelle, juge les papes avec les critères du monde. Elle réagit selon une logique conforme à ses propres catégories. Le conformisme règne. Le pontificat de François a été lu, interprété, voire salué à travers des lunettes purement politiques, selon une grille de lecture qui ignore la réalité théologique, ecclésiale, spirituelle. Cette grille politique, justement, semble avoir été omniprésente dans l’analyse de son pontificat. Est-ce spécifique à François ? Ce qui est particulier chez François, c’est qu’il a brouillé les pistes. Les mots n’ont pas le même sens dans le champ ecclésial et dans le champ politique. Être « progressiste » dans l’Église ne recouvre pas les mêmes implications qu’être « progressiste » en politique. Le progressisme politique défend l’avortement, l’euthanasie, la théorie du genre. Le progressisme ecclésial peut parfois lui ressembler mais il peut aussi en être très éloigné. François a lui-même affirmé qu’il n’avait jamais été conservateur, mais cela ne signifie pas qu’il soit un progressiste au sens où l’entendent les médias. Il y a là une ambiguïté terminologique majeure. On croit dire la même chose, on utilise les mêmes mots, mais on parle de réalités radicalement différentes. [...]
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5 mai 2025
D’où vient notre attrait pour la victime ?
Le victimisme est un dérivé du christianisme et du judaïsme. Le souci pour la victime vient de la Passion de Jésus-Christ, le Fils de Dieu crucifié comme un esclave sur la croix, et qui dans son martyr témoigne pour tous les faibles, opprimés et affligés. Les premiers sur terre sont les derniers au ciel, et inversement. C’est la subversion apportée par cette figure unique dans l’histoire humaine : pour la première fois, les forts n’ont pas raison contre les faibles, c’est une révolution fondamentale. Le culte de la victime vient donc du christianisme lequel, contrairement à ce qu’on entend ici ou là, dépérit peut-être comme pratique mais triomphe comme mentalité et continue à irriguer la société française dans toutes ses parties, y compris chez les athées ou à l’extrême gauche. En somme, la victimisation est une illustration de cette phrase de Chesterton : « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. » [...]
Le victimisme est un dérivé du christianisme et du judaïsme. Le souci pour la victime vient de la Passion de Jésus-Christ, le Fils de Dieu crucifié comme un esclave sur la croix, et qui dans son martyr témoigne pour tous les faibles, opprimés et affligés. Les premiers sur terre sont les derniers au ciel, et inversement. C’est la subversion apportée par cette figure unique dans l’histoire humaine : pour la première fois, les forts n’ont pas raison contre les faibles, c’est une révolution fondamentale. Le culte de la victime vient donc du christianisme lequel, contrairement à ce qu’on entend ici ou là, dépérit peut-être comme pratique mais triomphe comme mentalité et continue à irriguer la société française dans toutes ses parties, y compris chez les athées ou à l’extrême gauche. En somme, la victimisation est une illustration de cette phrase de Chesterton : « Le monde moderne est plein d’anciennes vertus chrétiennes devenues folles. » [...]
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