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Affaire Camus contre Moix : diffamez, il en restera toujours quelque chose

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© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

Que les lumiéristes en peine se rassurent, les maximes de leurs maîtres ont toujours cours en France : « audaciter calomniare semper aliquid haeret », comme disait à peu près Francis Bacon.

 

Un étrange arrêt de la Cour de cassation a ainsi été rendu hier, et d’étrange manière, au sujet d’une affaire opposant l’écrivain Renaud Camus au chroniqueur télé Yann Moix. Le motif en était que celui-ci avait dit de celui-là dans l’émission télévisée de Laurent Ruquier « On n’est pas couché », diffusée le 3 juin 2017 sur la deuxième chaîne de service public : « C’est un écrivain […] assez antisémite ».

 

Lire aussi : Chantal Delsol : Certaines opinions sont considérées comme des délits »

 

Débouté en première instance, M. Camus avait gagné en appel et fait condamner Yann Moix pour diffamation. Mais la Cour de Cassation, présidée par M. Soulard, en a décidé autrement, fondant son raisonnement sur ceci « que constitue une diffamation, l’allégation ou l’imputation qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne et se présente sous la forme d’une articulation précise de faits de nature à être, sans difficulté, l’objet d’une preuve et d’un débat contradictoire », et qu’en l’occurrence il n’y avait chez le chroniqueur télé aucun raisonnement, ni aucune preuve ni aucun débat – ce qui est particulièrement étonnant dans la France contemporaine.

La cour de cassation continue en expliquant que « le passage poursuivi relevait de l’expression d’une opinion et d’un jugement de valeur sur la personnalité de la partie civile, fussent-ils fondés sur des propos qui étaient prêtés à celle-ci, et non de l’imputation d’un fait précis ». Ainsi on nous dit qu’on peut accuser quelqu’un d’être antisémite, pourvu que ce soit sur la foi de propos « prêtés », peu importe que ces propos soient faux et très dommageables.

 

La cour de cassation continue en expliquant que « le passage poursuivi relevait de l’expression d’une opinion et d’un jugement de valeur sur la personnalité de la partie civile, fussent-ils fondés sur des propos qui étaient prêtés à celle-ci, et non de l’imputation d’un fait précis ». Ainsi on nous dit qu’on peut accuser quelqu’un d’être antisémite, pourvu que ce soit sur la foi de propos « prêtés », peu importe que ces propos soient faux et très dommageables.

 

Aussi, M. Moix ayant dit à peu près n’importe quoi et au hasard sur M. Camus sans qu’on puisse rapporter ce propos à aucun fait, il n’y a pas lieu de penser que ce soit de la diffamation. Vertige du droit qui ouvre les portes aux rêveries les plus immenses. Par exemple, si je dis que Yann Moix est un écrivain très antisémite, je risque le procès en diffamation puisqu’on peut relier mes propos à des faits précis. En revanche, si j’écris que Yann Moix est le plus grand écrivain français après Chateaubriand, nul n’aura lieu de se plaindre puisque cela ne fait l’objet d’aucune preuve.

 

Lire aussi : La France sous la menace e la censure

 

Pour le reste, on notera le procédé plutôt cavalier de la justice française. Maître Yohann Rimokh, avocat de Renaud Camus explique à L’Incorrect que lui et son client ont pris connaissance de cette décision « après les journalistes, sans avoir eu connaissance du pourvoi, ni avoir été convoqués, ni avoir reçu de calendrier de procédure, ni mémoire de M. Moix, ni notification quelconque, ni avoir été mis en mesure de participer aux débat ou à la procédure. Rien de tout cela : un arrêt de cassation reçu par courriel, hier à cinq heures et demi de l’après-midi ».

Il annonce son intention de déposer un recours.

 

Jacques de Guillebon

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