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Alliances transpartisanes à l’Assemblée nationale : la grande inconnue

La France est-elle ingouvernable, ou des majorités de circonstances pourront-elles être trouvées sur certains textes ? Petit tour d’horizon des alliances transpartisanes possibles sur certains sujets-clefs.

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© Valentin Deniau pour L'Incorrect

Le plateau de BFMTV était particulièrement animé ce dimanche soir d’élection. Entre la volubilité toujours amusante de Rachida Dati et le sourire éclatant de Jordan Bardella, les téléspectateurs ont pu constater des appels du pied étonnants entre les trois camps : la Nupes, Renaissance et le RN.

1. La réforme des retraites

Promise durant son premier quinquennat, la réforme des retraites sera sans nul doute l’un des principaux sujets du second mandat d’Emmanuel Macron. Là où Renaissance ! (ex-LREM) et LR veulent repousser l’âge légal de départ à 65 ans, le RN et la Nupes préfèrent le rabaisser à 60 ans. Une alliance entre le centre et la droite ne serait pas absurde, ce qui amènerait le RN et la Nupes à s’opposer ensemble au texte. Pourtant, lorsqu’Apolline de Malherbe interroge Alexis Corbière sur la possibilité d’une alliance entre les deux « extrêmes » sur ce sujet, il balaie la question d’un revers de main, comme si l’idée était hors-sujet. Pourtant, à quelques virgules – amendements – près, la proposition est la même.

Si Thierry Mariani ne s’est pas opposé frontalement à l’idée, reste que la gauche a repris son vieux vocabulaire bolchévique en ressortant le vieil argument des années 30 : « L’extrême-droite est l’ennemi du peuple ». Alors que le RN semble opter pour une stratégie de proposition, la Nupes serait de son côté une opposition purement contestataire, sans compromission avec personne.

Lire aussi : Ils voulaient de la représentation, ils l’ont eue

2. Justice

Quoi de plus surprenant qu’Éric Dupont-Moretti faisant des appels du pied au RN ? Bien qu’on ait l’impression qu’il mange sa cravate en le disant, le garde des Sceaux demandait effectivement à Thierry Mariani de voter ses lois justice pour devenir une « opposition de construction ». Et celui-ci de répondre qu’il n’était pas un idéologue et qu’il était ouvert aux propositions. À ce sujet, Jordan Bardella apportera un peu plus tard dans la soirée une précision en affirmant ne pas croire à un revirement du gouvernement sur ces questions. En attendant, personne n’a fermé la porte à une évolution des relations entre la majorité et le RN. On pourrait aussi envisager une alliance entre Renaissance et LR sur ce sujet tant leurs positions sont compatibles.

3. Santé et covid

La santé pourrait être l’un des points de tensions majeurs du prochain quinquennat d’Emmanuel Macron comme l’a démontré le précédent. En effet, durant la crise sanitaire, il n’avait échappé à personne que le RN et LFI étaient strictement alignés sur la même position, réclamant l’abrogation des passes sanitaire et vaccinal ainsi que la réintégration des soignants écartés par le gouvernement.

Imagine-t-on le PCF voter avec le RN contre LFI ? Possible, surtout quand on sait que Fabien Roussel a affirmé qu’il siègerait distinctement de LFI

Ce dernier, allié au PS et à LR, disait d’ailleurs tenir un cap « républicain », se servant des contestations des deux oppositions pour condamner la « tenaille » des « irresponsables ». Si le centre élargi s’était obstiné contre le reste de l’Assemblée durant trois ans, un rebond de l’épidémie pourrait l’engager à reprendre les précédentes mesures avec bien plus de difficultés. En effet, quelques dissidents LR ou PS pourraient désormais suffire à faire basculer le vote contre la réinstauration d’un passe. Sur ce point, il est tout à fait envisageable de voir s’aligner –à défaut de lutter main dans la main – le RN et la gauche radicale.

4. Nucléaire ou éolien ?

Le thème de l’indépendance énergétique s’est fait entendre durant la campagne présidentielle, comme un chant russe à Marioupol. En effet, l’invasion de l’Ukraine lancée par Poutine en février dernier a remis sur la table le sujet du nucléaire et de l’éolien avec cette grande question : le nucléaire est-il la solution au double problème de l’indépendance et de l’écologie ? Alors qu’Emmanuel Macron semblait presque tombé d’accord avec Jean-Luc Mélenchon durant son premier mandat, un sondage paru en octobre montrant que les Français étaient largement favorables au nucléaire l’avait conduit à trancher pour la construction de six EPR. Terminée la sortie du nucléaire, à Renaissance, on préfère un nouveau « en-même-temps » : nucléaire ET éolien.

Lire aussi : La France en trois blocs

Récapitulons : au sein de la Nupes, LFI et EELV sont anti-nucléaire, alors que le PS et le PCF de Fabien Roussel y sont favorables. Renaissance et la partie centriste de LR militent pour un « mix énergétique » tandis que le reste des LR et le RN se positionnent pour le nucléaire et contre les éoliennes. Un sacré bazar qui interroge quant au futur du secteur de l’énergie en France : imagine-t-on le PCF voter avec le RN contre LFI ? Possible, surtout quand on sait que Fabien Roussel a affirmé qu’il siègerait distinctement de LFI, tout comme le PS et EELV. Un immobilisme galopant arrive à l’Assemblée nationale qui aura sans doute bien du mal à trancher dans cette configuration.

Il est impossible pour l’heure de savoir si l’opposition saura faire bloc ou si des compromis-compromissions (la frontière est ténue) auront lieu entre les trois blocs. LR et le PS, dont la force politique avait été étouffée durant la campagne présidentielle, pourraient ainsi devenir des forces d’appoint dans le sens de la contestation comme dans celui de la majorité. Totalisant à eux deux 88 députés, ils ont désormais le pouvoir de reconstituer un « front républicain », ou celui de le détruire tout à fait. Le régime parlementaire est En Marche.

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