Casado, le beau gosse de la droite espagnole

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Le départ de Mariano Rajoy et l’intronisation de Pedro Sánchez annonçait une période de renouvellement au sein de la droite espagnole. La chaleur de l’été s’annonçait aussi et le PP (Parti Populaire/Partido Popular) voulait régler la question de la succession avant août.

 

Le 21 Juillet couronna Pablo Casado, un jeune de 37 ans qui n’arrive pas à battre Sebastian Kurz mais le fait concernant Emmanuel Macron. Toute proportion gardée car l’autrichien et le français sont à la tête de leurs pays mais l’espagnol est simplement à la tête du grand parti traditionnel de la droite. Le sacre de Casado n’était pas assuré, son adversaire final – Soraya Sáenz de Santamaría, connue aussi comme la ninã de Rajoy (la petite de Rajoy) ne coulerait pas sans une bataille acharnée. Elle a grandi sous la protection de l’ancien chef populaire, concise, intelligente, expérimentée, elle avait tout pour l’emporter malgré son honorable défaite; elle a recueilli 1250 voix contre les 1701 du gagnant. En pourcentage ça veut dire qu’elle a franchi les 40% et qu’il est resté en-dessous des 60%.

 

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Nonobstant les éloges que l’un et l’autre ont fait à Rajoy il était clair qu’il avait péché, la base du PP voulait un homme plus fidèle à la droite et Rajoy s’est montré trop conciliatoire, trop mou. Ses enthousiastes diront que sa main a été forcée, qu’il ne maîtrisait pas la situation, que Bruxelles l’obligea. Ses détracteurs diront qu’il a été soumis et myope, la taille de l’Espagne l’aurait permis d’être plus hostile aux injonctions européennes, menaçant toute la structure d’une façon que la Grèce, l’Irlande et le Portugal n’auraient pas pu atteindre.

Santamaría a été victime de sa loyauté, son image était presque la même que celle de son menteur, son émancipation est restée lettre morte. Enchaînée à Rajoy pendant des années et des années, trop longtemps restée dans son ombre. Le parti désirait sentir la nouveauté, démarrer avec la fraîcheur des temps futurs et ne pas accepter un arrimage serré au passé. Cet envie répondait à deux préoccupations différentes, récupérer les électeurs de Citoyens (Ciudadanos) et empêcher la croissance d’un parti à sa droite, comme a été le cas en France, en Italie, en Autriche et ailleurs.

Sánchez a reçu la visite de Casado, un événement sans grand intérêt, très formel, très théâtrale, très ennuyeux. Le déplacement à Algésiras et Ceuta est une autre histoire, là les lignes ont bougé et au moins le discours demeure fidèle à la campagne électorale. La nouvelle tête du PP a parlé avec les clandestins venus d’Afrique, la langue française fut même employée. Cette utilisation révèle une grosse distanciation concernant Rajoy, un homme très souvent enfermé dans une posture de gestionnaire et amusé avec la structure bureaucratique, son successeur paraît beaucoup plus lié à l’histoire, à la culture, à la pensée. Cette épaisseur permettra la floraison d’un récit plus passionné et moins froid, intensément rêveur à la place d’un sermon défaitiste et punitif.

 

Nonobstant les éloges que l’un et l’autre ont fait à Rajoy il était clair qu’il avait péché, la base du PP voulait un homme plus fidèle à la droite et Rajoy s’est montré trop conciliatoire, trop mou.

 

L’apparente amabilité dégagée lors des conversations avec les immigrants illégaux n’a pas empêché une ligne ferme et restrictive quant aux questions des journalistes. La phrase qui fâche: « Il n’y a pas de papiers pour tous » a été rapidement reprise par le PSOE. Selon le parti aux responsabilités le PP reste indécent et plein de démagogie. Pire, il radicalise sa position. La confrontation entre le centre-droit et le centre-gauche n’est pas juste ibérique, elle devient européenne, le centre-gauche critique durement le centre-droit car, selon lui, il cède davantage aux sirènes populistes dans une perspective purement électorale, sans tenir compte des périls possibles. Mais la bagarre est loin d’être terminée, le PSOE va encore plus loin, il accuse Casado et Rivera (le chef de Citoyens) d’imiter Matteo Salvini.

Emballé par une conviction humanitaire le PSOE risque le ridicule, sa crédibilité pourrait décroître et ses électeurs pourraient chercher une autre réponse, la volatilité est désormais une variable permanente dans le paysage politique espagnol, longtemps prévisible et immuable. Pablo Casado a une stratégie diamétralement opposée à celle suivie par l’italien, il cherche un espace intermédiaire, il veut s’étendre du centre à la droite donc il a besoin d’être serein et accommodant. Salvini – sachant le centre dehors de ses possibilités – a pris le chemin contraire, il a été tumultueux et tranchant et s’est protégé du barrage médiatique derrière la droite. La mémoire du PSOE est aussi sélective, les socialistes oublient volontiers que la droite espagnole est née au centre, pour mieux s’écarter du Franquisme. Leur insouciance relativement aux indépendantismes dévoile leur mépris de la Ligue, un parti sécessionniste devenu national.

 

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L’armada socialiste ne se trompe pas toujours, elle a raison quand elle voit dans Pablo Casado un mystère, une cible difficile à déchiffrer, un guide qui se cherche et que cherche la bonne route, le bon rythme – « Le PP est de retour » a-t-il dit haut et fort après son élection. Paroles dures. Sans le dire directement il croit profondément que sa formation politique suivait un cours préjudiciable. Mais la dureté n’est jamais loin en Espagne, pays forgé pendant des siècles contre un envahisseur brutal, pays qui enfanta la globalisation, pays que Bismarck disait être le plus fort au monde car les Espagnols veulent le détruire mais ne réussissent pas, pays qui extirpa le totalitarisme du Front Populaire. Si Pedro échoue Pablo sera prêt – épée affilée et cuirasse lumineuse comme Garcilaso – pour prendre d’assaut le palais.

Alphonse Moura est géopolitologue, maître en Sciences Politiques et Relations Internationales ; spécialiste des rapports de force et fondateur de l'école géopolitique bourguignonne, basée sur la Sainte Trinité du réalisme – Thucydide, Machiavel et Hobbes.

moura@lincorrect.fr

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