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Daniel Habrekorn : Bataclan, une salle histoire

Écrivain et poète, Daniel Habrekorn connaît la salle du Bataclan mieux que personne : héritier d’une salle transmise de père en fils depuis plus d’un siècle, il raconte l’histoire de ce lieu mythique. Entretien.

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© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

En quoi l’histoire du Bataclan est-elle liée à celle de Paris ?

D’abord au sens premier, physique : c’est lors de la transformation et de l’extension de la ville au milieu du XIXe siècle que naît le « Café Chinois Théâtre ». À l’époque de la construction du bâtiment, sous Napoléon III, le boulevard Voltaire s’appelait boulevard du Prince Eugène. C’était la première chinoiserie de Paris, La Pagode viendra après, et les chinoiseries connaissaient à l’époque un regain de mode à cause des expéditions militaires en Chine et en Indochine. C’est ainsi que commence cette histoire.

C’est aussi une histoire de chanson et de spectacle.

Dans les années 1865, Paris était, de très loin, la ville au monde qui comptait le plus de salles de spectacle. Paulus, super-étoile de l’époque qui fut le premier à enregistrer et faire filmer ses chansons par Méliès, s’est produit au Bataclan et l’a dirigé. C’est l’exploitante, Bénédicte Rasimi qui en fait à partir de 1910 le rendez-vous de tous les grands : Maurice Chevalier, Colette, Mistinguett et bien d’autres. Le Bataclan était connu dans le monde entier bien avant l’attentat. Lampedusa en parle même dans Le Guépard.

Lire aussi : Bataclan : quand François Hollande rejoue « l’erreur » de Blum

Le Bataclan est aussi pour vous une histoire personnelle ?

C’est évidemment une histoire de famille, il fait partie de moi. Mon grand-père, Gaston Habrekorn, chanteur et auteur de 800 chansons, après avoir exploité le « Divan japonais » sur la Butte Montmartre où il lança Dranem et Yvette Guilbert, l’a dirigé à partir de 1905, puis en a racheté les murs. Mon père est né dans l’un des appartements qui sont au-dessus. J’y ai moi-même vécu pendant vingt-et-un ans. Vers l’âge de six ans, j’ai vu mon premier film, Bambi, à sa sortie (ça date !), dans la salle du Bataclan, qui était alors devenue un cinéma. Je me souviens encore des esquimaux dans la neige carbonique que portaient les ouvreuses. Pour moi, c’est aussi une vie de quartier, et puis une ville, Paris. [...]

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